Les notes du Golb

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   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Vendredi 25 avril 2008
Le secret du rabbin (Thierry Jonquet, France, 1986)


Aussi incroyable que cela puisse paraître, le personnage central du « Secret du rabbin » n'est qu'autre qu'un...rabin. Lequel rabin a - vous ne devinerez jamais...mais oui ! UN SECRET ! Quelle audace !

Néanmoins, de peur que cela semble trop facile aux plus exigeants de ses lecteurs, Thierry Jonquet a tenu à compliquer un peu la situation et a décrété (d'un commun accord lui-même - du moins le suppose t'on) que ce rabbin allait être mort avant même le début du roman. De plus en plus audacieux !

Mais n'allez pas croire que ça s'arrête, non non : ne se sentant plus de joie (ni d'audace) l'auteur a décidé de mettre le coup de grâce à ses lecteurs les plus exigeants en faisant de son rabbin le légataire d'un...trésor. Rien que ça ! Trésor revenant de droit à ses neuveux et nièces, disséminés aux quatre coins du globe. L'un est un gangster bien sous tout rapport, l'autre un officier respectable. La troisième est une icône du communisme. Et le quatrième, David, rien moins qu'un bâtisseur (de la Terre Promise s'entend - pas d'immeubles). Un cocktail d'autant plus détonnant que (mais je ne vous apprendrai rien) les histoires d'héritage c'est toujours très chiant et très compliqué...certains veulent tout prendre, d'autres faire les malins en prétendant tout refuser...et au final ça traîne en longueur, le notaire en a ras le bol - il songe d'ailleurs à songer de métier...


...rien de tout cela ici, mais l'on reste (comme toujours avec Jonquet) dans la plus franche rigolade. Bien que publié dans une collection de polars c'est bel et bien d'un roman d'aventures qu'il s'agit - et c'est tant mieux. Car la verve burlesque de Jonquet fait une fois encore des merveilles, entre situations ubuesques et dialogues au scalpel. Soit, le roman peine un tout petit peu à l'allumage, mettant facilement soixante pages avait que l'intrigue soit réellement lancée...mais ceci fait impossible de l'arrêter, et difficile (vraiment) de lui résister tant l'auteur multiplie les rebondissements - obtenant au final un genre de roman à sketches tout à fait charmant. Plaisir de lecture assuré (mais c'est un pléonasme lorsque l'on évoque Jonquet).

En somme : voilà le genre de livre se prêtant admirablement aux fantaisies en tout genre. Mon ami Mr Kiki l'a bien compris, qui m'a gratifié d'une édition collector qui se vendra sans doute très cher après sa mort (le plus tard possible, bien entendu - quoique je ne roule pas sur l'or ces temps-ci).


le genre :    swapped by yueyin

la note :    





Jeudi 24 avril 2008
Le grand jardin (Francis Dannemark, Belgique, 2007)


Francis Dannemark est un auteur singulier qui vient de publier un livre pour le moins...comment dire ? Singulier ? Disons plutôt déroutant. Captivant mais particulièrement ardu à pénétrer. Une de ces œuvres qu'on aime parce qu'elles ne font rien pour être aimables. De celles exigeant autant du lecteur qu'il en exige d'elles. Le genre d'ouvrage sur lequel il faut s'attarder. Se décourager parfois, pour mieux y revenir, essayer encore - jusqu'à ce qu'il accepte de se livrer. On en croise de moins en moins, des comme ça - et plus tellement en littérature. Difficile de dire si c'est un mal pour un bien. Le fait est que « Le grand jardin » n'est assurément pas un livre pour les gens comme moi - qui lisent à deux cents à l'heure et n'ont qu'une hâte une fois le livre refermé : en commencer un autre. En ces temps de zapping (même littéraire, oui), qu'un livre comme celui-là existe a quelque de chose de miraculeux. Qu'il se vende par palettes serait sans doute mieux mais bon...il faut savoir se satisfaire de peu.


L'histoire est aussi difficile à raconter qu'elle coule de source lorsqu'on la suit : Florent et Paul sont frères, jumeaux mais faux (ç'a sa petite importance), pareils mais différents. Adultes déjà, quoique pas tout à fait finis, il se sont construits contre une histoire familiale impossible, par-delà les blessures de la guerre et les douleurs enfouies. C'est l'histoire de cette famille que raconte ce roman, véritable fresque en clair-obscur, œuvre romanesque considérable à la construction tout à la fois complexe et limpide. L'écriture est sobre, désincarnée parfois, si rêche qu'elle peine à remporter l'adhésion. Mais le parti pris fonctionne - puisqu'il sert remarquablement le propos. Le style factuel souligne délicatement les faits, suggère plutôt que d'imposer - quelque part entre le Philip Roth de « The Facts » et le Robbe-Grillet de « La Jalousie ».

On aurait tort, pourtant, de s'arrêter à cela : car ce roman étrange est mené de main de maître, conduisant lentement mais sûrement ses héros vers la lumière. Sous ses airs inabordables, « Le grand jardin » n'est finalement que cela : un roman d'apprentissage, une simple histoire d'hommes mise en scène avec une étonnante sophistication. Trop ? Peut-être. On aurait aimé par moment - surtout vers la fin - que l'écriture se libère pour laisser échapper l'émotion. Faute de mieux elle reste sous-tendue, planquée entre les lignes d'un Francis Dannemark qui semble bien loin de « Qu'il pleuve ».

Elle n'en est pas moins là.


le genre :    trompe l'œil

la note :   




        CE QU'EN PENSE LAURENCE




Mardi 22 avril 2008

Sacred (Dennis Lehane, USA, 1997)

 

V.F. : Sacré

 

 

Inutile de tourner deux heures autour du pot : « Sacred » ne vaut pas les deux précédents volets de la série Kenzie-Genaro - le grandiose « A drink before the War » et le chef d'œuvre « Darkness, take my hand ». Tout le monde vous le dira, et mieux encore : tout le monde aura raison de vous le dire. Est-il mauvais pour autant ? Point du tout, chers lecteurs - point du tout. Il est surtout assez différent. Voir carrément déstabilisant au départ.

 

 

Dès les premières pages, en fait, le fan de la série est complètement pris à revers : Patrick et Angie sont carrément kidnappés par un milliardaire souhaitant les embaucher ! Lequel milliardaire a tout pour lui puisqu'en plus d'être veuf et condamné à plus ou moins court terme sa fille a disparu, et le détective la recherchant aussi. Que vont donc faire Patrick et Angie ? Enquêter, mazette ! Après avoir ronchonné pour la forme (c'est quoi ces manières, vraiment - enlever les gens comme ça pour les convaincre de bosser pour vous...? N'importe quoi !) ils vont démêler les fils tout blancs d'une intrigue déconcertante de facilité (au point que quiconque pourvu d'un minimum de neurones parviendra à deviner la fin avec au moins cinquante pages d'avance), casser quelques gueules histoire de répondre aux quotas (oui : il y a des quotas de cassages de gueules dans tous les polars US), s'opposer aux puissants - bref : la routine.

 

Vous me direz que je ne le raconte pas sérieusement mais c'est parce que justement « Sacred » n'est pas du tout un livre sérieux. Après deux romans incroyables de noirceur et d'intensité, Lehane semble avoir voulu se détendre, jouer un peu avec les caractères de ses deux héros et livrer une intrigue ressemblant beaucoup plus à un pastiche de cette littérature hardboiled qu'il aime tant, qu'à un roman de Dennis Lehane tel qu'on l'imagine. Pour vous dire : il y a même des moments franchement burlesques - oui oui...vous avez bien lu. Le lecteur attentif soupçonnait d'ailleurs déjà Lehane d'aimer l'humour noir et l'ironie la plus cruelle (Cf. le début complètement décalé de « Darkness, take my hand » ou certains dialogues particulièrement enlevés dans « Shutter Island »). Avec « Sacred », il explore à fond cette autre facette de son talent, moins poétique parce que moins crépusculaire et moins évidente parce que beaucoup plus codifiée (il est probable qu'un lecteur n'ayant jamais ouvert un bouquin de Chandler ou de Spillane n'y verrait qu'un polar moyen, d'autant plus décevant qu'il viendrait d'un très grand écrivain)...mais plutôt séduisante - à condition bien sûr de ne pas attendre de « Sacred » les émotions fortes (sinon insoutenables) provoquées par un « Darkness... ».

 

En somme un Lehane mineur (situé d'ailleurs à part de la série Kenzie - Genaro dans les bios anglo-saxonnes) qu'on conseillera sans doute de lire après tous les autres...mais qui reste néanmoins réussi.

 

 

le genre :    série B.


la note :   

 


 

    CE QU'ILS EN PENSENT :

 




JUSQU'AU PREMIER JUIN, DENNIS LEHANE N'EST AUTRE QUE L'ARISTOCHAT

 

 

 

 

Lundi 21 avril 2008
Deadkidsongs (Toby Litt, Angletterre, 2001)

V.F. : GANG


Un titre choc, une couv' qui claque. Un sujet semble t'il sulfureux - et voilà qu'on doute : Toby Litt sera t'il un de ces grands auteurs déjantés dont seule l'Angleterre a jamais su accoucher ou bien un vulgaire VRP jouant au poseur rock'n'roll ?

L'interrogation ne subsiste que durant quelques pages : Litt est un authentique écrivain - et pas un mauvais. Variation habile sur l'archi-classique « Lord Of The Flies », son « Deadkidsongs » met en scène quatre gosses frappés se faisant appeler : GANG - tout simplement...Ils ont établi leur hiérarchie il y a longtemps, en fonction du rang social de leurs parents respectifs, et entrent aujourd'hui en guerre contre l'Ennemi héréditaire : le monde des adultes. Lâche, tyrannique et corrompu. Surentraînés, les enfants ne craignent qu'une chose : mourir avant d'avoir pu accomplir quelque exploit mémorable, avant d'avoir su honorer leur grade. Alors ils snippent à tout va, jouent à la guerre comme d'autres joueraient aux playmobiles, se rapprochant un peu plus à chaque page d'une apothéose de violence qui ne tardera pas à arriver.

Sorte de David Peace mécanique, Litt possède une écriture sèche parfaitement adaptée au propos et a manifestement les bonnes références : Golding, donc ; mais aussi plus étonnamment la culture manga, pourtant nettement plus discrète outre-Manche que chez nous. Difficile de ne pas penser, tout en accompagnant ce quatuor de gosses vers une issue évidemment tragique, à « Battle Royale » - voire même à « Akira ». Rebaptisez le Sergent Andrew North : Tetuso - vous y êtes. Il vous entraînera sans vous forcer dans une aventure des plus dérangeantes, cyber-punk si cela vous sied - en tout cas tout à fait inédite à ce jour. Ailleurs un peu trop systématique pour être honnête, la charge anti-hippie de Toby Litt aurait plutôt tendance à tenir la route, parce qu'évitant le didactisme et se contentant de montrer des babys punks livrés à eux-mêmes dans un patelin ressemblant énormément au trou de balle du monde (un petit village ? hum...).


Reste qu'arrivé à la moitié l'auteur ne fait plus grand chose de son idée pourtant originale, et « Deadkidsongs » de devenir un thriller plus ordinaire. Le message est un peu brouillé, la satire sociale réduite au strict minimum (le libéralisme a détruit le système de valeurs de l'Angleterre...soit, mais bon : ça tient en une phrase), un peu comme si l'auteur, effrayé par son propre moralisme, avait décidé de l'abandonner en cours de route. Le changement de ton est du coup assez inattendu : parti avec un film expérimental des plus subtils on se retrouve à regarder une superproduction techniquement irréprochable mais manquant un peu de profondeur ; qui va butter qui, et comment il va le butter ? Le pourquoi s'est perdu en route. Dommage, néanmoins l'ensemble reste intéressant.


le genre :    curiosité

la note :    





Lundi 14 avril 2008
Le poids d'une âme (Mabrouck Rachedi, France, 2006)


Mabrouck Rachedi ne doit pas être réduit à un auteur de banlieue. Il le dit lui-même, tout le monde le dit, les critiques le disent et même ma sœur, qui m'a prêté le livre, le dit. C'est donc que ce doit être vrai. Le paradoxe, c'est que je n'ai lu aucune critique prétendant le contraire. Principe de précaution littéraire ? C'est fort probable. Politesse élementaire faite à l'auteur ? Sans aucun doute...néanmoins aucun auteur ne doit être réduit, en aucun cas, à un seul de ses livres. Ne pas réduire Mabrouck Rachedi à un auteur de banlieue, est-ce que cela ne commence pas plutôt par considérer que la précision est inutile ? Je m'interroge. Lequel des lecteurs de ce blog est assez idiot pour croire le contraire ?

Hein ?

Non non non : ne donnez pas de nom !!!!!!! Ok, vous avez raison : la précision s'imposait peut-être. Finalement.


Cette petite boutade devrait je l'espère vous faire comprendre pourquoi évoquer ce livre, au demeurant très bon, m'a posé un réel problème de conscience. A force de lire qu'il ne fallait pas réduire Mabrouck Rachedi, ce que je n'aurais jamais été tenté de faire, j'ai fini par faire une fixation là-dessus...tout en m'apercevant assez rapidement que sauf à mentir de manière éhontée j'allais avoir beaucoup de mal à empêcher le lecteur qui serait tenté par l'amalgame de s'y vautrer joyeusement. Dans le fond, on ne prêche jamais que les convertis. J'ai hésité à tester quelques jeux sémantiques, mais je n'étais pas trop satisfait. J'ai commencé par écrire que ce n'était pas un énième livre sur la banlieue...et puis j'ai éclaté de rire, me demandant sur quelle planète j'avais vécu depuis ma naissance pour louper ce célèbre courant littéraire des auteurs de banlieue, qui sont innombrables et font un carton dans les charts littéraires, mais si voyons je vous assure - c'est la dernière mode. Ah bon. Ce que la bonne conscience de gauche nous fait écrire parfois - j'vous jure. Si « Le poids d'une âme » se déroulait dans un petit village de province aurait-on même l'idée de dire que c'est un énième livre sur un petit village de province ? Pourtant quand on y pense il y a infiniment plus de livres là-dessus que sur la banlieue. Allez, soyons sérieux cinq minutes. La vérité c'est que dans le fond plus on cherche à éviter de se fier aux apparences...plus on tente de contourner les amalgames...plus on s'enfonce dedans. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de se renier pour apprécier quelque chose qui est loin de nous. Mais apparemement, beaucoup trop de gens le pensent. Pas d'amalgame étant désormais devenue une expression préfabriquée comme une autre on aurait un peu tendance par moment à ne plus vouloir établir de lien entre rien et rien de peur de se viander et d'être taxé d'amalgamiste primaire. Quand on a aimé (comme moi) « Le poids d'une âme », et quand à plus forte raison on est (comme moi aussi) assez loin de l'univers qu'il dépeint, on serait presque tenté d'excuser l'auteur d'avoir choisi ce cadre pour son roman, inondé qu'on est par tout un tas de bonnes intentions un peu vaines.


Allons-y donc gaiement : « Le poids d'une âme » est un livre sur la banlieue, et sur des choses plus universelles. Si vous êtes assez con pour passer votre route une fois associés les mots banlieue et livre vous méritez qu'on vous jette des tomates, mais j'aurais beau écrire un développement de vingt-cinq pages pour expliquer que oui mais non mais oui mais non...ça ne servirait strictement à rien. Car en toute bonne foi si vous ne supportez plus les histoires avec des jeunes de banlieues qui s'ennuient dans leurs cités, qui ont des problèmes avec les flics, qui grandissent dans la misère sociale et dans l'absence d'autorité, et où (évidemment) la tension monte...vous pouvez passer votre route - il y a des tas d'autres livres évoqués sur ce blog qui vous parleront plus.


Pour ceux qui sont restés, on ne fera même pas l'effort de cacher qu'on va s'inspirer très largement de l'exemple de Gaëlle, dans son joli billet. Celui de Sarah Waters. Qui n'est pas une auteure néo-victorienne (d'ailleurs, tout à fait entre nous, ça veut dire quoi ?). Mais qui a bel et bien écrit trois romans se déroulant à cette époque, dont on ne doute pas qu'ils aient fait fuir quelques réfractaires aux histoires costumées en dépit de nos efforts sincères pour sarahwatersiser l'univers et pour tenter un simulacre d'élargissement.

Tout comme l'époque victorienne dans « Fingersmith », la banlieue dans « Le poids d'une âme » n'est absolument pas la colonne vertébrale du livre. Mais tout comme pour « Fingersmith » aussi, dire que la même histoire pourrait arriver ailleurs serait néanmoins excessif. Car s'il est bien des choses que ce livre dénonce clairement ce sont...les amalgames, bien sûr. Et si par bien des côtés il est possible que la société occidentale toute entière soit construite inconsciemment sur cette notion (il suffit d'essayer d'imaginer tous les amalgames auxquels un blogueur prête le flan à chaque critique), la banlieue telle qu'on la regarde via la télévision est à peu près la consécration de l'Amalgame Roi (la télévision elle-même est la consécration de l'Amalgame Roi). Le mot banlieue, lâché balourdement et au singulier comme je le fais depuis tout à l'heure, est d'ailleurs déjà un amalgame en lui-même. Au moment des émeutes dans lesdites banlieues (ce livre a été écrit avant, parait-il) il y avait quelque chose d'assez attendrissant à voir les médias français s'indigner de la déformation des faits par les médias étrangers sans même se demander une seconde s'ils ne déformaient pas eux-mêmes ces faits.

C'est bien évidemment parce qu'il s'appelle Lounès et qu'il vit en banlieue que le jeune héros du « Poids d'une âme » va se retrouver dans une situation hallucinante, stigmatisé par la soit disant justice de son pays, abandonné par beaucoup et sauvé par une poignée d'élus devenant des héros très ordinaires alors que si le monde était juste on trouverait simplement qu'ils ont une attitude on ne peut plus naturelle. On imagine sans peine que le petit Jean S., embarqué dans la même aventure rocambolesque ne la vivrait pas tout à fait de la même manière - y compris si lui était coupable de ce qu'on lui reprochait.

En revanche si les faits peuvent diverger d'un endroit et d'une personne à l‘autre, le mécanisme de l'amalgame, du préjugé et du je me fie aux apparences (ou de sa variante y a pas d'fumée sans feu) n'a rien de typiquement banlieusard - et c'est en cela que le livre de Mabrouck Rachedi est très fort. En évitant de se complaire dans les clichés bassement revendicateurs les plus éculés (logique ? Pas sûr : il suffit d'écouter quelques morceaux du rap le plus bas de gamme pour constater que venir de la banlieue n'empêche pas de sombrer soi-même dans l'illustration démagogique) l'auteur opère un redoutable élargissement, emporte le lecteur qui voudra chercher plus loin vers des considérations autrement plus hautes - sinon carrément existentielles. Bien entendu être pris pour ce qu'on est pas parce qu'on a une sale gueule ou qu'on est trop jeune ou qu'on ne présente pas spécialement bien...ça n'arrive pas qu'au malheureux Lounès. On risque plus souvent de se faire arrêter en voiture quand on conduit une AX que quand on pilote une 407 - il serait bien naïf de croire le contraire. Mon frère roule en Alpha Roméo, je vous assure qu'il n'a pas vu le début du commencement d'un gendarme depuis un bon moment. Ma mère n'a pas subi de contrôle d'identité depuis vingt ans au moins, quand moi qui suis relativement jeune et de surcroît barbu je peux rarement me promener dans une ville la nuit sans qu'on me demande mes papiers. Nous sommes pourtant tous des bons blancs vivant dans des quartiers jamais stigmatisés par personne, des Joseph K. en puissance. Quoi ? Cela vous semble exagéré de faire ici référence au « Procès » ? Et pourtant : le point de départ du « Poids d'une âme » y ressemble beaucoup, et cette impression est renforcée par le ton de la narration, extrêmement distancié (soit donc fatalement séduisant).


S'il y a un engagement (terme ô combien galvaudé auquel Rachedi redonne tout son sens), une dénonciation dans ce livre...elle se joue assurément plus sur ce terrain que sur celui spécifique de la banlieue. Qui ferait plutôt ici office non pas tant de décor que de laboratoire. Le lieu concentrant tous les éléments nécessaires à la mise en place de l'intrigue.

Alors l'auteur développe la thématique, et il le fait avec un certain talent. « Le poids d'une âme » est un livre machiavélique - aucun thriller de John Grisham ne met en scène un si implacable engrenage. C'est aussi un livre plus drôle que ne le laisse supposer son point de départ - car l'auteur ne manque ni d'esprit ni de fantaisie. Il y a presque un côté La Bruyère dans l'aisance avec laquelle Rachedi croque ses caractères, un côté je saisis l'essence même du bonhomme en trois phrases qui force l'admiration. C'est évidemment un peu simpliste...cela dit La Bruyère aussi, pour autant que je sache. Il ne cherche pas à nuancer le précieux qu'il crucifie - ce serait à la la limite du contre-productif. Je n'ai pas envie de dire pour la forme que « Le poids d'une âme » pourfend tous les clichés, car à plusieurs reprises il se vautre dedans. Mais la vie entière n'est-elle pas faite de clichés ?  J'ai écrit un roman se déroulant dans un petit village...quelle surprise, pas vrai ? Bref : dans ce roman, il y a une multitude de clichés sur les petits villages. Arriérés, habités par la peur de l'étranger, on y nait et on y crève...peut-on imaginer plus cichesque que ça ? Et pourtant...ça n'en repose pas moins sur une base solide. Je veux dire par-là que ce n'est pas honteux d'utiliser des clichés - c'est peut-être même la base du roman. Balzac, à sa manière, empile les clichés. Après autant de siècles de littérature il est on ne peut plus normal qu'un auteur clichettise à l'excès. La guerre permanente faite au cliché en littérature n'a dans le fond pas plus de sens que la guerre faite en musique aux adeptes du revival. Si je prend le temps de m'arrêter là-dessus c'est parce que je préfère dire "oui, c'est vrai, il y a des clichés dans ce livre mais on s'en tape" plutôt que de flatter comme d'autres ma bonne conscience de gauche en disant : "Dans ce remarquable roman Mabrouck Rachedi évite tous les clichés inhérents au genre, c'est trop la classe".  Ca part d'une intention louable mais c'est totalement contre-productif parce que le lecteur (en tout cas le lecteur du Golb) n'est pas con au point de ne pas voir, une fois qu'il aura le livre en main, qu'il y a pas mal de trucs un peu clichés dans ce livre néanmoins réussi.

Toujours est-il que lorsque commence l'escalade attendue, lorsque la tension monte et que les esprits s'échauffent, c'est à...« A drink before the War » que l'on pense. Dans un genre évidemment différent (quoique). Ce premier Mabrouck Rachedi partage d'ailleurs avec le premier Dennis Lehane le fait d'être un vrai-faux polar entièrement construit en trompe l'œil et montant en puissance page après page, réglé comme une pendule - le terme engrenage est décidément de rigueur. Point commun subsidiaire : tous deux ont pour cadre une banlieue. Inutile de souligner que l'idée même de dire que Lehane est un écrivain de la banlieue ne viendrait à l'esprit de personne, pourtant Lehane est un fils d'immigré irlandais qui a grandi dans la banlieue de Boston et s'en sert comme cadre d'absolument tous ses romans (à l'exception de « Shutter Island »). Si Rachedi évolue bien heureusement dans un registre moins sombre, si sa poésie est bien plus malicieuse et bien moins lugubre, et s'il exalte la solidarité et l'espoir (quitte à sonner bisounours par moment) quand Lehane donne surtout envie de se flinguer (sinon de tuer)...la parenté entre les deux livres est réelle, presqu'évidente à mes yeux (mais là c'est peut-être moi qui ai bu un coup de trop...il est grand temps que j'abandonne la littérature comparée !!!).

Universalité, donc ? Il faut creuser un peu pour la trouver, mais elle y est. L'universalité c'est aussi ce qui fait qu'on pourra apprécier un livre dans vingt ans quel que soit le contexte d'alors. De ce point de vue « Le poids d'une âme » entre tout à fait dans le cadre, ce sera même peut-être encore plus facile de l'apprécier une fois les déchainements de passions oubliés. Après tout certains événements neuilléens récents nous ont montré qu'il n'était pas besoin de conditions socio-économiques particulières pour voir une population commencer à s'embraser (désolé mais je ne pouvais pas la louper, j'ai déjà résisté à la tention d'en parler pendant toute la campagne...). En l'occurrence oui, dans ce livre, ça se passe en banlieue, on cause longuement de la condition des banlieues...il n'y a pas que ça, mais on en parle. Je ne vois pas pourquoi sous prétexte qu'on ne vit pas en banlieue on devrait se sentir obligé d'écrire le contraire.

Ca n'en est pas moins une très bonne oeuvre de littérature.


le genre :    livre sur...aaaaaargh...

la note :   







NOTE : bien entendu le dessin n'est pas la couverture du livre, mais l'oeuvre de notre ami
Alf



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