Les notes du Golb

...
   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Mardi 6 mars 2007

The Head on the Door (The Cure, Angleterre, 1985)


La tête contre les murs… ? En tout cas : bien vissée sur les épaules. Voici venir la Deluxe Edition de The Head on the Door, sixième album de The Cure portant une double casquette : un des meilleurs opus des vieux corbeaux, et son plus gros «coup » commercial.

Un album charnière, puisque c’est le premier sur lequel Robert Smith amorce un virage nettement plus pop et mélodique, mais pas encore celui du désaveu pour les fans. Pourquoi ? Tout simplement parce The Head on the Door, aussi pop (voir commercial) soit-il, est un disque d’une qualité, d’une puissance et d’une originalité rarement atteintes par les autres groupes new-wave.


Il est vrai qu’en 1985, Robert Smith a sans doute besoin d’aérer un peu ses neurones: après la Trilogie Glacée de 1980 – 82 (Seventeen Seconds / Faith / Pornography), après le presque flippant The Top, après un stage de deux ans chez Siouxsie & The Banshees (pour le live Nocturne et l’album Hyaena) et une évasion pas beaucoup plus joyeuse au sein du supergroupe The Glove (avec Steve Severin, des goths susmentionnés), il est temps de sourire un petit peu…et dans le genre The Head on the Door (qui n’est certes pas le disque le plus fun de tous les temps) fait office de respiration nécessaire dans une œuvre devenue de plus en plus plombante au fil des années. Si l’atmosphère générale reste relativement mélancolique (« A night like this » fut certes un tube, mais un tube plutôt triste), c’est plutôt la manière de faire qui a changé…en bien ou en mal, difficile de le dire. Il est certain que quand on voit l’évolution de la carrière de Cure après ce disque on n’a pas envie de louer la Tentation De La Mélodie. D’un autre côté ce disque en lui-même est irréprochable.

D’abord il y a le son, nettement moins vaporeux que sur les disques précédents. De là à mettre ça sur le compte d’une tentative marketing il y a un pas que nous nous abstiendrons de franchir : du strict de point de vue la production, Cure vient de publier en 1985 quatre albums très similaires. Une telle volonté de changement n’est-elle pas plutôt louable ? Bien sûr les morceaux ne sont plus aussi longs et tortueux (aucun n’excède les cinq minutes), les mélodies sont plus évidentes, la voix plus en avant…pour autant il serait stupide de considérer que sur The Head on the Door Robert Smith fait de la pop pour la pop. Il y a une authentique recherche créative et une remarquable profondeur dans des titres comme « Push », délicieusement aérien, ou « The Blood » (avec sa tentative flamenco). D’une manière générale, The Cure s’amuse à bricoler des trucs dont on ne le croyait pas capable, à l’image de cette «Kyoto Song » orientalisante et absolument inattendue, de l’insouciance adolescente de « Close to me » (qui avant d’être un hit interplanétaire, la chanson la plus connue du groupe, est un petit chef d’œuvre), du rock lourd et sinueux de « Screw »…ce n’est pas parce qu’un album est relativement facile d’accès qu’il n’est pas profond. Tel semble être le message envoyé à ses fans par un Robert Smith qui, d’une certaine manière, annonce ici l’évolution de la quasi totalité de la scène « cold / new-wave » : dès l’année suivante les collègues de Cure vont lui emboîter le pas dans cette direction plus joviale et plus mélodique, qu’il s’agisse des Banshees avec Tinderbox ou de New Order avec Brotherhood. Même Depeche Mode va violemment aérer sa musique à cette époque sur Black Celebration, publié, je vous le donne en mile…un an pile poil après le carton du single « Close to me ».


