Les notes du Golb

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    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

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    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
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 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Lundi 31 mars 2008
Allez. On reprend.

En m'excusant pour la longue absence, et pour tous ces commentaires qui faute de temps resteront sans réponses.

Le Golb reprend aujourd'hui du service (pour quelques temps au moins). Avec pour commencer les traditionnelles critiques express, plutôt touffues dans la mesure où durant ma convalescence la seule chose que j'aie eu le droit de faire a été...de lire (vous aviez deviné).




Darkness, take my hand (Dennis Lehane, USA, 1996)

V.F. : Ténèbres, prenez-moi la main
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Express, donc, oui. Mais faute de temps. Car le second volet de la série Kenzie-Genaro est tout simplement incontournable, imparable...un chef d'oeuvre, un vrai, de ceux qu'on pourrait lire et relire sans jamais s'en lasser - et en retombant dans le panneau à tous les coups. Le meilleur roman de Lehane ? De "Mystic River" en "Shutter Island", il y a une sacrée concurrence. En tout cas le plus remarquable livre de serial-killer qui ait jamais été écrit. Noir, opressant, violent et poétique à la fois...et doté qui plus est d'un titre magnifique (non ?). Ce qui n'était pas gagné : "Voyage au bout de l'Enfer" était déjà pris.
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note indicative :  


voir les articles de : FLO ; FRANSWA ; GAELLE & NICOLAS



Chroniques de la Haine Ordinaire (Pierre Desproges, France)

 

Maintes et maintes fois rééditées, les chroniques radiophoniques de Desproges demeurent bien entendu un must pour tout golber se respectant. Bonne idée que celle de ma soeur de m'offrir l'ouvrage dans une version enfin intégrale (merci à elle, j'avais perdu le volume deux de l'ancienne édition). Qu'en retenir ? Qu'effectivement durant cette terrible année 86 le maître fut au sommet de son art. Que hélas ce bouquin a les défauts de ses qualités : bouillant et plus que pointu sur l'actu du moment...Desproges n'avait sans doute pas pensé qu'on essaierait d'en faire un livre plus tard. Faute d'universalité, une bonne moitié des chroniques perd tout intérêt. Reste un sens du verbe absolument remarquable, un style d'autant plus impressionnant qu'il s'agissait de textes oraux, et une liberté de ton comme on en trouve plus des masses aujourd'hui. C'est déjà beaucoup !


note indicative  :  

 

 

Jack Maggs (Peter Carey, Australie, 1997)

 

Jack Maggs c'est Jean Valjean fusionné avec Dorian Gray. Le bagnard évadé croisé avec le dandy décadent. De retour à Londres, il essaie de se réinsérer dans la société victorienne, devient valet, devient normal. Mais chassez le naturel...: l'attrait de l'antihéros pour les expériences limites, les bas-fonds et le décadentisme auront raison de lui au terme de ce roman remarquable signé de l'encore trop méconnu Peter Carey (brièvement évoqué dans ces pages il y a quelques temps). Ni roman historique ni néo-victorien, "Jack Maggs" (le livre) est avant tout une oeuvre fantastique dans tous les sens du terme, qu'il serait vraiment tragique de ne pas découvrir d'urgence. Un coup de coeur, un !


note indicative :  

 


The Prestige (Christophe Priest, Angleterre, 1995)

 

On reste dans le victorien avec ce classique du fantastique, dont vous connaissez peut-être déjà la grandissime adaptation ciné par le non moins grandissime Christopher (aussi) Nolan. Duel de magiciens, quête éfrénée vers le savoir et la gloire, amours contrariées et satire sociale sont au programme de ce roman absolument incontournable, extrêmement complexe mais tout aussi simple à lire. Par la grâce de la seule véritable magie qui ait cours en matière de littérature...: celle du style, bien entendu. De l'écriture élégante et fluide d'un auteur dont la popularité et le gout pour les romans de genres ont eu tendance à faire oublier qu'il était un très grand écrivain.


note indicative :  

 


Matin de roses (Naguib Mahfouz, Egypte, 1988)

 

Recueil de nouvelles ou triptyque, ce livre publié par Mahfouz l'année de sa nobélisation propose un concentré étonnant de toutes ses obsessions. Amour et lutte des classes au coeur d'une Egypte intemporelle - on pourrait difficilement mieux définir ce bouquin comme l'ensemble de l'oeuvre. L'écriture est poétique à souhaits, les portraits doux-amers, l'ensemble tient la route. Sans la folie des grands romans de Mahfouz, soit. Mais "Matin de roses" n'en reste pas moins une jolie introduction à cet auteur majeur du siècle écoulé.


note indicative :  



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Dimanche 23 mars 2008
Le pire des mondes (Ann Scott, France, 2004)


Ado, j'ai été très amoureux d'Ann Scott. « Asphyxie » fait partie des livres qui m'ont bouleversé, traumatisé à tel point que je n'ai jamais eu le courage de le relire (...ce que je ferai cependant prochainement pour le Mes livres à moi...). J'ai en revanche suivi la suite de sa bibliographie, mi-intéressé mi-sceptique, déplorant avec une relative (in)constance que cette auteure pourtant douée tourne incessamment en rond...sauf que voilà, jusque là, je n'avais pas lu « Le pire des mondes ». On me le pardonnera : avec une accroche sonnant comme le titre de la chanson vaguement provoc d'un groupe skate-punk dont la moyenne d'âge n'excède pas les dix-sept ans...il n'y avait pas de quoi particulièrement susciter l'intérêt du désormais vieux lecteur exigeant que je suis.


piredesmondes.jpgMagie des buzz, qui se souvient aujourd'hui de la monstrueuse polémique qui entoura le livre à sa sortie ? Le milieu parisien est si friand de ce genre de pseudos crépâges de chignon qu'il en fait une consommation impressionnante et qu'on les oublie presque aussi vite que les dernières extravagances de notre Président. Une polémique chassant l'autre ce n'est qu'en cours de relecture que je me suis rappelé que « Le pire des mondes » avait été qualifié de réactionnaire - entre autres gentillesses.

C'est là qu'on se dit que les critiques littéraires sont des gens merveilleux. Sans doute lisent-ils trop pour se rappeler ce qu'ils écrivaient quelques années avant...n'empêche : quiconque a lu « Asphyxie », « Superstars » (excellente suggestion pour le Crossover des blogs) où l'émouvant recueil « Poussières d'anges »...pourra difficilement avaler qu'Ann Scott soit une odieuse réac - pourquoi une pédophile pendant qu'on y est ? De grâce, laissons les gros mots au vestiaire et essayons de voir un peu plus loin que le premier degré de lecture afin de recevoir « Le pire des mondes » pour ce qu'il est : une satire remarquablement incisive...des néo-réacs ! Une satire tellement brillante et crédible que la moitié des gens ne s'est pas aperçue que c'en était une. Ca vous rappelle quelque chose ? Normal : le procès fait à l'époque à Scott évoque inévitablement le procès fait à Brett Easton Ellis après « American Psycho » - ou comment confondre un auteur avec son horrible narrateur. Un gage de qualité, en somme ? Tout à fait : jolie prouesse que celle-ci. Joli suicide littéraire au demeurant. Car le narrateur du « Pire des mondes », détestable petit homme futile et archi-matérialiste, est si bien rendu qu'on peine à l'accompagner jusqu'au bout d'un texte pourtant court. Copie carbone absolument confondante de n'importe quel héros des écoeurants néo-hussards il n'est du coup ni plus ni moins supportable que ses modèles, mériterait des baffes, navigue dans un univers totalement creux et se meut au cœur d'un livre dépourvu de la moindre intrigue solide. En somme : on file à toute vitesse de la satire au pastiche - c'est bien là tout le problème.

Car tout bien écrit qu'il soit, tout affûtée que soit sa vision... « Le pire des mondes » n'en demeure pas moins un texte branlant, limité aux entournures par un concept difficile à étirer. Courageusement l'auteure essaie de faire vaciller les convictions (ou plutôt les non-convictions) de son narrateur. Le met face à ses propres contradictions. Fout en l'air son petit univers étriqué en le faisant tomber amoureux. En vain. A la limite peut-être aurait-il mieux valu que Scott évite de tenter de reverser la tendance en cours de route, qu'elle s'enfonce dans une voie sans issue mais irréprochable (satiriser à la perfection un personnage, un univers et une littérature si insupportables qu'on aurait lâché le livre avant la fin) plutôt que de se placer dans une position bâtarde à mi-parcours...cette love-story aussi peu plausible que peu crédible, visant manifestement à injecter un peu d'humanité dans un personnage en étant cruellement dépourvu, arrive comme un cheveu sur la soupe et ne convainc à aucun moment. Pire : non contente de casser le rythme de l'intrigue, elle en fragilise l'équilibre et arrache quelques sourires. Pas de quoi crier à la polémique, en effet. Car à la fin du bouquin la morale est sauve, à se demander pourquoi certains en ont fait tout un plat. Sans doute quelque fou a-t'il pris une plaisanterie à demi efficace pour un grand roman à thèse. Auquel cas ledit critique devrait faire comme Ann Scott... : arrêter d'urgence toutes les drogues.


le genre :    bancal

la note :    





Vendredi 21 mars 2008

 

Entre les murs (François Bégaudeau, France, 2006)

 

 

L'enseignement a souvent nourri mon ancien Journal du dépressif. Sur ce sujet j'ai écrit des textes différents, certains drôles, d'autres mélancoliques, d'autres carrément  sombres. Je ne sais pas s'ils sont tous réussis. Ce qui est certain, c'est que comme tout aspirant écrivain l'ayant cotoyé de près ou de loin (et dieu sait que nous sommes nombreux dans ce cas) je me suis toujours dit que le milieu scolaire, à l'instar de tout microcosme, gagnerait à être étudié en profondeur. Puis à être littératurisé. Pourtant bizarrement rares sont les romanciers à avoir pris le sujet à bras le corps. Je crois en soupçonner le pourquoi : d'une certaine manière je crois que tous, dans une plus ou moins grande mesure, nous respectons trop cette vocation pour la soumettre à une telle épreuve. Manque de recul probable, mais comment ne pas noter que même le plus illustre de tous les profs-écrivains, Monsieur Pennac en personne, n'a finalement jamais évoqué le milieu scolaire que de manière détournée (« Comme un roman » a beau être comme un roman ça n'en demeure pas moins un essai - aux dernières nouvelles) ?

 

Bref : la France attend encore son grand roman sur l'enseignement. J'aurais pu songer à l'écrire un jour. Néanmoins j'ai été devancé par François Bégaudeau - et tout à fait honnêtement j'ignore si c'est une bonne nouvelle (pour mon ex-corporation comme pour la littérature). Qu'importe : « Entre les murs » ne pouvait que m'intriguer. Rarement j'ai empoigné un livre avec aussi peu d'a priori, dans la mesure où je ne connaissais strictement rien de l'auteur. Mis à part sa chronique de livres dans La Matinale de Canal, moment où en général j'allume ma première cigarette en baillant et me disant que si d'aventure on me confiait dix minutes hebdos pour parler bouquins...je ne perdrai sans doute pas ce précieux temps à évoquer des petits essais à la con et des livres ovnis dénués du moindre intérêt littéraire. Enfin je dis ça : paraît que le mec est agrégé. Doit donc s'y connaître (boutade - voire double boutade).

 

 

entrelesmurs-copie-1.jpgDans « Entre les murs », François Bégaudeau évoque donc son expérience de professeur de lettres dans un collège sensible. J'insiste sur le mot expérience - ça ne signifie pas nécessairement que son texte soit autobiographique (et à vrai dire on ne le lui souhaite pas). Peut-être l'est-il, d'ailleurs. Mais on n'en sait rien. En revanche on peut raisonnablement supposer qu'après des années d'exercice de ce métier l'auteur ne s'est pas tapé en prime trois ans de documentation pour sortir du cadre de son expérience sur un sujet qu'il était supposé maîtriser. Il aurait peut-être dû. Car aujourd'hui ma pire crainte est que ce livre tombe entre les mains de parents d'élèves non-informés qui se prendraient à croire que les enseignants sont tous comme ceux décrits dans le livre de Bégaudeau. A savoir des gens n'ayant globalement rien à foutre de leur job et bossant plus ou moins en dilettantes, passant leur vie à boire du café et n'ayant aucune vocation profonde sinon celle de survivre en milieu hostile. Quand j'enseignais en collège, je n'ai jamais caché que je n'aimais pas franchement ça (certains d'entre vous s'en souviennent sûrement). Pour autant j'ai vécu aussi de bons moments, des choses fortes, des choses qui avaient un sens. Rien de tout cela ici. Les profs sont des gens qui viennent bêtement pointer, ne font preuve ni de passion ni d'espoir - limite des machines. Caricature tout à fait répandue, on en conviendra. Venant d'un ancien enseignant cela dit...c'est tout de même un peu plus fâcheux. Pour ne pas dire carrément révoltant. Car bien entendu il est probable que ce soit sa propre image d'enseignant que Bégaudeau inflige à l'intégralité des profs du pays. Et cette manière de voir les choses par le petit bout de sa lorgnette personnelle est confondante de médiocrité ; le nombrilisme en soi est agaçant. Le nombrilisme se parant des oripeaux de l'analyse sociétale ouverte sur les autres est à la limite du supportable. Sans doute Bégaudeau voulait-il faire de l'humour, mais alors si c'est le cas autant qu'il arrête tout de suite ce créneau pour se reconvertir à temps plein dans la chronique de livres inintéressants sur Canal +. Parce que non seulement « Entre les murs » n'est quasiment jamais drôle, mais en plus le grand livre encensé par France Culture et Télérama s'avère, littérairement et esthétiquement parlant, du niveau d'une sitcom AB Production. Mal joué, mal construit, mal mis en scène.

 

 

Mais encore ? Eh bien...« Entre les murs » se révèle être un livre particulièrement irritant, ce dès les premières pages. Rarement aurais-je ressenti un sentiment de rejet si viscéral dès les premières phrases d'un bouquin (d'ailleurs j'ai failli ne pas le finir). Ce passage de pré-rentrée est pathétique - au sens littéral du mot : il tire des larmes. Une pré-rentrée n'est jamais rigolote, bien entendu. C'est même plutôt chiant. 99 % des profs vous le diront (peut-être même 100 % !). De là à en faire une tragédie grecque ou pas loin, avec des enseignants qui avant même d'avoir vu poindre le début du commencement d'un gosse avancent comme des poules vers l'abattoir...n'exagérons rien ! Ceci dit reconnaissons néanmoins à ce passage d'être un excellent incipit : il donne le ton du roman à venir avec une rare justesse. De fait, durant les deux cents soixante pages à venir Bégaudeau va en faire des caisses et des caisses et des caisses...quitte à réduire en bouillie l'argument pseudo-réaliste dont il se sert pour nous fourguer sa daube.

 

Car le mot daube, qu'on emploie pourtant rarement par ici, est en l'occurrence plus qu'approprié. « Entre les murs » daube dans tous les sens du terme, idéologiquement comme littérairement parlant. Ecriture sèche faussement désinvolte (et au demeurant d'une démagogie à pleurer dans sa volonté jeuniste de verser dans le langage parlé le plus superficiel), propos prétendument tragicomique (selon le quatrième de couv) mais suintant surtout le mépris et la condescendance - pour les enseignants comme pour leurs élèves. Au bout d'un moment un des gamins demande au narrateur pourquoi il passe son temps à les vanner. Autant vous dire qu'il m'a ôté les mots de la bouche - ça faisait en effet quelque temps déjà que je ne pouvais plus supporter cette obsession de la formule facile particulièrement improbable (un prof en ZEP qui passerait la moitié des ses cours à casser méchamment ses élèves ? on y croit !).

 

Le plus bel exemple de ce mépris étant sans doute cette manie curieuse de désigner les élèves par leurs fringues. Une citation ? Tenez :

 

« Hadia qu'est-ce que tu nous proposes ?

        Boucles d'oreilles en plastique noir tachetées de cœurs roses. »

 

En voici une au pif. Il y en a plus d'une quarantaine sur l'ensemble du livre. Le simple gimmick est en lui-même épuisant. Ce qu'il provoque plus ou moins volontairement est intolérable dans un tel contexte. On appelle cela la déshumanisation, et c'est juste à vomir. Notez que de ce point de vue le titre est plutôt bien choisi : on ne sort effectivement jamais de l'enceinte du collège. C'est tout le problème : dans cette succession de saynètes dépourvues du moindre liant narratif aucun personnage ne se démarque réellement, les élèves sont interchangeables, les profs aussi, et à vrai dire la plupart du temps seuls les prénoms (à consonance forcément étrangère pour les premiers, bien français pour les seconds) permettent de différencier les uns des autres - dans la mesure où ils parlent tous de la même manière pour dire des trucs d'un égal inintérêt.

 

 

Alors bien sûr il y a quelques passages où l'on pourra sourire...comme par exemple celui où le narrateur passe une demi-heure à essayer d'expliquer la règle d'après que... + indicatif avant d'abandonner en admettant que personne ne la connaît et que finalement ce n'est pas très important. Tous les profs de français ont vécu au moins une fois ce genre de grand moment de solitude à essayer d'expliquer une règle de grammaire absolument illogique à des élèves s'en rendant compte assez vite. Est-ce assez pour faire un livre ? Certainement pas. C'est plutôt marrant (le mot drôle serait trop fort) ; c'est surtout très facile. Du reste ça n'amusera guère que des profs, et c'est là tout le paradoxe du livre : il est terriblement ciblé sur une catégorie socio-professionnelle qu'il insulte quasiment du début à la fin. On admettra que le procédé n'est pas courant !

 

Du coup...qu'en conclure ? Rien. Parce que de toute façon, que ce soit dans le fond ou dans la forme, « Entre les murs » n'est pas loin du néant absolu. Au mieux il s'agit du livre bien intentionné d'un paresseux confondant détachement et superficialité. Au pire d'un ouvrage qui, en ces temps de remise en cause permanente des enseignants, mériterait de subir le même sort que le fameux bouquin de Ferry adressé aux profs. Dans un cas comme dans l'autre...c'est non seulement à fuir, mais carrément à bannir de toute LAL.

 

 

le genre :    minable

 

la note :   

 

(et là...je regrette amèrement de ne pas avoir accepté l'offre de Kiki de me concevoir une jauge pour le zéro pointé)

 

 

 

        CE QU'EN PENSE SYLVIE 

... 

 

Mardi 18 mars 2008

Time’s Arrow, or The Nature Of The Offense (Martin Amis, Angleterre, 1991)

 

V.F. : La Flèche du temps

 
 

time-sarrow.jpgSouvent au moment de publier une critique je fais une recherche google pour voir si d’autres blogueurs de ma connaissance ont évoqué le même ouvrage. Ce n’est a priori pas le cas aujourd'hui (a priori car je n’ai pas dépassé la cinquième page), néanmoins j’ai trouvé plusieurs articles tout à fait intéressants sur « Time’s Arrow » - livre qui manifestement inspire ses commentateurs. Articles d’autant plus intéressants à vrai dire qu’ils présentent des différences pour le moins criantes : si quasiment tous ces internautes ont adoré le bouquin, en revanche…ils le résument absolument tous d’une manière complètement différente ! Un phénomène pour le moins surprenant qui dit bien la richesse de ce remarquable roman de…cent cinquante pages !

 
 

Avant d’être une histoire, « Time’s Arrow » est un concept. Aussi simple qu’efficace et aussi efficace qu’inédit : prendre le temps de l'intrigue à rebrousse-poil, de manière la faire rouler plutôt que se dérouler. Raconter l’histoire à l’envers, raconter le monde à l’envers. Ce qui donne par conséquent un livre qui au lieu de s’achever sur une mort démarre sur une résurrection – à ceci près bien sûr que Todd Friendly ne revient pas d’entre les morts à proprement dire : c’est juste sa vie qui défile en sens inverse. Rien de plus logique donc que de le voir ensuite rajeunir au fur et à mesure et faire tout le parcours de son existence en commençant par la fin.

 

L’idée est en soi originale. Mais c’est surtout sa mise en scène qui est redoutable : l’intrigue ne connaît du coup aucun temps mort, et ce qui aurait pu n’être qu’une biographie fictive relativement banale se change en un improbable thriller à la poursuite de l’identité de Todd Friendly. Ou comment Martin Amis nous fait lentement mais sûrement remonter à son péché originel, usant d’un ange particulièrement caustique en lieu et place du chœur de la tragédie. On songera évidemment (et l’on aura raison) au film « Irréversible », construit quelques années plus tard suivant le même schéma. Il y aurait sans doute là un autre exercice de littérature comparée des plus intéressants, ne fût-ce que parce que ces deux œuvres ont le même revers de médaille : remises dans le bon sens elles ne présenteraient qu’un intérêt relatif (affirmation peut-être discutable à propos de « Time’s Arrow », soit – mais dont on ne discutera pas afin d'éviter de révéler la fin à ceux qui ne l’ont pas lu).

 

Les similitudes entre les deux s’arrêteront de toute façon là où commence le principal paradoxe du roman d’Amis (voir peut-être sa morale implicite) : quoiqu’on fasse, quoiqu’on pense et quoiqu’on écrive…le temps s’écoule toujours de la même manière pour le lecteur. Très court, « Time’s Arrow », c’est ce qui fait à la fois son génie formel et sa faiblesse symbolique, n’est pas à construit à contrario du suspens. A l’envers de la chronologie mais à l’endroit de la narration, si vous préférez. La fin est au début mais ce début est bel et bien l’incipit – aucun doute là-dessus.
...
Aurait-il fallu pousser le vice jusqu’à écrire l’histoire de manière totalement linéaire pour mieux placer ensuite la dernière page en lieu et place de la première… ? Il va sans dire que c’est une liberté plus aisée à prendre lors du montage d’un film que lors de la rédaction d’un livre. Il n’empêche : ce fut certes le parti pris de Gaspar Noë dans son film, mais aussi et surtout celui de Faulkner dans nombre de ses livres. Ici, en dépit d’un concept séduisant, « Time’s Arrow » s’avère au final un roman très ordinaire. Brillant, mais pas si singulier qu’on pourrait le croire de prime abord. Un bémol qui n’enlève rien au talent de l’ensemble, mais qui laisse tout de même un micro-goût d’inachevé : en prenant un risque supplémentaire Martin Amis aurait pu accoucher d’un incroyable chef d’œuvre.

 
 
le genre :    fable atemporelle
 
la note :    undefined
 
 
 
 
Lundi 17 mars 2008
The Mexican Tree Duck (James Crumley, USA, 1993)

V.F. : Le canard siffleur mexicain


mexicantreeduck.jpgChauncey Wayne Sughrue n’a pas de bol. En plus d’être affublé d’un patronyme pour le moins ridicule il exerce la difficile profession de détective privé dans un patelin du fin fond du Montana. A part son copain avocat Solly il n’a pas grand monde à qui parler, quant aux affaires…on ne peut pas dire que ça se bouscule au portillon. Heureusement qu'il bosse toujours dans son club de strip favori pour meubler ses semaines. Enfin cela dit tout n'est pas perdu. Sughrue a tout de même un petit truc pour se remonter le moral : il est un héros récurrent (de Crumley en plus - veinard). Par conséquent il sait bien que s’il s’ennuie les trois quarts du temps, à partir du moment où son créateur va le faire apparaître il va avoir du pain sur la planche.

Et quel pain ! Et quelle planche ! Deux jumeaux géants et un peu arriérés viennent l’embaucher pour récupérer une prime pour le moins originale : des poissons tropicaux rarissimes, tombés aux mains d'une vieille connaissance de notre héros : Norman L’Anormal. Ni plus ni moins qu’un de ses anciens clients, connu pour toujours connaître d’étranges difficultés dès lors qu’il faut passer à la caisse. Une aubaine pour Sughrue, qui a déjà un vieux compte à régler avec lui. Ni une ni deux il s'arme jusqu'aux dents et file défier le sale bonhomme – accessoirement leader d’un gang de bikers mafieux.


Tel est le point de départ de ce roman noir truculent signé par l’un des (sinon le) grands maîtres du genre. Point de départ mais pas point de chute, le génie de Crumley consistant presque systématiquement à faire basculer ses romans vers tout autre chose arrivé au premier quart. Partant ainsi sur la base d’un polar burlesque, celui-ci se métamorphose en cours de route en réflexion tout à fait sérieuse sur la solitude, l’identité et la famille. Rien moins. Sérieuse ne voulant surtout pas dire (heureusement !) sinistre : on se bidonne du début à la fin de ce bouquin emmené par l’écriture nerveuse et résolument rock’n’roll d’un Crumley qu’on a certes connu plus corrosif - rarement aussi tendre.

L’émotion de retrouvailles attendues durant quinze ans avec le héros de son classique « The Last Good Kiss » ? Peut-être bien. L’essentiel demeure que ça marche remarquablement bien : on rit, on s’émeut, on tremble, on réfléchit…du grand Crumley ! Et si d’aventure vous vous demandiez ce que c’est que du Crumley (grand ou petit)…eh bien allez-y voir. Car s’il y a bien un auteur de polars à lire au moins une fois dans sa vie quoiqu’il advienne…


le genre :        SWAPPED BY YUEYIN !

la note :         undefined





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