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A la fin des années
quatre-vingt dix un évènement considérable bouleversa la vie de milliers de neurasthénatiques autour du monde : OK Computer, bien sûr. Et ainsi durant les années suivantes débarquèrent
une bonne dizaine de groupes lyrico-dépressifs prétendant au titre alors très prisé de "nouveau Radiohead du mois". Nouveau Radiohead du mois de septembre 2000, The Kingsbury Manx avait tout pour
plaire : le romantisme ("Pageant's Street"), le feu floydien sacré ("Blue Eurasians") et l'inévitable chanteur-qui-geint-sans-être-ridicule. Entre Wilco et les Byrds, le rimbaldien premier album
de ces américains, quoiqu'inégal dans sa seconde moitié, mettait une mémorable branlée au premier ColdPlay. On connaît la suite : des millions d'exemplaires vendus pour Chris Martin et ses
camarades unineuronaux... et l'indifférence pour les Manx - dont les deux albums suivants étaient encore meilleurs. There's no business like charity business...
Objet d'un véritable culte
aux Etats-Unis le premier groupe de sa Majesté Jon Spencer (mais aussi de son épouse Cristina Martinez - future Boss Hog - et de Peter Hayes - futur Black Rebel Motorcycle Club) est quasi inconnu
chez nous... et ça ne risque pas de changer de sitôt, puisque cette (excellente) réédition de leur (très bon) live ne sera disponible qu'en import. Dommage, tant cet objet posthume (Pussy Galore
s'est séparé en 1990)... déchire sa mère grave - il n'y pas de meilleure expression. Comme souvent chez Spencer (ici unique chef d'orchestre du groupe, contrairement à ses autres projets) les
chansons importent peu : seule compte l'énergie, la hargne et la vitesse d'exécution. De ce point de vue c'est un sans faute - effet CBGB's sans doute (mais c'est vrai que pour ça cette bête de
scène de Spencer n'a jamais eu de leçons à recevoir de personne). A découvrir si ce n'est déjà fait.
Effet
Control sans doute, coup de poker marketing sûrement... cet automne aura été marqué par le grand retour de New Order... au rayon réédition uniquement (pour l'instant). Et si la
réhabiliation semble en marche, gare à ne pas se laisser arnaquer dans l'affaire : on voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes (c'est à dire en d'autres termes : nous faire
gober que New Order c'est aussi bien que Joy Division) qu'il y aurait pas des kilomètres. Ce qui est évidemment faux - la faute à l'absence de l'incomparable Ian Curtis. Excellent parolier mais
chanteur médiocre, Bernard Sumner ne parvint jamais à le faire oublier ne serait-ce qu'une seconde... et passera l'essentiel de sa carrière à chercher sa voie au moins autant que sa voix. A ce
petit jeu, disons-le tout net, il faudra quelques années au groupe pour se retrouver et déterminer sa ligne. Ses deux premiers opus le montrent tatônant ; avantage toutefois à Movement,
encore très marqué cold-wave (tant dans l'esthétique que dans le son), produit par l'incontournable Martin Hannett... et au final troisième album fantôme de Joy Division, ou album de Joy sans
Curtis peut-être... qu'importe : il tient la route. et s'avère même par instants excellent. Il faudra cependant attendre 1985 et Low-Life (nous y reviendrons) pour retrouver les
mancuniens au sommet. Mémorable du fait de la
présence au générique du monumental "Blue Monday", Power, Corruption & Lies demeure un disque imparfait, parfois réjouissant ("Age of Consent", "The Village"), d'autres
fois un peu ennuyeux avec ses deux plages tirant vers les sept minutes (tout de même). Accessoire, contrairement aux deux opus suivants (Low-Life, donc, et surtout
Brotherhood).
Soft-grunge, bubble-punk...
treize ans après on ne sait pas trop comment présenter aux jeunes ce gentil groupe de seconde division qu'on aimait bien, à l'époque. Disons (pour faire court) qu'en 1995, les Presidents Of The
United States Of America (rapidement raccourci en Presidents Of The U.S.A. puis juste POTUSA) étaient à Nirvana et les Pixies ce que Pete & The Pirates ou Vincent Vincent & The Villains sont aujourd'hui à The Coral : une version édulcorée, aussi vite appréciée que
vite oubliée, sympathique, sans prétention. Des petits hymnes power-pop rock catchy (dont le tube "Lump"), des mélodies fruitées, des rythmiques bondissantes et un humour bon enfant faisant que
même si tout le monde était d'accord pour les considérer comme un groupe archi-mineur... personne n'arrivait vraiment à les détester. Cette réédition, loin de s'avérer inutile, remet les pendules
à l'heure : dans le genre indie-rock décérébré, on n'a pas souvent fait mieux. POTUSA est le genre de disque pied au plancher dont on ne fera pas une overdose mais qu'on prend toujours
plaisir à réentendre plus d'une décennie plus tard... ce qui n'est probablement pas le cas des autres disques d'un groupe qui, de toute façon, n'était pas conçu pour durer.
Sortie depuis l'été, la
réédition cd + dvd du dernier Babyshambles n'apporte pas grand-chose au schmilblick - mis à part qu'elle justifie à elle seule l'existence de cette rubrique expressss. Soyons francs : le
dévédé ne vaut pas tripette, l'envie de côtoyer le groupe dans l'intimité ne venant probablement à personne de plus de seize ans et les pistes lives étant chiantes au possible (on ne peut que
regretter que tout ça n'ait pas été capté à la fin de la tournée, lorsqu'un Doherty frais et dispo mettait le feu aux arènes - voir ICI). L'album, en revanche, tient encore la route et s'est plutôt inscrit sur la durée : oui, "Delivery" et "Side of the
Road" le font toujours autant. Et si quelques morceaux ont fini par quelque peu gaver ("French Dog Blues" - qu'on voyait pourtant comme un des meilleurs l'an passé, "Lost Art of Murder")
l'ensemble reste largement à la hauteur, notamment dans ses passages les plus typiquement britpop ("You Talk", "Baddie's Boogie"...)
Fin de notre série Verlaine
: après Dreamtime la semaine dernière, c'est au tour de son successeur Words from the Front de glisser sur la
platine. Clairement moins bon que le prédécent (quoique dans la même veine), et même probablement moins bon que tout ce que Tom Verlaine a fait entre 1973 et 1982, ce troisième opus solo est
définitivement l'un de ses plus curieux puisque renfermant paradoxalement deux véritables chefs-d'œuvre : "Coming Apart" et, bien sûr, le titre éponyme. La réédition suit un peu la même logique :
n'apportant rien de particulier à l'original, elle se contente de remettre en bacs un disque longtemps indisponible. Les fans (dont votre serviteur) apprécieront ; les autres se jetteront sur
Dreamtime.
On pourrait passer des pages
des pages à mesurer, évaluer et analyser la prodigieuse érudition qui s'en dégage (ou qu'il contient)... à sa manière, "The Waste Land" est un texte incroyablement savant dans lequel T.S. Eliot,
à l'époque déjà expert en la matière depuis ses Cantos 1, se livre à une fusion des mythologies autant qu'à une confusion des genres, une remise en perspective de la
littérature à travers l'histoire et les contes. Fondamentalement, il n'invente rien : il s'inspire juste. Il recycle. Et enfin : transcende. Eliot ne créé pas vraiment un univers : il le recrée
et le démultplie durant les sept parties composant son long poème narratif.
Et donc... aucun autre choix.
On ne badine pas avec Tom Verlaine, surtout lorsqu'il s'agit de la réédition de son second album solo - à l'époque son meilleur disque depuis Marquee Moon. Il n'a d'ailleurs quasiment
jamais fait mieux que ce Dreamtime de 1981, authentique monument de rock explosif surclassant sans problème son (pourtant très bon) prédécesseur Tom Verlaine (1978).
Il fait bien entendu
de même avec Henry James : c'est une mode, ces dernières années, que de projeter des figures historiques et autres personnages réels dans des travaux prétendant toujours être ce qu'ils ne sont
pas (c'est-à-dire qu'ils ne sont ni des biographies lorsqu'ils croient en être... ni des fictions crédibles lorsqu'ils estiment mériter ce titre). En littérature comme au cinéma. On
l'aura pourtant rarement si bien fait que dans "Author, Author", sous la plume (ailleurs moins tonitruante) d'un David Lodge particulièrement inspiré : nulle question ici de singer Henry James,
de l'imiter benoîtement en espérant que son seul nom suffira à lui donner du corps. En faisant de lui un clown triste, souvent excessif et systématiquement mégalo... Lodge est parvenu à en
reconstituer l'essence plutôt que les attributs historiques ; les titres de livres de James, d'ailleurs, ne sont quasiment jamais cités, et son œuvre en elle-même est réduite à quelques
filigranes presque secondaires. Dès lors peu importe que le lecteur aime ou non l'auteur controversé de "The Portrait of a Lady" 1 : Henry James, ici, personnifie l'Ecrivain
plus qu'il n'interprète son propre rôle - c'est bien pour cela qu' "Author, Author" enchante à ce point.
Oyez oyez, braves gens : le Roi n'est pas mort...
... oui bon : j'en rajoute un peu, mais il faut au moins ça pour remonter le moral de troupes inquiètes de la survie du Golb. Pas mal de choses m'ont en effet tenu pour le moins éloigné du Net
ces derniers temps. J'y reviens doucement, néanmoins pour des raisons d'ordre purement technique (connexion), il faudra attendre janvier pour que tout rentre parfaitement dans l'ordre.
D'ici là, Le Golb va reprendre progressivement du service, mais sans doute pas à plus d'un ou deux articles par semaine. Un désagrément qui, j'en suis convaincu, ne vous empêchera de prendre
quelque plaisir à sa lecture. D'autant qu'il sera probablement l'occasion d'un changement de formule plutôt bienvenu après tout ce temps.
On se retrouve donc mercredi pour le prochain édito.
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Le nouveau
roman de Nathalie Rheims, auteure que j'avais prévu de découvrir depuis un moment à force de lire son nom partout, s'ouvre dans une atmosphère de mystère plutôt séduisante renforcée par une
qualité bien trop rare de nos jours : celle de propulser immédiatement le lecteur au cœur de l'intrigue. Pas de blabla inutile, une exposition réduite à deux paragraphes et le vif du sujet qui
pointe le bout de son nez dès la page quinze... voici un livre qui démarre sous les meilleures augures, d'autant que l'écriture, quasi instinctive, ne manque pas de charme. L'espace d'un instant
on parvient même (prouesse) à oublier cette couverture repoussoir et ce titre indigne de Jean Rollin (avec deuxl L - le réalisateur de films d'horreur cheaps... pas le grand écrivain
!)... et on se retrouve à avoir envie de suivre la narratrice dans sa quête identitaire au pays de la Pyschanalyse et des Contes de Fées - puisque c'est de cela qu'il s'agit.
Surprise :
non seulement « On Chesil Beach » est loin d'être un McEwan mineur, mais il marquera sans doute durablement l'œuvre de l'auteur - sa délicatesse et sa douceur tranchant avec la noirissime
trilogie 1 qu'il vient de conclure. Ou comment un couple de jeune mariés se retrouve enfin seul, en tête à tête, le temps d'une nuit de noce tant attendue... qui va se révéler
cauchemardesque.