Commençons par la précision qui s'impose : en vrai, ce disque est l'œuvre (paraît-il) de The Costello Show featuring The Attractions & The Confederates. Rien que ça. On m'excusera donc d'avoir pris un raccourci pour l'intitulé.
On passera sur la partie biographico-pipole de l'affaie (Costello vient de divorcer et est sensé avoir splitté les Attractions - mort de rire) pour en venir directement à la musique.
Car l'Autre Elvis se livre ici à un exercice prêtant souvent à la plus franche des rigolades : celui de l'album de la maturité TM. Comprendre par-là que l'artiste (Costello ici, mais c'est pareil pour chaque album de ce type) va sortir les guitares acoustiques, les synthés parfois et les violons souvent (du moins symboliquement). Si vous n'avez jamais entendu un disque de notre homme autant vous dire qu'il vaut mieux passer votre chemin : le légendaire teigneux à la lunettes s'y métamorphose en crooner post-country loukoumisant - on imagine la surprise des fans à l'époque. « Poisoned Rose », n'y allons pas par quatre chemins, est sans aucun doute le morceau le plus sirupeux et le plus barbant jamais enregistré par Declan McManus (de son vrai nom - qu'il reprend d'ailleurs pour King Of America).
Heureusement il n'y pas que de la guimauve à destination de ma mère sur cet album. Il y a aussi des chansons absolument parfaites, la méconnue « Suit Of Lights », la déchirante « Indoor Fireworks » ou encore la désopilante « Eisenhower Blues » - qui laisse supposer que l'ex proto-punk n'a pas encore tout perdu de sa morgue. L'honneur est donc sauf, même si on peut (et doit) s'interroger sur l‘intérêt d'un truc comme « Don't be misunderstood » à l'aube du vingt-et-unième siècle. Si l'on ne doute pas que le morceau ait fait se damner quelques personnes dans les années 80 * on aura quand même un peu de mal aujourd'hui à aller au bout de ses trois minutes dix-huit. On préfèrera nettement le Costello Show lorsqu'il voit son maestro se la jouer pub-rock goguenard (« Lovable ») ou cowboy de série B. (« Glitter Gulch »). Ca ne va pas chercher loin mais au moins c'est efficace.
Reste un curieux paradoxe qui frappe a posteriori : comment expliquer que cet album ait à ce point vieilli soniquement parlant alors que le suivant, l'adorable Blood & Chocolate, paru quelques mois plus tard, n'a pas pris une ride... ? Impossible à dire. Reste que sur ce disque aussi mineur que plaisant les meilleurs morceaux (le sarcastique « King Of Confidence » ; le magnifique « Suffering Face ») sont sur le cd bonus...c'est vous dire...
le genre : pop americanesque
la note :
* on a dit qu'on n'en doutait pas - pas qu'il fallait s'en féliciter
Black Sabbath (Black Sabbath, Angleterre, 1970)
Entre nous...existe-t'il plus agréable manière de fêter Pâques qu'en chroniquant la réédition d'un disque de Black Sabbath ? Rois du satanisme crétin et de la messe noire la plus folklorique, les quatre zozos de Birmingham méritaient bien un hommage digne de ce nom (d'autant que la dernière fois qu'on en a parlé sur Le Golb ils étaient sur le déclin). Peut-on se lasser de retrouver Ozzy jeune, mignon ou pas loin - et chantant juste ? Peut-on se lasser d'écouter « N.I.B. » en haussant les sourcils et murmurant dans sa barbe : Non mais vraiment... : ils ont fait PEUR ces mecs ?
Ah ça oui, ils ont fait peur. Plus que n'importe quel groupe anglais de leur génération. D'authentiques parias aujourd'hui devenus des papis richissimes, au point qu'on en oublierait presque que Black Sabbath s'est fait piler par la critique et s'est vendu à à peine plus de personnes que n'en comptaient les familles des membres du groupe - comme tous les grands disques ? sera t'on tenté d'ajouter. Euh...oui et non.
Oui parce que Black Sabbath est un disque d'une
classe infernale, de ceux qu'on réécoutera probablement encore dans un siècle.
Non parce que si l'on a coutume de dire (votre serviteur en tête) que les six premiers Black Sab' sont indispensables...la réécoute attentive permet de noter que cet opus number one est tout de même un cran en-dessous des cinq merveilles à venir (à commencer par Paranoïd, six mois plus tard).
Comprendre par-là que tout en étant très au-dessus de la mêlée post-hippie de l'époque (on peine à croire que ce disque est sorti en même temps que - au hasard - le Beard Of Stars de Tyrannosaurus Rex), ce premier Black Sabbath montre un groupe encore débutant, se cherchant pas mal, se trouvant heureusement souvent : le terrible « Sleeping Village » percute, rythmique heavy et mélodie ciselée. La Sabbath's touch un poil avant l'heure ? Sur « The Wizzard », Tony Iommi n'a pas encore totalement trouvé son son, mais on devine qu'il n'en est pas loin : ralentissant et alourdissant les riffs de Led Zep et de Cream, il propose ce qui se rapproche le plus en 1970 de ce qu'on appellera dès l'album suivant heavy-metal. Tout en conservant encore un héritage blues indiscutable...ce qui peut être vu selon les goûts comme un avantage ou un inconvénient. Disons que ceux qui détestent le metal peuvent adorer Black Sabbath - ce n'est pas du tout un disque de metal au sens contemporain du mot...mais un disque de hard-rock (on trouvera même un break d'harmonica des plus groovy sur « The Wizzard »). Le revers de la médaille étant que sur la ligne de départ peu de choses différencient le groupe d'Ozzy du Dirigeable susmentionné, dont l'influence est criante sur un « Wasp ». Il est même plutôt amusant de noter qu'on pouvait difficilement trouver morceau moins emblématique de Black Sabbath que...l'éponyme « Black Sabbath ».
Pour l'heure c'est donc clairement ailleurs qu'il faut chercher la vraie révolution sabbathienne. Dans l'esthétique, bien sûr - rock gothique avant la lettre. Sous l'impulsion du malin Iommi et de son bouffon de chanteur, le groupe mènera jusqu'à son paroxysme l'idée de musique du Diable : désormais le satanisme-rock va devenir une chose sérieuse, ce qui prête bien entendu à sourire avec le recul. N'empêche : le côté franchement premier degré de la chose trouvera preneur auprès d'un public de plus en plus large au fil des mois, rebutant une autre moitié encore sous le choc des récentes atrocités mansoniennes. Pochette mythique façon vieux film de la Warner (pour l'anecdote : on raconta à l'époque que la vieille femme - qui ressemble étonnamment à Ozzy de nos jours - apparut seulement après développement de la photo), textes crytpo-goth tranchant avec le sex & drugs d'antan :
Big black shape with eyes of fire
Telling people their desire
Satan's sitting there, he's smiling
Watches those flames get higher and higher
Oh no, no, please God help me
...oui, je sais : c'est forcément amusant. On n'a pas croisé à ce jour beaucoup de satanistes réclamant l'aide du Seigneur, de même qu'on se demande dans quel mesure un sataniste serait sensé avoir à ce point les chocottes face à son icône. Mais c'est justement cela qui rend Black Sabbath si sympathique : presque quarante ans après on n'a toujours pas vraiment compris comment ces gugusses ont pu à ce point être pris au sérieux. Ozzy Osbourne, peut-être plus encore qu'un Alice Cooper, repoussa les limites du concept de personnage scénique. Quitte à devenir une parodie de lui-même - soit. Il n'empêche : son don naturel pour le grand-guignol et une voix tout à fait hors-normes (à laquelle Billy Corgan doit beaucoup) compensent sur Black Sabbath les carences de musiciens encore en phase d'apprentissage. Et le résultat s'avère au bout du compte ébouriffant.
Cerise sur l'œuf de Pâques : cette réédition (la troisième, ce qui peut sembler énorme mais reste finalement peu pour un groupe de cette époque) propose enfin un contenu identique à celui du vinyle d'origine. Soit donc avec « Evil Woman », mais surtout avec les vrais faux medleys (sept des onze morceaux étaient concentrés sur les deux mêmes pistes que les éditions américaines avaient odieusement fragmentées). Comment bouder son plaisir ?
le genre : presque metal
la note :
Nous vivons une époque magnifique dans laquelle personne n’a de mot assez définitif pour clouer Judas Priest au pilori : kitsch, grotesque, bas de plafond, ringard, losers – on en passe et des meilleurs. Si le metal fait figure depuis toujours de genre honni des amateurs de musique sérieux, Judas Priest est sans aucun doute le groupe qui cristallise le plus de haines et de rancoeurs, de manière assez stupéfiante. Car si Judas Priest, avec ses futals en cuir et sa pyrotechnie pathétique, son ode à la virilité la plus piteuse et son amour pour les motos pour les plus vulgaires depuis l’invention du tricycle…si Judas Priest, donc, a largement prêté le flan aux procès qu’on lui fait…ce n’est pas non plus Manowar. Et si la carrière du groupe donne en effet un aperçu assez frappant du moment où le metal dit traditionnel a basculé dans la caricature…elle n’a jamais été exempte d’une certaine noblesse. Sans aucun doute K.K. Downing et Glen Tilton sont-ils indirectement responsables de l’émergence de groupes parmi les plus atroces qu’on ait jamais entendu depuis l’invention de la musique. Mais leurs albums n’ont jamais été dénués d’ambitions artistiques, certains sont même tout à fait excellents et un morceau comme « Painkiller » demeure encore aujourd’hui difficilement égalable dans le genre. Pour vous dire : même l’intransigeant G.T. le cite en référence, et on ne le suspectera assurément pas d’être complaisant vis à vis d’un des fleurons du heavy metal. Pour savoir ce que moi, amateur de metal depuis ma plus tendre enfance, je ressens en écoutant certains des grands morceaux de Judas Priest…il vous suffira donc tout bêtement de prendre le commentaire de G.T. sur « Painkiller » d'en multiplier chaque superlatif par dix.
Attendu qu’un groupe capable de publier Painkiller (l’album entier, peut-être leur meilleur) ne peut décemment pas avoir été mauvais tout le reste de sa vie, l’auditeur curieux sera donc invité à jeter un coup d’œil au reste de la discographie des prêtres de Judas, notamment ses autres chefs d’œuvre : British Steel (1980) et Defenders Of The Faith (1984). Trois disques en tout, qui suffisent à souligner combien le Priest, avant de complètelement sombrer dans les années 2000, a longtemps été l'un-des-sinon-le groupe le plus intéressant du metal pur et dur et qui s’y croit. Difficile de ne pas noter en effet qu’il y a là trois disques extrêmement différents, tout à fait représentatifs de l’éclectisme d’un groupe qui a toujours été plus subtil qu’on a bien voulu le dire. D’ailleurs, hasard ou coïncidence, son leader Rob Halford est unanimement considéré comme un type brillant, cultivé, raffiné même. Bizarrement, alors que le groupe a toujours été traîné dans la boue, ses pires détracteurs ont toujours eu du mal à détester le seul Halford, dont en plus on ne peut que reconnaître les qualités vocales, exceptionnelles et bien plus nuancées que chez un Bruce Dickinson éternellement bloqué en position suraiguë. L’homme a d’ailleurs prouvé dans les années 90, avec Fight puis Two, qu’il était capable de faire plus que hurler – mais personne n’en avait jamais vraiment douté. Certes son look a été parfois ridicule…mais entre nous, le cuir quasi SM a ceci de merveilleux qu’il vieillit bien mieux que les frusques multicolores de ses collègues d’Iron Maiden.
Pourquoi tant de malentendus, alors ? Difficile à dire. Mais l’éclectisme de Judas Priest est en tout cas sa plus grande qualité et son pire défaut, dans la mesure où le groupe a fait tellement de choses différentes qu’il est parfois délicat de dégager des lignes directrices. Assimilé à la New Wave Of British Heavy Metal sans doute parce que c’est à cette époque qu’il a cartonné, il a toujours été très en marge de cette scène, et pour cause : sa formation remonte à 1970, soit presque dix ans avant Maiden. Et son premier album, Rock Rolla (1974), évolue dans un registre psycho-metal plus proche de Hawkwind que de Def Leppard (c’est le moins qu’on puisse dire). C’a sa petite importance, car entre 1974 et le coup d’envoi de la NWOBHM en 1980 a eu lieu une petite révolution qu’on a trop souvent tendace à éloigner du metal : le punk. C’est juste après qu’on a commencé à dissocier en permanence le rock du metal, quitte à faire de ce dernier le genre à part entière qu’il n’a jamais été. Du coup, on considère généralement implicitement que le punk a eu de l’influence sur à peu près tout sauf le metal – or rien n’est plus faux : il y a dans les premiers disques de la NWOBHM, notamment dans le rapport aux rythmiques, une influences punk réelle. Et même (parfois) un groove qu’on ne retrouve pas chez Judas Priest. En réalité, les premiers tenants de la NWOBHM étaient au départ d’ex-punks ne rechignant pas devant les riffs de Black Sabbath (ou de…Judas Priest !) et préférant durcir le ton plutôt que d’enclencher le train de la new-wave (le nom du mouvement n’est-il pas en soit explicite ?). L’esthétique bariolée du courant emmenée par Maiden et Saxon s’est consruite contre l’esthétique austère batcave, mais elle existait réellement…avant de sombrer sous le poids des colifichets en tout genre (mais c’est une autre histoire).
Si Judas Priest a pu être assimilé à cette vague, c’est tout au plus le temps de deux albums : Screaming for Vengeance et Defenders Of The Faith. Les précédents sont beaucoup plus marqués hard-rock, évoluant dans le sillage d’un Mötörhead. Quant au suivant…c’est celui qui nous intéresse aujourd’hui. Turbo. Qui a failli coûter la vie au groupe.
En 1986 Judas Priest est
au faîte de sa gloire, suite à deux albums très similaires – chose inédite depuis leur fracassant premier opus (car pour être tout à fait à part dans leur discographie Rock Rolla n’en est
pas moins excellent). La suite logique de Defenders Of The Faith serait une trajectoire à la Maiden post-Powerslave, c’est à dire une musique se complexifiant de plus en plus pour
poser les jalons du prog-metal. Problème : en bons cousins de Mötörhead, Halford, Downing et Tilton ont toujours préféré la rage brute aux enluminures (ce n’est pas par hasard qu’ils finiront par
enregistrer Painkiller, album inconcevable de la part de n’importe quel véritable groupe de la NWOBHM). C’en est presque comique : l’imaginaire collectif des détracteurs du metal fait à
Judas Priest le procès d’une musique archi-progressive et sophistiquée jusqu’à la boursouflure…qu’il n’a jamais jouée ! Bref : quelles directions leur reste t’il ? La new-wave ? Halford n’a jamais
détesté ce courant ambigu, d’autant qu’un groupe comme Sisters Of Mercy prouve à l’époque qu’on peut jouer de la new-wave sans pour autant renier une certaine sauvagerie. Las : si tout le monde est
d’accord pour casser le cycle entamé en 1981, personne n’est d’accord sur la direction à prendre. D’autant qu’au sein du groupe…d’aucuns lorgnent vers le glam-metal américain ! Autant dire :
l’ennemi hériditaire. C’est là que l’histoire du metal de l’époque est passionnante, car elle contient en germe toute la porosité définissant tout courant musical qui se respecte. Au-delà des
querelles d’ « esthètes », quasiment rien ne séparait tous ces gens qui passèrent pourtant beaucoup de temps à s'insulter par interviews interposées. Peu de musiciens heavy détestaient les
glammers, peu de glammers détestaient les tenants du trash de la Bay Area, quant au mélange des trois il a donné le grunge…dont les premiers dépositaires étaient presque tous issus de la scène
glam-metal californienne publiquement honnie dès que les caméras s’approchaient. Symboles de cette consanguinité non assumée : Pantera, bien sûr, pur groupe glam qui prendra la révolution trash en
marche en faisant tout pour faire oublier un douloureux passé et un album, Power Metal, fort mal nommé ; ou encore Pearl Jam, dont le germe Mother Love Bone évoque plus souvent Guns
N’Roses que les Pixies. Bref.Fort logiquement Turbo sera à l’image d’un groupe ne sachant absolument pas où il va et, dans le doute, décidant d’aller partout à la fois. Sauf, pas de bol, là où veulent aller ses fans. Qui principalement amassés en surfant la vague NWOBHM n’ont pas grand chose à secouer des envie de changement de leurs idoles, ne connaissent d’ailleurs pas grand chose de leur passé et attendent un album dans la lignée des derniers opus d’Iron Maiden. Autant vous dire qu’ils en seront pour leurs frais : Turbo réussira à l’époque la double performance d’être à la fois le plus gros succès du groupe et l’album le plus détesté de sa base. Il suffit d’écouter « Turbo lover », morceau sonnant comme des Sisters Of Mercy à peine plus heavy que les vraies, pour prendre conscience de l’électrochoc provoqué par un tel disque. Rendez-vous compte ma p’tite dame : c’est tout pourri de synthés. Pour donner une idée à ceux qui n’auraient jamais songé à jeter une oreille sur ce curieux objet, ça ressemble un peu au One Second de Paradise Lost avec dix années d’avance, en plus dur certes…mais aussi en bien plus synthétique. Quand on sait qu’One Second est sans doute le disque de metal le plus décrié de tous les temps…on devine sans peine ce que les pauvres Judas Priest ont essuyé comme sarcasmes, d’autant qu’ils ont eu la très mauvaise idée de changer de look pile à cette époque.
Et pourtant Turbo n’est pas un mauvais album, il contient même certains moments tout à fait excellents, comme « Rock you all around the world », morceau hard tout à fait efficace et entraînant qui n’aurait pas dépareillé sur un album de…Kiss. Tout est dit ou presque avec ce décalage : l’ensemble du disque est placé sous le signe du cul entre deux chaises, lorgnant à la fois vers un hard-rock plus jovial et moins crispé que celui des précédents disques (« Parental Guidance » et « Private Property » proposant même, horreur : des mélodies joyeuses !), et un metal lourd et martial typiquement dans la lignée du Priest des années 70 (particulièrement réussi sur « Reckless » - dont on ne s’étonnera pas qu’il soit le seul classique du groupe issu de son millésime 86). Ajoutez à cela une espèce de pièce montée (absolument horrible, du reste) mélangeant prog-metal, space-rock et glam à la Warrant…
(hum…oui je sais : Warrant et horrible dans la même phrase est une formule pléonastique, mais s’il vous plaît pensez aussi que tous les lecteurs du Golb ne connaissent pas Warrant – les bienheureux !)
Bon. A présent tombons le masque une seconde : il va sans dire que je ne suis pas le plus grand fan de Judas Priest de la planète. J’ai tous leurs albums mais ça ne veut rien dire, je ne les écoute que rarement, Painkiller mis à part. Néanmoins j’ai une certaine sympathie pour le parcours de ce groupe souvent mal compris, et comme j’ai un penchant naturel pour les cause perdues…oui, j’avoue avoir écrit cet article avec un certain plaisir. Considérant que c'était surtout une bonne occasion de Priest, plutôt que d'un album ne comptant clairement pas parmi ses meilleurs. Mais que voulez-vous ? Depuis que je fréquente certains blogueurs musicaux, je fais face à une telle concurrence en matière de snobisme que je n’ai d’autre choix pour survivre que d’entrer en dissidence. Au moins, là…on ne me dira pas que mes choix sont consensuels.
Maintenant, question : est-ce que cette somme sur Judas Priest intéresse vraiment quelqu’un… ?!
le genre : metal hybride
la note :
Déjà huit ans qu’AC/DC n’a plus publié d’album. Quand les Stones ont saturé les années 90 / 2000 de compiles et autres lives à n’en plus finir, le moins qu’on
puisse dire est que les frères Young ont su se faire discrets…raflant au passage une crédibilité de plus en plus immense auprès des critiques comme du jeune public n’ayant de cesse de les
redécouvrir, génération après génération. Oui, il semble bien qu’AC/DC soit le seul groupe de sa génération à ne devoir jamais connaître la compromission, à refuser de capitaliser sur son nom et
à continuer de ne vendre son âme qu'au rock’n’roll. Vous trouvez que j’exagère ? Mais la discographie du groupe ces dix-huit dernières années parle pour lui : après une brève éclipse
dans les années 80 (brève et surtout très relative au regard de celles des autres) le groupe australien est sorti grandi des années 90, publiant ses meilleurs disques depuis le mythique Back
In Black, sacrifiant à l’exercice de l'album live (qu'il déteste) avec rigueur et efficacité (AC/DC Live - indispensable) décrochant l’un des plus gros succès de sa carrière avec
Ballbreaker (1995)…et lorsque par hasard les frères Young, généralement peu enclins à remuer le passé, acceptent d’exhumer leurs archives…cela donne Bonfire, coffret-hommage à
leur éternel ex-leader - aussi indispensable que poignant.
Que peut-on dès lors vraiment reprocher à AC/DC à l’aube des années 2000 ? De toujours publier le même disque ? Eternel procès ni tout à fait vrai ni
tout à fait juste – mais force est de reconnaître que depuis For those about to rock (1981) le groupe décline à peu près toujours la même (redoutable) formule. D’avoir perdu le blues en
cours de route ? Ca, c’est à la limite un grief plus sérieux – et qui ne date pas d’hier : depuis la rencontre avec Mutt Lange et le multiplatiné Highway to Hell AC/DC s’est
effectivement éloigné du hard-blues qu’on aimait tant (en gros celui des cinq premiers albums et du titanesque live If you want blood…). La mort de Bon Scott n’a sans doute rien arrangé,
et de fait si son remplaçant Brian Johnson est presqu’unanimement apprécié depuis près de trente ans…force est d’admettre que c’est d’un autre visage d’AC/DC qu’il s’agit. Son visage le plus
connu, du reste : celui de l'incarnation même du hard-rock...quand ses premières oeuvres tenaient plutôt d'un boogie-blues-rock aussi rugueux que nuancé.
Arrive donc en 2000 Stiff Upper Lip. Quinzième album d’AC/DC et première véritable sortie après cinq années de silence absolu. Si l’on était
provocateur on dirait que c’est sans doute leur meilleur avec Johnson. Mais restons sérieux : c’est juste l’album du AC/DC Mark II évoquant le plus…l’AC/DC Mark I. Merci qui ? George
Young, bien sûr ! Le troisième frère (celui des bien aimés Easybeats) enfin de retour à la production vingt-deux ans après Powerage. Sans son binôme Harry Vanda (si quelqu’un a des
nouvelles...) mais peu importe : le blues est là. Il est de retour, lui aussi. Et c’est une sacrée nouvelle.
Il serait sans doute exagéré de résumer Stiff Upper Lip à son casting, mais tout de même ce qui frappe d’entrée c’est le son : chaud, dense et résolument vintage, il se démarque en tout point de la superproduction Ballbreaker (signée Rick Rubin) et ramène AC/DC à des choses plus simples, moins dures et plus roots. Le fait qu’il y ait le mot « jazz » dans plusieurs textes n’a sans doute rien d’un hasard : les frères Young regardent clairement en arrière, avec une espèce de plaisir communicatif leur permettant de coucher dès la première plage l’un de leurs meilleurs titres depuis une éternité – « Stiff Upper Lip ». Un pied de lèvre à Sa Majesté Jagger qui, en effet, sonne plus comme les Stones de l’Age d’Or que n’importe quoi publié par les Stones eux-mêmes ces dernières années.
Tout n’est certes pas exceptionnel sur ce disque, certains morceaux comme « Meltdown » ou « Hold me back » relevant de l’anecdotique. Si les refrains sont presque tous parfaits on a l'impression curieuse que le groupe peine parfois dans les couplets...c’est là tout le paradoxe de cet inattendu retour aux sources : dans l’absolu Stiff Upper Lip est moins bon que son prédécesseur. Mais il séduit plus ! Parce que la voix de Brian Johnson n’a jamais été aussi bien captée, laissant paraître des fêlures inédites sur l’imparable « Can’t stop rock’n’roll ». Parce que les chansons sont nettement plus débridées que par le passé, laissant presque souffler par moment un vent de folie retrouvée (« Safe in New York City » qui monte, qui monte…). Parce que ce groupe qui semblait parfois un peu raide sur ses productions des années 80 / 90 a retrouvé le groove furieux d'antan. Parce qu’AC/DC ne cherche plus à décrocher des hits (pour la première fois depuis 1980 il n’y en aura d’ailleurs aucun sur ce disque) mais à faire feu de tous bois, s’autorisant quelques jolies scies rock comme on les aime (« Satellite Blues », « All screwed up ») et battant le rappel d’une musique qu’on croyait belle et bien morte en l’an 2000.
Il serait bien évidemment de la plus parfaite mauvaise foi de déclarer que Stiff Upper Lip
est un grand disque ou un incontournable. Il est plombé par un mauvais agencement des morceaux (il n’y a quasiment que de mid-tempos) faisant qu’au bout d’un
moment on a un peu l’impression d’écouter toujours la même chanson. Il ne contient que trois vrais grands morceaux (« Stiff Upper Lip », « Safe in New York City » et
« Can’t stop rock’n’roll ») entourés de titres tout aussi efficaces mais clairement mineurs. S'il n’a donc absolument rien d’indispensable…c’est précisément pour cela qu’il est bon.
Parce que le rock’n’roll en lui-même n’a rien d’indispensable, et que c’est sans doute ce genre de disque sans prétention, fleurant bon la bière tiède et le tabac froid, qui l’incarne le
mieux. En toute simplicité.
...
« A bit of fun on the side » gémit le vieux Brian. Exactement.
Près de trente ans après son assassinat c’est devenu un pléonasme que de dire que Lennon a littéralement gaspillé son talent dans les années 70. Entre ses histoires de cœur et ses engagements politiques confinant vers la fin au n'importe quoi moralisateur, Lennon n’était franchement plus dans le coup au moment de son come-back avorté de 1980 – étonnant comme l’inconscient collectif (hors spécialistes) a totalement gommé cette longue traversée du désert. Quitte à sembler un brin teigneux, force est de reconnaître à l’écoute de son œuvre solo qu’elle contient franchement plus de disques mineurs que de chefs d’œuvre, et qu'on en retiendra principalement que deux très grands disques dont on n’aura jamais fini de faire le tour (Imagine et Mind Games) plus une poignée de quarante-cinq tours grandioses. Pas si mal, soit. Mais si l’on reprend la discographie du bonhomme après 1973 l’honnêteté intellectuelle oblige à noter un déclin réel, oscillant entre l’incompréhensible (Wall & Bridges) et le médiocre (Rock’N’Roll, album de covers dont la légende voudrait que Lennon l’ait enregistré pour payer ses dettes à la mafia). Lennon a pété sa boussole, indéniablement, pire encore : il ne sent plus le vent tourner, on poussera même jusqu’à supposer qu’il est complètement déconnecté de son époque. S’arrêter pour pouponner au moment où le punk déferle sur le monde puis revenir en 1980 avec « Woman »…qu’y a t’il de plus décalé ?
(ceux qui ont répondu Paul McCartney publiant sa réponse au punk, Press to Play, en…1986 ! ont gagné une photo dédicacée de Julian Lennon)
Ok : certains gros malins essaieront d’exploiter son retour aux sources du rock’n’roll originel de 1975 pour faire de lui un parrain des punks parmi d’autres – on rigole. La vérité est que tandis que Johnny Rotten gueulait Plus jamais de Beatles, de Who ni de Rolling Stones Lennon pionçait, pouponnait le petit Sean et venait d’entrer dans une période de léthargie créative qui dura cinq longues années. Lui qui n’avait manqué aucune bataille musicale ou esthétique depuis 1962 torchait son mioche plutôt que de laver l'affront, c’est tout à fait respectable…mais artistiquement sinistre. Pire : cela donnait mille fois raisons aux punks : c'est donc lui, l'incarnation vivante du rock'n'roll, le rocker ultime de son temps ? Quelle vaste blague...!
Et voilà donc Lennon qui revient en 1980 avec (enfin) un nouvel
album (son premier composé de morceaux originaux depuis six ans)…et Yoko Ono dans sa besace. Les deux n’ont plus rien publié ensemble depuis l’inégal mais efficace Some Time In New York
City (1972) et la presse n’aura pas le temps de saluer ce retour gagnant puisque Lennon mourra trois semaines plus tard. La Mort en
Rock, donc ? Bah en fait…non : si l’on était cynique (on ne l’est pas) on dirait que Lennon est mort un tout petit peu trop tôt pour que Double Fantasy devienne complètement culte. Ce
qui fait que vingt-huit ans après cet objet bizarroïde mais réellement passionnant demeure son album mal aimé, celui que la plupart des gens ont tôt fait d’envoyer aux oubliettes pour se rabattre
sur les classiques.Il y avait pourtant une nouvelle de taille planquée dans Double Fantasy : Lennon non seulement s’était réveillé, mais en plus il s’était réveillé en 1980 (rappelons que la dernière fois qu’on l’avait croisé il était bloqué en 55). Le punk, ma p’tite dame ? Bah non : ça faisait déjà deux ans que ça n’existait plus. Non, le post-punk, la cold-wave, la new-wave…voilà ce qui compose le meilleur de l’ultime album de John Lennon…
…de Lennon, vraiment ? En fait non : de Yoko ! Et c'est ça, qui le rend vraiment passionnant. Double Fantasy n’est pas un album, mais deux (c’est pourtant dit dans le titre, mais il est probable que peu de gens aient alors réellement eu conscience d’à quel point c’était vrai). Autrefois en grande partie centré autour de Lennon, le duo s’est métamorphosé en hydre à deux têtes, comme un dommage collatéral de leur rupture de 73 (qui aura quand même duré presque deux ans). Ce n’est même plus vraiment un duo d’ailleurs, tant les deux suivent des chemins séparés et diamétralement opposés par instants.
D’un côté Lennon, donc. Qui fait…du Lennon, ou à peu près : le son est par moment typé eighties, mais globalement la révolution n’a pas eu lieu. « (Just like) Starting over » a un côté rétro qui n’aurait pas dépareillé sur Rock’N’Roll, le songwriter demeure le piqueur de plans génial qu’on connaît (recyclage pimpant du riff de « Fame », son duo avec Bowie, pour « Cleanup time »), verse dans la folk-pop beatlesienne pour « Beautiful boy (darling boy ») (un résumé aussi fidèle que consternant de ses années de silence placées sous l’égide de la gâtification), claque un hymne imparable (« Woman »)…pas de problème, il fait le taff. Simplement on a un peu l’impression qu’il a surgi d’une faille spatio-temporelle pour squatter un album de Yoko tellement tout cela semble terriblement décalé par rapport aux compos de cette dernière, barrées comme on aime, soniquement nettement plus produites et tout simplement : modernes – ou du moins contemporaines.
Plus périssables aussi, de fait, diront les mauvaises langues. Pas sûr du tout, parce que la diva a quelque chose qui manque cruellement à son compagnon (cela dit ça ne date pas d’hier) : la folie, la déjante. « Kiss Kiss Kiss » a peut-être pris un petit coup de vieux, mais c’est typiquement le genre de morceau nerveux, péchu et tubesque (au sens noble du terme) que John n’a jamais été foutu d’écrire dans les années 70 – trop occupé à verser de le préchi-pracha. Barrée dans son trip, dénuée du moindre complexe, elle impose vraiment une marque personnelle (qu’elle développera l’année suivante sur son très réussi Season Of Glass) et fait passer par moments (« I’m moving on », les décadents « Yes, I’m your angel » & « Hard times are over ») Lennon pour un jeune vieux aussi doué mélodiquement que planplan en terme de vision artistique. Un comble pour celle qu’une majorité des fans des Beatles considéra toujours comme illégitime aux côtés aux côtés de son conjoint.
Et alors que Lennon bascule dangereusement vers la caricature avec « Watching the wheels », on se rend compte, un peu perturbé quand même, que ce n’est peut-être pas un hasard si les deux pires albums de Lennon sont sortis non seulement à une époque où ils ne travaillaient pas ensemble…mais aussi (surtout) à une époque où ils n’étaient plus ensemble du tout ! Bizarre, comme coïncidence.
Au final si l’on ajoute les pépites de Yoko (sans doutes ses meilleures chansons toutes périodes confondues) et les quelques fulgurances dont l’ex-Beatle était (heureusement) encore capable (« I’m losing you »), voilà un album singulier et tout à fait recommandable. Un album d’amour fou, absolument fusionnel…aboutissant à un résultat totalement schizophrénique – ce n’est pas le moindre des paradoxes. Sans doute pas le meilleur de Lennon, mais peut-être bien l’idéal…pour découvrir Yoko. Qui n’a jamais été aussi nulle que les machos de la critique l'ont laissé croire.
le genre : pop
la note :






