The Smiths (The Smiths, Angleterre, 1984)
De tous mes groupes favoris les Smiths sont peut-être celui que je cite le plus régulièrement (mais moins que Laiezza, ceci dit). C'est aussi l'un des rares que j'écoute au moins une fois par semaine, encore aujourd'hui.
C'est surtout le seul dont j'aime toute l'œuvre sans la moindre distinction ni le moindre discernement, du premier single (« Hand in Glove ») au plus anecdotique des pirates. Pas un de leurs titres que je n'aime pas. Pas un qui m'ait lassé au fil des ans. Faut-il le dire ? Je résiste de tous mes forces à l'envie d'en refaire l'hagiographie alors même que, hasard des calendriers, je m'y suis livré il y a quelques semaines sur Culturofil (à l'occasion d'une chronique d'une récente - et bien entendu inutile - compilation). Et rassurez-vous : s'il n'y a pas encore eu de Rékapituléidoscope Morrissey c'est avant tout parce que j'ai l'habitude d'attendre qu'au moins un disque de l'artiste ait été chroniqué ici avant de revenir sur l'ensemble de son œuvre.
Il y a probablement plusieurs explications à cette passion inconditionnelle pour le groupe de Manchester, la première de toutes étant qu'au sein de la longue liste des groupes qui changèrent considérablement ma vie celui-ci est l'un des plus récemment intronisés. Tout est relatif, certes ; mais disons que lorsqu'un article de Rock & Folk attira mon oreille de ce côté, au début des années 2000, ma culture musicale était déjà solidement bâtie. Ne me manquaient plus que deux choses : un grand groupe des années quatre-vingt susceptible de me faire fondre complètement ; et un groupe dont la musique me ressemblerait parfaitement.
Pour le grand groupe on dénombrait bien quelques candidats mais aucun ne convainquait réellement sur la longueur. A savoir que lorsque d'aventure j'en découvrais un fabuleux je ne parvenais pas, malgré tout, à me l'approprier comme j'avais su m'approprier le Clash ou le Velvet. Je voyais en quoi ils parlaient à leur époque mais pas en quoi ils me parlaient à moi. Joy Division ? Fabuleux, mais trop monochrome. Le désespoir a certainement produit les plus grandes œuvres de tous les temps... chez Joy Division c'était le seul et unique sentiment qu'on trouvait ; aussi si j'ai eu une longue période Joy il a bien fallu me rendre à l'évidence au bout d'un moment : cette musique ne contenait pas d'émotions assez variées pour remplir ma vie. The Cure ? La trilogie glacée était plus une musique de vieux que j'adorais qu'une musique qui m'aurait été destiné, je pouvais la vénérer (c'était le cas depuis un moment : la compile Straring at the Sea fut un de mes premiers disques) - pas me l'approprier. Sans parler du fait que le Cure contemporain (c'est à dire à l'époque l'axe Wild Mood Swings / Bloodflowers... pas le pire, comme on le découvrit par la suite) me paraissait particulièrement décevant... tout au plus un bon groupe pop parmi une flopée d'autres. Les Pixies ? Un des mes groupes favoris depuis longtemps, mais dont une moitié de la carrière s'était déroulée dans les années quatre-vingt dix et que de fait j'avais connu en activité... pour moi les Pixies, bien qu'ayant publié leur premier disque alors que j'avais six ans, demeuraient à l'instar des Guns'N'Roses ou de Faith No More un groupe de ma génération. Sonic Youth ? Même punition : je les avais découvert sau début des années quatre-vingt dix, au moment où ils étaient au faîte de leur succès... j'avais beau savoir qu'il s'agissait d'un groupe des années quatre-vingt ils restaient pour moi intimement liés à cette époque. Siouxsie & The Banshees ? Eux, ils auraient vraiment pu postuler à ce titre. En fait ils ont même tenu ce rôle... jusqu'à ce que je découvre les Smiths, ce qui ne manque pas d'ironie puisque selon Morrissey les Banshees étaient le meilleur groupe des années quatre-vingt.
L'ironie justement... c'est
sans doute ce qui m'a converti aux Smiths. Quoique pas tout de suite. Je me dois de raconter les choses telles qu'elles se sont déroulées : ma première rencontre avec Morrissey remontait au
milieu des années quatre-vingt dix et à l'album Vauxhall & I... que j'avais détesté (et qui d'ailleurs demeure de loin l'album de Morrissey que j'aime le moins aujourd'hui). Quant à
la première fois où j'ai entendu The Queen Is Dead, à la fin de l'année 2000... j'ai franchement trouvé ça quelconque. A peine avais-je découvert le grand groupe pop des eighties que
déjà je l'abandonnais, persuadé qu'on m'avait roulé dans la farine. Encore un classique surestimé. Je ne crois pas avoir été le seul à penser ça après avoir découvert les Smiths. On ne peut pas
aimer les Smiths dans n'importe quelles circonstances et à n'importe quel âge - ça me semble impossible. Il faut, j'en suis convaincu, une certaine maturité, une certaine culture, un certain sens
du GOUT ... pour parfaitement marcher dans la combine de Johnny Marr. Sans quoi ça sonne juste comme un truc pop un peu vieillot - au mieux comme un truc pas mal mais putain... qu'est-ce
que la voix est fatigante ! Après avoir entendu The Queen Is Dead à l'âge de dix-neuf ans mon seul réflexe a été de me dire que le pire album d'Eco & The Bunnymen était mieux que
cette soupe. Quand aujourd'hui si Ocean Rain demeure un des mes disques préférés... jamais je ne l'échangerai contre un
cd-r des Smiths. Jamais !
Ce qui s'est passé entre temps pour que je change si radicalement d'avis ? Pas grand chose, en fait. Un truc qu'on devrait tous se faire une fois de temps en temps histoire de réviser nos a prioris : un blind-test. Pas un vrai blind-test - pas un jeu. Une soirée chez une copine avec en guise de musique de fond une chanson qui sur le coup me sembla désespérément romantique :
It's time the tale were told
Of how you took a child
And you made him old
... et bien sûr ce refrain...
Fifteen minutes with you
Oh, well, I wouldn't say no
Oh, people said that you were easily led
And they were half-right
... était-ce la fille ? L'habitude d'entendre des ballades où le champ lexical de l'amour recoupait celui de l'enfance ? La virtuosité du plus grand parolier de l'après-Dylan ? Les trois à la fois ? Toujours est-il que j'étais à mille lieues de me douter que le mot child devait ici être pris au sens propre et que le grand romantique que je n'ai jamais cessé d'être ne put s'empêcher de demander quel était le titre de ce morceau. « Reel Around the Fountain », me répondit-elle. Des Smiths.
C'est sans doute la seule fois de ma vie qu'un de mes coups de cœur musicaux m'aura été dicté par une fille... et d'ailleus je ne m'étendrai pas là-dessus au risque de laisser croire fût-ce une seconde et par inadvertance que The Smiths m'évoque cette nana dont j'ai d'ailleurs oublié depuis le nom de famille. Non : la seule chose que The Smiths (l'album, mais ça vaut aussi pour le groupe) m'évoque, dans le fond... c'est moi-même.
Alterté par cette demoiselle je découvris en effet la petite galerie des horreurs de Morrissey & Marr, cet art délicat de raconter des histoires atroces sur des mélodies langoureuses qui sert de ligne directrice à ce premier album. « Suffer Little Children » et « The Hand That Rocks the Cradle » sont construites sur le même schéma, tout comme (dans une moindre mesure) « This Charming Man » (pas atroce mais du moins sulfureuse, sur une mélodie pas langoureuse mais en tout cas poppy et joviale). The Smiths est dans le décalage permanent, et le décalage mène toujours, systématiquement, inlassablement à la transgression. Ca n'en était pas moins romantique ni urgent ; ça l'était juste autrement : avec énergie et classe (« What Difference That It Make ? »), ironie (« Miserable Lie ») et mordant (« Still Ill »). Avec les Smiths je découvrais qu'il n'était nul besoin de crier pour se faire entendre, que l'humour n'était pas plus dégradant que le lyrisme, que la simplicité était la meilleure amie de l'élégance. Je m'initiais surtout à un art majeur : le second degré. D'une certaine manière les Smiths ont été mon influence majeure en tant... qu'écrivain, ils ont d'ailleurs eu un impact bien plus fulgurant sur mes goûts littéraires ou cinématographiques que musicaux. Rien d'étonnant à cela dans le fond : les Smiths dépassent très largement le cadre du simple groupe de rock pour proposer, à l'instar de Bowie ou de Roxy, une esthétique complète, une vision artistique globale qui se répercute sur l'ensemble de leur œuvre. C'est ce qui les rend infiniment plus importants que la plupart de leurs contemporains : les Smiths ne sont pas juste ces quatre albums merveilleux et ces deux compiles de singles grandioses... ils sont un style, ils sont un ton. Une démarche (Cf. l'article en lien ci-dessus), à la fois résolument punk dans son côté Avant nous Rien et après nous le Déluge, et tout autant anti-punk dans sa vision globale - les Smiths sont bien plus que quatre potes qui décident de jouer du rock'n'roll. C'est ce qui fait qu'ils demeureront éternellement à la fois l'un des groupes les plus essentiels du rock... et à la fois l'un des plus conspués. Vingt-cinq ans qu'on leur reproche tout et n'importe quoi pour ne pas s'avouer la vérité : ce que les gens détestent chez les Smiths c'est le fait qu'ils aient été différents et que cette différence leur ait valu une aura si considérable. Comme Bowie ou Cave ,Steven Patrick Morrissey, dans le fond, était bien trop intelligent, bien trop cultivé, avait bien trop bon goût... pour être un vulgaire rocker.
Et comme Bowie ou Cave, c'est ce qui fit de lui ce rocker si fabuleux.
Trois autres disques pour découvrir les Smiths (même si dans l'absolu il faudra tout avoir) :
Meat Is Murder (1985)
The Queen Is Dead (1986)
Strangeways, Here We Come (1987)
De tous mes groupes favoris les Smiths sont peut-être celui que je cite le plus régulièrement (mais moins que Laiezza, ceci dit). C'est aussi l'un des rares que j'écoute au moins une fois par semaine, encore aujourd'hui.
C'est surtout le seul dont j'aime toute l'œuvre sans la moindre distinction ni le moindre discernement, du premier single (« Hand in Glove ») au plus anecdotique des pirates. Pas un de leurs titres que je n'aime pas. Pas un qui m'ait lassé au fil des ans. Faut-il le dire ? Je résiste de tous mes forces à l'envie d'en refaire l'hagiographie alors même que, hasard des calendriers, je m'y suis livré il y a quelques semaines sur Culturofil (à l'occasion d'une chronique d'une récente - et bien entendu inutile - compilation). Et rassurez-vous : s'il n'y a pas encore eu de Rékapituléidoscope Morrissey c'est avant tout parce que j'ai l'habitude d'attendre qu'au moins un disque de l'artiste ait été chroniqué ici avant de revenir sur l'ensemble de son œuvre.
Il y a probablement plusieurs explications à cette passion inconditionnelle pour le groupe de Manchester, la première de toutes étant qu'au sein de la longue liste des groupes qui changèrent considérablement ma vie celui-ci est l'un des plus récemment intronisés. Tout est relatif, certes ; mais disons que lorsqu'un article de Rock & Folk attira mon oreille de ce côté, au début des années 2000, ma culture musicale était déjà solidement bâtie. Ne me manquaient plus que deux choses : un grand groupe des années quatre-vingt susceptible de me faire fondre complètement ; et un groupe dont la musique me ressemblerait parfaitement.
Pour le grand groupe on dénombrait bien quelques candidats mais aucun ne convainquait réellement sur la longueur. A savoir que lorsque d'aventure j'en découvrais un fabuleux je ne parvenais pas, malgré tout, à me l'approprier comme j'avais su m'approprier le Clash ou le Velvet. Je voyais en quoi ils parlaient à leur époque mais pas en quoi ils me parlaient à moi. Joy Division ? Fabuleux, mais trop monochrome. Le désespoir a certainement produit les plus grandes œuvres de tous les temps... chez Joy Division c'était le seul et unique sentiment qu'on trouvait ; aussi si j'ai eu une longue période Joy il a bien fallu me rendre à l'évidence au bout d'un moment : cette musique ne contenait pas d'émotions assez variées pour remplir ma vie. The Cure ? La trilogie glacée était plus une musique de vieux que j'adorais qu'une musique qui m'aurait été destiné, je pouvais la vénérer (c'était le cas depuis un moment : la compile Straring at the Sea fut un de mes premiers disques) - pas me l'approprier. Sans parler du fait que le Cure contemporain (c'est à dire à l'époque l'axe Wild Mood Swings / Bloodflowers... pas le pire, comme on le découvrit par la suite) me paraissait particulièrement décevant... tout au plus un bon groupe pop parmi une flopée d'autres. Les Pixies ? Un des mes groupes favoris depuis longtemps, mais dont une moitié de la carrière s'était déroulée dans les années quatre-vingt dix et que de fait j'avais connu en activité... pour moi les Pixies, bien qu'ayant publié leur premier disque alors que j'avais six ans, demeuraient à l'instar des Guns'N'Roses ou de Faith No More un groupe de ma génération. Sonic Youth ? Même punition : je les avais découvert sau début des années quatre-vingt dix, au moment où ils étaient au faîte de leur succès... j'avais beau savoir qu'il s'agissait d'un groupe des années quatre-vingt ils restaient pour moi intimement liés à cette époque. Siouxsie & The Banshees ? Eux, ils auraient vraiment pu postuler à ce titre. En fait ils ont même tenu ce rôle... jusqu'à ce que je découvre les Smiths, ce qui ne manque pas d'ironie puisque selon Morrissey les Banshees étaient le meilleur groupe des années quatre-vingt.
L'ironie justement... c'est
sans doute ce qui m'a converti aux Smiths. Quoique pas tout de suite. Je me dois de raconter les choses telles qu'elles se sont déroulées : ma première rencontre avec Morrissey remontait au
milieu des années quatre-vingt dix et à l'album Vauxhall & I... que j'avais détesté (et qui d'ailleurs demeure de loin l'album de Morrissey que j'aime le moins aujourd'hui). Quant à
la première fois où j'ai entendu The Queen Is Dead, à la fin de l'année 2000... j'ai franchement trouvé ça quelconque. A peine avais-je découvert le grand groupe pop des eighties que
déjà je l'abandonnais, persuadé qu'on m'avait roulé dans la farine. Encore un classique surestimé. Je ne crois pas avoir été le seul à penser ça après avoir découvert les Smiths. On ne peut pas
aimer les Smiths dans n'importe quelles circonstances et à n'importe quel âge - ça me semble impossible. Il faut, j'en suis convaincu, une certaine maturité, une certaine culture, un certain sens
du GOUT ... pour parfaitement marcher dans la combine de Johnny Marr. Sans quoi ça sonne juste comme un truc pop un peu vieillot - au mieux comme un truc pas mal mais putain... qu'est-ce
que la voix est fatigante ! Après avoir entendu The Queen Is Dead à l'âge de dix-neuf ans mon seul réflexe a été de me dire que le pire album d'Eco & The Bunnymen était mieux que
cette soupe. Quand aujourd'hui si Ocean Rain demeure un des mes disques préférés... jamais je ne l'échangerai contre un
cd-r des Smiths. Jamais !Ce qui s'est passé entre temps pour que je change si radicalement d'avis ? Pas grand chose, en fait. Un truc qu'on devrait tous se faire une fois de temps en temps histoire de réviser nos a prioris : un blind-test. Pas un vrai blind-test - pas un jeu. Une soirée chez une copine avec en guise de musique de fond une chanson qui sur le coup me sembla désespérément romantique :
It's time the tale were told
Of how you took a child
And you made him old
... et bien sûr ce refrain...
Fifteen minutes with you
Oh, well, I wouldn't say no
Oh, people said that you were easily led
And they were half-right
... était-ce la fille ? L'habitude d'entendre des ballades où le champ lexical de l'amour recoupait celui de l'enfance ? La virtuosité du plus grand parolier de l'après-Dylan ? Les trois à la fois ? Toujours est-il que j'étais à mille lieues de me douter que le mot child devait ici être pris au sens propre et que le grand romantique que je n'ai jamais cessé d'être ne put s'empêcher de demander quel était le titre de ce morceau. « Reel Around the Fountain », me répondit-elle. Des Smiths.
C'est sans doute la seule fois de ma vie qu'un de mes coups de cœur musicaux m'aura été dicté par une fille... et d'ailleus je ne m'étendrai pas là-dessus au risque de laisser croire fût-ce une seconde et par inadvertance que The Smiths m'évoque cette nana dont j'ai d'ailleurs oublié depuis le nom de famille. Non : la seule chose que The Smiths (l'album, mais ça vaut aussi pour le groupe) m'évoque, dans le fond... c'est moi-même.
Alterté par cette demoiselle je découvris en effet la petite galerie des horreurs de Morrissey & Marr, cet art délicat de raconter des histoires atroces sur des mélodies langoureuses qui sert de ligne directrice à ce premier album. « Suffer Little Children » et « The Hand That Rocks the Cradle » sont construites sur le même schéma, tout comme (dans une moindre mesure) « This Charming Man » (pas atroce mais du moins sulfureuse, sur une mélodie pas langoureuse mais en tout cas poppy et joviale). The Smiths est dans le décalage permanent, et le décalage mène toujours, systématiquement, inlassablement à la transgression. Ca n'en était pas moins romantique ni urgent ; ça l'était juste autrement : avec énergie et classe (« What Difference That It Make ? »), ironie (« Miserable Lie ») et mordant (« Still Ill »). Avec les Smiths je découvrais qu'il n'était nul besoin de crier pour se faire entendre, que l'humour n'était pas plus dégradant que le lyrisme, que la simplicité était la meilleure amie de l'élégance. Je m'initiais surtout à un art majeur : le second degré. D'une certaine manière les Smiths ont été mon influence majeure en tant... qu'écrivain, ils ont d'ailleurs eu un impact bien plus fulgurant sur mes goûts littéraires ou cinématographiques que musicaux. Rien d'étonnant à cela dans le fond : les Smiths dépassent très largement le cadre du simple groupe de rock pour proposer, à l'instar de Bowie ou de Roxy, une esthétique complète, une vision artistique globale qui se répercute sur l'ensemble de leur œuvre. C'est ce qui les rend infiniment plus importants que la plupart de leurs contemporains : les Smiths ne sont pas juste ces quatre albums merveilleux et ces deux compiles de singles grandioses... ils sont un style, ils sont un ton. Une démarche (Cf. l'article en lien ci-dessus), à la fois résolument punk dans son côté Avant nous Rien et après nous le Déluge, et tout autant anti-punk dans sa vision globale - les Smiths sont bien plus que quatre potes qui décident de jouer du rock'n'roll. C'est ce qui fait qu'ils demeureront éternellement à la fois l'un des groupes les plus essentiels du rock... et à la fois l'un des plus conspués. Vingt-cinq ans qu'on leur reproche tout et n'importe quoi pour ne pas s'avouer la vérité : ce que les gens détestent chez les Smiths c'est le fait qu'ils aient été différents et que cette différence leur ait valu une aura si considérable. Comme Bowie ou Cave ,Steven Patrick Morrissey, dans le fond, était bien trop intelligent, bien trop cultivé, avait bien trop bon goût... pour être un vulgaire rocker.
Et comme Bowie ou Cave, c'est ce qui fit de lui ce rocker si fabuleux.
Trois autres disques pour découvrir les Smiths (même si dans l'absolu il faudra tout avoir) :
Meat Is Murder (1985)
The Queen Is Dead (1986)
Strangeways, Here We Come (1987)

En tant qu'œuvre de jeunesse (façon
de parler bien sûr : Van Gulik avait déjà quarante-huit ans), « The Chinese Bell Murders » est évidemment à prendre avec certaines réserves - du moins dans le cadre d'une lecture sérielle.
Cinquième « épisode chronologique », rédigé d'abord en japonais, il s'inscrit à vrai dire assez mal dans le cycle... ce pour des raisons assez évidentes : Ti et ses (déjà) quatre lieutenants sont
encore présentés ici à l'état d'ébauches, leurs caractères ne sont pas encore complètement (dé)finis... etc. Surtout, dans « The Chinese Bell Murders », Van Gulik colle de beaucoup plus près aux
règles et à l'influence du roman policier de tradition chinoise 1, tant dans la construction (prologue aux confins du fantastique, figures imposées dans le tribunal, unité de
temps extrêmement réduite, foisonnement de personnages) que dans les intrigues elles-mêmes (c'est sans doute le roman dans lequel il pioche le plus allègrement dans les récits populaires).
Le second roman (culte) de
Russell Banks a de quoi ravir tant il se situe à un carrefour d'influences pour le moins... alléchantes. Jugez plutôt : un point de départ évoquant tout à la fois le Brautigan de « Tokyo Montana
Express » et le Lewis (on en parlait justement il y a deux jours) de « Main Street » d'une part ; une construction gigogne rappelant immanquablement le Faulkner (révolutionnaire) de «
C'est sans doute parce qu'au milieu des années soixante-dix Mott The Hoople était le groupe le plus populaire d'Angleterre qu'il n'a jamais été dignement réhabilité (en fait on a surtout
réhabilité All the Young Dudes... sans doute son disque le moins intéressant de toute la période Hunter), et c'est sans doute aussi (paradoxalement) pour cette raison que les albums
d'Ian Hunter dans les années deux mille (notamment Shrunken Heads l'an passé) ont eu si bonne presse. Reste que ses premiers opus solo, en revanche, demeurent toujours aussi obscurs pour
nombre de rockeux éclairés... ce qu'on ne pourra que déplorer tant dans le genre (bâtard et inégal) soul-pop on n'a rarement vu mieux. Pas de quoi changer la face du monde certes, et l'on
conseillera avant tout au néophyte de se jeter prioritairement sur les deux chefs-d'œuvre de son ex-groupe (Mott en 1973 et The Hoople l'année suivante...). Mais en cette
période de fin d'année où les rééditions pullulent on aurait tort cependant de ne pas signaler celle d'All-American Alien Boy, second album qui ne manqua pas en son temps de dérouter un
public orphelin du rock'n'roll musclé des Mott... et auquel il proposa une musique évoquant plus volontiers (quoique sans lui arriver à la cheville) le crooning funky du
Petit récapitulatif pour
commencer: en 1931, s'il a publié déjà cinq romans dont les deux chefs-d'oeuvre suscités, Faulkner n'en demeure pas moins un inconnu et vit de peu de choses. Vous devinez la suite : ce formidable
chef-d'œuvre fut principalement composé pour... l'argent ! "Sanctuary", monument de la littérature du vingtième siècle, est même par bien des côtés un livre absolument putassier - et revendiqué
comme tel par son auteur. Cela ne saute évidemment plus trop aux yeux en 2008 ; c'est pourtant vrai : Faulkner y réunit délibérément tous les éléments à la mode dans la littérature de l'époque,
c'est à dire (entendons-nous bien) ces romans hardboiled dont on commence à beaucoup parler depuis les succès de Dashiell Hammett et du magazine Black Mask. En espérant conjurer
l'insuccès de son dernier roman en date, "
« Main Street » justement, le
premier grand succès de Sinclair Lewis (et accessoirement, en 1920, premier grand roman américain sur une petite ville de province) se retrouve en filigrane dans ce « Babbitt » se présentant plus
ou moins comme sa suite thématique. A savoir qu'on y retrouve la seule, l'unique obsession de Sinclair Lewis durant toute son œuvre : croquer les travers de la bourgeoisie et dénoncer
l'hypocrisie de valeurs américaines biaisées, cette règle d'or du libéralisme et du libre-échange masquant une société parmi les plus puritaines qui soient (inutile de dire que la charge n'a pas
vieilli).
En voie de canonification
à défaut d'accéder à une starification méritée, E (pour les intimes) solde donc son catalogue depuis deux ans, soignant l'exploitation commerciale comme seuls les véritables artisans pop savent
le faire : en proposant des produits finis, de mini-œuvres sans doute pas indispensables mais qui ont au moins le mérite de ne pas entâcher sa réputation. Le somptueux coffret Blinking
Lights paru la semaine dernière est donc à l'image du live With Strings ou des deux compilations parues cette année : une relance marketing qui ne dit pas son nom... et c'est tant
mieux, puisqu'elle n'en a pas (presque) pas l'air.
Lorsqu'on referme « Eau-de-feu
» on a du mal à imaginer le même livre écrit par quelqu'un d'autre que Nourissier. On se demande qui aurait pu porter cette histoire plus sordide que tragique sans se complaire sans s'en rendre
compte dans le pathos, dans cette lacrymophilie primaire inhérente aux sujet glissants. Personne, sans doute. Sauf à posséder les pouvoirs magiques de l'auteur du « Corps de Diane », cette verve
gouailleuse, cette plume éclatante alternant le sarcasme puissant et l'empathie pudique. Nourissier ne cherche pas à verser dans le sensationnalisme lorsqu'il narre par le menu la descente aux
Enfers de sa Reine (Lear ?), et son double Burgonde ne s'épargne guère. Surtout, il a la finesse de ne pas résumer cette histoire ô combien fait-diveresque au seul alcool : c'est la désagrégation
d'un couple que raconte « Eau-de-feu », plus qu'un simple voyage au cœur de l'ivrognerie. Et sans doute Burgonde n'y est-il pas étranger, qui donne l'impression de vouloir au-delà de son récit
solder tous les comptes encore en cours.