A cœur perdu (Pierre Boileau & Thomas Narcejac, France, 1959)
Grand succès au moment de sa
sortie, rapidement adapté au cinéma par Etienne Perrier (sous le titre grotesque de « Meurte en 45 tours »), « A cœur perdu » clôt en fanfare la première période de Boileau & Narcejac, petite
huitaine d'années qui vit le duo expérimenter ses techniques de narrations jusqu'alors inédites (ils avaient eu l'idée de faire voir l'histoire par l'œil non plus de l'enquêteur mais du
coupable), connaître la gloire grâce à l'adaptation de « Celle qui n'était plus » par Clouzot (« Les Diaboliques ») et disséminer quelques titres faisant office de classiques quoique ne comptant
pas nécessairement parmi leurs meilleurs (« Les Visages de l'ombre », « D'entre les morts »...).
Leur œuvre étant depuis toujours placée sous le signe de la recherche et de l'expérimentation c'est en toute logique qu' « A cœur perdu » revêt des airs d'accomplissement : remarquablement huilée, la mécanique y est implaccable ; le couple d'anti-héros, Jean et Eve, est d'une grande richesse ; surtout : l'histoire monte plus que jamais en puissance, Boileau & Narcejac atteignant ici un degré de finition que seul leur chef-d'œuvre « Maldonne » (1962) parviendra à surclasser...
... ou comment Eve, chanteuse à succès, ne souhaite qu'une chose : se débarrasser de son songwriter de mari, personnage fantasque et fascinant qui n'a de cesse de la tromper, de lui mentir... etc. Le verbe se débarrasser n'ayant qu'un seul sens à l'oreille d'un meurtirer potentiel c'est fort naturellement que son jeune amant (à Eve, pas au mari) en viendra à nourrir des rêves d'assassinat allant de paire avec son amour fou (c'est le cas de le dire) : après tout quoi de mieux qu'un lourd secret pour sceller jusqu'à la tombe un amour pour l'heure si précaire ?
Mais en amour comme en haine les choses sont souvent bien plus compliquées qu'elles y paraissent, et Eve n'a pas plus envie de voir son mari adoré disparaître que Jean n'aurait le courage de tuer un homme (ni une mouche ni rien). C'est bien par accident, au cours d'une altercation totalement imprévue, que Jean va tuer Faugères. L'histoire pourrait les cueillir ici, rongés par la culpabilité et en train de se désagréger. Ce n'était sans doute pas assez cruel pour les maîtres horlogers du crime, qui décident d'y injecter en prime un suspens vertigineux avec improbable portrait en creux de la victime : au travers d'un quarante-cinq tours préenregistré aux accents accusateurs d'abord, au travers de son ultime chanson ensuite... Faugères revient hanter ses bourreaux, inquisiteurs et accusateurs.
Cinquante ans plus tard on reste estomaqué devant la qualité de l'intrigue, l'épaisseur des caractères et le rythme du roman. On rappelle souvent (à raison) que Boileau & Narcejac furent les inventeurs du thriller, ce couple de théoriciens hors paire qui révolutionna le roman policier. La lecture d' « A cœur perdu » vient rappeler qu'ils étaient aussi et surtout une paire d'écrivains exceptionnels à l'écriture distinguée, plus inventifs à eux deux que toute la cohorte de leurs suiveurs ; pétri de trouvailles subtiles (le fait de ne jamais entendre la chanson pour épaissir le mystère, le personnage de Mériot - procureur symbolique des héros), ménageant une chute que les années et les imitations n'ont pas le moins du monde usée... ce roman-ci (leur neuvième, sauf erreur de ma part) relève de l'orfèvrerie criminelle...
... et si ça n'existe pas on n'aura qu'à l'inventer pour l'occasion !
le genre : thriller
la note :
Grand succès au moment de sa
sortie, rapidement adapté au cinéma par Etienne Perrier (sous le titre grotesque de « Meurte en 45 tours »), « A cœur perdu » clôt en fanfare la première période de Boileau & Narcejac, petite
huitaine d'années qui vit le duo expérimenter ses techniques de narrations jusqu'alors inédites (ils avaient eu l'idée de faire voir l'histoire par l'œil non plus de l'enquêteur mais du
coupable), connaître la gloire grâce à l'adaptation de « Celle qui n'était plus » par Clouzot (« Les Diaboliques ») et disséminer quelques titres faisant office de classiques quoique ne comptant
pas nécessairement parmi leurs meilleurs (« Les Visages de l'ombre », « D'entre les morts »...).Leur œuvre étant depuis toujours placée sous le signe de la recherche et de l'expérimentation c'est en toute logique qu' « A cœur perdu » revêt des airs d'accomplissement : remarquablement huilée, la mécanique y est implaccable ; le couple d'anti-héros, Jean et Eve, est d'une grande richesse ; surtout : l'histoire monte plus que jamais en puissance, Boileau & Narcejac atteignant ici un degré de finition que seul leur chef-d'œuvre « Maldonne » (1962) parviendra à surclasser...
... ou comment Eve, chanteuse à succès, ne souhaite qu'une chose : se débarrasser de son songwriter de mari, personnage fantasque et fascinant qui n'a de cesse de la tromper, de lui mentir... etc. Le verbe se débarrasser n'ayant qu'un seul sens à l'oreille d'un meurtirer potentiel c'est fort naturellement que son jeune amant (à Eve, pas au mari) en viendra à nourrir des rêves d'assassinat allant de paire avec son amour fou (c'est le cas de le dire) : après tout quoi de mieux qu'un lourd secret pour sceller jusqu'à la tombe un amour pour l'heure si précaire ?
Mais en amour comme en haine les choses sont souvent bien plus compliquées qu'elles y paraissent, et Eve n'a pas plus envie de voir son mari adoré disparaître que Jean n'aurait le courage de tuer un homme (ni une mouche ni rien). C'est bien par accident, au cours d'une altercation totalement imprévue, que Jean va tuer Faugères. L'histoire pourrait les cueillir ici, rongés par la culpabilité et en train de se désagréger. Ce n'était sans doute pas assez cruel pour les maîtres horlogers du crime, qui décident d'y injecter en prime un suspens vertigineux avec improbable portrait en creux de la victime : au travers d'un quarante-cinq tours préenregistré aux accents accusateurs d'abord, au travers de son ultime chanson ensuite... Faugères revient hanter ses bourreaux, inquisiteurs et accusateurs.
Cinquante ans plus tard on reste estomaqué devant la qualité de l'intrigue, l'épaisseur des caractères et le rythme du roman. On rappelle souvent (à raison) que Boileau & Narcejac furent les inventeurs du thriller, ce couple de théoriciens hors paire qui révolutionna le roman policier. La lecture d' « A cœur perdu » vient rappeler qu'ils étaient aussi et surtout une paire d'écrivains exceptionnels à l'écriture distinguée, plus inventifs à eux deux que toute la cohorte de leurs suiveurs ; pétri de trouvailles subtiles (le fait de ne jamais entendre la chanson pour épaissir le mystère, le personnage de Mériot - procureur symbolique des héros), ménageant une chute que les années et les imitations n'ont pas le moins du monde usée... ce roman-ci (leur neuvième, sauf erreur de ma part) relève de l'orfèvrerie criminelle...
... et si ça n'existe pas on n'aura qu'à l'inventer pour l'occasion !
le genre : thriller
la note :

Notre rencontre fut assez banale
pourtant. Quelques lignes dans un magazine, une photo. Rien que très ordinaire. Je remontais depuis quelques années le fil musical invisible, je ricochais d'artiste en artiste, de courant en
sous-courant... cette année-là à défaut de vivre l'époque punk j'avais décidé de me faire mon mouvement PUNK personnel, de n'écouter que du punk jusqu'à plus soif. Ainsi me présentai-je un jour
devant toi - convaincu par un journaliste que The Scream était un monument du punkrock. J'en fus pour mes frais bien sûr : de punk, oh ma Susan, tu n'avais que l'ascendance. En 1978 déjà
tu t'escrimais à tuer le père, ce mouvement que tu avais adoré plus qu'aucun(e) autre et qu'à présent il fallait éliminer pour passer aux choses sérieuses. Avais-tu conscience que tu t'apprêtais
à créer un monstre qui rapidement allait te dépasser ? Ce post-punk, qui trente ans et deux revivals plus tard veut désormais tout et rien dire ? En tout cas avec leur son clair et leur basse
lancinante tes compositions de jeunesse contenaient déjà germe l'intégralité des discographie de Joy Division et de The Cure... à se demander pourquoi aujourd'hui tes albums ne sont pas aussi
légendaires et incontournables que les leurs ! A se demander pourquoi je ne lis jamais une interview de jeune groupe vous citant en référence, toi et tes Banshees. C'est incompréhensible. Ils
n'aiment pas les femmes ou quoi ?
Allez savoir
pourquoi, « The Chinese Lake Murders » était dans mon souvenir un Juge Ti de seconde division comme il y en a un ou deux, sans doute pas désagréable (aucun roman de Van Gulik n'est foncièrement
raté) mais ne renfermant rien de mémorable passée la rencontre avec le quatrième fidèle lieutenant du juge : Tao Gan l'arnaqueur à la petite semaine. Or c'est tout l'inverse : écrit et publié
dans la foulée de «
Black Sabbath featuring
Ronnie James Dio, c'est une incroyable histoire d'occasions manquées et de rendez-vous loupés (si on en faisait un film ce serait un mélo) que vient couronner aujourd'hui ce bizarre coffret de
rééditions... bizarre parce qu'uniquement centré justement sur cette histoire Ronnie James Dio / Black Sabbath, faite de retournements de situations improbables, de ruptures, de retrouvailles,
d'espoirs déçus... etc.
P'tit Bench est devenu grand
et comment dire... ? On n'est pas sûr à la fin d'avoir gagné au change. En fait dans « Chroniques de l'Aphalte » épisode deux il y aurait de quoi nourrir quelques chapitres au rayons nostalgie de
l'innocence enfantine perdue - sauf qu'une fois n'est pas coutume le sentiment assaille plus souvent le lecteur que le narrateur.
A ma décharge,
j'ai découvert Marillion très jeune... ouais bon, ok : argument facile afin d'échapper à la guillotine. Le fait est que la dernière fois que j'ai acheté un album de Marillion, c'était
Marbles... en 2004. Et que le dernier que j'ai vraiment beaucoup aimé c'est marillion.com (que les fans n'aiment d'ailleurs pas trop - merde je recommence à me dédouaner !) en
1999. Restons sincère. Il n'est pas faux cependant que j'ai découvert Afraid of Sunlight très jeune... oh oui - je sais ce que vous vous dites : Quoi ? Avec tous les albums géniaux
qui sont parus en 1995 il a fallu qu'il tombe raide dingue de celui-ci qui même chez les fans de Marillion n'est pas bien coté ? Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Afraid of
Sunlight fut mon baiser de la mort à moi. Vicieux. Car comme tous les albums du Marillion de la fin des années quatre-vingt dix il avait la spécifité de sonner plus pop que prog-rock... je
ne pouvais donc pas savoir dans quel engrenage je mettais le doigt. Et ainsi... je me suis précipité durant les années suivantes sur le reste de la discographie de Marillion. Là, je pourrais
tenter de m'en tirer en chroniquant dans ces pages un album de ce groupe qui serait complètement inconnu de mes lecteurs, par l'exemple le très bon Rad1ation (à écouter, vraiment, vous
seriez surpris). Sauf que Guic' nous a demandé au début de ce cycle Hall of Shame d'être honnêtes : mon album favori de Marillion est bel et bien Misplaced Childhood, classique de
1985 qui révéla le quintette anglais au reste de la planète avec le tube « Kayleigh », transforma Fish en icône et... merde : j'en vois déjà qui ont zappé (et au moins deux qui se sont évanouis).
Je devais avoir quatorze ou quinze ans quand j'ai acheté ce disque, qui demeure aujourd'hui un de mes favoris oups !