Côté réédition, difficile de faire la fine bouche lorsqu’un album passe de dix à vingt-neuf titres et récupère au vol un son à décorner les bœufs. Les fans, il est vrai, possèdent déjà les quelques inédits (sept en tout dont le fabuleux « The Exploding Boy » et l’éternellement bizarroïde « Mansolidgold ») via le coffret Join the dots publié il y a trois ans. Ici cependant on les retrouve pour la première fois replacés dans le contexte de l’album, ce qui permettra de constater que le groupe n’a pas subitement cessé de composer des morceaux prog et poisseux – ils ont simplement tous échoué en faces B des maxis. Les versions instrumentales sont moins passionnantes, principalement parce qu’elles donnent l’impression de ne jamais avoir été envisagées comme telles et d’être des rajouts de dernière minute…mais bon : c’est le principe de la réédition. Dans le genre je vois difficilement comment on aurait pu faire mieux.


le genre : pop planante
la note : 6 / 6




Jeudi 1 mars 2007
Young Americans (David Bowie, Angleterre, 1975)


Chose promise chose due : retour sur Young Americans, huitième album de David Bowie, qui n’est pas la moindre de ses réussites. Il faut dire que cet objet franchement pas bowien a été enregistré dans une période de trouble et aurait tout aussi bien pu ne jamais voir le jour.

Retour au contexte : David Bowie vient d’enregistrer trois albums de pur rock’n’roll, de sauver la scène anglaise, et surtout de tuer son double Ziggy Stardust. Il a certes embrayé sur un autre double (Diamond Dogs) qui lui a permis de décrocher son plus gros tube à ce jour (« Rebel Rebel ») mais franchement, du strict point de vue musical les différences entres ce disque et les deux précédents ne sautent pas aux oreilles. En somme, il est plus que temps de passer à autre chose sous peine de se répéter.

La pression médiatique devenant assez insoutenable (Bowie au début des années 70 c’est quasiment Bruel), il émigre aux Etats-Unis et commence à travailler sur une poignée de titres composés durant la dernière tournée…en vain. Il manque quelque chose, peut-être bien une couleur ou une cohésion à donner à l’ensemble. Pour l’heure les chansons sonnent comme de la pop efficace mais jamais révolutionnaire.


Comme souvent avec Bowie, c’est une rencontre qui va bouleverser la donne et provoquer le déclic. En l’occurrence le Duke bosse depuis peu avec le guitariste Carlos Alomar, incroyable maestro souvent mésestimé alors que la diversité de son jeu laisse à penser qu’il était supérieur en tout point à son glorieux prédécesseur – Mick Ronson. Les biographes l’ont oublié mais c’est Alomar qui le premier branchera David Bowie sur la philly soul, à l’époque un mouvement balbutiant, sorte de soul blanche un peu branque dont les futurs leaders sont blacks (allez comprendre) : Chic. Si tout le monde sait que leur maître à jouer Nile Rodgers produira par la suite deux albums de Bowie (Let’s dance et Black Tie / White Noise), la plupart des gens, y compris certains spécialistes, ignorent que la première rencontre entre les deux hommes a lieu vers 1974 / 75 (c’est à dire avant même que Chic n’existe officiellement). C’est pourtant bel et bien en s’inspirant de Rodgers que Bowie et Alomar feront dévier leur premier enregistrement commun vers la musique black.

L’enregistrement sera rapide et à sa sortie Young Americans fera l’effet d’une bombe. Logique : imaginez que le pape du rock briton se décide subitement à publier un album de funk américain ?! Il y a de quoi être déstabilisé ! En l’occurrence les fans savaient vers quoi s’orientait la musique de leur idole ces derniers temps (le David Live donnait quelques pistes), mais impossible toutefois de deviner à quel point sa musique comme son univers allaient être totalement bouleversés. Dès le premier titre tout est dit : les guitares filandreuses d’Alomar, la voix mutine du maître des lieux, le son frais, la rythmique joviale… « Young Americans », qui sera également le premier single, fait office de bande-annonce aussi fidèle que légère et dansante à un album dont le maître mot semble définitivement être : "spontanéité". De la grosse basse de « Win » (à contre courant de toutes les modes de l’époque) à l’ambiance quasi lounge de « Fascination », en passant par le groove robotique de « Somebody up there like me »…le moindre petit arrangement donne l’impression d’avoir été ajouté à la dernière minute, un peu comme si l’album tout entier avait été enregistré à l’arrache. C’est peut-être aussi ce qui lui donne un petit côté artisanal et inachevé…en tout cas les chansons sont mélodiques, immédiates et fortes, surtout «Fame », vibrant hommage à deux voix (Bowie + Lennon = package de rêve) à sa Majesté James Brown. Sans parler de cette relecture audacieuse du « Across the Universe » de qui vous savez, supérieure à l’originale sinon dans l’interprêtation du moins dans la qualité d’enregistrement (il ne vous aura pas échappé que l’ultime tube des Scarabées liverpudliens a au mieux le son d’une démo de bonne facture). Evidemment nul doute que ce disque rebutera les amateurs de Bowie les moins ouverts, dans la mesure où il ne contient pas une note de rock – mais alors vraiment pas une. Qui s’en soucie ? Pas moi en tout cas : si j’aime autant David Bowie, c’est justement parce ses expérimentations m’ont amené sur des terres musicales où je n’aurais sans lui jamais foutu les pieds.

En 1975, Young Americans ressemblait à un suicide commercial aussi brutal que gratuit (d’ailleurs le disque ne se vendra pas en dépit des deux duos avec Lennon). Rétrospectivement, c’est un tournant, peut-être l’album le plus important de Bowie dans les années 70 du point de vue plan de carrière…d’abord parce que la touche funk ne désertera plus jamais aucun de ses disques ; ensuite parce que c’est le premier album qu’il enregistre sur le mode de l’exercice de style si cher à son coeur.

A partir de Young Americans en effet, ce fait sera établi : Bowie fait ce qu’il veut quand il le veut. Il y a fort à parier que son exercice de style country & western sera lui aussi remarquable.


le genre : soul / funk
la note : 6 / 6





Mardi 20 février 2007
Rendez-vous in Angels City (Little Bob, France, 1989)
 
 
Yeah !
 
Comme promis, retour sur l’autre réédition ptitebobesque du moment après Ringolevio : Rendez-vous in Angel City. Et là mes enfants, c’est une autre paire de manches. Autant le précédent opus peut être évité, autant celui-ci (figurant juste après dans la discographie) mérite qu’on s’y attarde. Ce n’est pas encore LA réédition de Roberto, mais on s’en approche dangereusement. Et c’est en tout cas un disque brillant et attachant, comme souvent les albums de mue.
 
 
En 1989, Little Bob traverse une période charnière. L’année précédente il a splitté Little Bob Story (qui l’accompagnait depuis plus d’une décennie) et le voilà à présent un peu livré à lui-même, un peu perdu même – manifestement. Après des tournées d’importance (tant au niveau des dispositifs mis en place qu’en terme de symbolique) en URSS et au Nigeria, le voilà sommé d’enregistrer son premier album solo. Reste à savoir ce qu’il va mettre dessus et qui va bosser avec lui…
 
C’est alors qu’il fait la connaissance d’un génie. Un bon. Steve Hunter en personne. LE Steve Hunter. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais ce maestro aussi à l’aise dans la country que dans le heavy metal n’est pas n’importe qui : bras droit de Bob Ezrin, il passa sa vie à accompagner les plus grands, à commencer par Lou Reed, qui lança sa carrière sur Berlin en 1973. Mais le disque qui va vraiment faire décoller Hunter c’est bien entendu le suivant, Rock N’Roll Animal, classique s’il en est. Seul ou presque, il y revisite les standards de Reed et du Velvet Underground en les balançant dans un genre d’immense mixer métallico-punk que d’aucuns nommeront sommairement « son jeu de guitare ». Le son de ce live dantesque (dont nous reparlerons plus longuement un jour, juré) doit tout ou presque à la maîtrise et à la créativité d’un Hunter qui s’il compose peu n’a rien à envier à ses idoles, Duane Eddy, Chet Atkins, Jeff Beck…tout comme d’ailleurs les sons des ses autres travaux, que ce soit avec Alice Cooper (sur tout ce que Furnier a produit entre 75 et 78), Peter Gabriel (le premier album éponyme) ou Aerosmith (Get your wings).
 
A l’époque Hunter sort d’une collaboration peu fructueuse avec David Lee Roth et…
 
…non mais oh, je m’arrête cinq secondes, mais franchement, vous avez vu le CV du mec ?!
 
Donc voilà Hunter qui embarque chez Bob, ce qui en soi s’avérait enthousiasmant sur le papier. Le résultat dépasse toutes les espérances, et ce sur un disque ne contenant que trois compositions du farfadet – une sacrée performance compte tenu de l’indigence quasi systématique des albums de reprises depuis que Bryan Ferry a eu la bêtise d’en dénicher le concept ! Car qui mieux que ce guitariste à l’incroyable éclectisme pouvait mettre en musique la métamorphose d'un Little Bob qui délaisse ici, à la surprise générale, le rock-hard abrasif de ses derniers disques pour une musique plus riche et plus intimiste ?
 
 
Enregistré à toute blinde à Santa Monica, avec également Charlie Sexton et l’ex clavier de Mink Deville (Kenny Margolis), Rendez-vous in Angel City sent bon Nashville, la folk-rock dégingandée à la Dylan, le bon vieux temps des cowboys et l’Amérique telle qu’on pouvait encore la rêver à l’époque. C’est un disque fort, plutôt viscéral, qui oscille entre quatre tendances distinctes (un peu trop ?) : rockabilly, rock n’roll, country et blues. On le trouvera un peu trop éparse à la première écoute, un peu éclaté, peut-être même hétéroclite…mais c’est en réalité une carte de visite plus que fidèle des directions que prendra Little Bob par la suite. Un genre de panorama par anticipation s’ouvrant sur une reprise cinglante du brûlant « Isn’t it enough ? » de Patty Smith (avec un « y », celle de Scandal) et se refermant sur ce « Never cry about the past » à la nostalgie enivrante – une des meilleures compos du havrais.
 
Entre les deux, l’auditeur aura eu le temps de goûter avec délectation l’étendue d’un talent unique en son genre : quasiment toutes les chansons tiennent principalement par la voix du Maître, plus fascinante que jamais…et surtout bien mieux captée que sur les albums de la Story. Bien mieux utilisée, aussi, par un Jeff Eyrich (ex bassiste de Tim Buckley et de Bette Midler, mais surtout producteur de l’incontournable Las Vegas Story du Gun Club – l’album auquel les premiers Noir Désir doivent tant) qui permet avec une production aussi léchée qu’intemporelle de donner un peu de cohésion à l’ensemble. Ici un « I can’t wait » déchirant porté par un Steve Hunter au sommet de son art, là un « House Of Fire » à la rythmique galopante…décidément, tout y passe avec brio. Que ce soit le temps d’une interprétation osée (et fulgurante !) de « Midnight Crisis » ou bien sur une reprise en apesanteur du superbe « When the night falls » de T-Bone Burnett, Little Bob semble littéralement touché par la grâce. Ne fût-ce cette impression (fugace) que tout par un peu dans tous les sens par moment(s), Rendez-vous in Angel City aurait pu être un chef d’œuvre. En l’état c’est un excellent disque qui permit en son temps à son auteur de s’affranchir d’un passé glorieux sous lequel certains le voyaient déjà enseveli. Une œuvre importante, donc.
 
Qui annonce déjà en filigrane l’indispensable à suivre, Lost Territories. De celui-ci aussi, nous reparlerons.
 
 
le genre : blues-rock - vestes à patches indispensables
la note : 5,25 / 6
 
 
 
 
Vendredi 2 février 2007
Voices On The Air : The Peel Sessions (Siouxsie & The Banshees, Angleterre, 2007)
 
 
D’une certaine manière c’est rassurant : l’évènement post-punk du moment n’est pas le dernier Razorlight. Ce serait plutôt cette sortie copieuse du groupe qui a inventé cette vague musicale, l’a faite prospérer puis l’a enterrée.
 
En fait de réédition, ce n’en est d’ailleurs pas vraiment une : les Peel Sessions initialement parues en 1990 et rééditées ou moins cinq fois depuis n’étaient qu’un EP d’une poignée de titres tous enregistrés en novembre 1977…autant vous dire que ce n’était franchement pas très bandant. Tous ceux qui y étaient sont d’accords là-dessus : les Banshees originaux, ceux du London Punk, étaient probablement le groupe le plus nul du mouvement. Rien à voir avec les grandes choses accomplies par la suite, l’invention de la new-wave, les mélopées gothiques, les errances psychédéliques ou l’émergence de l’electro.
 
Or aujourd’hui, les Peel Sessions sont passées du simple au triple, comptant dix-neuf titres étalés de 1977 à 1986 (soit donc pile au moment où le groupe a cessé d’être passionnant). Les amateurs s’en lècheront d’autant plus les babines qu’à ce jour le best of et les deux greatest hits disponibles sur le marché sont bien loin de prétendre à l’exhaustivité, faisant la part belle aux tubes…sauf que les tubes de Siouxsie & The Banshes, ce sont les titres principalement enregistrés après 1986 ! Plus pop, plus catchy. Franchement moins inventifs, surtout.
 
 
Particularité de ce groupe mythique officiellement dissout en 1996 (et brièvement reformé en 2002 pour une tournée à guichets fermés et un live – The Seven Year Itch – indispensable), l’instabilité permanente du personnel en aura défini les évolutions, ce qui est pour le moins surprenant. A ma connaissance, les Banshees sont le seul groupe de toute l’histoire du rock dont les principaux compositeurs n’ont pas été les membres fondateurs…présents depuis le début, Siouxsie Sioux (chant) et Steve Severin (basse) cédèrent vingt années durant aux coups de barres des différents guitaristes et producteurs, parfois avec un franc succès et parfois pour un résultat catastrophique (il n’est pas idiot de considérer que la nullité de Jon Klein, le dernier maestro en date, soit directement liée au déclin du collectif). Cet espèce de best of déguisé permet donc de survoler d’une manière originale une large part d’une carrière qui, plus que n’importe quelle autre alors, symbolisa son époque.
 
Particulièrement peu inspirés, les Banshees de 1977 n’annonçaient franchement pas la couleur. Ici se situe le principal défaut de la compile : cette période, la seule qui soit réellement méconnue, est surreprésentée par rapport aux autres…tout en étant sans doute aucun la moins intéressante. Ces enregistrements carrément punks (les seuls, puisque dès le premier album – The Scream – en 1978 ce sera autre chose) montre un groupe un peu pataud, doté d’un second couteau à la gratte (Marco Pirroni, parti peu après rejoindre les loosers d'Adam & The Ants) et d’un Sid Vicious qui s’appelait encore Simon Ritchie à la batterie (si vous vous demandiez ce qu'il y a de plus moche qu'une partie de basse de Sid Vicious, voici désormais la réponse : une partie de batterie de Sid Vicious !!!!!). Les chansons ne sont pas mauvaises, la plupart ayant d’ailleurs été repêchée pour le premier opus studio, mais elles sont radicalement différentes, bourrinant à tout va. Le tout sonne comme un succédané des Pistols, Pirroni s’appliquant à décalquer pataudement le célèbre « mur de guitares » de Steve Jones. Entendre « Metal Postcard » passée au mixer ou la divine « Love in a void » ainsi charcutée fait franchement mal au cœur, quand bien même ces enregistrements revêtent un aspect « historique » très fort. La traditionnelle « Helter Skelter » est bien plus convaincante (comme souvent les reprises chez leurs groupes n’ayant que quelques mois d’existence), cependant la version offerte ici n’arrive pas aux ongles des petits orteils de celle du live Nocturne (1983). A la limite on aurait préféré entendre « Lord’s Prayer », titre d’une rare sauvagerie qui mobilisait à l’époque les vingt dernières minutes de chaque concert.
 
Bien plus intéressante est la période suivante, qui coïncide avec la publication du premier album. Entre 1978 et 1979, les Banshees vont s’appliquer à tuer le père – soit donc le punk. Intégrant l’éphémère batteur Kenny Morris et surtout l’excellent guitariste John McKay, ils vont donner un coup de fouet à leur carrière…et enregistrer une Peel Session totalement démente en avril 79. Apocalyptique, cette prestation copieuse se révèle sans aucun doute la meilleure de celles regroupées ici, ce qui ne manquera pas de surprendre : le groupe fait alors la promotion de Join hands, sans doute le moins bon album de cette période 1977 – 86 ! Mais peut-être est-ce justement parce qu’entre temps les Banshees sont devenus un véritable groupe… ? En tout cas les interprétations titanesques de « Carcass » ou « Placebo Effect » justifient à elles seules l’achat de Voices On The Air, tout comme celle de « Poppy Day », la plus fulgurante publiée à ce jour.
 
Ainsi partie du punk-rock, cette bande de corbeaux explora tous les genres avec une réussite et un succès quasiment jamais démentis. Mais si la carrière de Siouxsie & The Banshees n’a fait que devenir de plus en plus palpitante par la suite, l’état de grâce de cette réédition s’arrête hélas ici. Résumées à seulement sept titres, les trois prestations suivantes ignorent deux albums dont un majeur (A Kiss in the dreamhouse), négligent la meilleure période de la bande (1980 – 82) et offre un titre des Creatures dont on se demande ce qu’il vient foutre ici. De là à dire que l’époque la plus créative du groupe a débouché sur les concerts les moins intéressants, il y a une marge qu’il vaudrait mieux ne pas franchir. Cependant comment ne pas éprouver une petite déconvenue en entendant l’incontournable « Voodoo Dolly » expédié avec si peu de conviction ? La vérité, c’est que l’état d’esprit du groupe a alors changé : les Peel Sessions, autrefois la meilleure manière possible de se faire connaître, n’étaient plus devenues pour les Banshees qu’un outil promotionnel comme un autre. D’où une prédominance pour les singles (« Halloween », « Candyman », « Cannons ») et l’absence des pièces montées psycho-rock faisant la marque de fabrique du groupe pendant les ères McGeogh / Carruthers…à l’exception notable du lancinant « Lands End », qui caresse, monte en puissance et meurt sur un délicieux larsen. C’est malheureusement le dernier titre, et pour l’atteindre il aura fallu en supporter pas moins de six dont on se serait franchement passé.
 
 
Que retenir au final ? Depuis la reformation avortée, Siouxsie et Budgie, détenteurs du nom et du catalogue du groupe, vident leur grenier. A tout prendre cette compile rééditée dans une version semi intégrale (le groupe a fait des apparitions chez John Peel pour chacun de ses dix albums) n’est pas ce qu’ils ont exhumé de plus mauvais (écoutez l’album de remixes si vous ne me croyez pas), ni de meilleur (ce serait plutôt le coffret Downside up). L’écoute n’a rien de désagréable, mais on peut difficilement s’empêcher de se demander si l’achat se justifie : sur dix neuf titres, seule la poignée enregistrée en 1979 captive vraiment. Le reste relève plus du remplissage approximatif inhérent à ce genre de réédition bancale. C’est un peu dommage : il y avait matière à proposer plus qu’un bon disque à usage des fans – un objet indispensable pour les amateurs.
 
En l’état, je le conseille. Maintenant on peut tout à fait vivre sans – y compris si on aime les Banshees.
 
 
le genre : post-punk
la note : 4 / 6
 
 
 
 
Lundi 29 janvier 2007
Ringolevio (Little Bob Story, France, 1987)
 
 
Régulièrement oublié, mésestimé, décrié et on en passe, Little Bob aura dû attendre le début des années 2000 pour que l’on reconnaisse son importance et qu’on lui offre une série de rééditions décentes. Pourtant, ce personnage fort sympathique déjà apparu dans le « Journal d’un dépressif » aura toute sa vie été plus à même que Johnny de chanter les bienfaits du blues, qu’il défend depuis la fin des années 60 !
 
 
Première galette de cette vague de rééditions (Rendez-vous in Angels City, nettement plus alléchant, est reparu en même temps mais n’a pas croisé le chemin de mes oreilles), Ringolevio laissera un peu perplexe le djeun’s qui aura entendu parler de P’tit Bob sans jamais l’entendre jusqu’alors. A vrai dire, même moi qui possédais déjà l’édition vinyle j’ai été surpris : de High Time (1976) à Libéro (2002) en passant par Living in the fast lane (1977), Vacant Heart (1982) ou Lost Territories (1993), le parrain des punks français a publié plus d’un album indispensable…mais Ringolevio n’en fait certainement pas parti. Abîmé par un son eighties qu’aucune réédition ne dégagera jamais complètement, ce disque réussi n’en est pas moins mineur. On aimerait bien savoir pourquoi le label a choisi de ressortir celui-ci, mais bon…
 
Car Ringolevio, n’en déplaise aux détracteurs de Roberto, reste tout de même un très bon disque s’ouvrant sur le hurlement (culte) de Lemmy « Mötörhead» Kilmister directement enchaîné avec le titre éponyme (sûrement LE classique de ce dixième opus). Avec également « Life goes on » et « Motorcycle Boy », il forme un trio de titres féroces qu’il serait criminel de manquer. La première impression est que ça marche moins bien sur les mid-tempos, mais c’est en fait un truc trompe l’œil : tout bêtement les chansons toutes guitares dehors ont-elles beaucoup moins vieilli que d’autres plus sophistiquées. Ce qui est d’ailleurs regrettable, car le traitement funk appliqué à la reprise de « Hush » semble très intéressant sur le papier…manque de bol, c’est le genre de trip qui était hyper moderne en 1987 mais déjà périmé en 88. Heureusement ces mid-tempos sont illuminées par l’impétueuse et irrésistible « Crosses on the hill », le genre de titre à mi chemin en la ballade et le blues déchirant que Little Bob n’a tout simplement JAMAIS foiré. Il y a tout sur ce morceau : la montée en puissance, la voix du Maître…brr, frisson garanti.
 
Evidemment, les disques ont été faits à l’époque où ils ont été faits : la meilleure remasterisation de tout les temps n’empêchera jamais certains titres de pécher par excès de mode, à l’image de ces « Shadow Lane » ou « Tell everybody the truth » sonnant comme la rencontre improbable entre le hard FM américain de l’époque, la basse vrombissante new-wave et le chant de Robert Plant. Mais dans l’ensemble, Ringolevio tient particulièrement bien la route – en tout cas certainement mille fois mieux que certaines productions hair-metal de l’époque. Tout bêtement parce que Little Bob Story (cover-band mythique de Bob dissout juste après cet opus) réunissait deux choses que peu de groupes possèdent : un groove furieux et une âme, une vraie.
 
Ce n’est donc pas leur plus mauvais album, juste le moins bon. Et vu le mal qu’on a encore aujourd’hui à trouver du Little Bob sur le marché, mieux vaut ne pas bouder son plaisir !
 
 
le genre : rock / hard
la note : 4,25 / 6
 
 
 
 

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Newsletter

Inscription à la newsletter
logiciel pour creer un site sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus