Les notes du Golb

...
   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Mardi 3 juin 2008
La Compagnie des Célestins (Stefano Benni, Italie, 1992)


Peut-être connaissez-vous le dessin animé Foot 2 Rue, qui rend maboules certaines de nos chères têtes blondes ?

Si tel est le cas, ce roman du méconnu Stefano Benni ne devrait pas trop vous dépayser - puisque c'est lui qui a inspiré la série (sans aucun doute le DA le plus sympa et intéressant de ces dernières années). Paru en 1992, « La Compagnie des Célestins » projette en effet le lecteur dans une société contre-utopique qui ne fait franchement pas envie : la Gladonie, nation entièrement à la solde du séduisant et dangereux Egoarde Mussolardi. Au cœur de cette société policée et consensuelle à en mourir, trois ados désoeuvrés rêvent à un monde meilleur loin de l'orphelinat des odieux Zopilotes, où ils semblent condamnés à attendre éternellement une hypothétique (et probablement décevante) adoption. Leur seule occupation : jouer au foot en espérant un jour, peut-être, échapper à leur condition. Et alors qu'ils croupissent dans ce pensionnat ressemblant beaucoup à une prison, le miracle survient : ils reçoivent un matin un message du Grand Bâtard, Saint Patron des orphelins du monde entier, qui leur annonce que leur équipe (la Compagnie des Célestins, donc) a été sélectionnée pour participer au Championnat du Monde de foot de rue. Le plus dangereux et le plus noble de tous les sports clandestins, dont les règles ont été baties contre celles du foot institutionnel et hyper médiatique défendu par Mussolardi. En gros : tous les coups sont permis, tout objet ou animal traversant le terrain est considéré comme faisant partie intégrante du jeu, et un joueur blessé ne peut sortir du terrain qu'à partir du moment où son corps est recouvert de croûte à plus de soixante pourcents !!!

(il y a beaucoup d'autres règles, toutes aussi originales et loufoques les unes que les autres... mais elles seraient trop longues à lister - la charte du foot de rue fait tout de même trois pages)

...alors nos trois héros décident, à leurs risques et périls, de s'enfuir de l'orphelinat pour réaliser leur rêve et remporter le Championnat.


Ainsi débute une histoire absolument palpitante au terme de laquelle Stefano Benni aura gagné sur tous les tableaux : fable satirique, roman d'aventures échevelées, merveille de poésie, summum du picaresque... « La Compagnie des Célestins », classique de la littérature italienne traduit dans notre langue avec quinze ans de retard, est tout cela à la fois. Et plus encore ! Car non content de se montrer visionnaire (Mussolardi est évidemment inspiré de Berlusconi... sauf qu'en 1992 Berlusconi ne s'est pas encore officiellement lancé en politique)... non content bâtir un univers singulier... Benni s'offre le culot d'étendre son délire à l'usage de la langue, inventant des mots, en fusionnant d'autres, construisant son texte sur une architecture à la fois originale et fragile - pour un résultat aussi inédit qu'enthousiasmant.

Une fois n'est pas coutume, tirons notre chapeau à la traductrice, et même : nommons-la. Car on imagine sans peine que Marguerite Pozzoli n'a pas dû s'amuser tous les jours à essayer de trouver une traduction décente à des mots n'existants pas plus en français qu'en italien ! Et pourtant, son travail rend hommage * à la plume de l'auteur, c'est à peine si l'on sent que l'on à affaire à une traduction.


En somme il n'existe probablement aucune bonne raison de ne pas vous jeter d'urgence sur ce livre (sauf à vraiment vouloir contrarier l'auteur de ces lignes). On évitera de se perdre en superlatifs improductifs pour aller à l'essentiel : « La Compagnie des Célestins » est une merveille, le genre de livre tellement réussi et tellement riche qu'il aspire au consensus. Il y a là de quoi séduire le plus retorse des esthètes autant que le fan hardcore de Harry Potter, de quoi plaire à un ado autant qu'à une maman autant qu'à un son mari qui n'ouvre jamais un livre autant qu'à son cousin qui est un très sérieux professeur d'université...

...ainsi que, bien sûr, à tout amateur de foot qui se respecte ; en sus de toutes ses qualités, « La Compagnie des Célestins » est sans aucun doute l'un des plus beaux chants d'amour à ce sport (sinon à tous les sports) qui aient jamais été écrits, de ceux qui sans éprouver le besoin de se vautrer de le consensualisme parviennent à fédérer, à revenir aux sources taries d'une discipline ravagée par le pognon, le dopage, la corruption et la connerie humaine (en Italie plus que nulle part ailleurs). Sources dont on rappellera qu'elles reposent sur une équation aussi simple qu'essentielle : prendre plaisir à jouer. Ensemble.


le genre :    chef d'œuvre

la note :    



* euh... enfin bien sûr je ne parle pas assez bien l'italien pour l'affirmer - disons que c'est en tout cas tout à fait agréable à lire...




Lundi 2 juin 2008
Arthur & George (Julian Barnes, Angleterre, 2005)


Tiens ! Un roman néo-victorien TM ! Ca faisait longtemps ! C'est tout de même une bien curieuse mode que celle-ci, seuls les anglais pouvaient avoir une idée pareille (vous imagineriez, vous, les romanciers se français se mettant les uns après les autres à écrire des romans sur l'époque romantique ? Hum... notez que l'idée est à travailler...). Le plus étonnant c'est que pour l'heure, chacun parvient à amener sa pierre à l'édifice avec un certain talent et sans pour l'instant marcher sur les pieds du voisin. Julian Barnes comme les autres, qui s'intéresse à l'époque victorienne sans jamais donner l'impression de surfer sur la vague et propose une histoire assez incroyable plus ou moins inspirée de faits réels.

En l'occurrence celle de George, curieux bonhomme aussi effacé que fantasque, métis marginalisé par une société provinciale désespérément obtuse. Lorsqu'il se retrouve victime d'une erreur judiciaire (on l'accuse de mutiler sauvagement les animaux des fermes avoisinantes) il décide de faire appel à la seule personne qui, à ses yeux, sera capable de l'innocenter. Un avocat ? Un juge ? Pas du tout : un médecin ophtalmologiste à la célébrité retentissante : Sir Arthur Conan Doyle himself. Le créateur du plus grand des détectives ne peut être que l'homme de la situation - logique. Et il le sera en effet : contre toute attente, le grand homme ombrageux va accepter de venir en aide à l'opprimé et n'épargnera ni sa réputation ni ses efforts pour sortir George de son cachot. Il a beau être à bien des égards un odieux personnage, il n'en demeure pas moins admirable et sort grandi (c'était donc possible) de ce récit aussi singulier que captivant.


Néo-victorien, disions-nous. Le terme n'a sans doute jamais été aussi bien choisi. Peu importe qu'il s'agisse d'une mode, d'un courant ou d'une coïncidence des calendriers éditoriaux (moui bon... cette hypothèse personne n'y croira, ok), les convergences sont évidentes et l'amateur trouvera dans « Arthur & George » tout ce qu'il apprécie dans ce « genre ». A savoir du romanesque populaire racé, une intrigue à tiroirs, un regard contemporain et incisif sur une époque finalement méconnue (en l'occurrence un décryptage assez passionnant de la mécanique du racisme ordinaire), des résonances contemporaines (ne crie t'on pas toujours harot sur le baudet de nos jours ?), des personnages hauts en couleurs qui n'auraient sans doute pas su trouver leur place dans les ouvrages de Dickens et de Wilkie Collins... tout y est et un peu plus encore, à commencer bien sûr par une simili-bio de Conan Doyle, auteur aussi peu connu que son héros est incontournable. C'est une infiniment meilleure idée que d'écrire de nouvelles aventures à Sherlock Holmes, et l'on ne peut que saluer la rigueur documentaire d'un Julian Barnes qu'on ignorait aussi talentueux et efficace. Jusqu'alors sympathique second couteau capable de publier des livres aussi attachants qu'oubliables, il se révèle ici un auteur sensible, malin, inventif... et parvient surtout à trouver avec cette histoire ce qui manquait même à ses romans les plus réussis (« Staring at the sun », « The Porcupine ») : des personnages, des vrais. De ceux qui parviennent à exister aux yeux du lecteur, à capter toute son attention, qui se composent de chair et d'os non plus seulement que de mots. Mieux : son écriture au classicisme rigoureux, ailleurs un peu terne, se découvre enfin une histoire à sa mesure et parvient s'épanouir dans de longs portraits du plus bel effet.

On referme du coup ce très bon bouquin ravi à la fois par l'histoire en elle-même et par cette sensation étrange qu'un auteur souvent irrégulier vient enfin de se trouver. En dépit de quelques longueurs (inhérentes au genre ?), « Arthur & George » est sans aucun doute le meilleur Barnes à ce jour. Original, drôle. Un petit bonheur de lecture !


le genre :    dans le vent...!

la note :     




Vendredi 30 mai 2008
Flying Dutch (Tom Holt, Angleterre, 1991)

V.F. : Histoire du hollandais volant


Relativement méconnu par chez nous (où il a été traduit fort tardivement) Tom Holt est souvent présenté en Angleterre comme le fils spirituel de Terry Pratchett, ce qui n'est ni vrai ni faux - mais n'en est pas moins normal. Il ne vous aura pas échappé en effet que tout auteur plus ou moins anglo-saxon souhaitant raconter une histoire plus ou moins fantastique prend plus ou moins le risque plus ou moins conscient d'être plus ou moins comparé à Pratchett (c'est un peu comme les groupes de plus ou moins rock français qui seront forcément plus ou moins comparés à Noir Désir). Aucune importance, donc, que Holt s'inscrive plutôt dans la lignée d'un Will Self et que son écriture évoque de manière assez saisissante celle de Nick Hornby - il est l'hériter de Pratchett. Point à la ligne.

Admettons. Un Pratchett particulièrement déjanté, alors. Car dans « Flying Dutch » comme autrefois dans son hilarante anti-autobiographie de Margaret Thatcher (« I, Margaret » - à découvrir en priorité... surtout si vous êtes étudiant en anglais et que vous devez vous fader la vraie bio de la vraie dame de fer !) Tom Holt se livre surtout à un exercice de dynamitage des mythes comme on en voit pas souvent (ou pas assez) dans la fantasy d'aujourd'hui.

Figurez-vous donc que le célèbre hollandais volant immortalisé par Wagner dans l'opéra du même nom continue d'errer de nos jours, rien d'étonnant à cela puisqu'il ne peut pas mourir - du moins cette tache est-elle pour lui particulièrement ardue. Il va sans dire qu'après une si longue éternité à ne rien faire Cornelius (c'est son petit nom) commence à quelque peu se laisser aller au vague l'âme, on le comprend d'autant mieux que le pauvre supporte depuis quatre siècles les pires calomnies circulant à son sujet (sans oublier ce détail charmant : notre ami pue la poiscaille pour l'Eternité). A sa place, beaucoup auraient été blasés depuis des lustres... mais lui, il n'arrive décidément pas à s'y faire (et encore : en 1991 il ignore que le pire reste à venir et qu'une décennie après il sera mondialement traîné dans la bouillie cinématographique plus connue sous le nom de « Pirates des Caraïbes »). Qui d'autre qu'une femme, de préférence jeune et belle et mortelle, pouvait lui offrir la Rédemption ? On devine que ce rôle échouera à Jane, charmante comptable qui constate par un concours de circonstances pour le moins drolatiques que si Cornelius venait à toucher à son assurance vie... ah ça chers amis, ce serait bien plus dramatique pour l'économie que la hausse des tarifs sur le baril de pétrole !

S'ensuit une course-poursuite idéalement rythmée et parsemée de (très) bons mots - de la part de l'auteur d' « I, Margaret » on en attendait pas moins. Quelques facilités ici ou là peut-être, mais les lister ne rendrait pas hommage à l'enthousiasme et à l'énergie d'un auteur méritant clairement mieux que d'être vendu comme un succédané de qui vous savez.

A découvrir - si ce n'est déjà fait.


le genre :    aérien (forcément)

la note :    





Jeudi 29 mai 2008
Burning Angel (James Lee Burke, USA, 1995)

V.F. : Le Brasier de l'Ange


James Lee Burke est un sacré auteur. Ca ne vient pas de sortir, et la plupart des amateurs de roman noir le savent depuis trente voire quarante ans. On lui doit au moins un chef d'œuvre (« The Lost Get Back Boogie »), une demi-douzaine de très grands livres (citons entre autres « Black Cherry Blues » et « Cadillac Jukebox »), mais même dans un ouvrage mineur comme « Burning Angel » il distille avec malice une petite musique (jazzy - forcément jazzy) à laquelle il est bien difficile de résister.

En apparence il s'agit d'une histoire d'expropriation comme les affectionne tout héritier de Jim Thompson qui se respecte : le nouveau propriétaire veut expulser les métayers de la famille depuis plusieurs générations, mais pourquoi donc, mais comment ça, mais vont-ils réussir à s'en sortir et nom d'une pipe : quel secret recèle cette terre pour ainsi déchaîner les passions ? Rien de nouveau sous le soleil : rien ne ressemble plus à une fiction terroir de France 3 qu'une intrigue de James Lee Burke. On ne se refait pas, et comme de juste l'intérêt est ailleurs. Dans l'étude de mœurs, dans la dissection de cette petite communauté de Louisiane, dans le caractère énigmatique du héros - l'inénarrable Dave Robicheaux (bien connu des lecteurs de l'auteur).


Lisant cela, certains habitués de ces pages retiennent leur souffle : oui, chers amis, « Burning Angel » se déroule bel et bien dans un petit patelin. Joie ! Bonheur ! Burke est un des tous meilleurs dans cet exercice de déconstruction, parmi les rares sans doute qui puissent rivaliser avec Faulkner - avec lequel il partage par ailleurs nombre d'obsessions. Clés de l'avenir planquées dans le passé, racisme sudiste patent, désespoir des couches les plus populaires face à un monde en plein bouleversement... difficile (sinon impossible) de ne pas penser à « The Mansion » - le plus dur (et le plus méconnu) de tous les romans de l'Autre Grand William.

Avec en prime tout ce qui fait la marque de Burke, ambiance New Orleans, whisky à gogo (ceci n'est pas un jeu de mots), écriture fluide et humour vache - comme tous les grands désespérés cet auteur est un immense blagueur. Si vous aimez le roman noir, vous seriez bien bêtes d'hésiter...


le genre :    farce sombre

la note :   




Mardi 27 mai 2008

Vibrato (Kent, France, 2007)

 

 

« On ne soupçonne pas le pouvoir d'une chanson parce qu'on ne lui en prête aucun. On se gargarise de grands classiques littéraires, picturaux, cinématographiques, pas de chansons. Pourtant, c'est le seul véhicule à sentiments qui nous désarme. Quand on ne se remémore un livre, une peinture, un film, on se rappelle de l'oeuvre de quelqu'un. Quand on se souvient d'une chanson, on se rappelle de soi : telle chanson, le premier flirt, telle autre des vacances, une saison heureuse, un coup dur ou, plus largement, la mélancolie, le courage, l'insouciance... »

 

 

Rien que pour ces mots, simples et justes, on a envie d'adorer « Vibrato ». En plus, ce n'est pas n'importe quel roman : c'est celui de Kent. Tout de même. L'un des rares artistes français à avoir compris ce qu'était la pop. L'auteur d'albums fous, légers, irrésistibles : Tous les hommes, Nouba... L'homme de Starshooter, nos Jam à nous, le plus kinksien de tous les groupes punk hexagonaux.

 

Oui, on a envie d'adorer « Vibrato ».

 

Seulement voilà : on ne peut pas. Même avec le plus positif des a priori, même avec la meilleure volonté du monde. Même en aimant Kent et même en voulant être sympa - car l'individu est l'incarnation parfaite du mec sympa par excellence (nom sympa, tête sympa...le genre d'artiste dont on n'arrive jamais complètement à dire du mal). On ne peut pas parce que « Vibrato » n'est pas ce qu'on peut appeler un bon livre. Ce n'est même pas un livre correct. Soit : ce n'est pas non plus le bouquin le plus atroce de tous les temps. Mais le niveau est au ras des pâquerettes, l'honnêteté oblige à le reconnaître. L'intrigue, déjà, est d'une platitude consternante. Déjà vu cent fois, ce portrait faussement grinçant du milieu du disque. Déjà vu mille fois, ce loser au cœur tendre (Jacky, tiens donc...) qui sert d'antihéros au roman. Déjà vu un milliard six millions sept cent cinquante mille fois cette quête qui verra le héros sur le retour atteindre la rédemption. Quel intérêt d'écrire pareille histoire ? Le quatrième de couverture, pourtant, était fascinant. Quel dommage qu'il ne soit en rien représentatif du livre...

 

Quel dommage, surtout, que l'écriture de Kent soit si terne - elle aussi. Dépourvue de la moindre aspérité, incapable de dicter le moindre rythme au roman. Le mot narration semblant quant à lui complètement rayé du vocabulaire du chanteur. Encore une pièce à charge dans notre dossier Les paroliers ne sont pas des poètes. On peut être un auteur de chansons brillantissime (c'est le cas de notre homme) et un écrivain plus que mineur. Kent le prouve en un seul livre où, dans le meilleur des cas, il parodie maladroitement Audiard. Il souligne aussi - bien involontairement - ce qu'on a beaucoup de mal à intégrer en France : la littérature est un art à part entière et écrivain, un vrai métier. « Vibrato » aura au moins servi à ça.

 

Un ami me confiait récemment qu'il n'y avait pas de public, en France, pour les livres sur la musique - et moins encore pour les livres rock. J'ignore si c'est vrai. Mais avec une offre pareille, on ne s'en offusquera pas.

 

 

le genre :    clichés en tout genre

 

la note :   

 

 

 

 

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Newsletter

Inscription à la newsletter
webblog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus