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Le temps jouant contre Le Golb, il m'a semblé évident qu'il serait techniquement impossible de chroniquer toutes les rééditions de ma désormais fameuse liste de rééditions (ce titre, tout de même). D'où l'inauguration, ce jour, des rééditions expressssss. Soit sept albums, ni plus ni moins valables que d'autres, mais moins "prioritaires" au sein de cette petite liste. C'est parti !



The Kingsbury Manx (The Kingsbury Manx, Angleterre, 2000)


A la fin des années quatre-vingt dix un évènement considérable bouleversa la vie de milliers de neurasthénatiques autour du monde : OK Computer, bien sûr. Et ainsi durant les années suivantes débarquèrent une bonne dizaine de groupes lyrico-dépressifs prétendant au titre alors très prisé de "nouveau Radiohead du mois". Nouveau Radiohead du mois de septembre 2000, The Kingsbury Manx avait tout pour plaire : le romantisme ("Pageant's Street"), le feu floydien sacré ("Blue Eurasians") et l'inévitable chanteur-qui-geint-sans-être-ridicule. Entre Wilco et les Byrds, le rimbaldien premier album de ces américains, quoiqu'inégal dans sa seconde moitié, mettait une mémorable branlée au premier ColdPlay. On connaît la suite : des millions d'exemplaires vendus pour Chris Martin et ses camarades unineuronaux... et l'indifférence pour les Manx - dont les deux albums suivants étaient encore meilleurs. There's no business like charity business...

note indicative : 



Live : In the Red (Pussy Galore, USA, 1998)


Objet d'un véritable culte aux Etats-Unis le premier groupe de sa Majesté Jon Spencer (mais aussi de son épouse Cristina Martinez - future Boss Hog - et de Peter Hayes - futur Black Rebel Motorcycle Club) est quasi inconnu chez nous... et ça ne risque pas de changer de sitôt, puisque cette (excellente) réédition de leur (très bon) live ne sera disponible qu'en import. Dommage, tant cet objet posthume (Pussy Galore s'est séparé en 1990)... déchire sa mère grave - il n'y pas de meilleure expression. Comme souvent chez Spencer (ici unique chef d'orchestre du groupe, contrairement à ses autres projets) les chansons importent peu : seule compte l'énergie, la hargne et la vitesse d'exécution. De ce point de vue c'est un sans faute - effet CBGB's sans doute (mais c'est vrai que pour ça cette bête de scène de Spencer n'a jamais eu de leçons à recevoir de personne). A découvrir si ce n'est déjà fait.

note indicative : 


Movement (1981)               
Power, Corruptions & Lies (1983)

New Order (Angleterre)

Effet Control sans doute, coup de poker marketing sûrement... cet automne aura été marqué par le grand retour de New Order... au rayon réédition uniquement (pour l'instant). Et si la réhabiliation semble en marche, gare à ne pas se laisser arnaquer dans l'affaire : on voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes (c'est à dire en d'autres termes : nous faire gober que New Order c'est aussi bien que Joy Division) qu'il y aurait pas des kilomètres. Ce qui est évidemment faux - la faute à l'absence de l'incomparable Ian Curtis. Excellent parolier mais chanteur médiocre, Bernard Sumner ne parvint jamais à le faire oublier ne serait-ce qu'une seconde... et passera l'essentiel de sa carrière à chercher sa voie au moins autant que sa voix. A ce petit jeu, disons-le tout net, il faudra quelques années au groupe pour se retrouver et déterminer sa ligne. Ses deux premiers opus le montrent tatônant ; avantage toutefois à Movement, encore très marqué cold-wave (tant dans l'esthétique que dans le son), produit par l'incontournable Martin Hannett... et au final troisième album fantôme de Joy Division, ou album de Joy sans Curtis peut-être... qu'importe : il tient la route. et s'avère même par instants excellent. Il faudra cependant attendre 1985 et Low-Life (nous y reviendrons) pour retrouver les mancuniens au sommet. Mémorable du fait de la présence au générique du monumental "Blue Monday", Power, Corruption & Lies demeure un disque imparfait, parfois réjouissant ("Age of Consent", "The Village"), d'autres fois un peu ennuyeux avec  ses deux plages tirant vers les sept minutes (tout de même). Accessoire, contrairement aux deux opus suivants (Low-Life, donc, et surtout Brotherhood).

notes indicatives :


Movement :

Power, Corruption & Lies : 



The Presidents Of the United States Of America (The Presidents Of The U.S.A., USA, 1995)
       

Soft-grunge, bubble-punk... treize ans après on ne sait pas trop comment présenter aux jeunes ce gentil groupe de seconde division qu'on aimait bien, à l'époque. Disons (pour faire court) qu'en 1995, les Presidents Of The United States Of America (rapidement raccourci en Presidents Of The U.S.A. puis juste POTUSA) étaient à Nirvana et les Pixies ce que Pete & The Pirates ou Vincent Vincent & The Villains sont aujourd'hui à The Coral : une version édulcorée, aussi vite appréciée que vite oubliée, sympathique, sans prétention. Des petits hymnes power-pop rock catchy (dont le tube "Lump"), des mélodies fruitées, des rythmiques bondissantes et un humour bon enfant faisant que même si tout le monde était d'accord pour les considérer comme un groupe archi-mineur... personne n'arrivait vraiment à les détester. Cette réédition, loin de s'avérer inutile, remet les pendules à l'heure : dans le genre indie-rock décérébré, on n'a pas souvent fait mieux. POTUSA est le genre de disque pied au plancher dont on ne fera pas une overdose mais qu'on prend toujours plaisir à réentendre plus d'une décennie plus tard... ce qui n'est probablement pas le cas des autres disques d'un groupe qui, de toute façon, n'était pas conçu pour durer.

note indicative :


Shotter's Nation (Babyshambles, Angleterre, 2007
      

Sortie depuis l'été, la réédition cd + dvd du dernier Babyshambles n'apporte pas grand-chose au schmilblick - mis à part qu'elle justifie à elle seule l'existence de cette rubrique expressss. Soyons francs : le dévédé ne vaut pas tripette, l'envie de côtoyer le groupe dans l'intimité ne venant probablement à personne de plus de seize ans et les pistes lives étant chiantes au possible (on ne peut que regretter que tout ça n'ait pas été capté à la fin de la tournée, lorsqu'un Doherty frais et dispo mettait le feu aux arènes - voir ICI). L'album, en revanche, tient encore la route et s'est plutôt inscrit sur la durée : oui, "Delivery" et "Side of the Road" le font toujours autant. Et si quelques morceaux ont fini par quelque peu gaver ("French Dog Blues" - qu'on voyait pourtant comme un des meilleurs l'an passé, "Lost Art of Murder") l'ensemble reste largement à la hauteur, notamment dans ses passages les plus typiquement britpop ("You Talk", "Baddie's Boogie"...)

note indicative : 


Words from the Front (Tom Verlaine, Angleterre, 1982)   


Fin de notre série Verlaine : après Dreamtime la semaine dernière, c'est au tour de son successeur Words from the Front de glisser sur la platine. Clairement moins bon que le prédécent (quoique dans la même veine), et même probablement moins bon que tout ce que Tom Verlaine a fait entre 1973 et 1982, ce troisième opus solo est définitivement l'un de ses plus curieux puisque renfermant paradoxalement deux véritables chefs-d'œuvre : "Coming Apart" et, bien sûr, le titre éponyme. La réédition suit un peu la même logique : n'apportant rien de particulier à l'original, elle se contente de remettre en bacs un disque longtemps indisponible. Les fans (dont votre serviteur) apprécieront ; les autres se jetteront sur Dreamtime.

note indicative : 

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The Waste Land (Thomas Stearns Elliott, USA, 1922)

V.F. : LA TERRE VAINE ou LA TERRE GASTE


Certains textes défient l'entendement au point qu'on n'en ressorte jamais complètement, que leur exploration n'ait jamais de fin véritable... qu'on y revienne éternellement, en quête d'un indice, d'une explication, d'un signe... qu'on ne parviendra jamais à trouver parce que chaque fois ce sera la même chose, chaque fois on se laissera prendre et emporter et retourner comme la proverbiale crêpe.

C'est peu dire que "The Waste Land" est un de ceux-là. Il a beau ne faire qu'une petite soixantaine de pages, il vous entraîne bien plus loin que les plus imposants pavés.


On pourrait passer des pages des pages à mesurer, évaluer et analyser la prodigieuse érudition qui s'en dégage (ou qu'il contient)... à sa manière, "The Waste Land" est un texte incroyablement savant dans lequel T.S. Eliot, à l'époque déjà expert en la matière depuis ses Cantos 1, se livre à une fusion des mythologies autant qu'à une confusion des genres, une remise en perspective de la littérature à travers l'histoire et les contes. Fondamentalement, il n'invente rien : il s'inspire juste. Il recycle. Et enfin : transcende. Eliot ne créé pas vraiment un univers : il le recrée et le démultplie durant les sept parties composant son long poème narratif.

Avec sa technique du dédoublement (lesdites parties racontent toutes peu ou prou la même histoire, déclinée sous des formes - sinon des formats - différent(e)s et complémentaires), son name-dropping avant l'heure, sa multiplication des points de vue comme des registres de langage et même carrément des langues (!), ses cassures ryhtmiques... "The Waste Land" ne ressemblait à rien de connu au moment de sa parution en 1922, monument abrupte et marginal - révolutionnaire. Il ne l'est pas moins près d'un siècle plus tard : difficile de le rapprocher de quelque chose, mis à part des propres livres de l'auteur et peut-être des mythiques (et mythologiques) textes de Dante... oui voilà - c'est ça : "The Waste Land", c'est "l'Enfer" de Dante... sauf que l'Enfer est sur Terre, cette fois-ci. Un étrange poème, vibrant et vivant, alors qu'il aurait pu n'être qu'un immense patchwork croûlant sous l'érudition.
 
Je ne me risquerai pas à essayer de "raconter" "The Waste Land" - ce me semble totalement impossible (ça n'aurait d'ailleurs que peu d'intérêt - on ne raconte pas un poème !). Mais sachez qu'il s'agit d'une vision apocalyptique du monde, d'un univers désolé qui ressemble au nôtre tout en l'incarnant que par flashes - puisqu'il comporte autant d'éléments antiques que d'éléments futuristes. Au centre de ce monde en perdition, ravagé par l'angoisse et frappé de stérilité, le Roi Pécheur attend. Quoi ? Qui ? Officiellement : un mystérieux chevalier censé comprendre les signes placés sur sa route et délivrer le royaume de sa malédiction. Officieusement : sa propre fin.

Le décor est posé : un peu Contes du Graal, un peu décadent, très shakespearien... "The Waste Land" en appelle autant aux Atrides qu'à Merlin l'Enchanteur, à "The Tempest" qu'à l'imagerie du jeu de tarot. Le comprendre n'est pas aisé ; ce n'est pas forcément nécessaire. C'est le voyage qui compte, comme disait King dans "The Dark Tower".

Quoi ? Stephen King ? Qu'est-ce qu'il vient faire là, lui...?


En fait... rien. Sauf le canevas de son incomparable saga est largement inspiré de "The Waste Land" (un volume du cycle - le troisième - porte d'ailleurs ce titre). Le préciser ici, c'est user d'un argument putassier pour vous donner une fois pour toute envie de découvrir le chef-d'œuvre de T.S. Eliot. Je sais : c'est bas. Mais "The Waste Land" vous propulsera dans de telles sphères que vous ne songerez probablement pas à me le reprocher après. Toute l'angoisse fin de siècle concentrée en une soixantaine de pages, l'œuvre ultime du courant décadent... et sans aucun doute l'œuvre poétique ultime du vingtième siècle... qui dit mieux ?


Trois autres livres pour découvrir T.S. Eliot :

Poems (1920)
Ash Wednesday (1930)
Four Quartets (1945)


1. A ne pas confondre avec l'œuvre d'Ezra Pound (par ailleurs grand ami d'Eliot). Il s'agit bien sûr des quelques Cantos rédigés par Eliot dans les années 20 (dont un en hommage à... Dante - la boucle est bouclée)...

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Dreamtime (Tom Verlaine, USA, 1981)


Une fois n'est pas coutume, les choses sont assez simples. Il y a en deux, en une :

- soit vous ne connaissez pas cet album et vous l'achetez séance tenante - tenez : on va même vous y aider un peu... cliquez ICI

- soit vous connaissez cet album... et vous l'achetez séance tenante, car il n'était plus disponible depuis quatorze ans et qu'en plus la réédition de l'époque était franchement moyenne.


Et donc... aucun autre choix. On ne badine pas avec Tom Verlaine, surtout lorsqu'il s'agit de la réédition de son second album solo - à l'époque son meilleur disque depuis Marquee Moon. Il n'a d'ailleurs quasiment jamais fait mieux que ce Dreamtime de 1981, authentique monument de rock explosif surclassant sans problème son (pourtant très bon) prédécesseur Tom Verlaine (1978).

Evidemment le qualificatif d'expérimental accolé à l'époque à ce disque prête à sourire, mais le fait est que soniquement et stylistiquement parlant Verlaine tente effectivement de s'extirper du carcan rock-pop du précédent opus (lui-même tout à fait expérimental selon certains... qui considèrent sans doute qu'enregistrer un album intégralement avec des petits amplis suffit à faire de vous l'héritier de Stokhausen), sans jamais revenir au niveau de laborantisme de l'époque Television. C'est d'ailleurs la principale spécificité de Dreamtime : l'homme qui révolutionna le rock y excelle lorsqu'il s'attelle à des morceaux à la structure (presque) traditionnelle, à l'image du poignant "Without A Word" ou de l'abrasif "Mr Blur".

Splendide jusque dans ses bonus (l'alternate take de "The Blue Robe" est une merveille), Dreamtime est aussi bien pourvu en mélodies cristallines qu'en soli déchirants ("Mary Marie", "Always"), et cerise sur le gâteau : Tom Verlaine n'a sans jamais aussi bien chanté que sur cet album méconnu. A la hauteur de Television ? C'est en tout cas le seul opus solo du songwriter qui soit susceptible de rivaliser avec son ancien groupe... ce qui ne signifie pas que les autres soient sans intérêt - loin s'en faut. Nous y reviendrons d'ailleurs sous peu, puisque le suivant (Words from the Front) est également réédité ces temps-ci...


le genre :  rock

la note : 


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Author, Author (David Lodge, Angleterre, 2004)

V.F. : L'AUTEUR ! L'AUTEUR !


Vous êtes donc écrivain. Vous suez sang et tripes sur un texte pendant un, deux ans. Vous pleurez votre race pour qu'il soit édité. Et lorsqu'enfin la consécration arrive, inutile d'adopter ce sourire béat : vous n'en vendrez pas une rame et votre génie ne récoltera qu'indifférence. Seul truc susceptible de vous remonter le moral : c'est pour tout le monde pareil. Même Henry James ! C'est vous dire.

C'est le postulat un peu fou de David Lodge, dans ce qui demeure à ce jour son roman le plus réussi (faut dire que c'était pas très dur de faire mieux que "Small World"), le plus fort, le plus fin, le plus... Victorien. Non uniquement parce qu'il se déroule en dans les années 80 (18-80 bien sûr) que parce qu'il réussit là où beaucoup (tenez : Michael Cox, au pif) ont échoué : à capter l'esprit d'une époque plutôt que ses gimmicks. Le souffle d'une décennie capitale (ces 80's consacrent définitivement le dandysme) plutôt que son alléchant menu.

Il fait bien entendu de même avec Henry James : c'est une mode, ces dernières années, que de projeter des figures historiques et autres personnages réels dans des travaux prétendant toujours être ce qu'ils ne sont pas (c'est-à-dire qu'ils ne sont ni des biographies lorsqu'ils croient en être... ni des fictions crédibles lorsqu'ils estiment mériter ce titre). En littérature comme au cinéma. On l'aura pourtant rarement si bien fait que dans "Author, Author", sous la plume (ailleurs moins tonitruante) d'un David Lodge particulièrement inspiré : nulle question ici de singer Henry James, de l'imiter benoîtement en espérant que son seul nom suffira à lui donner du corps. En faisant de lui un clown triste, souvent excessif et systématiquement mégalo... Lodge est parvenu à en reconstituer l'essence plutôt que les attributs historiques ; les titres de livres de James, d'ailleurs, ne sont quasiment jamais cités, et son œuvre en elle-même est réduite à quelques filigranes presque secondaires. Dès lors peu importe que le lecteur aime ou non l'auteur controversé de "The Portrait of a Lady" 1 : Henry James, ici, personnifie l'Ecrivain plus qu'il n'interprète son propre rôle - c'est bien pour cela qu' "Author, Author" enchante à ce point.

En détournant Henry James et en le projetant dans une aventure tragicomique à la Saki, Lodge en a fait le receptacle de ses propres angoisses d'écrivain - des angoisses de tous les écrivains mêmes Son conte burlesque, dans le fond, est une histoire maintes fois rebattue mais que nous n'avions peut-être jamais lue attentivement, recouverte comme elle l'était ailleurs d'une épaisse couche de nombrilisme. C'est désormais chose faite, et après tout le mal qu'on a pu dire à propos de Lodge sur Le Golb... il était normal de lui rendre hommage.


le genre :  victoriomique

la note :  





1. Les fidèles du Golb savent que ce n'est pas mon truc...

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Retour des Critiques Expresssss. Qui, comme vous l'aurez compris, seront plus nombreuses dans les semaines à venir du fait des perturbations sur la ligne golbienne. Pas d'inquiétude cependant : on va quand même se garder quelques bouquins pour en faire de vraies et jolies critiques... dès que possible.

En attendant, retour sur :



Son Excellence (Naguib Mahfouz, Egypte, 1974)


Récemment rééditée chez Actes Sud, cette courte fable présente un visage de Mahfouz pour le moins méconnu du grand public : celui d'un satiriste féroce tirant à boulets rouges sur l'administration de son pays. Qu'a donc la haute administration égyptienne de si critiquable ? Rien de plus que n'importe quelle autre administration - c'est ce qui rend ce petit texte si puissant et si universel. Prenez un petit fonctionnaire ambitieux et opportuniste, faites lui gravir quelques échelons pour mieux le broyer plus tard à coup de justice divine... vous obtiendrez un livre sarcastique et tout à fait étonnant, et vous rirez d'effroi du début à la fin.

note indicative : 



Vers chez les blancs (Philippe Djian, France, 2000)

"Et pourquoi pas un porno ?" ... ou comment une demi-boutade entraînera Francis, écrivain sur le retour, dans une série de péripéties comico-pornographiques irrésistibles. Satire féroce du monde de l'édition pétrie de clins d'œil à Miller ou Bukowski, ton tour à tour goguenard et acerbe... "Vers chez les blancs", derrière sa simplicité apparente et son argument volontairement racoleur (on ne parlera même pas de la couverture) est sans doute le meilleur Philippe Djian méconnu, sexy et rageur comme on aime. Very special guest starring : Madonna.

note indicative :
 


Le Vampire de Ropraz (Jacques Chessex, Suisse, 2007)


C'est entre fascination et horreur que l'on traverse ce (court) récit du grand Jacques Chessex, inspiré par un sinistre fait divers du début du siècle - une histoire de nécrophilie qui défraya la chronique et plongea une petite bourgade de Suisse Romande dans la psychose. Avec la subtilité qu'on lui connaît, la plume la plus élégante d'aujourd'hui se livre à un démontage en règle des mécanismes gouvernant l'inconscient collectif, partage son travail entre étude de mœurs et conte fantastique... on pense à Gautier, parfois même carrément à Poe... dès lors pourquoi tout gâcher avec un dénouement indigne d'une mauvaise série télé ? Dommage, car les trois quarts du roman sont somptueux...

note indicative : 



L'Ile Mystérieuse (Jules Verne, France, 1874)


Si les romans de Jules Verne les plus connus ne sont pas nécessairement les meilleurs, "L'Ile Mystérieuse" déroge à la règle, qui à quelques longueurs près pourrait tout à fait prétendre au titre de chef-d'œuvre de son auteur. Certes, tout le monde connaît à peu près l'histoire (sinon parce qu'il a lu le livre du moins parce qu'il a vu une des nombreuses adaptations)... mais on ne dira jamais assez à quel point cette pièce maîtresse dans l'œuvre de l'auteur s'avère au-delà des clichés un véritable bonheur de lecture. Vive, riche, haletante et inclassable, "L'Ile Mystérieuse" a tout pour plaire... mis à part à ceux qui ne supportent pas les gros pavés (huit cent soixante pages tout de même).

note indicative :
 


Qui se souvient de David Foenkinos ? (David Foenkinos, France, 2007)


Incroyable mais vrai : j'ai enfin terminé un livre de David Foenkinos ! Pire : j'y ai pris par moment quelque chose ressemblant à du ... plaisir. Pas de bout en bout, certes. Mais quand on sait les horreurs que j'ai pu autrefois écrire sur cet auteur, on n'est quand même pas loin de crier au miracle. Or donc : que raconte ce livre au titre tout simplement génial ? L'histoire éculée d'un écrivain en mal d'inspiration et qui, cela va sans dire, n'a plus de succès. Bien entendu sa femme l'a quitté (car les femmes d'écrivains les quitte toujours quand ils n'ont plus ni inspiration ni succès - c'est bien connu). Histoire éculée disions-nous... mais à laquelle Foenkinos applique un traitement tout à fait singulier et non dépourvu d'ambitions (ce qui ne manquera de stupéfier quiconque a lu - ou tenté de lire - les ouvrages fadasses précédant celui-ci), entre fausse auto-fiction, vrai polar, comédie burlesque... évidemment comme on pouvait s'y attendre de la part de n'importe quel auteur s'attaquant à ce genre de postulat tordu sans s'appeler Philip Roth, Foenkinos finit à terme par sombrer dans le nombrilisme qu'il entend tourner en dérision... il n'empêche : durant un demi-livre, j'ai passé du bon temps avec David. Rien que pour ça, ça méritait qu'on en cause...

note indicative : 


The ABC Murders (Agatha Christie, Angleterre, 1936)

V.F. : ABC CONTRE POIROT

Dans les mauvaises séries télé (celles-là même qui inspirent des dénouements au grand Jacques Chessex), il y a toujours un épisode où un tueur en série va décider de se mesurer au héros, de le défier, et presque toujours, cet épisode est ridicule. Eh bien figurez-vous chers lecteurs que c'est Agatha Christie qui a inventé ce concept (comme beaucoup d'autres), et que dans le cas de "The ABC Murders" il s'agit sans aucun doute d'un de ses meilleurs livres (ou disons d'un des meilleurs Poirot). L'idée est simple comme un raisonnement du Capitaine Hastings : le tueur prévient Poirot de ses méfaits avant même de les avoir commis, et tue ses victimes par ordre alphabétique de nom(s). Ce pourrait être barbant, c'est excellent : en faisant sortir Poirot de son terrain habituel (l'études des mœurs de la bourgeoisie britannique) et en le confrontant à un criminel de génie, Christie signe un quasi-thriller particulièrement enlevé, souvent très drôle (le prétentieux Poirot à la masse, c'est forcément drôle) et toujours aussi agréablement écrit. Délectable.

note indicative : 


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Ce qu'il y a de bien avec le dernier James Bond c'est que comme personne ne sait ce que veut dire son titre ni n'a pigé quoi que ce soit au scénario on peut se permettre à peu près tous les jeux de mots qu'on veut avec Quantum of – reconnaissons d'ailleurs que Fashion a d'emblée placé la barre très haut avec son redoutable Quantum of Sexyude (on ne devient pas une Leadeuse de la Blogosphère par hasard – non mais)

En revanche on peut tout à fait devenir critique de cinéma complètement par hasard… et là je me rends compte que ma transition, quoiqu'excellente (normal : je suis un Leader de la Blogosphère - de retour pour vous servir), pourrait laisser entendre que le commentaire s'adresse à Fashion… alors qu'évidemment (mais était-ce utilie de le préciser ?) il n'en est rien. Bref : je voulais dire qu'on pouvait tout à fait devenir critique de cinéma par hasard, il suffit pour cela de savoir aligner trois mots, de savoir taper le nom qu'on s'est choisi dans un champ over-blog et accessoirement d'avoir vu un film (mais à la limite c'est pas obligé).

Quoi ? Thom qui nous fait une charge contre les blogs ?


Bien sûr que non : Thom vous fait une charge contre son ennemi héréditaire, son Spectre à lui – la Connerie Humaine. Ici présentée sous son jour le plus dangereux… non point Daniel Craig ni la sexiyude, mais bien sûr la Mode dans ce qu'elle a de plus moutonnier et la presse (officielle et officieuse) dans tout ce qu'elle a de plus… moutonnier aussi, en fait. Mais incompétent – surtout.

Comment ne pas s'étonner en effet de noter que depuis que Daniel Craig et le très bon « Casino Royale » ont remis James Bond à la mode on voit fleurir partout sur les blogs, sites, forums… des experts en bondologie dont on se demande bien où ils étaient planqués durant l'époque Dalton – Brosnan, pour vous dire il y a même plein de filles qui s'y collent (oui parce que James Bond intéresse les filles… bienvenu dans le vingt-et-unième siècle), et tous ces grands spécialistes de nous démontrer par A + B pourquoi « Casino Royale » était génial… ou pourquoi, le cas échéant, « Quantum of Solace » est à chier. Le tout au gré d'un festival de lieux communs et d'inexactitudes élevées au rang de vérités fondamentales, car désormais on disserte sur Bond avec le même sérieux et la même exigence que l'on décortiquerait Hitchcock. On croit rêver. On en pleurerait même, n'était-ce si drôle. Et du coup rions-en un peu… en explorant cet univers parallèle peuplé d'idées reçues bondiennes, de lieux communs bondés et de bondieuseries toutes faites 1


Chapitre 1 : Daniel Craig et « Casino Royale » ont renouvelé la franchise.


Rien ne dure jamais. C'eut pu être un super titre de jamais Bond, manque de bol c'est le titre d'un… Die Hard 2. On eut bel et bien droit en revanche au psychédélique « Demain ne meurt jamais », mais si Demain est effectivement éternel force est de reconnaître qu'Hier meurt tous les jours. Rien d'étonnant donc à ce que Pierce Brosnan, après avoir été jeune, ait fini par devenir vieux… et par céder la place à un jeune, Daniel Craig, qui sera sans doute vieux dans trois épisodes. Personne n'en réchappe et les bondophiles ont peur de l'âge, sans doute à cause de Roger Moore qui incarna l'espion jusqu'à un âge indécent (cinquante-huit ans) et fait carrément croulant dans « Dangereusement vôtre » (un très bon épisode au demeurant). Seul Sean Connery parvint à incarner un vrai vieux Bond dans « Jamais plus jamais » (1983), épisode non-officiel où il reprend du service en parallèle à Moore et joue avec son image de sex-symbol vieillissant avec une jubilation évidente (les premières scènes montrent Bond contraint de subir une cure de remise en forme). Brosnan commençant au début des années deux mille à faire un peu vieux beau, il a en toute logique été remplacé par un illustre inconnu (Roger Moore - encore - mis à part le rôle pour le moins vampirique de Bond n'est jamais confié à des stars 3).

Dire pour autant que « Casino Royale » a renouvelé la franchise et remis les compteurs à zéro est cependant au moins aussi excessif qu'inexact : la période Craig, après deux films, s'annonce ni plus ni moins comme une variante de la période Timothy Dalton – c'est la fameuse Quête du Sens de TF1 revisitée par Hollywood. Les points communs entre les deux ?

- une époque où le film d'action connaît un vrai renouvellement (lui) : Die Hard dans les 80's, « 24 » ou Jason Bourne aujourd'hui.

- un retour au sources... c'est à dire, en langage bondien, un Bond plus dur, plus violent, plus brutal, moins gentleman  - espion - qu'est - violent - mais - quand - même - c'est - le - gendre - idéal. Bref : moins lisse que Papi Brossard… euh ! Pépé Brosnan.

- un acteur qui n'a pas du tout la tronche de l'emploi : Timothy Dalton l'acteur shakespearien hier, Daniel Craig aujourd'hui... les deux ayant pour point commun de ne pas avoir le côté dandy du Bond façon Connery – Moore, d'être doté de silhouettes athlétiques et d'une largeur d'épaule peu bondienne.

- un personnage capable de montrer un genre de sensibilité et même de tomber amoureux : dans « Permis de tuer », il y a vingt ans, on découvrait simultanément que Bond pouvait être amoureux, et même avoir un ami, en l'occurrence un espion assassiné qu'il voulait venger… c'est vous dire si « Quantum of Bidule » est révolutionnaire puisqu'il repose peu ou prou sur la même trame.

- des films plus proches d'un thriller d'action traditionnel que des bonderies habituelles.

Point commun subsidiaire ? « Tuer n'est pas jouer » fut très bien accueilli par la critique et le public, qui saluèrent le renouvellement de la franchise. Son successeur, « Permis de tuer », fut en revanche déchiré par tout ce que la planète comptait de commentateurs, sous prétexte que James Bond y était (quasi) dénaturé.

Ca ne vous rappelle rien ?


Chapitre 2 : avec « Casino Royale » puis « Quantum of Solace », James Bond est devenu une vraie série.


C'est le lieux commun le plus répandu… et le plus stupide. Ainsi sous prétexte que « Quantum of Solace » commence quelques minutes après la fin de « Casino Royale » James Bond serait plus une série qu'avant ? Le raisonnement est une jolie émanation de celui entourant le retour aux sources de Batman… mais il y a toujours eu une continuité interne dans James Bond. En fait, chaque changement d'acteur a opéré une remise de compteurs sériels à zéro, mais il y a bel et bien une suite narrative dans les James Bond de la période Connery, un peu moins avec Moore sans doute, et à nouveau avec Brosnan. Ne fût-ce cette évidence : les missions se succèdent et le héros vieilli. Certes, il n'évolue pas. Mais de par son concept même James Bond n'est pas à même d'évoluer, il n'évolue d'ailleurs pas plus sous la plume de Ian Flemming, dont les romans (que je vous recommande) ne se suivent ni se répondent pas plus que les aventures de Bond au cinéma. En fait, le vrai coup de poker de « Quantum of Solace » n'est pas d'avoir fait une suite… mais une suite directe. Histoire de faire péter les ventes de dvd de « Casino Royale » ? Peu importe : pour avoir vu les deux à quelques jours d'intervalles je vous assure qu'on ne comprend pas beaucoup plus « Quantum of What » en ayant vu le précédent. D'ailleurs, dans « Quantum of What », on ne comprend rien la plupart du temps.


Chapitre 3 : Ce n'est pas mauvais, mais James Bond est devenu un héros d'action ordinaire dans un film d'action ordinaire.


Ca, c'est mon lieu commun préféré de tous. En fait c'est moins un lieux commun que de la paresse intellectuelle pure et simple - je suis d'autant mieux placé pour l'affirmer qu'il m'est sans doute arrivé de l'écrire aussi. Pourtant en y réfléchissant, c'est une ineptie que de dire un truc pareil... et une telle unanimité dans le non-sens finit par rendre admiratif – c'est bien normal. D'abord parce que « QOS » est TRES mauvais. Ensuite parce qu'entre nous… qu'est-ce qu'un James Bond sinon un film d'action ordinaire ? Le James Bond des années 60 / 70 n'est-il pas la matrice de tous les films d'action des décennies suivantes ?

La remarque susmentionnée est à la fois amusante et angoissante en cela qu'elle offre une réaction totalement disproportionnée non par rapport à ce Bond représente… mais par rapport à ce qu'il est. La qualité (réelle) de « Casino Royale » semble avoir fait oublier à beaucoup, et plus encore aux néo-bondiphiles contemporains, que la qualité des films bondiens est depuis la nuit des temps inversement proportionnelle à la fascination exercercée par le mythe. A voir tous ces gens clamer que « QOS » est un film d'action ordinaire on est évidemment obligé de s'interroger : qu'ont de si extraordinaire tous les autres ? A vrai dire… rien. A part les deux premiers (allez, on va étendre au troisième, « Goldfinger », qui est assez culte même si déjà ce n'est plus pareil) aucun Bond n'a jamais été un monument du septième art – pas même « Casino Royale » (dont cinquante pourcent du charme vient du rajeunissement d'u npersonnage qu'on connaissait ailleurs). Certains épisodes (« Moonraker », « Rien que pour vos yeux » ou plus récemment « Meurs un autre jour ») sont même des daubes absolues, quant aux romans de Flemming, ils sont sympas, parfois très bons… mais quand on en a lu deux on les a tous lus (commentaire valant également pour la plupart des films à partir d' « Opération Tonnerre »). Dès lors dire de « Quantum of Solace » qu'il n'est qu'un banal film d'action… c'est refermer une porte pour mieux l'enfoncer en la criblant de balles de Walter PPK. A se demander ce que tous ces gens ont vu dans « Casino Royale » sinon ce qu'on peut voir dans la plupart des Bond : un film de garçons qui fait boum-boum, pan-pan et hum-hum. Peut-être avec un peu plus de fond que dans d'autres épisodes… mais avec surtout beaucoup de violons à la fin.

Idem pour le banal personnage d'action et sa variante Bond évoque Jack Bauer. Réglons le compte de la seconde assertion pour commencer : Bond n'arrive pas à la cheville de Jack, il n'a pas le quart du dixième de son épaisseur, et si l'on peut comprendre que voir Bond pourvu d'émotions puisse déstabiliser… précisons tout de même que les émotions selon Bond-Craig se limitent à froncer les sourcils et serrer les dents (un peu à la manière de Ron « Ridge Forrester » Moss dans Amour, Gloire & Beauté). Fichtre : que de fêlures ! Bauer est un personnage maudit et torturé, Bond, lui, a juste soif de vengeance… et encore on le sait juste parce qu'à un moment, M lui dit : « Vous êtes sûr que vous n'agissez pas par vengeance ? »… parce que nous, franchement, on n'avait pas trop vu la différence par rapport à d'habitude : quand Bond est en forme il baise des filles et tue des méchants (et des fois il baise des filles méchantes qu'il tue après) ; quand il est déprimé il tue des méchants et baise des filles.

De fait on s'interroge sur le pseudo dénaturement de James Bond dans ce film… : comment peut-on dénaturer un personnage dont le caractère tient sur un confetti plié en quatre ? D'ailleurs caractère est un grand mot : le caractère de James Bond se limite à une poignées d'attributs. 007 est reconnaissable à son matricule, son permis de tuer, son Aston Martin 4 et son Martini Gin – pas à un quelconque trait de personnalité. Sa seule particularité physique est d'être longiligne et brun… par conséquent depuis qu'il est joué par un blondinet taillé comme un rugbyman les producteurs ont officialisé ce qu'on savait depuis longtemps sans jamais le dire : n'importe quel britannnique capable de conduire une Aston Martin et de boire du Martini cul-sec est susceptibe d'incarner l'espion mythique. Ah si, quand même : Bond doit être un tueur froid et cynique, mais séduisant quand même. Ca tombe bien : Daniel Craig est expressif comme une falaise d'Etreta et, niveau cynisme, il conclut l'épisode avec le merveilleux « Les morts se moquent bien d'être vengés ». Un authentique James Bond. Fermez le ban !


Après Daniel Craig
(et sa gueule de Poutine)

Retrouvez Dobell-U
(et sa gueule de Dobell-U Bush)

dans le prochain James Bond :




Epilogue : et ce film, alors ?


Un gros machin qui fait boum-boum puis pan-pan et enfin hum-hum. Un peu plus boum-boum que dans d'autres épisodes ; nettement moins hum-hum. Niveau cahier des charges on reste sur sa faim : pas de girl fatale à la Famke Jensen, un des super-méchants les plus ternes de toute l'histoire bondienne… et surtout un scénario totalement incompréhensible, on ne peut d'ailleurs pas prouver qu'il y en a un : c'est juste l'air très pénétré de Craig qui laisse penser qu'il a une bonne raison de penser. A propos de Craig, il campe un James Bond mutique qui ne doit même pas avoir cinquante répliques en deux heures – enfin sauf si on compte ses coups de feu comme des répliques… auquel cas il n'arrête pas de parler. Une daube ? Car si les pires Bond avaient au moins pour eux le mérite du second degré, le Bond version Craig se prend pour sa part très au sérieux... déclenchant du coup la perplexité, puis l'ennui, puis l'hilarité.

Reste à savoir s'il fallait enquiller les lieux communs, inexactitudes et autres contre-vérités pour le dire ? Si cet épisode est une daube, ce n'est pas parce qu'il est moins bien que le précédent, parce qu'il dénature James Bond ou autres bêtises de ce genre... mais tout simplement parce que c'est film d'action tout pourri, dépourvu du moindre début d'histoire et dont les acteurs semblent avoir fait le pari de ruiner leur carrière (pour Craig c'est entendu : jouer James Bond, on le sait depuis des lustres, c'est la garanti de ne jamais rien faire après ; pour Amalric... ça va être dur de sauver sa crédibilité après ça... quant à la Girl bon, en ce qui la concerne, elle ira au cimetière des Bond-girls oubliées - soit donc la plupart en fait). Nulle dénaturation là-dedans. D'ailleurs la vraie dénaturation n'est-elle pas plutôt de faire de Bond ce qu'il n'est pas ?


1. Il va sans dire que cet édito est LE FAMEUX EDITO ANNULE il y a deux semaines... d'où son côté un peu décalé...

2. Pour être tout à fait exact c'est le titre du roman qui inspira à John McTiernan l'incontournable "Die Hard 1"

3. On parle bien sûr de vraies stars... avoir joué dans "Remingston Steele" n'est pas être une star...

4. Et encore, même pas : durant la période Brosna il conduisait une BMW... de là à dire qu'il avait viré beauf...

...

Oyez oyez, braves gens : le Roi n'est pas mort...

... oui bon : j'en rajoute un peu, mais il faut au moins ça pour remonter le moral de troupes inquiètes de la survie du Golb. Pas mal de choses m'ont en effet tenu pour le moins éloigné du Net ces derniers temps. J'y reviens doucement, néanmoins pour des raisons d'ordre purement technique (connexion), il faudra attendre janvier pour que tout rentre parfaitement dans l'ordre.

D'ici là, Le Golb va reprendre progressivement du service, mais sans doute pas à plus d'un ou deux articles par semaine. Un désagrément qui, j'en suis convaincu, ne vous empêchera de prendre quelque plaisir à sa lecture. D'autant qu'il sera probablement l'occasion d'un changement de formule plutôt bienvenu après tout ce temps.


On se retrouve donc mercredi pour le prochain édito.


...

Le Chemin des sortilèges (Nathalie Rheims, France, 2008)


« La brume restait accrochée aux bosquets qui défilaient le long de la voie. J'effaçai un peu de buée sur la vitre. Les premières maisons apparurent. »

Le nouveau roman de Nathalie Rheims, auteure que j'avais prévu de découvrir depuis un moment à force de lire son nom partout, s'ouvre dans une atmosphère de mystère plutôt séduisante renforcée par une qualité bien trop rare de nos jours : celle de propulser immédiatement le lecteur au cœur de l'intrigue. Pas de blabla inutile, une exposition réduite à deux paragraphes et le vif du sujet qui pointe le bout de son nez dès la page quinze... voici un livre qui démarre sous les meilleures augures, d'autant que l'écriture, quasi instinctive, ne manque pas de charme. L'espace d'un instant on parvient même (prouesse) à oublier cette couverture repoussoir et ce titre indigne de Jean Rollin (avec deuxl L - le réalisateur de films d'horreur cheaps... pas le grand écrivain !)... et on se retrouve à avoir envie de suivre la narratrice dans sa quête identitaire au pays de la Pyschanalyse et des Contes de Fées - puisque c'est de cela qu'il s'agit.

Las ! Chassez la première impression qu'elle reviendra bien vite au galop : si une bonne couverture est sensée dire quelque chose à propos du roman qu'elle illustre, nul doute que celle du « Chemin des sortilèges » en est une excellente. Car en fait de roman voici que ce livre très court (c'est quasiment son seul mérite) se métamorphose en divagation pseudo-psychanalytique fatigante et fatalement nombriliste que le style agréable de l'auteure ne parvient pas une seconde à sauver du naufrage.

Composé pour un quart (sur cent soixante dix-huit pages... je vous laisse faire le calcul) de citations de contes à peine explicitées, emmerdant comme le serait l'analyse d'un type croisé dans la salle d'attente de votre psy,et agrémenté d'un final éculé... ce « Chemin des sortilèges » ressemble surtout à un chemin de croix. Et ce qui était un concept (relativement) séduisant de devenir un procédé aussi absurde que répétitif : à quoi bon en effet s'appuyer sur les contes de fées dans le cadre d'une analyse si c'est pour dégager desdits contes des réflexions superficielles effleurant à peine le niveau d'un dossier Œdipe toi-même ! dans Psychologie Magazine ? Et encore : je suis très dur avec le journal.

Parti pour fasciner le récit achève de s'enliser à la moitié, et à force de ressassement les clin d'œils déjà peu subtils à Bettelheim et Angela Carter (il n'y a pas des lois, en France, contre le racolage ???) finissent par se changer en œillades des plus vulgaires - quelque part entre Indochine et Mirelle Dumas.

Bref : à offrir pour Noël à votre méchante belle-mère.


le genre :  introspectif

la note :  




  CE QU'EN PENSE FASHION qui, moins fainéante que moi, a eu le courage de lister la plupart des avis sur ce bouquin



On Chesil Beach (Ian McEwan, Angleterre, 2007)

V.F. : SUR LA PLAGE DE CHESIL


Voilà bien longtemps qu'Ian McEwan, qui n'est pas spécialement connu pour être ni un grand comique ni un gentil romantique, n'avait pas commis un livre aussi tendre, délicat... pour ne pas dire tout simplement humain. Généralement adepte de la noirceur la plus totale, virtuose de l'oppression (Cf. son précédent roman, « Saturday ») excellant à broyer ses personnages sous les intrigues les plus vicieuses... McEwan, vraiment, ne semblait pas sur le papier apte à faire pleurer dans les chaumières - si ce n'est évidemment d'angoisse. C'est donc avec un certain scepticisme qu'on s'aventure sur cette plage de Chesil ; le texte après tout est court, « For You » vient de paraître en Angleterre... celui-là a donc de grandes chances de n'être qu'un petit récit intermédiaire.

Surprise : non seulement « On Chesil Beach » est loin d'être un McEwan mineur, mais il marquera sans doute durablement l'œuvre de l'auteur - sa délicatesse et sa douceur tranchant avec la noirissime trilogie 1 qu'il vient de conclure. Ou comment un couple de jeune mariés se retrouve enfin seul, en tête à tête, le temps d'une nuit de noce tant attendue... qui va se révéler cauchemardesque.

Deux personnages, peu de mots, une poignée de flashbacks et une œuvre où les non-dits ont presqu'autant de place que la narration elle-même... dans « On Chesil beach », McEwan atteint un degré d'épure difficile à concevoir tant qu'on ne l'a pas lu. Car à une écriture inhabituellement sensuelle (du moins pour lui) il ajoute ici un don incroyable pour la suggestion, le sous-entendu... à mile lieues du foisonnement de « Saturday » - dont ce nouveau roman pourrait presqu'être considéré comme le double inversé. Ecrire le trouble du désir, restituer l'émotion d'une première fois... ce sont en soi des choses délicates - même pour un grand écrivain. Alors les laisser deviner sans jamais les évoquer de manière frontale... on n'est plus dans le roman - mais dans la performance littéraire.

Idem pour le sous-texte entourant la Révolution Sexuelle, ou pour être exact son absence (l'histoire se déroule en 1962). Tous les commentateurs du livre ont noté cette allusion... qui n'est pas énoncée une seule fois dans ce roman où McEwan, a contrario du didactisme parfois un brin pesant de ses compatriotes contemporains, parvient à mettre en relief toute une époque sans quasiment jamais la montrer. Juste dans les mœurs, dans les caractères, dans quelques mots abandonnés ici ou là comme par erreur... impressionnant et même, souvent, étourdissant. Car bien entendu au-delà de l'histoire et de ce couple bouleversant, « On Chesil Beach » est bel et bien la réponse cinglante qu'un McEwan au sommet de son art adresse aux incultes rêvant de liquider l'héritage de soixante-huit 2.


le genre :    tête à tête

la note :    


JUSQU'AU 30 NOVEMBRE, IAN McEWAN EST L'ARISTOCHAT



1. Trilogie imaginaire, bien entendu, constituée d' « Amsterdam », d' « Astonement » et de « Saturday » ; trois œuvres noires aux titres cinglant présentant sous des jour différents - quoique très similaires dans l'écriture - le même type de désintégration de leurs caractères.

2. Le phénomène néo-réac de rejet sans nuance de la libération sexuelle n'étant évidemment pas une spécifité française... bien au contraire il est né en Angleterre.


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