Les notes du Golb

...
   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Lundi 24 septembre 2007

The Gray Race (Bad Religion, USA, 1996)

 
 

Certains albums prennent de la valeur avec les années quand d’autres en perdent.

 

C’est hélas dans cette seconde catégorie qu’il faut ranger le pourtant multiplatiné The Gray Race, album qui fit de Bad Religion des stars mondiales et tourna en rotation lourde sur MTV au milieu des années 90. Un disque très largement surestimé par les critiques, montrant un groupe en fin de course et qui mit bien des années avant de se remettre en selle (il faudra en fait attendre 2002 pour le retour en grâce ; 2004 et The Empire Strikes First pour réentendre une galette de Bad Religion qui soit plaisante de bout en bout).

 

Lorsqu’on pose une oreille sur cette réédition, deux constats viennent presqu’immédiatement à l'esprit : on a l’impression d’écouter un truc antédiluvien et (plus emmerdant) on n’arrive à reconnaître ni le Bad Religion de la belle époque (1982 – 90 environ) ni celui d’aujourd’hui. Ne fût-ce la voix si personnelle de Greg Graffin on douterait même sérieusement que ce soit un disque de BR.

 
 

Attention cependant : le problème de The Gray Race n’est absolument pas d’être raté. Au contraire il est totalement réussi – et c’est là ce qui le rend si triste. C’est un album terriblement calibré qui aura recueilli un succès énorme…quoi de plus naturel ? Ses auteurs avaient un but précis, ils ont mis dans le mile. Le fait que ce soit Bad Religion n’a finalement qu’une importance secondaire puisque ça ne sonne jamais comme du Bad Religion – mais comme toute la daube revival punk qui sévissait en 1996. Un chroniqueur pervers pourrait même aller jusqu’à le trouver excellent puisque donnant une image extrêmement fidèle de ce qui se faisait à l’époque.

 

grayrace.jpgDe fait on y voit sur la moitié des titres les vétérans punks courir de manière un peu pathétique après les succès phénoménaux de Rancid, Green Day et The Offspring, avec quelque chose de presque touchant dans cette envie de bouffer à tous les râteliers et de clamer : Eh oh ! On veut notre part du gâteau, nous ! C’est quand même nous qu’on a tenu bien haut l’étendard du punk pendant toutes les années où le mot faisait rigoler !!! Ok, les gars, mais sur ce disque (sauf le respect dû à votre statut) vous n’avez ni la rage salvatrice des premiers ni la concision pop des seconds…par contre c’est clair, vous avez récupéré toutes les lourdeurs metal des troisièmes. Car oui, globalement, The Gray Race tape dans le sous-Offspring. De tous les groupes punk-revival il aura fallu que Bad Religion décide de ressembler aux moins bons ! On en rirait presque si l’on ne se rappelait pas qu’il s’agit des auteurs des quasi classiques Into the Unknown (1983) et No control (1990). Ouch…

 
 

A la production Ric Ocasek assure l’essentiel, à savoir faire sonner le groupe comme les autres (franchement mais quelle idée). Son choix n’est pas un hasard : l’ex leader des Cars est l’un des producteurs phare de cette scène, avec à son C.V. les très mauvais No Doubt et les excellents weezer (sauf que l’excellence de ces derniers ne vient pas spécialement de leur producteur). Il a également produit autrefois les Bad Brains, influence majeure de tous les jeunes créteux californiens. Bref : il est l’homme de la situation, le mieux placé pour servir de cache-misère à des chansons franchement pas à la hauteur de leurs prédécesseuses. Le simple fait d’avoir intitulé un single 200 % MTV « Punk Rock Song » pourrait même être considéré comme une hérésie de la part des auteurs de l’antique « 21st Century Digital Boy » ! Tout dans ce morceau est ridicule, du titre à la musique en passant par le texte…textes qui étaient justement jusqu’alors le point fort du groupe ! Et qui ici sonnent terriblement mal, se vautrent dans le cliché de l’ado rebelle (« Cease », « Empty causes ») alors que Greg Graffin était parvenu à se démarquer de cela depuis douze ans (et avait par ailleurs largement dépassé l’âge d’écrire « Come join us » en 1996). On hésite au choix entre le rire et la colère, malgré un ou deux titres relevant un niveau plutôt médiocre : sur « Spirit Shine » ou « The Streets Of America » Bad Religion montre dans quelle direction il va aller quelques années plus tard.

