Les notes du Golb

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Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Lundi 21 janvier 2008
Libero (Little Bob, France, 2002)


Ceux qui comme moi écoutent beaucoup trop de disques et n’en chroniquent jamais assez ont tous déjà vécu ça : un album dont on se dit qu’on verra ce qu’il vaut plus tard, qui glisse en-dessous de la pile et n’en ressort finalement jamais plus. Aujourd’hui je ferai donc pénitence : oui, j’ai fait subir cet outrage au P’tit Bob. Volontairement en plus : je venais de chroniquer deux rééditions de son œuvre en une semaine (voir l'index ci-contre)…alors j’ai sciemment décidé de mettre Libero en-dessous de pile et d’en causer plus tard pour éviter le gavage de lecteur. A l’époque je pensais y revenir deux ou trois semaines plus tard – c’était il y a presqu’un an. Comment ai-je pu oublier ce billet prévu de longue date… ? Aucune idée. Surmenage bloguien, sans doute.

lib--ro.jpgCar Libero n’est pas n’importe quel album de Little Bob – Libero est son plus beau. Peut-être pas son plus fort, ni son plus "hymnique" ni son plus rock'n'roll. Peut-être même pas son meilleur. Mais son plus personnel sans aucun doute. Et de loin son plus émouvant.


Cela vaut bien sûr pour le morceau d’ouverture (éponyme), hommage à son papa, un certain…Libero (non… ? vous pensiez vraiment que ce disque était un hommage à Marcel Dessailly ?), homme libre plutôt bien nommé qui déserta l’Italie fasciste en quête d’horizons plus heureux…autant prévenir : cette chanson est plus que poignante, son potentiel lacrymal avoisinant les 400,9 ° sur l’échelle de « Yesterday ».

Cela vaut aussi pour la plupart des titres, y compris les plus enlevés : il y a dans la voix de Roberto quelque chose de désespérément renversant auquel il est difficile de résister, qu’il déclame dans l’urgence un « Slave to the beat » tendu à souhaits ou se lance dans une reprise virtuose de « Be gentle with the whore » - une de ces revisitations roots dont lui seul à le secret. Plus blues que rock, l’album décline ainsi une couleur intimiste d’autant plus séduisante que son prédécesseur, le sympathique mais dispensable Blues Stories (1997), avait un côté rutilant un peu bassinant par moment. Rien de cela ici : Libero évolue dans un registre sonique extrêmement pur, débridé, et les morceaux s’enchaînent merveilleusement…retrouvant le groove furieux de la grande époque de Little Bob Story. L’effet Garotin ? Indéniablement le retour au bercail d’un des plus grands batteurs français en activité (Nico tint les fûts de la Story de 1982 – 97, notamment sur l’incontournable Vacant Heart) est un des gros plus de ce quatrième album « solo » : majestueux sur le remarquable « Let’s shout », costaud sur la plupart des autres titres, on sent d’autant plus son apport que le seul titre sur lequel il ne joue pas (« Mean Game ») est comme de par hasard le moins convaincant.


De la tendresse et du panache, donc, mis au service d’un « Lucky Man » autoproclamé ici au sommet de son art. Et si ce n’est pas de bon ton de le dire, il faut bien reconnaître que cet album largement encensé (enfin : par les rares qui l’ont écouté) au moment de sa sortie est tout aussi bon et incontournable que le classique Lost Territories – chef d’œuvre des débuts 90's dans l’ombre duquel tous les albums suivants de Little Bob semblent condamnés à rester (y compris les meilleurs). Dans un registre moins torturé, Libero n’a rien à lui envier, le surclasse même à plusieurs reprises (« Outside », « Deborah »…)…

…reste que comme la plupart des gens ne connaissent de toute façon pas Lost Territories il est probable qu’un grand nombre des lecteurs du Golb se foute complètement de cette dernière réflexion. Tant mieux d’ailleurs : je les invite à découvrir ce disque parfait avec l’oreille vierge…gageons que les amateurs de blues et de rock y trouveront plus que leur compte.


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Vendredi 21 décembre 2007
City (Strapping Young Lad, Canada, 1997)


En 1993 le monde du metal découvre un drôle de gamin chantant sur le seul album de guitar-hero indispensable à toute bonne discothèque : Sex & Religion, de Steve Vai (prière de prononcer Vaille – sinon le hardos se fâche). Il s’appelle Devin Townsend, a à peine vingt-et-un ans et est alors totalement inconnu au bataillon mis à part pour quelques élus suivant les forts obscurs Noisecapes. Personne ne s’attend vraiment à le revoir de sitôt (ses débuts chez Vai, la plupart des gens s’en est rappelée a posteriori)…sauf que Townsend n’est pas du genre qu’on oublie facilement, ne fût-ce qu’en raison de sa productivité démente. Ente Sex & Religion et Fire Garden (le Vai suivant auquel il participe à nouveau), le canadien fou aura en effet enregistré pas moins de quatre albums – et non des moindres.

c73478w0c4q.jpg Formé avec le batteur des cultissimes Death Gene Hoglan, le guitariste Jed Simon et surtout le remarquable bassiste Byron Stroud, Strapping Young Lad sera donc le premier joujou de celui que d’aucuns surnomment affectueusement le Zappa du metal, son joujou de jeunesse, son joujou qui fait du bruit (et de la fureur). Quoiqu’inégale la première salve du groupe en 1995, fort bien nommée Heavy As A Really Heavy Thing, laisse espérer le meilleur quant à l’avenir du trash atomique. Dont acte : City, second album de Strapping Young Lad mésestimé à sa sortie, s’est depuis largement imposé comme l’un des plus grand disques du genre. Entre temps Townsend s’est épanoui au sein de deux projets parfaitement antagonistes (Punky Brewster, parodie du revival punk californien alors très en vogue ; Ocean Machine, rock atmosphérique fabuleux, Biomech étant sans aucun doute le chef d’œuvre du bonhomme tous projets confondus), a acquis une maîtrise technique et mélodique très supérieure à celle qui était sienne en 1995…et City de devenir une bombe post-métallique aussi hilarante (car le garçon a de l’humour) qu’ultra brutale. Il faut dire que derrière Townsend le trio assure, qui a appris beaucoup au cours des deux dernières années à force d’ouvrir pour les plus grands noms du metal, du hardcore ou de la fusion.

Pourfendant les clichés du heavy avec une évidente jubilation, Strapping Young Lad ne se contente cependant pas de rigoler : Townsend y fait au contraire preuve d’une remarquable acuité mélodique, comme s’il voulait secrètement réussir à injecter de la pop dans l’ultra-violence…impossible, direz-vous ? Pas sûr : les formats des morceaux sont on ne peut plus pop, un titre comme « Home nucleonics » on ne peut plus groovy…alors oui, Townsend met au service de son groupe de furieux tout le savoir-faire pop qu’il a amassé au sein d’Ocean Machine. Quand Heavy As A Really Heavy Thing donnait l’impression d’un disque bourrin partant dans tous les sens, City recentre le propos, revient au fondamentaux d’un metal violent et direct, sans fioritures mais pas sans relief. Dans la droite ligne, en somme, du Reign In Blood de Slayer.


Alors les chansons s’enchaînent dans un improbable magma sonore que les ignares qualifièrent à l’époque d’alternative-metal à cause de sonorités indus des plus lointaines. « AAA », classique en devenir, est du genre brut de chez brut, quand « All Hail The New Flesh » la joue plus fine, comme un boxer tourbillonnant autour de son adversaire pour lui coller un bon coup mortel derrière la nuque (ok : pas très noble, cet art-là – SYL fait plutôt dans la boucherie). Quant à la voix…si vous cherchiez désespérément plus barré que Mike Patton, Devin Townsend est pour vous !

Bizarrement à l’époque cet album-là n’a pas eu un succès massif. On se demande bien pourquoi tant c’est supérieur à quasiment tous les disques de metal publiés cette année-là…il fallut attendre 1998 et la publication européenne du…Biomech, d’Ocean Machine, puis d’Infinity, premier et grandiose opus solo de Townsend, pour que City connaisse une seconde jeunesse et soit replacé dans sa juste lignée, celle des grands chefs d'oeuvre du metal zarbi (aux côté de l'Obsolete de Fear Factory et, évidemment, de l'intrégrale Voïvod). Etrange. Le moins qu’on puisse dire, en tout cas, c’est que Devin n’a pas tellement surfé sur la vague, puisqu’il a tenu ce tout premier projet en silence pendant presque sept ans avant de ressurgir plus rageur que jamais en 2003. Dix ans après, donc, voici City réédité enfin dignement, disponible dans tous les bons supermarchés du disque et prêt à être redécouvert par les plus réfractaires au metal extrême. Que demander de plus ? City est peut-être le plus grand disque de metal de son temps. C’est dit.


le genre : blaster-metal (oui, c’est une invention perso)
la note : 6 / 6





Lundi 17 décembre 2007
Low (1977)

« Heroes » (1977)

(David Bowie, Angleterre)


low.jpgReste t’il encore quelque chose qui n’ait pas été écrit sur la Trilogie Berlinoise de Bowie ?

Sans doute pas. Mais tant qu’il restera des gens pour ne pas la connaître, ces choses resteront bonnes à dire.

Ressassons donc : enregistrés à Berlin à la fin des années 70 sous la houlette de la paire Brian Eno – Tony Visconti, Low et « Heroes » (suivis en 1979 de Lodger) sont sans doute les deux disques les plus importants de cette époque, ceux qui permettront au rock de basculer vers un renouveau sonique en friche depuis quelques années. Low, surtout, album particulièrement puissant et atmosphérique, sans lequel Radiohead, Massive Attack et consorts n’auraient jamais pu enregistrer la moindre note (oui, c’est à ce point).

A dominante instrumentale, ce véritable monument de la musique moderne (au-delà de toutes les étiquettes) fut l’album de la reconstruction pour un Bowie alors en pleine période sombre (d'où le titre). Un disque de fuite (l’Amérique, le rock, les paillettes), un disque de survie dont les pièces forment une étrange symphonie aux confins de l’électronique et de la musique contemporaine. Influencé par lui-même et sa dépression plus que par Kraftwerk et Neu ! (même si la filiation est bien-là), le Think White Duke émerge d’un désert de poudre blanche et décide de compenser son incapacité à formuler ce qu’il ressent via des mots par un océan sonique rarement égalé. Dans le genre prise de risques, on a rarement fait mieux que ce disque en rupture totale avec les formats pop (« Sound & Vision », « Art Decade ») et dont l’esthétique bauhaus (au sens du courant allemand, pas du groupe anglais) n’a jamais pu viellir – puisqu’elle a été pompée jusqu’à plus soif durant les trente années suivantes. L’esprit Hansa by the wall, comme disent les pros lorsqu’ils ne savent plus quoi écrire sur le Kid A de Radiohead – héritier le plus évident de ce pavé dans la marre punk. Ca veut tout dire.


heroes..jpg« Un nouveau langage musical pour ma nouvelle vie… » dira plus tard Bowie lui-même, nouveau langage qu’il mettra complètement en application sur un « Heroes » aux allures d’achèvement. La face pop l’est beaucoup plus (tout du moins est-elle bien plus structurée), avec évidemment le tube éponyme que l’on sait (arbre cachant la forêt) mais aussi et surtout une collection de scies new-wave avant l’heure, portées par les embardées électriques d’un Robert Fripp au sommet de sa forme (« Joe The Lion », « Blackout… »). La face atmosphérique, quant à elle, constitue sans doute l’ensemble le plus apaisant qu’on ait jamais entendu jusqu’alors, entre ambient luxuriant (« Sens Of Doubt ») et meditation transcendantale (« Moss Garden »). Ni mieux ni moins bien que Low, quoi : juste parfaitement complémentaire – et donc absolument indispensable.


Niveau réédition rien de nouveau sous le soleil : Bowie est fâché avec les bonus depuis une dizaine d’années, quant au son…la remasterisation définitive a paru en 1999 – il s’agit de la même. L’important de toute façon n’est pas là : tout moyen de faire connaître ces deux chefs d’œuvre encore trop peu vendus à ce jour sera le bon. C’est dit !

A noter pour finir que tous deux ont déjà été évoqué, bien sûr, dans le Rékapituléidoscope consacré à Bowie (d'où la brièveté de cette note) ; Lodger, dernier volet de la trilogie, devrait être réédité à son tour sous peu.


le genre : spatial
les notes : 6 et 6



        CE QU’EN PENSE KILL ME SARAH




Jeudi 13 décembre 2007
Gold (Ryan Adams, USA, 2001)


Ecouter cette réédition de Gold a quelque chose d’étrange, voir même d’un peu douloureux.



En fait non : l’existence même de cette réédition d’un album si relativement récent a quelque chose de douloureux. Tout est dit ou presque (dans tous les sens du terme) : si après 2001 Ryan Adams a publié de grands disques (Love Is Hell, Cold Roses), couché sur le papier certaines chansons remarquables (« One more kiss before I go », « She wants to play heart », « Chin up, cheer up », « Sweet illusions » ou plus rémment « These girls »)…il n’a sans doute plus jamais atteint le niveau de Gold. Son second album solo. Seulement. Bloqué, coincé, atteint de viellissement prématuré ? Difficile de diagnostiquer ce mal très répandu chez les génies (son copain Beck n’ira pas le contredire) : une fois qu’on a publié un chef d’œuvre à vingt-sept ans, on fait quoi ? Six ans plus tard Ryan Adams a eu beau tenter beaucoup de trucs et s’essayer à de nombreux genres, il n’est toujours pas parvenu à trouver la réponse et rappelle un autre folkeux surdoué : Elliott Smith, éternellement bloqué, éternellement incapable de dépasser Either / Or et survivant momentanément avec X.O. …soit donc un petit frère fantomatique du premier, réenregistrant des chansons de ses sessions et donnant brièvement l’illusion que le miracle perdure.

La comparaison continue encore et encore, puisque si depuis 2001 Adams a publié sept albums et trois Eps il n’a paradoxalement pas écrit grand chose de neuf, puisant indéfiniment dans son monumental coffret de 2001 : The Suicide Handbook, dont proviennent l’intégralité de Gold et une bonne moitié de Demolition (2002)…mais dont proviennent également cinq ou six titres des deux Love Is Hell, deux de Jacksonville City Nights, quatre du récent Easy Tiger…étrange, bizarre, curieux. Avec Demolition Ryan avait voulu enregistrer son Blood on the tracks personnel (le garçon est modeste). Avait-il prévu que tous ses disques suivants suivraient le même modèle que le chef d’œuvre de Dylan (composé de plusieurs sessions différentes) ? Qu’importe : certains fans (j’en suis) commencent à se lasser un poil d’acheter des nouveaux albums dont ils connaissent déjà certains titres depuis des lustres (et les plus cyniques d’ajouter que ce doit être de peur de tuer la vache sacrée que le Suicide Handbook intégral n’est toujours pas sorti officiellement !). Ce n’est pas manquer de respect à Ryan Adams que de le dire, d’autant que les lecteurs habitués savent que le kid de Jacksonville est à ce blog ce que David Foenkinos est à celui de Caro[line].


f60497b6u1x.jpgLa réédition de Gold un aveu d’échec évident, donc…mais tout de même un sacré plaisir – tout comme le disque d’origine. Certes les aigris se permettront de faire remarquer qu’il n’était peut-être pas nécessaire de rajouter cinq titres à un album qui faisait déjà la taille d’un triple vinyle, et on ne s’aventurera pas à les contredire. Cependant par rapport à toutes les rééditions foireuses avec leurs deux bonus live et leur demi-version alternative celle-ci l’emporte haut la main : ce sont bels et bien cinq nouveaux titres (qui plus est excellents) qu’on retrouve en cadeau, de l’inédit, du vrai, du fort – et histoire de rappeler que sur Le Golb on ne sert pas la soupe on notera qu’à la limite il y a plus d’inédits dans les bonus de Gold que dans le dernier album d’Adams. Qu’on ne s’y trompe pas : tous viennent de The Suicide Handbook (sauf « Cannonball days », issue de l’autre gros morceau non-officiel du bonhomme : Exile On Franklin Street). Mais ici, ils sont à leur juste place.

Et l’album, donc ? Evidemment on ne s’attendait pas à une remasterisation complète d’un disque publié en 2001 ; a priori et à moins que cela ait échappé à notre oreille attentive (hypothèse peu probable tant cette dernière a usé le Gold originel) c’est le même disque, à savoir un condensé de folk et de rock à faire pâlir de jalousie le Boss et Neil Young réunis. Il faut dire qu’à une série de titres absolument exceptionnels (le bondissant « Firecracker » et l’aérienne « Where the stars go blue » en tête) s’ajoutent les arrangements parfaits d’Ethan Johns, digne fils de son père et heureux producteur fétiche du Ryan (on lui doit également Poses – le meilleur Rufus Wainwright, les premier et dernier King Of Leons ou l’adorable Rainy Day Music des Jayhawks). Avec lui aux manettes les compos de l’ex-Whiskeytown s’envolent dans les sphères, atmosphère sexy et calfeutrée ici (« The Ballad Of Sylvia Plath », « Goodnight, Hollywood Boulevard »), folk déglingo là (« Answering Bell », un des plus grands morceaux de Ryan ici transcendé par rapport à sa version suicidhandbookienne)…

Mais bon : ne nous focalisons tout de même pas trop sur Johns, car le principal artisan de Gold demeure ce diablotin d’Adams, dopé à on ne sait trop quoi et déchaîné comme sur aucun autre de ses innombrables albums. Qu’il chante son amour pour sa ville d’adoption (« New York, New York », nerveuse et entêtante) ou pleure sur une fille qui l’a largué après qu’il ait pété un boulon (et la gueule de son rival ! – « Harder now that it’s over »), qu’il fasse dans le blues rock 70’s déjanté (« Touch, feel, lose ») ou parte chasser sur les terres du Loner (« Nobody Girl »)…Adams est égal à lui-même (mais en mieux), incapable de se prendre au sérieux plus d’un couplet et maniant sans cesse cette distance ironique qui pose tant de problèmes aux frenchies amateurs de Belles Voix En Or Sur Guitares Acoustiques. Peut-on décemment faire confiance à un mec qui adresse ses deux plus belles chansons d’amour à une poétesse morte depuis des lustres et à…une ville pleine de buildings et de pollution ? Peut-on confier les ondes de RTL2 à un mec qui confond Springsteen et AC/DC (« Gonna make you love me ») ? Qui parodie les protestsingers bon chic bon genre sur le sardonique « Enemy Fire » ? Qui ringardise Lenny Kravitz en deux coups de cuiller à riff (« Tina’s Toledo Street Walking Blues ») ? Qui…


…ah non vraiment, il a du panache le Ryan. Car Gold réussit la prouesse d’être un album à la fois on ne peut plus radiophoniquement correct et un antidote à la folk consensuelle, jamais complètement sérieux, toujours sur la brèche – en décalage perpétuel. Vous en avez marre de ce gros balot de James Blunt ? « Firecracker » et ça repart. Vous ne pouvez plus supporter la rebellitude bon teint de Ben Harper ? Un zest de « Rescue Blues » suffira à vous remettre d’aplomb. Quel grand disque que celui-là…


le genre : folk-rock
la note : 6 / 6





 
Lundi 10 décembre 2007
Burned (Electrafixion, Angleterre, 1995)


Ce soir aura lieu le premier concert de Led Zeppelin depuis vingt-sept ans.

Quel rapport avec ce disque, me direz-vous ? Eh bien avant cette reformation du plus grand groupe de tous les temps à égalité avec les Beatles il y eut les collaboration de Page & Plant, intéressantes à plus d’un titre et sans aucun doute nécessaires à la renaissance du monstrueux dirigeable. Bien sûr on ne présagera pas de l’avenir du nouveau Zep, on n’en sait rien – peut-être même n’y en a t’il aucun. Mais ces collaborations passées entre Page & Plant, Walking into Clarksdale, l’album de 1998 d’abord encensé puis jeté aux chiens alors qu’il contenait certains morceaux des plus ambitieux…tout cela laisse espérer un peu plus qu’une simple date pompe à fric. Ayons confiance : quand on réécoute les œuvres solos de Page, Plant (surtout) et même de Jones (qui a publié quelques excellents albums de prog-pas-pompier, notamment Zooma)…c’est sans doute la reformation la moins douteuse et la plus réellement prometteuse qu’on ait vue depuis…Echo & The Bunnymen, et voici la transition que vous attendiez en vain depuis deux paragraphes !

1994, Liverpool. Les Bunnymen sont séparés depuis deux ans. A la fin des années 80, carbonisés par la dope et laminés par un succès trop grand pour leurs frêles épaules, Will Sergeant et Ian McCulloch ont achevé de se pouiller l’un l’autre. Le chanteur à la voix de velours a claqué la porte en 1988 après un ultime opus éponyme auréolé de platine mais tragiquement désabusé et présentant déjà les signes d’un inévitable déclin. L’année suivante il a publié Candleland, un album superbe unanimement salué par la critique comme le public, puis il a enfoncé le clou en 1992 avec Mysterio – à peine moins bon. Sans doute avait-il besoin de prouver qu’il était capable d’exister sans Will Sergeant – mission accomplie. Ce qu’on a jamais compris c’est pourquoi les fans avaient tous suivi massivement McCulloch dans sa carrière solo, fait d’autant plus rare dans l’histoire de la pop que les Bunnymen ont continué après son départ en 88. La raison est peut-être toute bête : McCulloch en solo a eu l’intelligence de ne pas essayer de faire du Bunnymen. Tandis que le groupe, de son côté, n’a su que le remplacer par un clone grostesque (pour vous dire : il s’appelait Burke) et essayer de décliner sa formule tout en étant amputé d’une part de lui-même. Si l’on a jamais douté que des gens aussi brillants que McCulloch ou Sergeant ou Les Pattinson puissent exister les uns sans les autres, on n’a jamais cru pour autant que les Bunnymen et leur son caractéristique puissent vivre sans l’un de ces trois-là. De fait Reverberation, unique album sans McCulloch (et premier disque sans l’immense bassiste Pete deFreitas, connement tué dans un accident de la circulation), sera un four commercial des plus mérités tant il est médiocre et…caricatural – là où le principal talent des Bunnymen avait été de constamment se renouveler au long des cinq albums précédents.

Split, donc. En 1992, après que Burke ait été logiquement limogé et qu'un McCulloch au sommet ait refusé de revenir. Fin de l’histoire. Croit-on.

Nous revoilà en 1994, et on ignore un peu pourquoi Ian McCulloch a accepté de changer d’avis, de revoir les deux autres. Le succès confortable de ses deux disques lui a en tout cas garanti d’échapper à un procès en reformation pour le fric – et de toute façon les reformations ne sont pas encore si nombreuses que ça à l’époque. Alors qu’il se préparait à enregistrer un troisième album avec aux guitares l’ex-Smiths Johnny Marr (et qu’on lui prêtait l’intention de remplacer Neal Tennant au sein du supergroupe de ce dernier : Electronic, avec également Bernard « New Joydivorder » Sumner), McCulloch accepte de rebosser avec ses deux copains d’école. Heureux, décomplexés, ils écrivent une poignée de titres…et publient un single (« Zephyr ») en guise de teaser…mais pas sous le nom d’Echo & The Bunnymen. Sous celui d’Electrafixion, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il définit à merveille leur nouvelle musique.


burned.jpgSix mois après paraît Burned…toujours le nom d’Electrafixion. Est-ce si étonnant ? Fondamentalement, Electra n’a strictement rien à voir avec les Bunnies. Mais alors rien du tout. C’est un autre groupe, un autre son, une autre démarche. Et rétrospectivement c’est sans aucun doute le Walking into Clarksdale de McCulloch & Sergeant. L’album des retrouvailles humaines avant Evergreen (des Bunnymen retrouvant leur Echo, cette fois), celui des vraies grandes retrouvailles musicales. Et pour autant Burned est loin d’être une daube, bien au contraire.

Britrock incendiaire, post-grunge et noisy en diable, il s’ouvre sur un « Feel my pulse » psyché comme du Bunnymen mais avec une rythmique nirvanesque en diable. On accusera à l’époque les ex-Bunnymen de surfer sur la mode – permettez qu’on en rigole : s’ils avaient voulu faire du fric en prenant le train alternatif en marche, ils auraient gardé le même nom et l’album se serait vendu six fois plus rien que pour ça. Non, ici la démarche est clairement artistique. Autre musique autre nom de groupe, c’est somme toute assez logique (Page & Plant, encore : ils détenaient les droits du nom Led Zeppelin – l’ont-ils utilisé pour autant ? Non : ils n’étaient pas Led Zeppelin et ne faisaient pas du Led Zeppelin, et ils l’assumaient - rendons leur grâce de cela). Jouer du rock dur sous un nouveau nom étant à peu près le meilleur moyen de décevoir tout le monde et de ne pas vendre de disques, on évitera les mauvais procès – même s’il fut bien entendu difficile à l’époque d’écouter Electrafixion avec une oreille vierge.

Assez peu de tubes en puissance ici, à l’exception du remuant « Hit by something » (mais il est vrai que la spécificité de ces trois-là a toujours été de décrocher des hits presque sans le faire exprès – imaginerait-on une chanson moins tubesque que « Bombers Bay » ?). Beaucoup de riffs cinglants en revanche, tel celui de « Mirroball ». Une autre facette du jeu de Sergeant, qui a plus souvent brillé par ses talents de décorateur d’intérieur que par son côté riffeur fou ; une autre facette de McCulloch aussi bien, dont la voix retrouve ici les aigues délaissés à partir de 1984 (Ocean Rain ; par ailleurs récemment réédité lui aussi). Deux titres de l’album fantôme avec Johnny Marr sont repêchés (l’anecdotique « Too far gone » et surtout l’énorme « Lowdown » - rencontre (d)étonnante de Ride et des Smiths), un « Never » sonnant comme le meilleur morceau que Kula Shaker a oublié de mettre sur son premier album, et Ocean Colour Scene qui se fait botter les fesses sur son propre terrain avec la grande pièce psycho-pop de l’affaire : « Who’s been sleeping in my head ? », dont la dimension classique s’impose dès la première écoute.


Evidemment on se demanda (on se demande toujours, pour certains) : à quoi ça rime ces curieuses retrouvailles ? Difficile à dire…lorsqu’un relent d’Echo & The Bunnymen pointe le bout de son nez (« Timebomb ») on se surprend à imaginer Sergeant et McCulloch comme deux exs qui se retrouvent en cachette dans un petit hôtel parce que l’un d’entre eux (Mac, of course) s’est marié entre temps. Motel, même, un brin miteux à l’image de l’ambiance garage de Burned. Un peu de danger, ils ont peurs d’être surpris les coquins (attention je vous préviens : on peut complètement réinterpréter les paroles à partir de cette théorie).

Mais bon : l’histoire se termine bien cela dit, puisque les exs finissent par se remettre ensemble, ils se remarient…et depuis ils ont eu pas moins de quatre beaux enfants (enfin…relativement beaux, on va dire). Certes ils ont dû reconstruire leur couple sur de nouvelles bases et aujourd’hui c’est clairement McCulloch qui porte la proverbiale culotte (condition sine qua non pour que l'ex remaqué accepte de revenir ?!), les autres étant devenus depuis What are you going to do with your life ? (ce titre est-il un hasard ?!) un backing-band de luxe. Cependant l’essentiel n’est-il pas qu’ils soient heureux comme ça ?


le genre : rock nerveux
la note : 5 / 6




NOTE : comme l’an dernier à la même époque les rééditions abondent à l’approche des fêtes ; pour des raisons de temps j’en ai laissées beaucoup sur le carreau ces derniers mois, je vais donc tenter de refaire mon retard. Que personne ne s’étonne par conséquent que cette rubrique soit plus présente dans les semaines à venir – quitte à se substituer aux Live, At Last qui sortis depuis des lustres peuvent bien attendre encore un peu.




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