Les notes du Golb

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   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Vendredi 11 avril 2008
This Is Not A Love Song (Jean-Philippe Blondel, France, 2007)


J'entends dire, ici ou là : Le nouveau Blondel ? Mouais. J'entends dire que c'est dérangeant. J'entends dire : C'est carrément autre chose. Ou bien : C'est pas vraiment du Blondel. Ou encore : Ouais, franchement, c'est grave moins bien que « Passage du gué ». Ailleurs, j'entends dire tout l'inverse. Que finalement, c'est du Blondel et donc c'est bon : on y trouve son compte. Ma curiosité ne peut qu'en être aiguisée.

Ma lecture des premières pages pose plus de questions qu'elle n'offre de réponses, questions concernant moins le livre lui-même que sa réception (plus ou moins) controversée. Deux surtout me viennent à l'esprit : Qu'est-ce qu'un livre dérangeant, en 2008 ? ; Qu'attend-on d'un roman, dans le fond ?

Evacuons d'emblée la question du terme dérangeant : « This Is Not A Love Song » est à peu près aussi dérangeant qu'un moustique qui vient vous piquer sous la tente en pleines vacances dans les gorges du Verdon. J'aurais bien du mal à expliquer pourquoi ce roman a reçu un accueil si mitigé, divisé...Eventuellement pourra t'on concevoir qu'il étonne le fidèle de l'auteur - pas plus : ...le langage y est parfois plus dur, le ton a priori plus amer...Blondel se risque à quelques gros mots, quelques allusions graveleuses même, ici ou là...pas de quoi le confondre avec Bukowski avant un certain nombre de baiser, néanmoins (et c'est tant mieux : qu'y a t'il de pire qu'un auteur qui essaie de faire genre ?). Si « This Is Not A Love Song » n'est pas lisse, si par des bien aspects il ne fait rien pour être aimable...ce n'est quand même pas un monument de subversion. N'importe qui ayant déjà lu du Blondel s'en serait douté -  soit. Mais à voir les divisions que ce livre a parfois pu susciter autour d'un auteur jusqu'alors plutôt consensuel (au sens noble du terme)...je vous assure que j'ai cru un instant que l'auteur de « Juke-Box » s'était attelé à rédiger le « Lolita » du vingt-et-unième siècle. Mieux : la dureté (relative) du langage comme du propos y est suffisamment maîtrisée pour ne jamais sembler factice - on connaît quelques Beigbeder qui pourraient en prendre de la graine.

Seconde question, maintenant : Qu'attend-on d'un roman ? Je suppose que la réponse est différente pour tout un chacun (à vrai dire : ça tombe le sens). Assez stupidement, j'attend d'un livre...qu'il me fasse ressentir quelque chose. N'importe quoi, mais qu'il m'inspire - en fait. Mais pas à n'importe quel prix et pas pour faire n'importe quoi avec ce ressenti. Qu'il y ait un sens au ressenti qu'il provoque chez moi, ajouté à des qualités esthétiques réelles. Quand Céline disait qu' "au commencement était l'émotion"...il ne parlait évidemment pas d'être profondément ému (au sens : tirer des larmes). C'est pourquoi quand je lis que « This Is Not A Love Song » est moins bon que « Passage du gué »...je m'étrangle ! Car en termes de technique, de construction, de narration...en somme : d'esthétique...il s'agit clairement du meilleur Blondel que j'aie lu à ce jour. Ni plus ni moins. « This Is Not A Love Song » n'est absolument pas moins bon. En revanche il est incontestablement moins émouvant. Et alors ? Je maintiens d'autant plus le terme d'accomplissement que j'avais attribué à « Passage du gué » maintenant que j'ai lu son successeur. En effet, oui, après un tel livre (de la maturité, ont dit certains - à mon avis à raison), il était temps de passer à autre chose.


A ce stade vous vous demandez évidemment de quoi parle ce livre qui divisa et divisera encore longtemps (enfin...vous vous le demandez surtout si vous ne lisez pas les blogs littés, hein - ce en quoi d'ailleurs vous avez tort...). Eh bien il raconte l'histoire de Vincent, a priori le pur connard de l'ère sarkozyste à qui tout a réussi et un peu plus encore. Le pognon et les femmes, la vie radieuse de ceux pour qui le vernis social s'est substitué depuis longtemps au moi le plus profond. Durant une bonne moitié du livre il est à baffer - je ne suis que le soixantième à le dire. C'est terriblement choquant on en conviendra, un héros à baffer (le plus célèbre héros de la littérature française, Rastignac ***, étant c'est bien connu le mec le plus cool et positif de l'univers). Le lecteur optimiste se dira un court instant que lorsque sa femme se tire une semaine chez sa mère et lui conseille de faire de même chez la sienne, le bol d'air lui sera bénéfique. Soit, mais ça c'est parce que le lecteur optimiste n'a a priori pas de mère : en trois jours chez la sienne François Weyergans est ressorti neurasthénique (et a livré la quintechiance de son œuvre par la même occasion). On pouvait donc raisonnablement penser qu'en sept jours chez la sienne Vincent allait lentement mais sûrement laisser libre cours aux pulsions meurtrières ancrées en chacun de nous.

Bon...que tout le monde se rassure : le roman ne bascule pas dès lors vers une sinistre histoire de serial-killer. En revanche l'antihéros va se heurter au douloureux passé qu'il essayait jusqu'alors de fuir, se prendre quelques jolies humiliations au passage et...

(je ne vais quand même pas tout vous raconter)


« This Is Not A Love Song » est un livre étrange. Parce que surprenant sans être réellement différent. Parce que passée la surprise de premières pages prenant le blondelophile à rebrousse-poil on retrouve (et c'est heureux) l'auteur qu'on connaît, mais qu'il est ici beaucoup plus grinçant qu'à l'accoutumée - dévoilant une veine satirique qu'on ne lui soupçonnait pas. Parce que son récit est implacable et, au final, sans véritable issue. J'avais intitulé ma chronique de « Passage du gué » "Loyalty Song". Pour celui-ci, si j'avais dû choisir un morceau de Babyshambles, j'aurais assurément voté pour "Fuck Forever". Car si ce nouveau roman est tout aussi désarmant d'humanité que les précédents, il attaque cette dernière par un versant beaucoup plus ardu et beaucoup moins compassionnel. Surtout, contrairement à ce à quoi je m'attendais avant de le lire, il ne déjoue pas réellement les attentions du lecteur : il ne déjoue que celle des blondelomaniaques (dont on rappellera qu'ils représentent environ 0,06 % de l'humanité). Et un auteur, qu'il s'appelle Blondel, Zola ou Marc Levy, n'écrit pas pour son public (sans quoi on nomme ça un promoteur). En ce sens, il serait vraiment intéressant de voir comment un lecteur n'ayant jamais entendu parler de Blondel recevrait ce bouquin. Ce qui n'est évidemment pas le cas d'une grosse majorité des blogueurs...à commencer par votre serviteur. Papillon a écrit une critique (au demeurant fort juste)  de ce roman sans nommer un seul des autres livres de Blondel et sans même vraiment y faire d'allusion directe ****. Il est possible qu'un ou deux autres m'ait échappé, mais dans leur écrasante majorité les commentaires, positifs ou négatifs, faisaient quasi tous référence au reste de l'œuvre (et vous notererez évidemment que ce disant je n'échappe à la règle). Sans doute ne peut-on faire abstraction de ce qu'on sait déjà que jusqu'à une certaine limite, sans doute est-ce impossible - pour moi comme pour n'importe qui ayant chéri « Passage du gué ». Et pourtant ! Ma lecture terminée, j'ai eu l'intime conviction que la critique du lecteur lambda serait à des années lumières de toutes les notres.

Allez : essayons une seconde.


Qu'est-ce que « This Is Not A Love Song » ? Un roman remarquable de maîtrise, de puissance, de subtilité. Qui pose la question la plus délicate qui soit : qui sommes-nous ? Quelle est la part de nous-mêmes que nous livrons à l'autre ? Sommes-nous la personne que nous croyons être, celle que l'autre voit, celle que nous voulons être ? Où s'achève l'essence et où commence la pose, la représentation ? Peut-on jamais couper avec son passé ? Peut-on se dissocier d'une partie de son histoire, afin de mieux vivre une autre partie ? On dépasse le cadre de l'interrogation individuelle pour s'approcher de questionnements plus sociétaux. L'auteur ne s'attaque t'il pas ici, en mode satirique majeur, au mythe du Nouveau Départ, qu'on nous vend à longueur d'émissions télé, de success-story à deux balles ou de reportages racoleurs ? A moins qu'on s'y trompe. Que tout ceci ne soit qu'une vaste blague...?

Dans un numéro de transformisme littéraire impressionnant, Jean-Philippe Blondel brosse un portrait sans concession non seulement d'un caractère - mais peut-être bien d'une époque. Auteur, narrateur, personnage...il appuie d'un coup sur tous les boutons, joue de toutes les ambiguités. Son écriture gesticule et grimace, au bout de trente pages Vincent a des airs de clown sinistre et on se demande si tout ceci est à prendre au premier ou au second degré, si ses jugements péremptoires et considérations parfois limites sont de l'ironie ou la consécration d'une quelconque part d'ombre appartenant à l'auteur. Sans doute un peu les deux. L'essentiel étant que cela renvoie à merveille...au titre. Pas tellement pour ce qu'il veut dire, que parce qu'il s'agit d'une chanson de PiL. Donc de John Lydon. Aka Johnny Rotten. Des Sex Pistols. Celui qui donna tout son sens au mot sarcastique. Qui, lui aussi revêtant les traits d'un double outré (et outrageant), oscilla en permanence entre rage, aigreur, nihilisme et ironie cruelle - incarnant mieux que personne le côté obscur de son époque. A qui l'ont doit (évidemment) « Anarchy In The UK »...mais aussi et surtout ce couplet fort à propos :

I've seen you in the mirror when the story began
And I fell in love with you I love your mortal sin
Your brains are locked away but I love your company
I only ever leave you when you got no money
I got no emotions for anybody else
You better understand I'm in love with myself,
Myself, my beautiful self


...effectivement : tout était dit dans le titre.


« This Is Not A Love Song » : grand livre, donc. Qui, peut-être, aurait gagné à être publié sous pseudonyme (mais j'admets que Jean-Philippe Rotten le fait moyen). Qui sonne comme une déclaration d'indépendance artistique.

Et qui en tout cas mérite d'être défendu avec force.


le genre :    acide

la note :   



BONUS :




*** bien sûr que je suis de mauvaise foi, mais avec Jean Valjean ça marchait pas pareil...

**** il serait d'ailleurs passionnant de lister toutes les critiques de ce livre afin de mesurer les diversités d'appréciation, de réception, d'appréhension...témoignant de sa richesse indéniable...mais il y en a tant que je n'ai pas le courage (je vous invite en revanche à incorporer vos liens aux commentaires)





Mardi 8 avril 2008
L'Œil de Pâques (Jean Teulé, France, 1992)


Ainsi donc Jean Teulé a déjà raté un roman. Comment dire ? C'est presque rassurant. Ca l'humanise. Vue la qualité remarquable de son œuvre (abondamment commentée dans ces pages, et désormais abondamment commentée sur le web - tout court) il est bon de savoir que cet homme a aussi eu, un jour, une petite faiblesse, une petite faiblesse d'autant plus sympathique qu'elle est commune à tous les vrais bons écrivains qui se respectent : dans « L'Œil de Pâques », Jean Teulé a péché par mégalomanie. Par hybris - ou pas loin.


Ce second roman de Jean Teulé (après l'adorable « Rainbow pour Rimbaud ») est introduit par un quatrième de couverture annonçant :

« Il s'agit d'un polar qui ressemble à un conte... »


Bien sûr bien sûr. Et mon blog c'est un Magritte (quoi ? vous l'ignoriez ?). En réalité « L'Œil de Pâques » est surtout un conte qui ne ressemble à rien. Et qui, à dire vrai, n'en raconte pas plus. Visiblement composée sous LSD l'histoire de Pâques, jeune beauté affublée d'un œil rose sans pupille ni iris, qui commence quinze millions d'années avant sa naissance, semble surtout être pour Teulé un prétexte à défouler quelques fantasmes psychédélico-littéraires qui laisseront pantois le lecteur même le plus acquis à la cause de l'auteur. La plume est là, vive, fantaisiste...pas de doute : c'est du Teulé. Mais du Teulé petit-bras, du Teulé à la qualité inversement proportionnelle à ses ambitions.

Car ambitions il y a, et l'idée de la narration bâtie sur un compte à rebours (moins quinze millions d'années, moins dix millions, moins un...etc.) est à n'en pas douter excellente. Il est d'autant plus dommage que Jean Teulé la gâche avec une telle jubilation, la réduise à néant au bout d'une première cinquantaine de pages de n'importe quoi total. Certains passages sont à la limite du compréhensible, d'autres sont ridicules à force de vouloir systématiquement paraître décalés...et au final l'ensemble s'avère encore plus kistch que sa couverture ***. Pour tout dire le quatrième de couv' susmentionné est sans aucun doute meilleur que le livre (commentaire faussement méchant, en fait, car chose rare : ce quatrième est vraiment excellent).

Reste le plaisir de lire du Teulé, ce qui même dans un livre raté reste toujours plus agréable que pour beaucoup d'auteurs. N'empêche : c'est assez mince...


le genre :    barré

la note :   




*** réflexion qui évidemment tombe complètement à plat, vu que non seulement ce livre est extrêmement difficile à débusquer mais qu'en plus même les photos de sa couverture sont quasi introuvables...





Dimanche 6 avril 2008
Sundog (Jim Harrison, USA, 1984)

V.F. : Faux soleil


« Faux soleil », nous dit le titre français ? Tiens donc ! Mais dans « Sundog », tout semble pourtant plus vrai que nature. Transpirant l'authenticité, le réel, le factuel. Autant de données qui ne permettent en aucun cas d'évaluer un bon roman mais donnent une idée précise de ce dont est capable un Jim Harrison à son meilleur...

...l'histoire bien sûr n'a a priori rien d'exceptionnel : un écrivain sur le retour vivote en tant que journaliste en attendant que quelque chose vienne lui rendre un peu de foi en la vie. Le hasard de reportages plus banals les uns que les autres le renvoie alors vers son Michigan natal, où il doit rencontrer un certain Robert Corvus Strang, ex-ouvrier de chantiers de barrages réduit à la paralysie. Isolé, légèrement fêlé, il mène une vie de quasi reclus jusqu'au moment où le narrateur va le dénicher...au sens propre comme au sens figuré.


En 1984 Jim Harrison n'est pas encore une superstar de la littérature (cela viendra quatre ans plus tard avec le désormais classique « Dalva ») mais n'est déjà plus du tout  un débutant et joue remarquablement de ses obsessions pour les individus en bout de course ou l'insolente supériorité de la nature. Pourtant si « Sundog », roman à deux voix particulièrement réussi, contient son lot de grandes étendues sauvages, de parties de pêche et de ballades au grand air à n'en plus finir...cette nature, chose assez rare chez l'auteur de « Julip », n'est pas la clé de voûte de l'œuvre. Après deux livres très terriens (« Returning to Earth » et « Warlocks »), Harrison semble vouloir faire retrouver à son écriture une dimension plus humaine, plus sobre et a priori moins atmosphérique.

Pari risqué, mais pari réussi : oscillant en permanence entre la contemplation et l'introspection, « Sundog » est un roman d'hommes, entièrement tourné vers l'âme humaine et uniquement centré autour de deux personnages tout à fait fascinants, tous deux en déroute et tous deux en quête d'une étrange (mais enthousiasmante - du moins dans l'idée) rédemption par la parole. Parole offerte en héritage, parole donnée à l'autre. Parole au sens oral comme Parole au sens symbolique. Telle une lente et passionnante discussion au coin du feu, le roman sembler avancer tranquillement, hors du temps, hors du monde...

Faire passer cela par le biais de l'écriture n'est pas donné à tout le monde. A part Whitman, rares sont les auteurs à en avoir déjà été capables. Avec « Sundog », Jim Harrison prouve qu'il est son plus digne héritier.


le genre :    méditatif

la note :
  




...

Vendredi 4 avril 2008

Mémoires de Porc-épic (Alain Mabanckou, Congo, 2006)

 

 

Alors ça, c'est amusant.

 

Il y a quelques temps j'ai relu « Dingo », d'Octave Mirbeau. Je dis il y a quelques temps parce que je l'ai relu il y a déjà un moment, en fait pour vous lecteurs c'était juste hier. Et donc : « Dingo », au cas où vous auriez eu l'impudence de zapper le billet le concernant, met en scène un chien commettant quelques méfaits au service d'un maître dont on dira poliment qu'il est à côté de la plaque. Postulat particulièrement original qu'on ne rencontre pas tous les jours.

 

Eh bien figurez qu'à peu de choses près « Mémoires de Porc-épic » utilise le même postulat. En l'occurrence il ne s'agit pas d'un chien mais (vous l'aurez deviné) d'un porc-épic. Le double nuisible d'un brave garçon nommé Kibandi. Avoir un double nuisible ça, c'est un peu fâcheux. Mais en Afrique ce sont des choses qui arrivent (enfin à ce qu'on raconte). Un animal vous sert toujours de double, déjà. Et des fois, il est nuisible. Ce qui signifie qu'il va pourrir la vie des gens autour de vous - dans le meilleur des cas parce que bien souvent c'est votre vie à vous et rien qu'à vous qu'il pourrit.

 

Bref : « Mémoires d'un Porc-épic » narre donc les crimes tragicomiques de ce brave animal, qu'on nommera par souci de lisibilité : Porc-épic.

 

Il paraît que dans ce livre, Alain Mabanckou la joue à la façon des contes africains. L'honnêteté m'oblige à dire qu'on aurait aussi bien pu me dire que c'était inspiré d'une recette de cuisine de sa grand-mère...c'eut sans doute été plus vérifiable pour moi. Ce qui est certain c'est que si c'est vrai...il faut absolument que je...que je fasse quoi au fait ? Evidemment, les contes africains sont oraux. Je ne peux donc ni me jeter sur un livre ni sur un cd. C'est bien dommage, car « Mémoire de Porc-épic », pour sa part, est un excellent roman. Voilà bien longtemps que je n'avais pas autant ri en lisant un livre. Quel plaisir de lecture ! Quel plaisir des mots, surtout - c'est ce qu'on en garde à la fin : le sentiment que l'auteur aime la langue, qu'il s'éclate avec et qu'il s'éclate à nous éclater. Un vrai bonheur de lecture, pas si original que je m'y attendais finalement (le coup de la suppression de la ponctuation ça remonte quand même aux beatniks !...quant à la thématique...elle est universelle tout en se jouant des lieux communs), mais que je vous recommande tout de même ABSOLUMENT.

 

 

le genre :    fable


la note :   

 

 

 

        CE QU'EN PENSE ANNE-SOPHIE

 

 

 

 

Mardi 1 avril 2008

Chroniques de l'Asphalte 1/5 (Samuel Benchetrit, France, 2005)

 

 

Benchetrit est un poseur. Certains linguistes mondialement réputés sont absolument convaincus (sans toutefois pouvoir en apporter la preuve) que le mot a été inventé pour lui. Il le sait très bien : son premier roman s'appelait « Récit d'un branleur » et on n'en a pas vu beaucoup depuis qui aient si bien porté leur nom. C'est vous dire si l'idée de lire ce bouquin offert par une personne j'imagine bien intentionnée ne m'enthousiasmait pas. J'ai quand même mis six mois à me décider à l'ouvrir. J'ai alors lu la première phrase et me suis dit : putain, quel poseur. Quelle surprise.

 

 

Attention cependant : nous ne parlons pas ici du poseur génial et élégamment artistocratique. Du génie désinvolte et volontiers provocateur. Du "Sex Pistols de la littérature" (selon un critique probablement raide bourré ce jour-là - ou bien alors qui n'avait pas réécouté Never mind the bollocks depuis 1977). Non, Benchetrit, c'est le poseur dans son acceptation la plus banale possible - c'est à dire le mec qui n'a franchement pas les moyens de se la péter. Quiconque a lu son premier livre ou subi son pitoyable « Janis & John » au ciné sait très bien que ce brave gars ne vaut pas grand chose. Chacune de mes rencontres avec son travail m'a fait me poser la même sempiternelle question : pourquoi on en parle ?

 


Ce premier volet des « Chroniques de l'Asphalte » n'a pas, vous vous en doutez, violemment inversé la tendance. Principalement à cause d'une arrogance dans le ton inversement proportionnelle à la qualité de l'écriture. Un type se réclamant de Bukowski ou de Brautigan (influences criantes dans certaines chroniques) d'un côté et proposant une écriture aussi aseptisée de l'autre mériterait le goudron et les plumes. En plus...ce mode du vouvoiement, de l'interpellation de lecteur...c'est un gimmick absolument insupportable. Genre Et vous, vous en pensez quoi ? Moi je me dis souvent que... Non, quoi. La chronique (si tant est que c'en soit vraiment) est certes un format bâtard autorisant certaines libertés. Néanmoins on rappellera gentiment à Bench qu'il écrit un livre, là - pas un blog.

 

A priori et craintes confirmés, donc...et pourtant je n'ai pas ressenti le violent sentiment de rejet attendu.

 

Tout n'est pas à jeter dans ce livre. Certains portraits sont touchants (Dédé), le récit de l'enfance en banlieue à l'époque où elle n'était pas encore complètement devenue un ghetto est plutôt sympathique - voire même attachant par moment. Rien de très original en soi (« Chroniques de l'Apshalte » n'est qu'un pendant pseudo-rock'n'roll et eighties du « Champ de personne » - la tendresse et la modestie en moins), mais l'univers n'est pas complètement désagréable et certains passages font sourire sans qu'on ait besoin de se forcer. Reste qu'à côté des deux livres de Magyd Cherfi, qui évoluent dans le même registre *, celui de Benchetrit fait franchement poids plume - faute d'avoir une plume digne de ce nom. Ne lui jetons pas l'anathème néanmoins : pour un peu qu'il accepte de rompre avec la superficialité inhérente à ses réflexions parfois involontairement comiques sur la vie et la société, et s'initie à l'art délicat de l'humilité...le p'tit Bench devenu grand pourrait bien sortir un de ces quatre un livre franchement réussi. Dans ses meilleurs moments, « Chroniques de l'Asphalte » laisse entendre qu'il en serait tout à fait capable.

 

Alors au boulot, Samuel : il n'est jamais trop tard pour mûrir. Même à trente-cinq ans.

 

 

le genre :    chroniques

 

la note :    




        CE QU'ILS EN PENSENT

 

 

 

 

* le premier, « Livret de famille », est trop ancien pour avoir été chroniqué sur ce jeune Golb (...) ; le second, « La Trempe », l'a été ICI.

 

 

 

 

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