 

Pour l’heure néanmoins on a surtout l’impression d’écouter le disque d’un groupe qui a totalement pété sa boussole, entre tentations FM décalées par rapport au discours qu’il a toujours défendu (« Drunk sincerity ») et rythmiques évoquant plus souvent Iron Maiden que les Dead Kennedys (« Nobody listens »). L’ensemble reste meilleur que du Sum 41, mais loin de ce qu’on peut attendre d’un groupe culte sensé être le chef de file d’un mouvement…

 

A l’époque on attribua ce ratage au départ du guitariste Brett Gurewtiz, légende californienne qui plaqua Bad Religion en 1995 (pour mieux revenir en...2002 ! Bah tiens). C’est oublier cela dit un peu vite que la tendance de ce neuvième album était déjà présente (quoique moins marquée) sur le précédent, Stranger than fiction – disque principalement composé par ledit Gurewtiz. Certes sans son artificier il est évident que Bad Religion a perdu beaucoup de sa hargne et de sa spécificité. Les chansons de Gurewitz étaient à l’évidence bien meilleures, et qui plus est il était le principal dépositaire de la vision artistique et politique du collectif. Cependant la médiocrité de The Gray Race, rétrospectivement, paraît plus découler de cette curieuse règle régissant chaque courant musical : quand un courant explose, on voit inlassablement ses parrains et autres précurseurs tenter de prendre le train en marche en essayant d’imiter leurs héritiers pour un résultat au mieux moyen. On pense à Lou Reed bandant les muscles à la Parrain des Punks sur Rock’N’Roll Heart, à Sonic Youth essayant de sonner comme le groupe qu’ils ont quasiment découverts (Nirvana) sur Dirty, à The Cure publiant sous son nom un mauvais album de My Bloody Valentine (Wish)…la liste est longue, et The Gray Race est à inscrire dessus (à l’instar de son successeur, encore plus mauvais et fort justement intitulé...No substance !). Tout en haut ou tout en bas, selon qu’on estime que c’est moins grave parce que Bad Religion n’est pas non plus le plus grand groupe de tous les temps...ou bien que ça l’est plus dans la mesure où c’est encore plus prononcé que chez les autres. A vrai dire la seule chose que je puisse affirmer sans me tromper à l’écoute de cette réédition, c’est que je n’ai plus treize ans.

 
Rassurés ?
 
 

le genre : B.O. pour une vidéo de skate (ou éventuellement : haute trahison)

la note : 2 / 6
 
 
 
 
Vendredi 21 septembre 2007
My Aim Is True (1977)

Rock’N’Roll Music (1986)


(Elvis Costello, Angleterre)


C’est devenu une lapalissade que de dire qu’Elvis Costello a été affilié à tort au mouvement punk. Tout au long de sa carrière il a prouvé qu’il était bien plus qu’un punk : un musicien complet et génial, un caméléon à la Bowie capable de s’adapter à n’importe quel registre. Jazz ou rock, pop ou soul, classique ou reggae…Elvis Costello a touché à tout et a excellé dans quasiment chaque domaine abordé.

j02125aef8n.jpgIl est donc devenu absolument évident que Costello s’est retrouvé classé punk un peu rapidement au début de sa carrière…comme d’ailleurs des tas d’autres : en réalité quasiment tout ce qui est sorti en 77 et se jouait avec des guitares électriques a alors été étiqueté ou assimilié punk-rock, et le fait que la définition du mouvement soit plus esthétique que musicale n’a pas franchement aidé à faire le tri. La même chose n’a cessé de se reproduire par la suite pour des tas d’autres mouvements, figurez-vous qu’il existe encore aujourd’hui des gens qui considèrent que les Pixies font du grunge (ne riez pas, je vous assure que j’en connais) !

Pour autant ces errances journalistiques ne justifient pas tout : concernant Costello il y a quelque chose d’absolument décalé dans cette classification. Réécouter son premier album (My Aim Is True) trente après a même quelque chose de boulifiant ™ tellement il ne sonne jamais punk. Comment un truc pareil a t’il pu être classé dans le même bac que les Pistols, Clash et autres Buzzcocks ? Comment alors que franchement ce n’est même pas du rock dur ou du pub rock ?...alors que c’est à peine agressif… ? On se le demande franchement, car le groupe le plus violent évoqué par Elvis Costello sur cet album ce sont les Kinks (sur le titre d’ouverture, « Welcome to the working week »).

Ce débat mis à part Declan McManus (de son vrai nom) développe déjà dans cet album une palette musicale considérable. On peut même considérer que franchement, c’est un très grand album (même s’il patira forcément de la comparaison avec les trois suivants – et premiers Attractions : le pétaradant This Year’s Model, le teignissime Armed Forces et le rectifiant Get Happy !!). Les popsongs somptueuses y sont légion et relativement méconnues (« No dancing », « Sneaky feelings »), accompagnées de morceaux franchement plus roooooock’n’roll que punk (« Miracle Man », « Blame it on Cain »). Le groove y est assez terrifiant (mention forcément très spéciale à l’incontournable « Less than zero ») et l’on y trouvera également en vrac : un clin d’œil goguenard à Presley (« Mystery Dance »), un délire autoparodique irrésistible (« I’m not angry », ce qui venant du plus grand pitbull de la britpop ne peut que faire marrer), un mega-classique dégingandé (« Watching the detectives ») ainsi que ZE ballade – celle qui n’est ni guimauve ni putassière ni commerciale : « Alison » (qui n’a pas pris une ride trente ans après et n’en prendra sans doute jamais aucune).

Bref un disque incontournable que même une édition Deluxe-anniversary-collector-bonus ne saurait piétinner. On se passera des démos assez peu sexy de « No action » et autres « Call on me », mais en revanche pas question de zapper ni la douzaine de titres lives déjantés ni la remasterisation parfaite proposées par cette réédition.

Un vrai beau boulot, comme tout ceux de cette collection proposée par le label Hip-O (lequel semble avoir décidé depuis deux ans de nous venger de toutes les rééditions cd foireuses qu’on s’envoie depuis 1989).


i54027p4t9u.jpgA côté de cela la réédition de Rock’N’Roll Music fait forcément un peu poids plume. Ou comment une idée plutôt sympathique (Elvis Costello avait réalisé lui-même une compile de ses morceaux les plus rock’n’roll, albums époques et faces-B confondus) peut rapidement tomber à plat si elle n’est pas promue de manière sérieuse (il aura fallu attendre 2007 pour que les gens s’y intéressent, elle était totalement passée inaperçue en son temps et pour cause : Costello était en plein bombardement d’albums palpitants intéressant bien plus public et critiques).

C’est en toute objectivité un très bon disque, surtout la première moitié qui propose tout de même un enchaînement « Lipstick Vogue » - « No actions » - « Big tears » - « (I don’t want to go to) Chelsea » - « This Year’s Model » - « Miracle Man » - « Pump it up »…assez stupéfiant ! Voilà qui rappellera vite fait (très bien) fait aux éternels détracteurs du teigneux de Liverpool quel artiste majeur il fut. Le problème est que la seconde moitié de la compile se révèle un cran en dessous, non pas tant parce que cette période de l’oeuvre costellienne est moins bonne (elle englobe quand même les grandioses Blood & Chocolate et King Of America) que parce que le choix des titres pour ladite période est moins relevé. A la décharge de notre petit génie c’est une époque de sa carrière résolument moins rock’n’roll, mais l’excuse ne tiendra que pour les inconditionnels (à ce moment là il n’avait qu’à s’arrêter en 1981 et basta, parce que ressortir des choses comme « King Horse » n’était vraiment pas l’idée du siècle)…: de toute façon, un Costello ne présentant que sa face rock n’est pas un Costello d’Appellation d’Origine Contrôlée. Lorsque l’on soigne tellement l’éclectisme de ses albums studios cela frôle même le contresens que de construire une telle compile.

Que personne n’en soit dégoûté pour autant : une fois de plus c’est un disque de bonne tenue. Il est juste un peu limité par son concept, mais le contenu est plutôt très bon. Maintenant en tenant compte du fait que les fans ne comptent pas (ce sont des gens qui sont capables d’acheter un disque dont ils connaissent tous les titres par cœur juste pour le principe, le genre de personne à qui on ne peut pas faire confiance), que penser d’un non-fan qui achèterait Rock’N’Roll Music au moment où ressort une version de My Aim Is True à décorner les bœufs… ?...

…rien : après sondage, il a été statistiquement démontré que ce genre de personne n’existait pas chez les gens n’ayant aucun antécédent psychiatrique.


le genre : pop / rock
les notes :

My Aim Is True : 6 / 6
Rock’N’Roll Music : 4,25 / 6




Note : Alors yueyin, c’est qui Costello ?




Lundi 10 septembre 2007
The Ghost Of Fashion (Clem Snide, USA, 2001)


ghostof.jpgPeut-on à la fois être l’un des groupes les plus prometteurs de sa génération et être presque totalement inconnu ? Il semblerait que oui. C’est en tout cas sûrement l’avis d’Eef Barzelay, tête pensante de Clem Snide et songwriter élégamment destroy – l’antithèse de James Blunt en somme.

En 2001 pourtant le label Naïve avait courageusement essayé de lancer Clem Snide en Europe, publiant dans un même package ses deux meilleurs albums (respectivement le second et le troisième) Your favourite music et The Ghost Of Fashion. En vain : malgré d’excellentes critiques, le buzz tant attendu n’eut pas lieu et c’est de nouveau dans une indifférence absolument scandaleuse que le groupe new-yorkais publia ses opus suivants (dont le somptueux End Of Love – l’un des tous meilleurs albums de 2005...que quasiment personne n’a pris la peine d’écouter !). Rageant, rageant et encore rageant, à tel point qu’à l’heure de la réédition de The Ghost Of Fashion (cette fois-ci en simple) on ose plus vraiment croire à un renversement de tendance et à un intérêt subite de la part des critiques ou du public.


Pourtant l’antifolk de Clem Snide (qui comme d’aucuns l’auront deviné tire son nom du personnage de Burroughs) est plaisante à plus d’un titre, notamment de par la diversité du répertoire abordé. En un seul album des plus enchanteurs, Barzelay et ses copains convoquent en effet tour à tour les ombres de Mercury Rev (« Moment in the Sun »), R.E.M. (« Ice Cube », qui dans un monde meilleur serait devenu un tube), Wilco (« Let’s explode ») ou encore (évidemment) Dylan (« The Ballad Of Unzer Charlie »). On pourrait même aller jusqu’à dire que Clem Snide réussit là où beaucoup ont échoué, produisant un condensé parfait de folk dylanienne et de pop beatlesienne – le tout agrémenté d’un groove assez imparable (pour un peu bien sûr qu’on l’écoute) directement hérité des rock'n'rollers originels. Mais non, décidément, il semble que Clem Snide soit condamné à l’anonymat quand d’autres pas forcément meilleurs (Calexico, pour ne citer qu’eux) trustent les colonnes de la presse spécialisée. Difficile d’expliquer pourquoi, même s’il est probable que l’aspect volontiers décalé de ce groupe prête le flanc à certains malentendus. Il n’est pas facile de vendre un disque aussi varié et aussi original, eels pourraient vous le confirmer. D’ailleurs (il n’y a pas de hasard), Clem Snide apparaîtra précisement aux plus ouverts comme un chaînon manquant entre eels et Wilco – formule ô combien alléchante pour tout amateur de pop baroque.

Et donc ? Il attend quoi, l’amateur de pop baroque, pour courir acheter ce disque ? Un article du Golb ?


le genre : folk – pop
la note : 5 / 6





Lundi 2 juillet 2007

The Colour & The Shape (Foo Fighters, USA, 1997)

 
 

Entre nous : le dixième anniversaire de The Colour & The Shape, ça intéresse qui ? Pas grand monde, à n’en pas douter. C’est même assez incongru…il y a des rééditions de chefs d’œuvre qui n’ont aucun sens, alors la réédition d’un disque absolument et totalement mineur, que ce soit dans l’histoire de la musique, dans l’histoire du rock, dans l’histoire du rock des années 90 et même dans l’histoire du rock de 1997…vous pensez bien que ça risque de ne pas trouver beaucoup de preneurs. A plus forte raison parce que The Colour & The Shape n’a jamais cessé d’être disponible dans n’importe quelle FNAC, qu’on le trouve hyper facilement dans les médiathèques et que personne n’a réellement envie de payer une réédition totalement boursouflée, double à s’en faire péter la sous-ventrière…et surtout principalement à base de reprises pour la plupart anodines ! Le simple fait que ce genre d’objet existe est une justification au téléchargement gratuit et illimité de toute la discographie d’un Dave Grohl qui de toute façon n’a aucun problème d’argent.

 

On comprend bien l’idée : depuis quelques années (depuis 2002 et le revival rock en fait) les Foo Fighters ont changé de statut et ont été redécouverts par une cohortes de jeunes gens voyant en eux les parrains des Vines, Hives et autres Strokes – ce qui n’est d’ailleurs pas totalement faux : les Foo Fighters ont fait partie des hérauts du rock à guitares sous le règne du DJ aux côtés de gens aussi différents que les Dandy Warhols, Jon Spencer, Pearl Jam…etc. Et aujourd’hui Dave Grohl compte bien profiter du nouveau statut des Foos, genre de grand groupe à l’ancienne qui a toujours été diablement efficace à défaut d’avoir jamais fait preuve de génie.

 
 

Il y a cependant quelque chose d’assez merveilleux dans l’histoire de ce groupe et dans la manière dont il s’est imposé à contre-courant d’à peu près tout et n’importe quoi – et même d’une certaine manière à contre-courant de lui-même : qui aurait pu prévoir le succès du premier album ? Qui aurait pu dire que « This is a call », « I’ll stick around » et « Big me » allaient devenir des tubes indies au côté des classiques de…Nirvana ! Personne. Pas même Dave Grohl, dont Foo Fighters était au départ le pseudonyme : l’idée était de publier anonymement tous les morceaux qu’il avait composé pendant des années sans jamais pouvoir les placer sur les albums ou les singles de Nirvana (à l’exception du délicieux « Marigold »). Ce n’est qu’après coup et poussé par son épouse qu’il forma un groupe de bras-cassés dont les atermoiements furent un temps plus célèbres que la musique. Avec à sa tête l’impétueux Pat Smear, ex-Germs et ex-Nirvana, qui n’a jamais composé un seul titre pour le groupe et ne joue que sur le second album mais aura toujours été considéré paradoxalement comme un de ses pilliers.

 

thecolour.jpgPremier véritable disque des Foos en tant que groupe à part entière, The Colour & The Shape n’est franchement pas leur meilleur et il n’a pas fédéré grand monde à sa sortie. Pourtant il fait partie de ces disques un peu curieux qui sans être des chefs d’œuvre ont fini par s’imposer avec le temps à quasiment toutes les personnes qui l’ont acheté à l’époque. On ne saurait pas trop dire pourquoi, mais il a marqué ses acquéreurs au point qu’aujourd’hui tout le monde s’accorde pour dire qu’ « Everlong » est un morceau incontournable – alors que franchement à l’époque les trois quarts de la planète n’en avaient rien à carrer. En fait c’est plus fort que ça encore : en ce qui me concerne (et je sais qu’il en va de même pour beaucoup de gens) je n’écoute cet album qu’une fois par an depuis dix ans…mais je continue à connaître toutes les chansons par cœur. Sans exception. Peut-être tout bêtement parce que ce sont de bonnes chansons, bien fichues et bien produites… ? Hum…Je ne sais pas. Tout ceci est assez étonnant, quoique plus courant qu’on ne le croit (le plus bel exemple du genre étant sans aucun doute Antichrist Superstar de Marilyn Manson, devenu un classique "en creux" alors qu’objectivement ce n’est pas l’album le plus réussi de son temps).

 

Faut-il donc revoir à la hausse le jugement qu’on avait porté à l'époque sur The Colour & The Shape ? En fait non, même pas : c’est toujours un très bon disque de power-pop, un peu inégal mais frais et très varié. Son principal problème étant qu’il contient beaucoup de pépites et quelques ratages tellement foireux qu’ils font baisser le niveau de l’ensemble. « My poor brain », par exemple, ainsi que le désastreux « Wind up », sont si insupportables que même avec la meilleure volonté du monde je ne pourrais pas donner à l’album une note supérieur à 5 (on croit souvent que mes notes sont arbitraires, mais non, pas du tout : deux titres piteux gâchent mon plaisir, et donc mon impression sur un disque – tout bêtement). Je pourrais même ajouter à cette paire « My Hero », morceau typiquement gavant : la première fois qu’on l’entend on aime, la seconde on trouve ça un peu long…au bout de dix écoutes beaucoup commencent à saturer, son côté rock épique beuglard cristallisant à peu près tout ce qui fait le mauvais rock’n’roll depuis plus de cinquante ans.

 

Et à côté les Foo Fighters, qui n’ont rien d’une bande de bourrins, se révèlent capables de choses sublimes, comme l’héroïque « February Stars », les délicats « Doll » et « Walking after you »…même si bien sûr ce sont les tempos les plus enlevés qui leur vont le mieux. En témoigne les deux meilleures chansons jamais composées par Dave Grohl : l’entêtante « Everlong » et la furibarde « Monkey Wrench », punk-pop comme vous n’en entendrez jamais sur aucun disque d’Offspring (Cf le dernier Jukebox). C’est ce côté « racé » qui différenciera toujours Foo Fighters du premier Stereophonics venu : ces mecs-là, contrairement à d’autres, sont cultivés, malins…ils connaissent par cœur leur Pixies (l’album est d’ailleurs produit par Gil Norton), leur Melvins et leur Husker Dü. Et ne manquent jamais une bonne occasion de leurs rendre hommage (« Up in arms » pour Hüsker Dü, par exemple). De plus au-delà de cela, Dave Grohl a une qualité que beaucoup lui envient : il est sympa. C’est à dire qu’il est l’incarnation du type sympa, par excellence, ce qui fait qu’il pourrait bien se lancer dans la folk-musette qu’on n’arriverait jamais vraiment à le détester. Cet aspect de sa personnalité rejaillit presque toujours sur sa musique, pour laquelle le terme "positive" semble avoir été spécialement inventé. A tel point qu'il y a quelques années, quand les Foos sont devenus (Zidane sait comment) groupe du mois sur le forum dont je m'occupais, le mot "sympa" est revenu dans 99 % des commentaires. Dave, il ne se prend pas au sérieux, écrit des paroles souvent très drôles…et sait qu’il n’est ni le plus grand chanteur ni le plus grand guitariste du monde. Punk dans l’âme, il fait d’ailleurs involontairement de ces (grosses) limites l’un des principaux points forts de son groupe : sa voix n’est pas exceptionnelle, mais elle ne ressemble à aucune autre. Idem pour son son de gratte…du coup il y a bel et bien une touche Foo Fighters. Une marque de fabrique faisant qu’on reconnaîtra toujours le groupe à la première note, même si on n’a jamais entendu la chanson. Quel que soit le disque ou le genre abordé (et avec le temps leur œuvre est de plus en plus variée), on sait quand ce sont eux. Toujours. Et c’est sur The Colour & The Shape qu’ils en posent les bases, bien plus que sur le premier album. Des bases affinées au fil des ans…ce qui fait qu’à chaque fois, le nouveau Foo Fighters est meilleur que ceux d’avant. Autant dire qu’ils ne sont pas beaucoup à en être capables. Et autant dire aussi que personne ne leur aurait jamais prédit une telle carrière. Pourtant tout était déjà là. Même pas dans ce disque : dans la seule chanson « New Way Home », étonnant patchwork, comme une carte de visite de tous ce que sait faire Dave Grohl.

 
 
le genre : rock-pop
la note : 4,5 / 6
 
 
 
 
Lundi 25 juin 2007

Daydream Nation (Sonic Youth, USA, 1988)

 
 

Groupe culte s’il en est, Sonic Youth semble avoir été créé pour donner une illustration à l’expression “erreur de casting”. Sur la ligne de départ rien ne prédestinait un groupe arty inspiré à se découvrir un auditoire planétaire…pourtant au début des années 90, l’ouragan grunge et leur amitié avec Nirvana aidant, Thurston Moore et ses copains se retrouvaient au sommet des charts avec deux albums légendaires : l’exceptionnel Goo et le surestimé (mais néanmoins très bon) Dirty. Deux œuvres superbes mais trompeuses : la première aérait la musique du groupe et la seconde le voyait littéralement surfer sur la vague grunge (paradoxe, quand tu nous tiens : Dirty fut le plus gros succès d’un collectif dont il n’est absolument pas représentatif). Après une paire de disques creusant ce sillon, Sonic Youth est fort logiquement retourné à son cher underground…à part en France, pays qui lui voue un culte quasi-malsain si l’on considère qu’on y croise des gens susceptibles de penser que les insupportables Silver Sessions sont de la musique. Perdu, égaré, le groupe publiera par la suite des disques originaux et courageux, parfois très réussis (Murray Sreet), sans jamais retrouver la maestria de ses débuts…jusqu’au récent Rather Ripped, disque étonnamment mélodique qui réconcilia les fans du Sonic Youth expérimental avec ceux de Dirty.

 

daydreamnation.jpgIl n’en demeura pas moins que Sonic Youth fait partie de ces groupes majeurs dont l’avenir est derrière eux. Sur l’ensemble de la discographie des new-yorkais il y a à l’évidence des albums fort intéressants…dont aucun n’aura jamais su se hisser à la hauteur des quatre chefs d’œuvre de la période 1986 – 90. Et à plus forte raison du meilleur as du carré, ce fabuleux Daydream Nation aujourd’hui réédité dans une version remasterisée et augmentée à se damner : quinze titres lives et quatre reprises (dont "Computer Age" de Neil Young) en plus de l'album original.

 
 

Pourquoi Daydream Nation et pas un autre ? Tout simplement parce qu’il s’agit de l’alliance parfaite entre fond et forme, entre innovation sonique et contenu, entre expérimentation et mélodie (toute proportion gardée : Sonic Youth même dans sa face mélodique n’a jamais été et ne sera jamais un groupe pop). Compromis parfait entre l’album d’avant (Sister) et celui d’après (Goo), ce cinquième album n’est ni leur plus accessible ni leur plus expérimental…en revanche c’est certainement celui qui offre la meilleure alliance entre ces deux facettes régulièrement contradictoires – et c’est par conséquent le plus magistral. Si Sonic Youth s’est parfois laissé aller à l’inaudible, nulle trace de cela ici : les compos les plus ambitieuses de l’album restent totalement mémorisables (« ‘cross the breeze », même la fantastique « Trilogy » qui atteint pourtant le quart d’heure) et sont toujours contrebalancées par des titres plus courts et plus bruts de décoffrage – l’hymne « Teen Age Riot » en tête bien évidemment.

 

Daydream Nation marque également un tournant en terme de style musical : jusqu’alors encore très marquées par le post-punk, les chansons de Sonic Youth penchent désormais régulièrement vers le rock alternatif qui fera par la suite son succès. Morceau de chevet des At The Drive-in et autres Ikara Kolt, « Silver Rocket » verse ainsi dans un rock / hardcore abrasif totalement en phase avec non pas son époque…mais la nôtre ! Visionnaire comme souvent, Sonic Youth réussit à définir la musique des années 90 et 2000 en 1988, ce qui n’est tout de même pas monnaie courante. On trouve ici en germe pas mal de groupes phares des décennies à venir, à commencer par Placebo (dans l’intro de « Total Crash ») ou les Smashing Pumpkins (dans celle de l’étonnamment heavy « Candle »). Et bien entendu on n’omettra pas de préciser que ceux qui n’ont jamais entendu « The Sprawl » sont tous persuadés que la diction de Courtney Love est unique en son genre.

 

Voilà donc un drôle de disque : en général les patchwork d’influences désignent des influences passées…or sur Daydream Nation on entend surtout l’avenir. Joli pied de nez, pas forcément très drôle pourtant : le grand drame de Sonic Youth aura sans doute été de n’avoir jamais su écrire de vraie grande chanson – au sens pop du terme : qui se retient immédiatement et ne sort plus du cerveau. Siffloter Sonic Youth relève du sacerdoce, quant à le jouer…De fait, Thurston Moore et Lee Ranaldo, maîtres d’œuvre du quatuor de chefs d’œuvre précédemment cité, auront été éternellement condamnés à voir d’autres qu’eux décrocher la queue du Mickey en vulgarisant leurs formules.

 

De là à dire que Sonic Youth a été créé pour illustrer l’expression groupe culte

 
 
le genre : pièce montée électrique
la note : 6 / 6
 
 
 
 

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Newsletter

Inscription à la newsletter
Blog : Gay sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus