Transit Express (Yves Simon, France, 1975)
Longtemps j’ai ignoré Yves Simon. Le chanteur comme l’écrivain. Ca ne m’intéressait pas du tout, pour moi c’était un mec de la variétoche et ses livres ne pouvaient guère avoir plus d’intérêt que ses disques. Pensez-donc qu’un jour d’abus de substances illicites (on espère) il avait eu l’idée folle de collaborer avec Jean-Jacques Goldman…qu’est-ce que je pouvais donc trouver qui me parle dans son œuvre ?
C’est qu’au milieu des années quatre-vingt dix la vision qu’on pouvait avoir de Simon était peu prou celle d’un has-been qui avait fini par vendre son âme au diable, dommage collatéral d’une carrière musicale qui s’est carrément cassée la gueule dans les années quatre-vingt. Oh bien sûr il y a quelques bons titres sur L’Abyssinie ou Liaisons…mais ils sont noyés dans une production indigente, catastrophique – sans aucun doute ce qu’on a fait de plus mauvais en matière d’arrangements depuis l’invention de la musique. Si vous vous êtes jamais demandés ce qu’il y avait de pire que le son d'un disque publié entre 1983 et 1991, voici enfin la réponse attendue : le son d'un disque français publié entre 1983 et 1991. Une période noirissime durant laquelle la variétoche s’est mise à absorber les gros sons rutilants du rock FM anglo-saxon pour aboutir à la starification d’horreurs dont la seule évocation de leurs noms suffirait à faire peur au plus retors des esthètes (c’est d’ailleurs pourquoi on en citera aucun ici).
Yves Simon, pour moi, rentrait dans cette catégorie. Et comme en ce temps-là il ne publiait plus d’albums (il n’y a rien dans sa discographie entre 1986 et 1999)…il y avait assez peu de chances que je change mon fusil d’épaule. C’est donc vraiment par le plus grand des hasards que j’ai lu « L’Homme Arc-en-ciel »…et dépassé mes a priori. Voici un livre qui, pour n’en contenir pas moins quelques faiblesses, m’a vraiment perturbé. Il y avait là un foisonnement de mots, quelque chose d’assez inédit pour le jeune homme que j’étais alors…quelque chose de vraiment fort, comme des petits fragments de poésie partant dans tous les sens pour aboutir à un tout construit. Je n’avais jamais rien lu de tel, et aujourd’hui je sais que c’est tout simplement parce que la seule chose à laquelle on peut comparer un livre d’Yves Simon…c’est un disque d’Yves Simon !
Après ce choc il a donc fallu que je sache, que je sois sûr de mon coup de cœur. Que je cherche d’autres livres, d’autres fragments poétiques, plus forts, plus absolument irrésistibles. C’est comme ça que « Transit-Express » (paru juste après) m’est tombé dans les pattes.
Imaginons un instant : Patricia Highsmith n'aurait pas été une spécialiste du polar. « L'Inconnu du Nord Express » aurait été un roman de
littérature dite générale, et ses héros auraient échangé autre chose qu’un meurtre.
Eh bien on aurait eu un équivalent à ce « Transit-Express ».
Deux hommes se rencontrent dans une salle d'attente. Epuisé par un quotidien harassant, au bord du suicide, Marco cède à la proposition de son interlocuteur : il échange la clé de son appart miteux contre un billet de train. Un billet pour une nouvelle vie ? Le voilà parti à l'aventure. Loin de tout. Et surtout le plus loin possible de lui-même. Peu importe la destination, c’est le voyage auquel nous invite l’auteur qui compte. Et en terme de voyage, Simon s’y entend comme personne : « Transit-Express » n’est pas un livre – c’est un trip. Poétique, onirique. Etourdissant. Raconter un livre d'Yves Simon revient à essayer de reproduire à main levée un tableau de maître. Il est même curieux de constater que cet homme, chanteur et écrivain, s'avère finalement si proche de l'art pictural. L’histoire étant avant tout celle d’une introspection…narrer des faits serait inutile. Et impossible de tenter de rivaliser avec la majesté du verbe employé. Difficile en effet de considérer un tel texte comme un romans au sens classique du terme. Tout y est question de style. De musicalité des mots, de rythme des phrases...de transcendance en somme. L'égarement de son héros est exprimé par des phrases saccadées, parfois coupées, un nombre incalculable de points de suspensions...qui est-il vraiment ? Que cherche t'il dans cette fuite aussi désespérée qu'impromptue ?
On en sait guère plus à la fin du livre, très court. En revanche, on a l'impression de sortir d'un rêve étrange, presque absurde par instant, emporté par des mots qu'Yves Simon manie mieux que beaucoup d’autres plus aimés des professionnels de la critique. Comme si, finalement, il n'y avait que cela qui comptait : la beauté du langage, la manière dont il parait retranscrire à la perfection les émotions d'un homme - fictives bien sûr. Ce n'est qu'un personnage , et c'est là tout le talent de Simon : Marco prend corps non avec de la chair mais avec des marques de ponctuation. Avec une écriture à la fois limpide et complexe, instinctive et décomplexée - presque physique en fait. A la Kafka, en quelque sorte.
Alors évidemment…après un tel choc, j’ai voulu entendre les disques. Et j’ai découvert la bande-originale de ce livre. Et je me suis aperçu qu’Yves Simon n’était pas un long couteau de la variétoche, mais un grand musicien qui, comme tant d’autres de sa génération, s’est juste paumé dans les années quatre-vingt. Je ne saurais trop vous recommander de poser une oreille sur Au pays des merveilles de Juliet (1973) et Respirer, Chanter (1974). De véritables chefs d’œuvre de pop impressionniste et psychédélique…comme j’ai longtemps cru qu’il n’y en avait jamais eu, en France, à cette époque…
Relire un livre qu’on a adoré est toujours une épreuve. Cela ouvre parfois la porte à une amère déception, d’autres fois à une excitation hors du commun. La plupart des gens ne pratique pas la relecture et développera à ce sujet tout un argumentaire contre on ne peut plus respectable, néanmoins je ne serai pas si péremptoire. Certaines relectures sont inutiles, d’autres détruisent le souvenir de la première…et d’autres encore le transcendent. Quoiqu’il en soit cela mérite toujours une réflexion préalable. Je sais que pas mal de gens trouvent que je fais trop de relectures, au détriment d’œuvres que je n’ai jamais lues. Mais les choses sont plus compliquées que ça, de mon point de vue : d’abord parce que ma vitesse de lecture (on ne va pas y revenir) m’autorise le luxe de relire ; ensuite parce que je ne choisis pas mes relectures au hasard, il se passe parfois plusieurs mois entre le moment où j’ai envie de relire un bouquin et celui où je le fais vraiment, mois durant lesquels j'évalue les risques de cruelle désillusion. Ca ne se fait pas n’importe comment, et au final…pourquoi pas ? Vous réécoutez bien les disques, non ? C’est somme toute logique, à moins de croire que vous aurez fait le tour du Ring de Wagner à la première écoute (auquel vous n’êtes même pas des génies tout simplement parce que ce n’est pas possible – par conséquent c’est que vous n’existez pas). Vous revoyez même sûrement des films. Vous avez sûrement déjà acheté des dvds de films que vous aviez vus et adoré, et la possession de ces dvds signifie que vous comptez quand même les revoir un jour, sinon vous feriez comme moi : vous les emprunteriez.
Pourquoi alors ne pas faire pareil avec les livres ? Parce que lire un livre prend plus du temps et que vous préférez employer ce temps à lire des choses que vous n’avez jamais lues ? Je vous l’accorde. Cela dit si on considère le pourcentage de chefs d’œuvre qu’on lira dans une vie, ou même juste de très bons livres – de ceux qui nous marquent vraiment…dans une année je lis trois fois plus de livres pas forcément mauvais mais oubliables que de livres dont je me souviendrai dans cinq ans, d’ailleurs il m’arrive d’en oublier réellement (ce qui devrait constituer une réponse suffisante à ceux qui pensent se retrouver en coup de cœur par pure sympathie)...
Alors oui, je crois que je préfère relire cinq fois « Mystic River » plutôt qu’une seule page du dernier Beigbeder.
« On rêve tous de vivre un drame. Pas de celui des factures impayées et des disputes domestiques. Non. Ce drame là était tout à fait réel, et en même temps, il dépassait toute réalité. »
Je l’avais lu il
y a longtemps, au moment de sa sortie. Je ne l’ai jamais oublié, en revanche j’ai laissé l’auteur de côté. Sans raison, juste parce que je n’y ai plus pensé. Parce que « Mystic River », quelque
part, me suffisait. Et aujourd’hui que je connais beaucoup mieux Dennis Lehane…j’ai confirmation de cette sensation : il s’agit non seulement du meilleur livre que j’ai lu de lui, mais surtout il
s’agit manifestement d’une œuvre-somme, d’un concentré sur cinq cents pages de toutes ses obsessions et de tout son talent. Ma seconde lecture fut un prolongement presque naturel de la longue et
passionnante réflexion amorcée il y an par Gaëlle, qui me convainquit alors de me plonger
complètement dans l’œuvre de Lehane (avec « Prayers for rain », puis « Shutter Island » et enfin « A drink before the War » - le reste suivra sous
peu). Je ne saurais trop vous recommander d’apprendre par cœur cet billet, qui réussit la performance proprement ahurissante de tout dire sur « Mystic River »…sans parler une seule fois de ce
livre ! A tel point que je pourrais quasiment reprendre chaque argument développé par Gaëlle en y accollant une illustration extraite de ce roman-ci – ce que je ne ferai évidemment pas même si ma
paresse naturelle le préconise.Toujours est-il que je relisais « Mystic River » avec l’inquiétude de ne pas autant l’aimer qu’il y a six ans…et que j’en suis sorti avec la conviction qu’il avait désormais sa place dans Mes livres à moi (et rien qu’à moi), rubrique à laquelle il n’était pas du tout destiné initialement.
Sa construction en est étourdissante : le film (grandiose) de Clint Eastwood me l’avait fait oublier, mais « Mystic River » n’est pas une seule histoire – plutôt trois qui s’entre-mêlent. Trois histoires pour trois gosses qu’on attrape ados, en 1975, et qu’on ne lâchera plus jusqu’au plus ahurissant des finals. Dave, Jimmy, Sean, ados comme les autres dont les vies vont basculer – mais pas précisément aux mêmes moments comme le laisse croire le film.
1975, donc : deux types se faisant passer pour des flics les interpellent un soir. Ils embarquent Dave, qu’on ne reverra plus pendant quatre jours. Il réapparaîtra subitement, prétendant s’être échappé. On ne saura jamais vraiment ce qui lui est arrivé. Quelque chose d’assez traumatisant, manifestement, pour le couper complètement du monde – et donc de ses deux copains. Ces passages, réduits à peau de chagrin dans le long-métrage, sont absolument grandioses sous la plume de Lehane, qui croque en finesse les peurs enfantines, la rage adolescente, la perte de soi. Sensationnel.
Le temps fait son œuvre, les trois ados se perdent plus ou moins de vue, deviennent adultes, se marient, Sean divorce, Jimmy perd sa femme alors qu’il est en prison…chacun avance à sa manière, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent à nouveau en présence. Un matin Katie, la fille de Jimmy, disparaît. Sean est devenu un flic taciturne bordel-line, il enquête sur l’affaire. L’aventure de 1975 revient rapidement sur le tapis : ce drame d’autant plus traumatisant qu’ils en ignorent les tenants et aboutissants à fini par gommer tous leurs autres souvenirs d’amitié. Et il trouve bien sûr son écho dans le drame qui les réunit à nouveau – Dave ne tardant pas à les rejoindre.
On en dira pas plus – ça n’aurait aucun intérêt. L’intrigue s’éparpille ensuite en de multiples ramifications, cela dit à ce stade le ver est déjà dans le fruit. Et ce ver c’est (bien sûr) celui de la violence, qui monte d’un cran à chaque page. Fascinant Lehane qui transmet sa propre fascination pour la naissance de cette violence, le dépôt d’un germe dans le passé qui explose au grand jour au présent. C’est moins ce qu’a vécu Dave en soi qui l’a amené à devenir une boule de colère sourde que ce qui a suivi le drame indicible : le silence, l’incapacité pour la parole de se frayer un chemin, l’enfermement en soi-même.
...
Lehane étant encore trop jeune pour que ses obsessions soient déjà devenues de vieilles marottes, il joint le geste à la parole en faisant gronder la ville…je me suis étonné en lisant cela que personne n’ait remarqué ce détail : j’ai vu beaucoup d’articles sur la ville, Boston et sa banlieue pourrie, dans l’œuvre de Dennis Lehane, mais aucun qui note cette obsession pour la ville qui gronde, la ville à deux doigts d’exploser, la ville qui se révolte contre l’ordre incarné par une police ne tenant plus grand chose. Dans au moins trois histoires de Lehane cette tension de la communauté est palpable (« A drink before the War », « Gone, Baby Gone » et « Mystic River »), et ici elle se traduit par une narration en vrille, ricochant d’un personnage à l’autre avec une espèce d’inéluctabilité qui rappelle par instant la tragédie antique (Franswa, nos hommages) : unité de temps (une poignée de jours à partir de 2000), unité de lieux et surtout…on s’aperçoit rapidement que la valse aux alliances des Flats a mis un peu tout le monde dans le même bâteau, qu’à part Sean – l’intru enquêtant – tous les autres appartiennent à peu de choses près à la même famille consanguine et dévastée par la mort de Katie. Et ils subissent une espèce de mécanique implacable, de pression sautant un cran à chaque étape : disparition, découverte de la voiture, découverte du corps, début de l’enquête, enterrement…chaque cran est un pas de plus vers le chaos – émeute ou vendetta (ça vous rappelle quelque chose ? Rassurez-vous : c'est normal). On voit arriver l’explosion de violence à des kilomètres…même le lecteur qui pensait lire un banal polar se doutant rapidement que la résolution de l’enquête ne passera pas vraiment par des voix traditionnelles. Et d’ailleurs que peuvent les deux flics face à la douleur de Jimmy et de sa clique ? Que peuvent-ils contre la haine ? Rien : Sean le gentil policier se fera dépasser par les évènements en moins de deux, spectateur impuissant d’une enquête qui lui aura totalement échappé et aura ravivé en lui bien des fêlures.
Vertigineux, donc. Et remarquablement écrit, trop peut-être : Lehane a un style tellement sensationnel qu’il donne à une grande majorité de ses admirateurs l'impression que la plupart des polars sont mal écrits. C’est ce qui s’appelle transcender un genre, et c’est plutôt une qualité.
Le revers de la médaille c’est qu’aujourd’hui, comme tout lecteur de « Mystic River » et de quelques autres…j’en suis à chercher désespérément, fiévreusement un truc qui soit « aussi fort que Lehane »…
…je risque de chercher longtemps.
CE QU’ILS EN PENSENT :
Trois autres livres pour découvrir Dennis Lehane :
Darkness, take my hand (1996)
Gone, Baby Gone (1999)
Shutter Island (2003)
Je crois que la littérature m’épatera toujours, et avec elle ses clans, ses courants et ses chapelles. Machin a fondé le mouvement Bidule, Truc l’école du Chose…foutaises que tout ça ! Les vrais amateurs le savent : en littérature il n’y a que deux clans – les bons et les nases.
Comme on pouvait s’y attendre dans une telle rubrique je vais plutôt vous parler des Bons – quoique personne ne serait étonné venant de moi que je ponde un jour article intitulé Les livres nuls que j’adore quand même (même si j’ai un peu honte). La littérature n’étant faite de que subdivisions, le clans des Bons se divise en gros en deux familles distinctes : le Club des Ecrivains Subversifs et les autres. Les subversifs étant trop nombreux pour être comptés (il faut dire que c’est une mode que beaucoup ont suivi sans le moindre scrupule…ni hélas le moindre discernement – qui a dit Christine Angot ?) on valide leur appartenance à ce club tellement fermé qu’il n’a jamais été officiellement reconnu comme tel en fonction de ce qu’un de leur livre a provoqué soit un énorme scandale, soit un procès soit carrément une interdiction (l’idéal étant bien sûr d’avoir les trois – ce qui devient tout de même assez rare de nos jours).
Attention cependant : tous les auteurs réunissant l’une de ces caractéristiques ne font pas pour autant automatiquement partie du Club des Subversifs. Par exemple : si Cecilia Sarkozy avait réussi à faire interdire le livre « Cecilia » via la voie juridique son auteure, Madame Bitton, n’aurait pas été proclamée dès le lendemain membre du Club des Ecrivains Subversifs. C’est un petit peu plus compliqué que ça, mais comme je ne voudrais pas vous embrouiller on dira que les deux qualités subsidiaires pour entrer dans le club sont d’être un écrivain doué (quand même) et ne pas avoir un nom complètement ridicule.
Donc ! Henry Miller. Lui-même. L’immense Henry Miller, un des pilliers du Clubs des Subversifs, chaînon manquant entre D.H. Lawrence et Bukowski (du moins dans l’écriture et dans la liberté de ton). Qui fait qui plus est partie d’un second club illustre : le Club des Miller Géniaux, encore plus fermé que l’autre puisqu’on y trouve que lui et Arthur (ce n’est pas Gérard qui dira le contraire, qui essaie désespérément d’obtenir sa carte de membre depuis quinze ans au bas mot).
Miller est un peu le subversif par excellence, celui qui paya le prix fort pour sa subversion au point qu’il ne réussit à publier son premier roman, « Tropic Of Cancer »…qu'à quarante-trois ans ! Certes, la littérature fut pour lui une vocation tardive (son texte le plus ancien, « Clipped Wings » ayant été écrit vers l'âge de trente-et-un ans), mais il faut également se souvenir que ses manuscrits, jugés trop politiquement, religieusement et sexuellement incorrects (un peu comme ce blog ?), furent rejetés par quasiment toutes les maisons d'éditions américaines...Miller fuit donc vers l'Europe, et plus spécialement Paris où il s'installa et continua d'éprouver toutes les peines du monde à se faire publier...c’est dire s’il est amusant, en 2008, de le lire dans des collections plus académiques les unes que les autres…parce que s’il y a bien un auteur qui ne sera jamais de près ou de loin académique, c’est celui-là.
Je ne me souviens plus
vraiment comment j’ai découvert Miller lui-même, sans doute par hasard et sans doute avec émotion. Ce dont je me souviens en revanche c’est d’avoir découvert « Tropic Of Capricorn » on
ne peut plus tardivement, puisqu'après la fameuse Rosy Crucifixion, bien après l’excellentissime « A Devil in Paradise » (idéal pour qui
souhaiterait s’initier à l’auteur), et très longtemps après les autres volets de la trilogie qu’il conclut : L’Obelisk Trilogy – entamée avec
« Tropic Of Cancer » (logique) et poursuivie avec « Black Spring » (un peu moins). C’est même un pur hasard si j’ai lu les trois volets dans l’ordre, hasard qui plus est d’un
intérêt plus que relatif : c'est dans ce dernier volume que Miller évoque ses souvenirs d'adolescence et de jeunesse...soit donc des trucs antérieurs à ce qu’il raconte dans les deux volumes
précédents.
Une jeunesse étonnante, pour le moins : voleur, mythomane, obsédé sexuel...le jeune Miller est un être marginal, rejeté tant par sa famille que ses concitoyens ; un jeune homme qui refuse de s'insérer dans la société, frémit à la simple évocation du mot travail et n'a pas encore d'aspirations littéraires ou artistiques.
(bref, un mec prometteur ! )
On est loin, très loin du Bukowski trouvant la rédemption par l’écriture dans « Factotum », loin de l’image du type qui naît écrivain et fait tout pour le devenir – et par extension vivre de sa plume. Miller est à des années lumières de cela, rageur et paumé, un jeune gars n’ayant rien à foutre et rien à voir trompant l’ennui urbain avec la même hargne et le même dégoût que quinze générations de révoltés ne sachant pas trop contre quoi ils se révoltent. En un mot : nihiliste. Le jeune Miller vomit non seulement son entourage mais bel et bien l'humanité toute entière...il se voit en apôtre du chaos - puisque s'opposant à l'ordre...et puis bien sûr, il commence à mûrir. Et lâche cette phrase pour le moins éloquente :
« CONFUSION est un mot que l'homme a inventé pour désigner l'ordre, mais quand il ne le comprends pas »
Il grandit, donc, rencontre d'autres personnes, s'attache aux gens...entend parler du mouvement dadaïste et de son manifeste de 1916...il comprend qu'ailleurs, d'autres gens ressentent ce qu'il ressent lui-même. Que ce sont des artistes, et qu'il est de cette race.
Et le roman de prendre un tour initiatique aussi séduisant qu'inattendu. Bouleversant, forcément bouleversant, comme souvent la naissance d’une vocation. Le
tout est écrit dans un style unique, car du Miller restera toujours du Miller : écriture explosée, refus des conventions de la littérature traditionnelle, paragraphes et chapitres interminables,
comme si l'auteur refusait d'accorder à son lecteur la moindre respiration, comme s'il voulait le voir suffoquer comme il suffoque lui-même de l'univers qu'il décrit. Et si ce monument est
indirectement responsable d'une grosse partie de ce que la littérature (notamment française) nous a offert de plus laid, con et rance depuis vingt ans...il n'y a aucune bonne raison de négliger
Radiohead parce qu'ils ont remis à la mode le prog-rock gémissant, non ?
Un chef d'oeuvre, un vrai. Le roman punk par excellence.
Trois autres livres pour découvrir Henry Miller :
Tropic Of Cancer (1934)
A Devil in Paradise (1956)
Nexus (1960)
La Modification (Michel Butor, France, 1957)
Michel Butor ne manque pas de mots, mais vous en manquerez sûrement pour en parler après. Peut-être d’ailleurs ne le devriez-vous tout simplement pas – à moins d’avoir le talent de Sandra. Laquelle me réclame à grands cris cette note depuis un mois…
…moi, parler de Butor ? Moi avec mes métaphores foireuses filées n’importe comment, mes jugements à l’emporte-pièce et mes phrases alambiquées qui mettent trois pages à ne rien dire ? Moi…Moi je suis la négation de Michel Butor. Son antithèse absolue, la preuve s’il en était besoin qu’il n’aura jamais d’héritier digne de porter la croix de ses « Répertoires ».
Et c’est aussi pour cela que je l’adore.
Nouveau Roman nous dit-on. Michel Butor, Pape du Nouveau Roman. Comme Robbe-Grillet. Comme plein d’autres. Le Nouveau Roman…on m’en parle depuis longtemps. Jamais su ce que ça voulait dire. Pourtant je les ai lus, les Beckett et les Duras, les Simon et les Cayrol, tous ces gens jetés dans un même sac informe. Je les ai lus et aimés, tous ou presque. Compris ? Je l’espère. Je ne pourrais pas l’affirmer, le contraire serait les insulter tant ils ont pris de plaisir à brouiller les pistes. De toute façon…l’expression, au départ, était péjorative. Et comme disait ce vieux Lemmy…Si c’est nouveau quelque chose, c’est que c’est de la merde.
L’idée était là. Beaucoup de romanciers contemporains détestent d’ailleurs cordialement le Nouveau Roman. Certains vont même jusqu’à prétendre que le
Nouveau Roman a tué le roman – ce qui n’est pas vrai. Il (Butor en tête) a en revanche essayé de tuer les systèmes de narration classiques, c’est indéniable. Cela mérite t’il la
potence ? De qui se moque t’on ? Il y a quelques temps, nous ergotions gentiment avec Christian au sujet de la prise de risques en littérature…eh bien voilà des gens qui prenaient des risques, ce
qui ne signifie pas forcément que le résultat était toujours grandiose – mais l’ambition était là. Ils tenaient d’une main de flambeau des surréalistes…de l’autre celui des existentialistes…et ça
pour flamber, ça flambait. Alors non, on ne peut détester le nouveau roman pour tout ça. Ca reviendrait, en musique, à détester Suicide pour avoir voulu saccager la musique pop et ses
sempiternelles constructions. Pour avoir voulu faire avancer les choses en en reniant d’autres. Reproche t’on à Stockhausen
d’avoir ruiné la musique pour cause d’excès de minimalisme ? Voilà où nous en sommes : Butor, le Stockhausen de la littérature. Rien moins.
Qui arrêta les frais assez vite en matière de roman. De même que John Lydon déclara un jour ne plus jamais avoir voulu jouer de rock'n'roll après Never mind the bollocks, convaincu qu'on
ne pouvait faire plus fort...Butor après « La Modification » ne touchera plus jamais au roman - à tort ou à raison. La messe était dite. Au
bout de trois bouquins. On ne pouvait pas aller plus loin, lui en tout cas ne pouvait pas.
Près de cinquante ans après, personne n'est encore venu prouver le contraire.
On conviendra néanmoins que le terme Nouveau Roman était fort mal choisi, et ce mouvement un non-mouvement. Nul, idiot à plus d’un titre. Il n’existe dans les faits aucun lien logiquement littéraire entre tous ses auteurs – leur éditeur mis à part (et encore). Comment comprendre en effet qu'un même courant abrite l’épure (l'ascétisme même) d'une Duras et le foisonnement d'un Butor, son souci du détail, ce regard acéré auquel rien n'échappe ?
Si à tout prendre le temps m’a fait
préférer « Portrait de l’artiste en jeune singe » ou « Gyroscope » (logique : une œuvre bâtie autour de l’expérimentation, de la progression…ne peut être réduite à un
texte de presque jeunesse – Butor a alors trente-deux ans et deux livres à son actif), si pour tout dire l’œuvre est si immense qu'avec cet auteur mon préféré est presque toujours le prochain qui
me tombera sous la main…bien sûr « La Modification » demeure incontournable. En tant que tel. C’est un peu le Manifeste du Réalisme, mais sans le réalisme et sans le côté gueulard d’un
manifeste (je sais : cette phrase ne veut rien dire).
Incontournable, disais-je…le mot exacte serait : capitale. Parce que « La Modification » n’est pas un livre. C’est une vie. La littérature portée à la dimension de l’existence. C’est le livre qui prouve que la littérature est plus forte que tout, peut-être plus forte que la vie humaine elle-même. Ce sont les Portes de la Perception qui s’ouvrent sans la drogue, juste avec des mots. Le psychédélisme le plus absolu, avec dix ans d’avance et la garantie de ne jamais vieillir à cause des synthés super moches utilisés en guise d’arrangements.
On y entre comme on s'endort. Comme dans ce bref laps de temps où l'on n'est pas encore endormi mais plus tout à fait éveillé. Ce moment qui inspira tant Nerval autrefois : le sommeil paradoxal, comme on dit dans les mauvais films de SF (en fait il y a un vrai nom scientifique en hypo, dont je ne me rappelle jamais).
On y entre et l’auteur est là. Il nous prend la main, mais avec des mots.
Le ton est clair, blanc, presque neutre.
La narration se fait alors sur le mode du vouvoiement. Il n’y en a pas beaucoup, des romans entiers sur ce mode, parce que c’est extrêmement difficile de tenir sur la durée. Ca peut devenir répétitif assez facilement, si l’on n’y fait pas gaffe. Ce qui n’est évidemment pas le cas de Butor, qui nous vouvoie fort respectueusement…à moins qu’il nous tutoie et que nous soyons plusieurs… ? C’est possible aussi. On n’en sait rien. On ne veut pas le savoir. On fera tout ce qu’il nous dira – il le dit trop bien pour qu’on résiste. Et ainsi s’effacent les répères. Le lecteur, déjà, n’en est plus tout à fait un. Vous n'êtes pas en train de lire le roman. Vous n'êtes même pas dans le roman, vous êtes le roman. Vous êtes le personnage, et vous ignorez tout de vous même. Et Butor vous dévoile, de fil en aiguille, non tant ce qui va vous arriver que ce que vous êtes. Il vous révèle votre vie.
Sensation étrange, idée littéraire géniale, qui du coup a totalement éclipsé le style magique de l'auteur. Car finalement, peu importe qui est le narrateur, qui est le personnage, qui est le lecteur (et peu importe que ces trois entités se trouvent d'un coup fondues en une seule). L'important c'est la magie des mots, la petite musique lancinante qu'ils forment en s'assemblant les uns avec les autres. Il n’y a pas d’histoire dans « La Modification » (enfin…si, mais toute tentative de résumé linéaire serait nulle et non-avenue tant tout se passe ailleurs, au-delà du texte lui-même). Et même après l'avoir lu trois fois (oui) je suis incapable de vous dire ce qu'on modifie dans ce livre. Ou plutôt je change d’avis sur la question à chaque fois…ce qui modifie donc au moins un truc : mon avis. Et d’ailleurs c’est peut-être nous, que le roman modifie. En revanche, je peux vous dire que c'est un livre bouillonnant d'une mécanique impeccable, si parfaitement huilée, si parfaitement rodée qu'on est littéralement absorbé dès les premières lignes. Comme si chaque mot était à sa place. Pas un qui manque, pas un de trop.
On en ressort incroyablement heureux. Totalement lessivé aussi, car on l'a lu en entier sans se rendre compte qu'on ne l'a pas lâché pendant les 20 dernières heures. Mais on est surtout heureux.
Car on a pas seulement lu un livre : on l'a vécu, et l’on a vécu les mots superbes de Michel Butor.
Il y a plus désagréable.
Trois autres livres pour découvrir Michel Butor :
L'Emploi du temps (1956)
Portrait de l'artiste en jeune singe (1967)
Gyroscope (1996)
As I Lay Dying (William Faulkner, USA, 1930)
Si vous aviez envie me tuer (je ne vois pas trop pourquoi mais bon, admettons) ce ne serait franchement pas trop compliqué. Il vous suffirait de venir vous asseoir en face de moi, de me regarder
les yeux dans les yeux et d’énoncer un jugement objectif sur Faulkner.
Il n’en faudrait sans doute pas plus pour m’achever. Si l’objectivité existait vraiment, ce serait probablement le truc que je détesterais le plus monde.
Faulkner étant, pour sa part, bien placé au Paradis des Trucs Que J’aime Le Plus Au Monde.
Oui, j’aime Faulkner, mais au vrai sens du terme. Je suis amoureux de lui. C’est le meilleur. D’ailleurs, souvent, je l’appelle William. Ou Willy. On est comme les doigts de la main – ou disons les pages collées d’un vieux livre. Pour moi il est le modèle absolu, l’auteur ultime qu’on ne pourra jamais ni atteindre ni dépasser. Loin devant Roth, Bukowski ou Balzac ou n’importe lequel de mes auteurs chouchous. Faulkner est le meilleur. Ce qui ne l’a pas empêché d’écrire de mauvais romans, mais m’a toujours empêché, moi, de le dénigrer. Normal : quand on est amoureux de quelqu’un, on lui pardonne même ses échecs ou ses travers. Personne n’a jamais plaqué sa moitié parce qu’elle s’était faite licencier. Par conséquent je n’ai pas plaqué Faulkner après « Intruder in the dust ».
Paradoxalement et un peu comme pour les Smashing Pumpkins l'autre jour, il y a finalement assez
peu de livres de Willy que je considère vraiment comme indispensables à toute bibliothèque digne de ce nom. La Trilogie-Qu’en-Est-Pas-Une-Mais-Qu’on-Appelle-Quand-Même-Tous-La-
Trilogie-Sans-Trop-Savoir-Pourquoi (c’est à dire « The Sound & The
Fury », « As I Lay Dying » et « Sanctuary »), "Light in August" et « The Wild Palms ». Ca fait cinq romans, ce
qui est finalement assez peu si on considère que mon quasi-dieu en a écrit un total de dix-huit et demi (parce que « Flags in the dust » n’en est pas complètement un : c’est une
version amplifiée de « Sartoris » qu’on ne peut pas réellement considérer comme un autre livre). Quantitativement
ça fait moins que la plupart des mes auteurs favoris.
Et ce n’est sans doute pas un hasard : Faulkner, c’est un univers, un tout global. Son chef d’œuvre n’est pas un livre, mais la somme d’une bibliographie. En sélectionner un pour cette rubrique fut une torture, car il eut fallu les mettre presque tous (à l’exception de « Pylon », « Mosquitoes » et « The Reivers ») pour rendre réellement hommage au génie de Willy. Qui a carrément créé un monde, quand d’autres peinent à créer deux personnages crédibles.
Par respect pour tous ceux qui galèrent pour lire deux livres par mois, je ferai pour une fois preuve de pudeur et tairai le nombre de fois où j’ai lu « As I Lay Dying ». Sachez cependant que c’est de loin le bouquin que j’ai lu le plus de fois dans ma vie, d’ailleurs je ne pense franchement pas qu’il y en aurait beaucoup d’autres que j’aurais envie de me faire X fois.
La plupart des romans, deux lectures les abîment déjà pas mal.
Ceux qui survivent à la troisième représentent une infime minorité.
Au-delà de ce chiffre, si un livre est
encore lisible, c’est qu’on vous l’a échangé contre un autre. Ou alors c’est qu’il s’appelle « As I Lay Dying ». Et qu’il est le plus grand roman du XXème siècle (ou le second, selon
que je suis d’humeur ou non à feuilleter « Voyage au bout de la Nuit »).
Je vais essayer de ne pas raconter pour la Xème fois l’histoire, parce que franchement après tout ce temps ça me fatigue d’avance. C’est à dire qu’il s’y passe tellement peu de trucs, dans ce livre indispensable, qu’à force de les raconter on fini par n’en plus pouvoir. Donc voilà : la mère est en train de claquer, son fils construit un cercueil, son mari est un peu emmerdé parce qu’elle veut être enterrée à l’autre bout du comté…
…et le livre se compose, au cas où vous ne le sauriez pas, des monologues intérieurs de chacun des personnages, de manière à la fois extrêmement cohérente et complètement explosée. Une construction souvent imitée mais bien évidemment jamais égalée – sans quoi on n’en parlerait jamais. A vrai dire Faulkner a quasiment tué le concept de monologue intérieur choral, ce qui était quand même un peu salaud pour les autres (déjà que c’était lui qui avait eu l’idée, il aurait quand même pu laisser d’autres auteurs s’y essayer après lui au lieu de tous les ridiculiser de la sorte). Chaque fois que j’ai vu des gens louer la construction du livre de Blandine Le Callet j’ai failli les exhorter à lire « As I Lay Dying », mais vu leur enthousiasme je me suis dit que ça pourrait leur faire un choc. J’en profite d’ailleurs pour adresser un message à tous les jeunes écrivains qui me lisent : si vous avez une idée de roman constitué à partir de monologues intérieurs choraux, ne lisez pas « As I Lay Dying ». Ce serait con de vous en dégoûter aussi sec. En plus après je pourrais plus crâner en commentant vos bouquins sur le mode de la construction faulknerienne (mine de rien ne plus pouvoir faire ça ruinerait la moitié de mes critiques).
« As I Lay Dying » étant beaucoup trop de choses à la fois pour être présenté de manière concise, nous allons faire autrement. L’exercice du jour consistera donc à reprendre toutes les conneries dites sur ce chef d’œuvre pour vous expliquer tout ce qu’il n’est pas (et accessoirement éviter qu’on en redise en ma présence). Donc, « As I Lay Dying » n’est pas :
- un voyage initiatique – les personnages sont tout aussi chtarbés à la fin qu’au début
- un livre sombre – à ce stade on dit pas sombre mais glauque
- un livre déprimant mais puissant – il est au contraire bourré d’humour certes noir mais néanmoins drôle
- une chronique sociale – même si c’est tentant quand on est con de considérer comme tel un livre dont les personnages sont pauvres et un peu demeurés
- un livre sur la mort – c’est un livre sur l’amour (c’est quand même dingue de pas savoir faire la différence)
- un livre vachement bien mais inférieur à ceux de Hemingway (j’insiste sur ce point)
- un mauvais livre
- un bon livre – c’est un chef d’œuvre et je ne veux rien entendre d’autre (finie l’époque où Le Golb était un endroit démocratique, d’ailleurs je vois pas pourquoi je serais le dernier abruti démocrate du web, merde)
…ceci posé, les paramètres bien enregistrés, je dois vous confier qu’après l’avoir lu X fois je compte bien le relire un Yème fois. Parce qu’ « As I Lay Dying », je pense pouvoir l’affirmer au bout d’un certain nombres de lectures, on n’en a jamais fait le tour. Chaque fois j’y découvre quelque chose de nouveau, qui m'avait échappé ou que je n'avais pas su saisir les fois précédentes à défaut de posséder les références adéquates. Parfois c'est une simple phrase, une astuce dans la structure narrative...plein de petits riens qui forment un immense tout.
« As I Lay Dying », ce n'est tout simplement pas un roman – ce serait l’insulter que de dire ça. C'est une toile de maître où rien n'est laissé au hasard. Une incroyable symphonie dans laquelle chaque personnage (et donc chaque partie du récit) représente un instrument.
Un requiem, même, construit avec une précision chirurgicale...un jour, c'est juré, je le relirai en ne lisant que les parties vues par Darl, puis celles par Cash...et ainsi de suite...dès lors, ce sera chaque fois une lecture différente de la même histoire, chaque fois un nouveau livre qui s'ouvrira à moi. Car après tout, c'est de cela qu'il s'agit : de six récits cohérents en eux-mêmes mais fusionnés en un seul. Six récits dont pas un seul ne mérite qu’on en zappe le moindre mot. Assertions, qui, au demeurant, pourraient bien la meilleure définition qu'on puisse donner de l'oeuvre faulknerienne toute entière...
Trois autres livres pour découvrir William Faulkner :
Sanctuary (1931)
Light In August (1932)
The Wild Palms (1939)






