La paix du ménage (Honoré de Balzac, France, 1829)
Ni nouvelle ni roman, « La paix du ménage » est un court récit d’une soixantaine de pages qui à défaut d’être passionnant se laisse lire avec plaisir.
On y assiste à un bal donné chez le comte de Gondreville, héros bien malheureux d’un dramelet attachant où il assiste aux tentatives de séductions des uns et des autres sur une jeune et jolie jeune femme qui s’avèrera être…la sienne, bien entendu.
(vous noterez au passage que Frédéric Beigbeder a totalement décalqué cette histoire pour ses « Vacances dans le coma », par ailleurs son seul livre à peu près lisible quand on a plus de seize ans)
Ca fuse, ça rit, ça danse, il y a des lumières et des paillettes et…euh, attendez : on est bien chez Balzac ? Eh oui, mais un Balzac bien différent, et bien plus jeune : en 1829 il n’a que trente ans ; pour le peu que je m’en souvienne il me semble que « La paix du ménage » soit le plus ancien texte qu’il ait inséré dans la Comédie Humaine , écrit à une époque où notre ami Honoré n’avait pas encore envisagé son cycle colossal. Le moins qu’on puisse est que cela se sent. C’est un tout autre visage de Balzac qu’on découvre. Le Balzac qu’on connaît le plus, c’est le Balzac à la Spielberg : débauche de moyens, kyrielle de personnages, décors impressionnants…ici le lecteur sera confronté à un Balzac beaucoup plus épuré, tant dans l’écriture (sèche, nette) que dans ce contenu relativement intimiste, avec très peu de personnages et un quasi huit clos. Les descriptions sont donc beaucoup plus ramassées et moins denses ; les personnages se révèlent principalement par leurs actes ou leurs paroles (régulièrement en contradiction)…
Au final on ne peut que relever des facilités : une histoire du diamant littéralement plagiée à Dufresny, des caractères toujours aussi profonds mais simplement esquissés, un lieu unique dont on a l’impression qu’il a été adopté pour éviter de se compliquer la vie…et pourtant, c’est bien. Ou disons : c’est pas mal. C’aurait pu même aboutir à un excellent roman si Balzac s’était donné la peine de le travailler plus. Alors bien sûr « La paix du ménage » n’a rien d’un texte mémorable, mais on lit tellement pire toute l’année…
le genre : bal non costumé
la note : 3 / 6
par thomthom
publié dans :
Lectures
Placebo (Placebo, Angleterre, 1996)
Shine the headlight, straight into my eyes.
Like the roadkill, I'm paralysed.
You see through my disguise
At the drive-in, double feature,
Pull the lever, break the fever
And say your last goodbyes.
Since I was born I started to decay.
Now nothing ever ever goes my way.
One fluid gesture, like stepping back in time.
Trapped in amber, petrified.
I'm still not satisfied
Airs and social graces, elocution so divine.
I'll stick to my needle, and my favourite waste of time,
both spineless and sublime.
Since I was born I started to decay.
Now nothing ever - ever goes my way.
…c’est ce qu’on appelle un texte générationnel : totalement d’actualité quand vous l’écrivez, périmé moins d’un an après. Il est probable que Brian Molko se
morde les doigts d’avoir un jour écrit « Teenage Angst », ce qui expliquerait pourquoi Placebo n’interprète plus que rarement les morceaux de son premier album.
Peu importe.
Quand vous avez quinze ans vous vous prenez ça en pleine gueule et c’est tout ce qui compte. Après vous devenez grands, plus ou moins rapidement, vous comprenez
que ça ne veut pas dire grand chose (ou si peu), mais vous continuez à aimer. Parce qu’il n’en demeure pas moins que ce fut pile ce que vous ressentiez au moment où vous l’avez entendu pour la
première fois.
Le disque que vous vous prenez dans la gueule quand vous avez quinze ans, c’est l’un des plus importants. Tout simplement parce qu’il n’y en a qu’un, de même
qu’il n’y a qu’un seul « premier disque acheté ». Des trucs que vous adorerez, il y en aura plein, tout le temps. Des trucs qui vont changer votre vie aussi. Mais des trucs qui
correspondent parfaitement à l’état d’esprit de vos quinze ans il n’y en a pas cinquante mille, pour la simple et bonne raison qu’à moins d’avoir subi une mutation génique vous n’aurez eu quinze
ans que durant une année.
Je suppose qu’il est inutile de préciser que j’avais très précisément quinze ans en 1996.
Le premier album de Placebo n’est pas le disque
parfait, loin de là. Plus j’ai découvert la musique plus j’en ai entendu les défauts. Mais s’il est bien un seul disque qui méritait vraiment sa place dans cette rubrique, c’est celui-ci. Et peu
importe que vous détestiez celui-ci, ce n’est même pas discutable. L’émotion que me provoque chaque écoute de « Come Home » n’a absolument rien d’explicable ou de rationnel :
j’éteins la lumière, et soudain j’ai quinze ans. La différence étant que je le vis beaucoup mieux maintenant qu’en 1996.
Il y a eu beaucoup d’autres disques dans ma vie, avant comme après. J’avais déjà une solide culture musicale à l’époque, me permettant par exemple de savoir que
« Hang on to your IQ » était une référence à Bowie ou que cette musique s’apparentait à une certaine vague indie-rock-noise qui avait déferlé quelques années auparavant (mais était déjà
dépassée depuis au moins deux ou trois ans). Pourtant j’ai été…comment dire ? touché en plein cœur ? Quelque chose comme ça. Cette rage sourde, cette violence contenue (les morceaux ont
quelque chose de lourd, comme des grenades encore goupillées ne demandant qu’à exploser)…ça me parlait beaucoup. C’était ce dont j’avais besoin alors.
Je ne suis pas en train de dire que j’aime moins ce disque pour ce qu’il est que pour ce qu’il représente : Placebo est un album très au-dessus de
la moyenne, aux rythmiques fracturées (« Bruse Pristine », « Come Home ») aux textes simples et forts (« I Know »), gavé d’hymnes en puissance (« Teenage
Angst », « 36°C Degrees », « Nancy Boy »)…Ce n’est pas non plus un disque de rien qui m’a marqué par hasard, mais probablement la meilleure galette qui soit sortie cette
année-là. Les chansons sont puissantes, racées…et puis il y a une personnalité déjà très forte dans cette musique et, surtout, dans cette voix à la scansion si particulière. Certains chanteurs
mâchent les mots, Brian Molko lui les lèche, les hâche puis crache. Les meilleurs moments du disque sont certainement ceux où il éructe (comme « Nancy Boy » ou « Come Home »
dont le Stuck devient Ssssssstuck - ça n’a l’air de rien et pourtant ça change tout). Pas besoin de comprendre les textes pour saisir ce que ça raconte : le ressenti
est total et immédiat. Difficile, donc, de ne pas se le manger quand on a quinze ans.
Et puis évidemment, il y a ce côté un peu culte aussi : Placebo ne s’est pas vendu par palettes à sa sortie. Il est même probable que si Bowie
n’avait pas invité le groupe à faire sa première partie l’année suivante, il ne se serait pas vendu du tout. Publié sur un micro label pour un budget ridicule, parcouru de stridences et
interprêté par une voix nasillarde, ce premier jet a tout du disque calibré pour floper. Sans oublier qu’il était à l’époque à contre courant de quasiment toutes les modes (du rock à
guitares ? en 1996 ?). Aujourd’hui ça ne saute pas aux yeux, car il s’agit de l’archétype du disque que tout le monde a. Le truc, c’est que son succès a été à retardement, suite au
succès des disques suivants. Alors oui, plein de gens l’ont. Mais la plupart ne l’ont pas acheté à l’époque. A ceux qui l’ont acheté en 1996 il évoque quelque chose de différent, plus personnel
et plus profond : l’impression d’avoir découvert quelque chose, d’avoir su que ce groupe deviendrait énorme. De l’avoir pressenti alors que rien ne le laissait vraiment supposer…après tout,
c’était un Placebo totalement différent de celui qui met les ondes FM à genoux aujourd’hui. Plus dur, plus frontal, plus revêche. A l’image de ce son glacial et dépouillé loin, très loin des
travaux surproduits de ce même groupe une poignée d’années plus tard. Audible, bien sûr, mais franchement : « Bruise Pristine », « Bionic »…même les plus calmes « I
Know » ou « Lady Of The Flowers » ne sont pas à proprement parler des chansons « mélodiques ». On ne sifflote pas « 36°C Degrees » comme on sifflotera
« Every me Every You » sur l’album suivant.
Ca semble loin forcément…aujourd’hui, Placebo n’envoie plus vraiment la purée, et quand il le fait il lui faut quarante amplis et dix-huit samplers sans oublier
neuf pédales de disto (une par musicien). Certains aiment, d’autre non, je m’en fous. Pour moi à partir de Without You, I’m Nothing c’est déjà autre chose. Ni du mieux ni du moins bien,
juste du différent. Quand j’entends que ce n’est pas beau de vieillir je réponds souvent qu’on vieillit comme on peut. Cet adage digne de Bruno Mazure s’applique parfaitement à Placebo.
Alors oui, ça me semble loin, mais c’est normal : c’est loin. Aujourd’hui Brian Molko et ses collègues ont vieilli et ne font plus du tout la même
musique. Je ne le regrette pas, et même à la limite je m’en fous : je n’ai plus quinze ans depuis onze ans déjà. Mieux vaut je crois publier des œuvres moins réussies avec le temps que
s’obstiner à dupliquer le même excellent album adolescent à trente-cinq ans.
Le disque, lui, reste. « Teenage Angst », c’est toujours là. Et si aujourd’hui les ados ne réagissent pas à cette chanson, ils se choisissent leurs
propres « Teenage Angst ».
Je n’en veux donc pas à Brian Molko d’avoir vieilli. Moi aussi j’ai vieilli, et moins bien que lui.
Trois disques pour découvrir le Placebo ridé :
Without You, I’m Nothing (1998)
Sleeping with ghosts (2003)
Meds (2006)
par thomthom
publié dans :
Mes disques à moi (et rien qu'à moi)
VENUS
Les WAMPAS
- Rock’N’Roll – Part 9
Jarvis COCKER
Bob DYLAN
PEARL JAM
The DRESDEN DOLLS
Marcel KANCHE
- Vertige des lenteurs
VOÏVOD
Albert HAMMOND JR
par thomthom
publié dans :
Mes disques à moi (et rien qu'à moi)






