The Smiths (The Smiths, Angleterre, 1984)


De tous mes groupes favoris les Smiths sont peut-être celui que je cite le plus régulièrement (mais moins que Laiezza, ceci dit). C'est aussi l'un des rares que j'écoute au moins une fois par semaine, encore aujourd'hui.

C'est surtout  le seul dont j'aime toute l'œuvre sans la moindre distinction ni le moindre discernement, du premier single (« Hand in Glove ») au plus anecdotique des pirates. Pas un de leurs titres que je n'aime pas. Pas un qui m'ait lassé au fil des ans. Faut-il le dire ? Je résiste de tous mes forces à l'envie d'en refaire l'hagiographie alors même que, hasard des calendriers, je m'y suis livré il y a quelques semaines sur Culturofil (à l'occasion d'une chronique d'une récente - et bien entendu inutile - compilation). Et rassurez-vous : s'il n'y a pas encore eu de Rékapituléidoscope Morrissey c'est avant tout parce que j'ai l'habitude d'attendre qu'au moins un disque de l'artiste ait été chroniqué ici avant de revenir sur l'ensemble de son œuvre.


Il y a probablement plusieurs explications à cette passion inconditionnelle pour le groupe de Manchester, la première de toutes étant qu'au sein de la longue liste des groupes qui changèrent considérablement ma vie celui-ci est l'un des plus récemment intronisés. Tout est relatif, certes ; mais disons que lorsqu'un article de Rock & Folk attira mon oreille de ce côté, au début des années 2000, ma culture musicale était déjà solidement bâtie. Ne me manquaient plus que deux choses : un grand groupe des années quatre-vingt susceptible de me faire fondre complètement ; et un groupe dont la musique me ressemblerait parfaitement.

Pour le grand groupe on dénombrait bien quelques candidats mais aucun ne convainquait réellement sur la longueur. A savoir que lorsque d'aventure j'en découvrais un fabuleux je ne parvenais pas, malgré tout, à me l'approprier comme j'avais su m'approprier le Clash ou le Velvet. Je voyais en quoi ils parlaient à leur époque mais pas en quoi ils me parlaient à moi. Joy Division ? Fabuleux, mais trop monochrome. Le désespoir a certainement produit les plus grandes œuvres de tous les temps... chez Joy Division c'était le seul et unique sentiment qu'on trouvait ; aussi si j'ai eu une longue période Joy il a bien fallu me rendre à l'évidence au bout d'un moment : cette musique ne contenait pas d'émotions assez variées pour remplir ma vie. The Cure ? La trilogie glacée était plus une musique de vieux que j'adorais qu'une musique qui m'aurait été destiné, je pouvais la vénérer (c'était le cas depuis un moment : la compile Straring at the Sea fut un de mes premiers disques) - pas me l'approprier. Sans parler du fait que le Cure contemporain (c'est à dire à l'époque l'axe Wild Mood Swings / Bloodflowers... pas le pire, comme on le découvrit par la suite) me paraissait particulièrement décevant... tout au plus un bon groupe pop parmi une flopée d'autres. Les Pixies ? Un des mes groupes favoris depuis longtemps, mais dont une moitié de la carrière s'était déroulée dans les années quatre-vingt dix et que de fait j'avais connu en activité... pour moi les Pixies, bien qu'ayant publié leur premier disque alors que j'avais six ans, demeuraient à l'instar des Guns'N'Roses ou de Faith No More un groupe de ma génération. Sonic Youth ? Même punition : je les avais découvert sau début des années quatre-vingt dix, au moment où ils étaient au faîte de leur succès... j'avais beau savoir qu'il s'agissait d'un groupe des années quatre-vingt ils restaient pour moi intimement liés à cette époque. Siouxsie & The Banshees ? Eux, ils auraient vraiment pu postuler à ce titre. En fait ils ont même tenu ce rôle... jusqu'à ce que je découvre les Smiths, ce qui ne manque pas d'ironie puisque selon Morrissey les Banshees étaient le meilleur groupe des années quatre-vingt.

L'ironie justement... c'est sans doute ce qui m'a converti aux Smiths. Quoique pas tout de suite. Je me dois de raconter les choses telles qu'elles se sont déroulées : ma première rencontre avec Morrissey remontait au milieu des années quatre-vingt dix et à l'album Vauxhall & I... que j'avais détesté (et qui d'ailleurs demeure de loin l'album de Morrissey que j'aime le moins aujourd'hui). Quant à la première fois où j'ai entendu The Queen Is Dead, à la fin de l'année 2000... j'ai franchement trouvé ça quelconque. A peine avais-je découvert le grand groupe pop des eighties que déjà je l'abandonnais, persuadé qu'on m'avait roulé dans la farine. Encore un classique surestimé. Je ne crois pas avoir été le seul à penser ça après avoir découvert les Smiths. On ne peut pas aimer les Smiths dans n'importe quelles circonstances et à n'importe quel âge - ça me semble impossible. Il faut, j'en suis convaincu, une certaine maturité, une certaine culture, un certain sens du GOUT ... pour parfaitement marcher dans la combine de Johnny Marr. Sans quoi ça sonne juste comme un truc pop un peu vieillot - au mieux comme un truc pas mal mais putain... qu'est-ce que la voix est fatigante ! Après avoir entendu The Queen Is Dead à l'âge de dix-neuf ans mon seul réflexe a été de me dire que le pire album d'Eco & The Bunnymen était mieux que cette soupe. Quand aujourd'hui si Ocean Rain demeure un des mes disques préférés... jamais je ne l'échangerai contre un cd-r des Smiths. Jamais !

Ce qui s'est passé entre temps pour que je change si radicalement d'avis ? Pas grand chose, en fait. Un truc qu'on devrait tous se faire une fois de temps en temps histoire de réviser nos a prioris : un blind-test. Pas un vrai blind-test - pas un jeu. Une soirée chez une  copine avec en guise de musique de fond une chanson qui sur le coup me sembla désespérément romantique :

It's time the tale were told
Of how you took a child
And you made him old


... et bien sûr ce refrain...

Fifteen minutes with you
Oh, well, I wouldn't say no
Oh, people said that you were easily led
And they were half-right


... était-ce la fille ? L'habitude d'entendre des ballades où le champ lexical de l'amour recoupait celui de l'enfance ? La virtuosité du plus grand parolier de l'après-Dylan ? Les trois à la fois ? Toujours est-il que j'étais à mille lieues de me douter que le mot child devait ici être pris au sens propre et que le grand romantique que je n'ai jamais cessé d'être ne put s'empêcher de demander quel était le titre de ce morceau. « Reel Around the Fountain », me répondit-elle. Des Smiths.

C'est sans doute la seule fois de ma vie qu'un de mes coups de cœur musicaux m'aura été dicté par une fille... et d'ailleus je ne m'étendrai pas là-dessus au risque de laisser croire fût-ce une seconde et par inadvertance que The Smiths m'évoque cette nana dont j'ai d'ailleurs oublié depuis le nom de famille. Non : la seule chose que The Smiths (l'album, mais ça vaut aussi pour le groupe) m'évoque, dans le fond... c'est moi-même.


Alterté par cette demoiselle je découvris en effet la petite galerie des horreurs de Morrissey & Marr, cet art délicat de raconter des histoires atroces sur des mélodies langoureuses qui sert de ligne directrice à ce premier album. « Suffer Little Children » et « The Hand That Rocks the Cradle » sont construites sur le même schéma, tout comme (dans une moindre mesure) « This Charming Man » (pas atroce mais du moins sulfureuse, sur une mélodie pas langoureuse mais en tout cas poppy et joviale). The Smiths est dans le décalage permanent, et le décalage mène toujours, systématiquement, inlassablement à la transgression. Ca n'en était pas moins romantique ni urgent ; ça l'était juste autrement : avec énergie et classe (« What Difference That It Make ? »), ironie (« Miserable Lie ») et mordant (« Still Ill »). Avec les Smiths je découvrais qu'il n'était nul besoin de crier pour se faire entendre, que l'humour n'était pas plus dégradant que le lyrisme, que la simplicité était la meilleure amie de l'élégance. Je m'initiais surtout à un art majeur : le second degré. D'une certaine manière les Smiths ont été mon influence majeure en tant... qu'écrivain, ils ont d'ailleurs eu un impact bien plus fulgurant sur mes goûts littéraires ou cinématographiques que musicaux. Rien d'étonnant à cela dans le fond : les Smiths dépassent très largement le cadre du simple groupe de rock pour proposer, à l'instar de Bowie ou de Roxy, une esthétique complète, une vision artistique globale qui se répercute sur l'ensemble de leur œuvre. C'est ce qui les rend infiniment plus importants que la plupart de leurs contemporains : les Smiths ne sont pas juste ces quatre albums merveilleux et ces deux compiles de singles grandioses... ils sont un style, ils sont un ton. Une démarche (Cf. l'article en lien ci-dessus), à la fois résolument punk dans son côté Avant nous Rien et après nous le Déluge, et tout autant anti-punk dans sa vision globale - les Smiths sont bien plus que quatre potes qui décident de jouer du rock'n'roll. C'est ce qui fait qu'ils demeureront éternellement à la fois l'un des groupes les plus essentiels du rock... et à la fois l'un des plus conspués. Vingt-cinq ans qu'on leur reproche tout et n'importe quoi pour ne pas s'avouer la vérité : ce que les gens détestent chez les Smiths c'est le fait qu'ils aient été différents et que cette différence leur ait valu une aura si considérable. Comme Bowie ou Cave ,Steven Patrick Morrissey, dans le fond, était bien trop intelligent, bien trop cultivé, avait bien trop bon goût... pour être un vulgaire rocker.

Et comme Bowie ou Cave, c'est ce qui fit de lui ce rocker si fabuleux.




Trois autres disques pour découvrir les Smiths (même si dans l'absolu il faudra tout avoir) :

Meat Is Murder (1985)
The Queen Is Dead (1986)
Strangeways, Here We Come (1987)




The Chinese Bell Murders (Robert Van Gulik, Pays-Bas, 1958)

V.F. : LE SQUELETTE SOUS CLOCHE


Dans mon imaginaire de lecteur adolescent traumatisé par les enquêtes du Juge Ti le nom de Pou Yang reste associé à un sacré climax dans la carrière du personnage : c'est en effet durant cette période (il voyage tellement que ses districts sont plus des époques du récit que de véritables décors) qu'il résout deux de ses cas les plus marquants pour à peu près tous ses lecteurs - « The Chinese Bell Murders » et « Poets & Murder ». Paradoxe ne manquant pas de piquant : ces deux volets particulièrement emblématiques de la série sont respectivement le premier et le dernier roman de Robert Van Gulik, séparés dans leur rédaction par rien moins qu'une décennie.


En tant qu'œuvre de jeunesse (façon de parler bien sûr : Van Gulik avait déjà quarante-huit ans), « The Chinese Bell Murders » est évidemment à prendre avec certaines réserves - du moins dans le cadre d'une lecture sérielle. Cinquième « épisode chronologique », rédigé d'abord en japonais, il s'inscrit à vrai dire assez mal dans le cycle... ce pour des raisons assez évidentes : Ti et ses (déjà) quatre lieutenants sont encore présentés ici à l'état d'ébauches, leurs caractères ne sont pas encore complètement (dé)finis... etc. Surtout, dans « The Chinese Bell Murders », Van Gulik colle de beaucoup plus près aux règles et à l'influence du roman policier de tradition chinoise 1, tant dans la construction (prologue aux confins du fantastique, figures imposées dans le tribunal, unité de temps extrêmement réduite, foisonnement de personnages) que dans les intrigues elles-mêmes (c'est sans doute le roman dans lequel il pioche le plus allègrement dans les récits populaires).

On aurait tort cependant de croire que ce qui limite (pour le moins) la lecture sérielle nuit à la cohésion de l'ensemble. Le style est certes un peu plus hésitant, le roman plus statique que d'autres... mais la reconstitution de la Chine des T'ang y est d'une rare minutie et les énigmes résolues par notre fine équipe sont de très haute volée. Le meurtre de Half-Moon Street, clin d'œil évident (et redoutable) à Edgar Poe... l'affaire du temple... et bien sûr l'affaire de la Cloche (un peu trahie par le titre français !)... sont autant de casse têtes palpitant qui marqueront durablement l'imaginaire du lecteur (ok : c'est la troisième que je le lis... mais même la seconde je me souvenais de tout).

Pour un premier roman, c'est plus que concluant.


le genre :  policier

la note : 




1. Populariser cette littérature quasi inconnue du public occidental était d'ailleurs son but initial lorsqu'il rédigea ce premier livre où il reprenait le héros de « Dee Gong An », "adaptation" d'un conte chinois qu'il réalisa en 1949.

...

...


Jack The Ripper, Ladies First (2005)

...
Trailerpark (Russell Banks, USA, 1981)


Le second roman (culte) de Russell Banks a de quoi ravir tant il se situe à un carrefour d'influences pour le moins... alléchantes. Jugez plutôt : un point de départ évoquant tout à la fois le Brautigan de « Tokyo Montana Express » et le Lewis (on en parlait justement il y a deux jours) de « Main Street » d'une part ; une construction gigogne rappelant immanquablement le Faulkner (révolutionnaire) de « Go Down, Moses » d'autre part. Soit donc, en décodé : une histoire en forme de séquences au sein d'un trailerpak (c'est à dire, littéralement, d'un terrain de caravaning « habitable »), successions de vignettes à croquer tenant tout autant du roman que du recueil de nouvelles. De quoi saliver en soi, et plus encore lorsqu'on sait que Banks excelle dans le registre de la nouvelle - ses quatre « vrais » recueils (notamment « Searching for Survivors » & « The Angel on the Roof ») comptant parmi ce qu'il a fait de tout meilleur.

Douze mobile-homes constituant un petit village (youpi) qui ne dit pas son nom, une étrange éleveuse de cochons dindes venant s'installer au numéro onze et éveillant (comme de juste) la méfiance de la communauté... tous les ingrédients sont réunis pour déboucher sur :

-    une œuvre tragicomique réjouissante ;

... ou dans le doute sur :

-    une satire au vitriol de le société américaine.

Pourtant, curieusement, Russell Banks semble refuser de choisir entre les deux, sautant de l'un à l'autre avec une évidente délectation et brouillant les pistes à loisir. C'est seulement en cours de lecture que l'on comprend vraiment l'idée : l'auteur a soigneusement « casté » les habitants du trailerpark de Granite State, recréant un étrange échantillon représentatif des classes américaines les plus défavorisées... pour un résultat évidemment un brin superficiel, et que je te prends du blanc et du noir, et que si je mets un vieux je dois mettre aussi un jeune... etc.

En résulte un roman à la fois touchant et agaçant, très représentatif des obsessions banksiennes (le côté voice of the voiceless, les chroniques de la solitude ordinaire...) et en même temps assez éloigné, dans ce ton très bon-enfant, du Russell Banks qu'on aime tant (celui très héroïque de « Clousplitter » ou bien celui - plus acide - de « Rule of Bone »). Notre homme est-il un grand humaniste ou bien un supergentil superconsensuel ? Evidemment quand on connaît les ouvrages suivant la question ne se pose pas vraiment. Mais face au seul « Trailerpark », le lecteur de passage sera autorisé à s'interroger (faudra juste qu'il révise d'urgence l'a priori). Indicateur somme toute révélateur de ce que j'ai ressenti à cette lecture 1 : « Trailerpark », dans son univers et dans son rapport très (trop ?) compassionnel, est probablement le roman de Banks qui a le plus influencé Richard Russo (c'est vraiment troublant quand on connaît ses ouvrages et qu'on lit ou relit « Trailerpark » après coup).

Reste donc, outre un concept tout à fait pertinent, l'écriture de Banks - a priori majestueuse dès ses tous débuts. C'est amplement suffisant.


le genre :    chroniques

la note :    




    CE QU'ELLES EN PENSENT :



1. Evidemment... uniquement quand on sait ce que je pense de Richard Russo, à savoir pas grand chose, quoique j'ai pu goûter certains de ses romans (j'en parle - sommairement - ICI)


All-American Alien Boy (Ian Hunter, Angleterre, 1976)


Une des lois du genre rock'n'roll est celle de la réhabilitation à tout crin, dont la règle est simple : vous prenez un artiste génial et archi connu, un autre génial et archi méconnu, vous mélangez, vous pesez le tout... et normalement vous obtenez une phrase du genre : Dennis Wilson était quand même carrément meilleur que son frère. Evidemment vous pourriez réhabiliter Dennis Wilson sans pour autant chercher à dévaluer Brian, mais honnêtement ce serait moins drôle - ce serait même un brin gênant puisque cela sous-entendrait que vous reconnaissez des qualités à cet intérprête archi mega over surestimé. Or en matière de rock, c'est bien connu, rien n'est jamais plus beau que l'insuccès, la marginalité... et un mot : l'underground - variante musciale et proto-snob du mythe du Gentil Pauvre qu'allumait Dorothy Allison dans son sulfureux essai « Skin ». Il est inconnu, il est mort sans gagner un dollar grâce à sa musique... il est donc infiniment plus génial que ce connard avec sa petite cuiller en or dans la bouche, soutenu par cet imbécile de grand public et cette presse au mieux complaisante - au pire vendue.

C'est sans doute parce qu'au milieu des années soixante-dix Mott The Hoople était le groupe le plus populaire d'Angleterre qu'il n'a jamais été dignement réhabilité (en fait on a surtout réhabilité All the Young Dudes... sans doute son disque le moins intéressant de toute la période Hunter), et c'est sans doute aussi (paradoxalement) pour cette raison que les albums d'Ian Hunter dans les années deux mille (notamment Shrunken Heads l'an passé) ont eu si bonne presse. Reste que ses premiers opus solo, en revanche, demeurent toujours aussi obscurs pour nombre de rockeux éclairés... ce qu'on ne pourra que déplorer tant dans le genre (bâtard et inégal) soul-pop on n'a rarement vu mieux. Pas de quoi changer la face du monde certes, et l'on conseillera avant tout au néophyte de se jeter prioritairement sur les deux chefs-d'œuvre de son ex-groupe (Mott en 1973 et The Hoople l'année suivante...). Mais en cette période de fin d'année où les rééditions pullulent on aurait tort cependant de ne pas signaler celle d'All-American Alien Boy, second album qui ne manqua pas en son temps de dérouter un public orphelin du rock'n'roll musclé des Mott... et auquel il proposa une musique évoquant plus volontiers (quoique sans lui arriver à la cheville) le crooning funky du Young Americans du cousin Bowie.

L'inaugural « Letter from Brittania to Union Jack » a beau préfigurer plus volontiers le Springsteen des eighties que les Sex Pistols, All-American Alien Boy se laisse écouter sans déplaisir et réserve même quelques pépites méconnues. On pense bien sûr à la très jolie ballade « Irene Wilde », qui évoque le meilleur Elton John (oui, il existe : c'est celui des deux premiers albums). Au très philly soul « You Really Did In Me », même pas gâché par les chœurs de Freddie Mercury. Ainsi que, d'une manière plus générale, à des compositions souvent transcendées par la voix exceptionnelle d'un Hunter qui n'a jamais aussi bien chanté que sur ses quatre premiers opus solo. En témoigne « God », qui n'a franchement pas à rougir de la comparaison avec un Dylan (influence essentielle du Mott The Hoople des débuts) qu'il singe avec une évidente jubilation.

Le vrai problème d'All-American Alien Boy, c'est évidemment moins son répertoire (qui éclate sans mal celui du Mott sorti à la même époque - grotesque Shouting & Pointing... qui sera d'ailleurs le dernier) que sa production comment dire... ? Légèrement datée. Annonçant les excès de synthés des années quatre-vingt sur le difficilement supportable (mais bien nommé) « Apathy 83 », All-American Alien Boy est ici ou là involontairement visionaire... notamment, avec l'étonnante (et très efficace) « Restless Youth » du... glam-metal. Pas de quoi crier haro sur le baudet (Hunter est bien trop fêlé vocalement comme psychologiquement pour qu'on soit jamais tenté de le confondre avec Vince Neil), d'autant que les Guns'N'Roses n'étaient pas des crêpes. Mais tout de même, à la première écoute... on sursaute.


Qu'en retenir alors ? All-American Alien Boy n'est sans doute pas ce qu'Ian Hunter a fait de mieux. Mais il a quelque chose de sympathique, ne fût-ce que dans sa démarche : des débuts plutôt folk de Mott The Hoople jusqu'à son départ du groupe en passant par le triomphe à l'ère glam... Hunter n'en a jamais fait qu'à sa tête, et sa volonté de faire la musique qu'il aime plutôt que celle qu'on attend de lui ne peut que rendre ses deux premiers disques attachants. Le flop de celui-ci n'était sans doute pas plus mérité que le relatif anonymat entourant le chanteur aujourd'hui, et cette première (ré)réédition d'un album imparfait rectifie partiellement cette erreur de l'histoire. Détail qui ne gâte rien : à l'instar de la réédition du trentième anniversaire, celle-ci propose des bonus de très bonne facture qui loin d'affaiblir l'album originel ont plutôt tendance à le réhausser (notamment l'excellente « Weary Angels »).

Reste qu'on attend avec d'autant plus d'impatience les rééditions (annoncées mais non confirmées) des deux opus suivants, qui montrent un Hunter renouant avec le rock'n'roll : Overnight Angels (avec le démentiel Earl Slick à la guitare) et You're Never Alone With A Schizophrenic, probablement son meilleur, avec en guise de cover-band rien moins que Mick Ronson, John Cale, George Young et une bonne part du E-Street Band !


le genre :    pop-soul-rock

la note :    





...
Santuary (William Faulkner, USA, 1931)

V.F. : SANCTUAIRE


Ce livre clôt en que quelque sorte la trilogie (symbolique : ils ne se suivent pas ni ne se répondent) commencée avec "The Sound & The Fury" (1929) et "As I Lay Dying" (1930), soit la seconde période faulknerienne - celle où il met au point sa stratégie de brouillage chronologique et son goût pour la tragédie antique.

Petit récapitulatif pour commencer: en 1931, s'il a publié déjà cinq romans dont les deux chefs-d'oeuvre suscités, Faulkner n'en demeure pas moins un inconnu et vit de peu de choses. Vous devinez la suite : ce formidable chef-d'œuvre fut principalement composé pour... l'argent ! "Sanctuary", monument de la littérature du vingtième siècle, est même par bien des côtés un livre absolument putassier - et revendiqué comme tel par son auteur. Cela ne saute évidemment plus trop aux yeux en 2008 ; c'est pourtant vrai : Faulkner y réunit délibérément tous les éléments à la mode dans la littérature de l'époque, c'est à dire (entendons-nous bien) ces romans hardboiled dont on commence à beaucoup parler depuis les succès de Dashiell Hammett et du magazine Black Mask. En espérant conjurer l'insuccès de son dernier roman en date, "Sartoris" (publié en 1931 "Sanctuary" fut en fait écrit en 1929 - d'où le sentiment qu'il est parfois moins parfait que les deux autres chefs-d'œuvre susnommés).


Il s'agit au départ d'une longue nouvelle, inspirée d'un fait divers : une sordide histoire de viol d'une collégienne par un adolescent impuissant et pervers.  Comme de juste : tous les éditeurs le lui refusent. Le hardboiled commence à bien se vendre à la fin des années vingt mais tout de même... il y a des limites à l'horreur. Ce texte-ci est bien trop violent, trop sombre, trop dépressif. Trop sarcastique et décapant, aussi, bien sûr. Trop faulknerien en somme.

L'auteur range donc "Sanctuary" dans un tiroir, le retravaille quelques mois plus tard, le fait passer suite à la publication de ses deux classiques (qui lui confèrent sinon un peu de gloire, au moins un poil de légitimité) et en fait son troisième chef-d'oeuvre consécutif. Entre temps, il s'est adonné à son jeu préféré : le brouillage chronologique. Il y a ajouté des scènes de voyeurisme. Un meurtre. Une affaire de distillation clandestine. Un justicier parodique. Pléthore de références à Shakespeare . Ce qui inspira probablement à Malraux sa célèbre expression : "L'introduction de la tragédie grecque dans le roman policier"... expression somme toute assez fausse : c'est plutôt de l'inverse qu'il s'agit. Car s'il y a  un genre littéraire dont Faulkner se fout, c'est bien le polar, dont il moque ici la surenchère. De toute façon  il est totalement incapable de maîtriser l'élément capital de la mécanique policière : le suspense. Rarement on aura vu un auteur aussi mauvais pour faire monter la sauce. Et pourquoi le ferait-il d'ailleurs? Quel en serait l'intérêt puisque sur 20 romans qu'il composa entre 1927 et 1962, plus de la moitié commence par la fin ?

Le véritable génie de Faulkner dans ce texte, c'est avant tout d'écrire sur le Mal absolu sans jamais le nommer ni le montrer du doigt. S'il dissèque l'âme humaine, sa médiocrité, sa lâcheté ou sa corruption... c'est en supprimant son point de vue propre d'homme honnête et d'écrivain respectable. En laissant s'exprimer les autres, désaxés, fous, criminels... tous ceux qui n'ont pas droit à la parole ailleurs ; tous ceux sur lesquels les autres (même les plus grands... même  Hemingway...) n'écrivent pas.

Le résultat est une œuvre colossale et, accessoirement, le livre le plus "accessible" d'un auteur parfois rebutant pour le lecteur non-averti. Ce qui le rend d'autant plus fort.


le genre :  magistral

la note : 



NOTE : cette chronique (anté-dilluvienne) a déjà paru (dans une version différente) sur le forum des Chats il y a quelques années... forum devenu depuis le célèbre, l'immense, l'incontournable blog des Chats.

...
L'ANAMOUR

(Serge Gainsbourg, Gainsbourg - Birkin)


... allitération, quand tu nous tiens...



LE TEXTE :

Aucun Boeing sur mon transit
Aucun bateau sur mon transat
Je cherche en vain la porte exacte
Je cherche en vain le mot exit

Je chante pour les transistors
Ce récit de l'étrange histoire
De tes anamours transitoires
De Belle au Bois Dormant qui dort

Je t'aime et je crains
De m'égarer
Et je sème des grains
De pavot sur les pavés
De l'anamour

Tu sais ces photos de l'Asie
Que j'ai prises à deux cents Asa
Maintenant que tu n'es pas là
Leurs couleurs vives ont pâli

J'ai cru entendre les hélices
D'un quadrimoteur mais hélas
C'est un ventilateur qui passe
Au ciel du poste de police

Je t'aime et je crains
De m'égarer
Et je sème des grains
De pavot sur les pavés
De l'anamour

...
Babbitt (Sinclair Lewis, USA, 1922)


Qui se souvient de Sinclair Lewis ? Difficile aujourd'hui de croire que ce satiriste féroce dont le nom est désormais méconnu du grand public ait été en son temps l'un des romanciers les plus célèbres du monde, celui dont les livres à peine sortis étaient déjà achetés par Hollywood depuis qu'il avait reçu la distinction suprême : être en 1930 le premier américain à se voir attribuer le Prix Nobel de littérature. C'est pourtant vrai, et on ne lasse d'être étonné par le désormais (relatif) anonymat entourant son œuvre. D'autant plus étonné en fait qu'à sa manière caustique et nonchalante Lewis était un genre d'antithèse de Scott Fitzgerald... or il semble que de cette époque, fait rarissime, l'histoire littéraire contemporaine ait plus volontiers retenu l'apologue que le contempteur féroce que fut l'auteur du magistral « Main Street ».

« Main Street » justement, le premier grand succès de Sinclair Lewis (et accessoirement, en 1920, premier grand roman américain sur une petite ville de province) se retrouve en filigrane dans ce « Babbitt » se présentant plus ou moins comme sa suite thématique. A savoir qu'on y retrouve la seule, l'unique obsession de Sinclair Lewis durant toute son œuvre : croquer les travers de la bourgeoisie et dénoncer l'hypocrisie de valeurs américaines biaisées, cette règle d'or du libéralisme et du libre-échange masquant une société parmi les plus puritaines qui soient (inutile de dire que la charge n'a pas vieilli).


Parangon de vertu croulant sous une épaisse couche de matérialisme, George Babbitt sera donc le symbole de tout ce qui déconne dans ce grand pays, self-made-man accompli confronté au vide d'une existence à laquelle il tentera maladroitement d'échapper. A mi-chemin entre « Le Bourgeois Gentilhomme » et le héros américain typique (quoique retourné comme une crêpe), le voilà donc tentant de repousser les limites de sa condition, de devenir un homme en plus d'être un entrepreneur... pour un résultat burlesque parfois, délirant souvent - grotesque toujours.

Assemblage de quasi-sketches décousus mais pour certains (celui de la voiture !) hilarants, voici sans doute en strict terme de satire le roman le plus puissant de Sinclair Lewis - qui déchaîna d'ailleurs à sa sortie des haines féroces aux Etats-Unis... en même temps qu'une admiration inconditionnelle chez les européens. « Babbitt » a beau être nuancé, présenter un antihéros somme toute attachant et pourvu de qualités non-négligeables... rarement un auteur aura à ce point fustigé son propre pays - c'est à dire que Lewis ne fustige pas les défauts que le pays se reconnaît... mais au contraire tout ce dont il s'enorgueillit. Son esprit bourgeois et libéral. Ses valeurs les plus fondamentales. Si la critique n'a en elle-même pas pris plus de rides que le style de poussière, on s'interroge en revanche sur la destinée de ce livre dans l'Amérique hypermédiatique d'aujourd'hui - sans doute un tel brûlot n'aurait-il pas trouvé d'éditeur après la Seconde Guerre Mondiale (le destin du féroce « Lord of the Barnyard » 1 de Tristan Egolf, assez proche de « Main Street » dans le fond, est en ce sens éloquent). C'est peu dire que Sinclair Lewis gagnerait à être redécouvert, avec ce livre ou le remarquable « Dodsworth » ; voici un auteur qui, mine de rien, pourrait bien être beaucoup plus subversif aujourd'hui qu'à son époque. Et le moins qu'on puisse dire est qu'en ces temps de retour au puritanisme, ce genre de lecture fait du bien.


le genre :    satire

la note :    




1 Evoqué ici en attendant une critique plus charpentée

...
The Blinking Lights & Other Revelations (eels, USA, 2005)

Un jour peut-être on parviendra à élucider ce mystère : pourquoi eels n'a-t'il pas aujourd'hui l'aura d'un Mercury Rev, d'un Sparklehorse ou d'un Beck ? C'est non seulement injuste, mais carrément incompréhensible. Car s'il y a bien un artiste qui aura su imposer ces dix dernières années une patte immédiatement reconnaissable, une marque sonique et un univers tout à fait personnel... c'est assurément Mark Oliver Everett. Qui parti d'un plan marketing qui aurait pu briser sa carrière (il fut la première signature de Dreamworks, catapultée en 1996 telle une nouvelle marque de lessive) est parvenu à la sueur de son front à s'acheter une véritable crédibilité indie - une prouesse pour un artiste signé sur une major une poignée de mois après les débuts de son groupe.

En voie de canonification à défaut d'accéder à une starification méritée, E (pour les intimes) solde donc son catalogue depuis deux ans, soignant l'exploitation commerciale comme seuls les véritables artisans pop savent le faire : en proposant des produits finis, de mini-œuvres sans doute pas indispensables mais qui ont au moins le mérite de ne pas entâcher sa réputation. Le somptueux coffret Blinking Lights paru la semaine dernière est donc à l'image du live With Strings ou des deux compilations parues cette année : une relance marketing qui ne dit pas son nom... et c'est tant mieux, puisqu'elle n'en a pas (presque) pas l'air.

Soit : The Blinking Lights & Other Revelations, dernier album en date et synthèse parfaite de l'œuvre eelsienne, ne gagne pas nécessairement à devenir un triple vinyle. L'essentiel est qu'il n'y perde pas non plus. Il est ici tel qu'en lui-même : magistral et touffu, trop long et trop bon, véritable montagne pop qui dans un monde merveilleux eut été gravie par des millions de fans assoiffés de mélodies. Moins compact en vinyle, il offre à l'auditeur l'occasion de se délecter de ses (nombreuses) pépites (« Railroad Man », « Dust of Age »), mélancolique souvent (« Thinks the Grandchildren Should Know »), contemplatif parfois (« Theme For A Pretty Girl... », « God's Silence »), barré souvent (« Checkout Blues », « Son of a Bitch »)...

Il y a décidément quelque chose d'universel et de poignant dans ces vignettes pop en apparence sans prétention, œuvre-somme d'un songwriter passé maître dans l'art de ne pas y toucher : à la manière d'un Neil Young, qu'il lui arrive d'évoquer à l'occasion, E excelle dès lors qu'il s'agit de faire passer sa musique pour un assemblage de chansons en apparence simplissimes. Adepte de la berceuse au texte corrosif, de la mélodie limpide qui vous prend à revers, il explore toute sa palette sur The Blinking Light & Other Revelations - véritable best of uniquement composé de nouveau matériel. Beaucoup arguèrent à l'époque qu'il était trop long... point de vue que nous ne partageons (évidemment) pas. Car Blinking Lights (album si merveilleux qu'il a même donné son nom à un... blog !) est tout sauf disparate, son défaut étant même paradoxalement d'être parfois trop dense. Peu importe d'ailleurs : il témoigne d'une audace artistique comme on en voit de moins en moins souvent de nos jours - et après tout l'Album Blanc aussi est trop long. Ca n'en est pas moins un chef-d'œuvre.

Toute proportion gardée on dira de même de The Blinking Lights & Other Revelations, dont cette réédition à micro tirage (deux-mille cinq cents exemplaires seulement... inutile de dire qu'il n'y en aura pas pour tout le monde !) propose en prime un nouveau LP live... qui vient donc s'ajouter à longue liste de lives plus ou moins officiels du vrai faux groupe originaire de Los Angeles. On se surprendra pourtant à regretter qu'il ne soit pas paru en simple tant ce Manchester 2005 s'avère très au-dessus de ses prédécesseurs (en tout cas bien meilleur que le décevant Oh ! What A Beautiful Morning ! et le pourtant très bon Electro-shock Blues Show). Piochant avec bonheur dans chaque album, il offre en tout cas, avec ses versions sublimes de « Jeannie's Diary » ou « Climbing Up to the Moon », une valeur ajoutée non négligeable à album qui n'en avait pourtant pas besoin.

Bref : si comme moi vous êtes fans (et que vous avez une platine vinyle !) ... vous savez ce qu'il vous reste à faire...


le genre :    pop déglinguée

la note :    






....
Eau-de-feu (François Nourissier, France, 2008)


On me demande parfois, souvent... comment je fais pour différencier une œuvre de littérature autobiographique d'un témoignage, pour distinguer la frontière souvent poreuse entre les deux. Alors je me noie dans des explications un brin longuettes et un peu pataudes afin de masquer mon embarras, afin de contourner une vérité un peu abstraite et si difficile à argumenter... à savoir que ce qui différencie une œuvre d'art d'une chaise à bascule, c'est tout bêtement son style. Le dernier (l'ultime ?) livre de François Nourissier en sera ma preuve irréfutable, mon joker imparable, celui que je sortirai de mon chapeau lorsqu'on ne me croira pas. Sans rire (on y rigole d'ailleurs très peu) : si vous vous demandez comment différencier la littérature autobiographique du témoignage pipole (ou non), on vous recommandera la lecture d' « Eau-de-feu », dont le seul titre, poétique, claquant... dit déjà tout. S'il s'était appelé « Ma femme est une alcoolique en phase terminale et je suis très malheureux », on aurait eu évidemment plus de doutes. Ce n'est pas le cas et l'on s'en réjouit. Carrément : lorsque l'expérience autobiographique se métamorphose en littérature et tend (donc) vers le Beau, oui, on a le droit de se réjouir du malheur des autres.


Lorsqu'on referme « Eau-de-feu » on a du mal à imaginer le même livre écrit par quelqu'un d'autre que Nourissier. On se demande qui aurait pu porter cette histoire plus sordide que tragique sans se complaire sans s'en rendre compte dans le pathos, dans cette lacrymophilie primaire inhérente aux sujet glissants. Personne, sans doute. Sauf à posséder les pouvoirs magiques de l'auteur du « Corps de Diane », cette verve gouailleuse, cette plume éclatante alternant le sarcasme puissant et l'empathie pudique. Nourissier ne cherche pas à verser dans le sensationnalisme lorsqu'il narre par le menu la descente aux Enfers de sa Reine (Lear ?), et son double Burgonde ne s'épargne guère. Surtout, il a la finesse de ne pas résumer cette histoire ô combien fait-diveresque au seul alcool : c'est la désagrégation d'un couple que raconte « Eau-de-feu », plus qu'un simple voyage au cœur de l'ivrognerie. Et sans doute Burgonde n'y est-il pas étranger, qui donne l'impression de vouloir au-delà de son récit solder tous les comptes encore en cours.

Etonnamment, le livre revêt parfois des accents de « Tender Is the Night » : l'alcool s'y substitue à la folie - n'est-il pas d'ailleurs une folie cruellement ordinaire ? Cette Reine déchue, souvent, évoque Nicole vers la fin du chef-d'œuvre de Francis Scott Fitgzerald. Et dans ses sursauts d'orgueils on devine souvent son éclat passé, sèchement recouvert désormais par la maladie, par le déni, par la douleur (de moins en moins) sourde qui emporte chaque pan de sa vie. Non, décidément : on ne rigole pas beaucoup dans le dernier Nourrissier.

On ne s'afflige pas non plus, ceci dit - ce n'est pas le genre de la maison. Le misérabilisme ? François Nourissier ne connaît pas. Il narre son récit avec panache, emportement... l'histoire le plonge dans la noirceur mais l'acte de raconter sembler ne pouvoir s'épanouir que dans l'allégresse. Ce livre plus déchirant que poignant n'est pas qu'une histoire triste ; c'est aussi un festival des mots, un régal pour le lecteur. Même âgé (quatre-vingt un an), même diminué (il est atteint de la maladie de Parkinson depuis de nombreuses années), Nourissier n'a rien perdu de son œil acéré ni de cette hargne élégante qui fit ses plus grands livres (« L'Eau grise » ou « Bleu comme la Nuit »). Il paraît même parfois plus habité que jamais... on ignore si un jour il y en aura d'autres, des livres de Nourissier, dont on dit que depuis le décès de sa Reine l'an passé il vit retiré de tout. On lui souhaite de trouver la force d'en écrire d'autres. Dans le cas contraire il pourra dormir tranquille : il aura fini sur une œuvre absolument remarquable, très au-dessus de tout ce qu'il a pu offrir ces vingt dernières années.


le genre :    sans issue

la note :    



Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus