Les notes du Golb

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   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Mercredi 31 janvier 2007
Ivre du vin perdu (Gabriel Matzneff, France, 1981)
 
 
Comme vous le savez sûrement je suis engagé depuis des années dans une lutte sans merci contre les quatrièmes de couvertures, pas forcément inutiles sur le fond mais bien souvent foireux dans les faits. Combien de fois ai-je maudit ces petits textes qui en disent toujours trop ? Beaucoup !
 
Celui d’ « Ivre du vin perdu » appartient à un autre genre : les quatrièmes de couvertures qui disent carrément n’importe quoi. Je ne vais pas m’emmerder à le recopier, mais sachez que si vous tombez sur l’édition Folio de ce bouquin il ne faudra surtout pas vous fier au tissu d’inepties débité au dos…on nous y annonce en effet un roman évoquant la scandaleuse vérités de deux libertins, ce qui ne manquera pas de faire sourire : si ces deux personnages existent bel et bien, leur confrontation n’apparaît clairement qu’au premier chapitre (par ailleurs soufflant), dans lequel Nil et Rodin échangent des réflexions finalement assez banales sur leurs vies respectives de débauchés. Ce chapitre passé, Rodin va être totalement relégué au second voir au troisième plan, là où Nil ne quittera plus les préoccupations du lecteur.
 
La mise en parallèle de ces deux caractères n’est cependant pas inintéressante, car Matzneff y développe (volontairement ou non ? ça ne saute pas aux yeux donc on peut se demander si c’était réellement le but) deux visions radicalement opposées de ces amateurs de jeunes gens et de beaux vêtements qui rappelleront plus d’un souvenir ému aux amateurs de Huysmans ou Lorrain. D’un côté Nil, libertin certes, mais plutôt sensible, faussement désabusé et infiniment plus romantique qu'il ne veut se l'avouer. De l’autre Rodin, donc, cynique et cassant, qu’on imaginera volontiers grand, sec et dépourvu de scrupules, qui d’ailleurs ne pratique plus guère que le sexe payant avec les jeunes garçons croisés lors de ses voyages autour du monde. Ces deux là sont les meilleurs amis qui soient, ils ont le libertinage en commun, et pourtant leurs modes de vie n’ont franchement rien à voir. C’est extrêmement intéressant car cela permet d’éviter les stéréotypes (Matzneff utilise d’ailleurs le même procédé tout au long du roman lorsqu’il évoque les jeunes amoureuses de Nil, toutes très jeunes et très impressionnables mais toutes complexes et fascinantes) et de placer en opposition un libertin au sens littéraire du terme (façon Laclos) et un libertin au sens littéral (façon Sade) – sachant qu’aucun n’est moins crédible que l’autre. Du point de vue purement technique, l’auteur aurait pu n’utiliser que le seul Nil – Rodin n’est clairement qu’un faire valoir. En en mettant deux, il pourfend les clichés et affirme la multiplicité d’un mode de vie trop souvent réduit à une image figée péchée chez le Marquis susmentionné.
 
 
Après quoi, « Ivre du vin perdu », loin de se simplifier, s’étire : derrière une apparence chaotique, c’est un texte extrêmement souple, structuré, maîtrisé. Si Matzneff cède par instant à l’énumération des conquêtes, ce n’est que pour mettre en relief la douleur de Nil, la faire comprendre implicitement : au début du roman, il vient de rompre avec sa maîtresse, Angiolina. Pourquoi ? Il est probable qu’il ne le sache pas lui même. Officiellement il fuit les ennuis en la laissant avant sa majorité. Officieusement, les sentiments amoureux violents qu'elle provoque chez lui menacent jusqu'à sa conception de la vie, l'amour fou s'accordant assez peu avec le libertinage...bref le point de la rupture n'est pas très clair, mais qu'importe : les faits sont là et au moment de l'incipit l'histoire a fait long feu. Ce qui saute rapidement aux yeux du lecteur en revanche, c’est qu’Angiolina est partout. Elle le hante, devenant rapidement le nœud d’une intrigue dans laquelle elle n’apparaît quasiment pas physiquement. Comme si Angiolina n’existait qu’à travers les yeux amoureux et blessés de son ex amant…Comme si, aussi, toutes les femmes après elle devaient fatalement lui être comparées : au fil des pages, Angiolina explose le statut d’ex ou de souvenir pour devenir un maître étalon totalement inutile – puisqu’aucune ne parvient jamais à l’égaler. Pour un livre qualifié d’immoral à sa sortie, on a quand même vu plus trash…autant le dire : si Matzneff avait créé sa non-héroïne deux ans plus âgée, tout le monde aurait trouvé ça génial. Las ! Nous vivons dans un drôle de monde. Un monde qui imposerait probablement à Shakespeare de changer les âges de Roméo et Juliette (vous les imaginez, en 2007, joués par des comédiens de treize et dix-sept ans ?)…
 
Le problème c'est qu’Angiolina n’aurait absolument pas pu être plus âgée. La différence d’âge et de maturité entre elle et Nil, au-delà des préférences sexuelles de ce dernier, est le moteur du roman (même si Nil n’a par ailleurs pas vraiment d’âge, enfin on lui donnera tout de même plus facilement cinquante ans que trente). Lorsque Nil la retrouve des années après leur rupture, alors même qu’il se berce de plus en plus de mélancolie, c’est sa vie entière qui est remise en perspective : il a quitté une jeune fille, il voit là une femme. Elle a grandi, mûri, embelli…en somme elle a pris la pente ascendante tandis que lui n’a fait que décliner, tant physiquement que moralement…
 
Angiolina, dès lors, devient l’incarnation du temps qui passe (et qui tue). Elle a construit sa vie là où lui, l’oisif, n’en jamais réellement eu en dehors de ses ébats, bâti sa personnalité…etc. Nil, figé, se prend donc à rêver d’une suite, d’une réconciliation possible entre eux voir même d’un avenir. En vain, bien sûr : Angiolina, toute enflammée soit-elle, a passé l’âge de se laisser berner par cet homme passé en quelques années du cynisme à l’aigreur. Chute elle annonce, et chute il y aura, le temps d’une fin à la poésie vertigineuse…
 
 
le genre : furieux, brûlant et désespéré
la note : 6 / 6
 
 
 
par thomthom publié dans : Lectures
Mercredi 31 janvier 2007
Il est petit, silencieux et poilu.
 
A sa manière, il est la star discrète de ces chroniques. Il n’est pas nommé à chaque fois, mais il est presque toujours présent.
 
Certains d’entre vous le connaissent déjà, puisqu’il a fait ses débuts sur le net en tant que chroniqueur télé.
 
Aujourd’hui, nous allons parler de Zippo.
 
Mon chat. Le Chat. Car dans mon univers passablement claustrophobe il n’existe qu’un seul Chat – qui de fait prend une majuscule.
 
 
 
 
Zippo est né en 2003 à Saint-Ouen de Thouberville, non loin de Bourg-Achard, non loin de Rouen. Il est né chat, mais dès son plus jeune âge a connu une douloureuse crise identitaire due avant tout à une mère négligente et à des maîtres peu aimants. Là, j’aimerais glisser un passage un peu romanesque où il s’enfuit par la fenêtre en pleine nuit, courant vers une nouvelle vie loin des mauvais traitements…hélas, la vérité est (comme souvent) bien plus prosaïque : Manon voulait un chat. Bon…vous devez bien comprendre par ailleurs que TOUS les trucs inutiles que je possède sont le fruit d’un désir subite de Manon. Donc Manon a dit un jour : Je veux un chat. Et moi j’ai dit D’accord. Pourquoi ? Aucune idée.
 
 
J’avais une certaine nostalgie due à la disparition brutale de Cyanure, mon dernier chat (que nous surnommions d’ailleurs affectueusement Souillure). Un jour Cyanure a disparu, et ma vie a changé…oui, il a disparu. Il n’est pas mort. Je le sais, c’est ma maman qui me l’avait dit à l’époque :
 
« Cyanure a déménagé mon chéri. Il a trouvé une maison dans un autre pays, et il s’y est installé avec une très belle chatte. Maintenant qu’il est grand, il a besoin de vivre sa vie. »
 
Et n’allez pas me raconter que ce n’est pas vrai, parce que j’ai vu les cartes postales que Cyanure a envoyé à la maison. Dedans il racontait qu’il était très heureux, qu’il avait eu des enfants, nous envoyait ses meilleurs vœux, etc.
 
 
Enfin bref ! revenons à Zippo, et au désir subite de Manon. Désir que j’aurais pu d’ailleurs refuser d’assouvir, certes. Seulement voilà : je suis faible. Inutile de tourner autour du pot. J’aime ma fille, il était temps que je l’écrive noir sur blanc – tant pis pour ma réputation.
 
On a donc commencé à se renseigner pour voir si quelqu’un dans notre entourage n’avait pas un chat à donner…c’est là que Zippo a bien failli ruiner ma vie, puisque mon ex avait peur des chats et ne voulait pas en entendre parler. Ecartelé entre ma fille et la femme que j’aimais je me suis résolu à adopter un comportement très courageux : j’ai profité que Charlotte soit partie en vacances dans sa famille pour me procurer un chat…
 
…comment ça ce n’est pas courageux ? bien sûr que si ! ok, mettre devant le fait accompli peut dans l’absolu sembler lâche…mais quiconque a déjà assisté à une colère (une crise, pardon) de Charlotte vous affirmera qu’en fait j’ai pris ce jour-là une décision à la limite de l’héroïsme, misant sur le fait qu’une fois le chat arrivé elle fondrait. J’ai eu raison…j’aurais tout aussi bien pu avoir tort et m’exposer à une quinzaine de soirées de disputes, de réprimandes et de il a foutu ses poils partout. Coup de bol, j’ai été intuitif dans cette affaire. D’autant qu’aujourd’hui Charlotte n’est plus là depuis longtemps, alors que Zippo, fidèle parmi les fidèles, est resté.
 
Or donc, mon frère ne sortait pas avec Fifie, à l’époque, mais avec une fille qui habitait à…Saint-Ouen de Thouberville. Il l’a d’ailleurs plaquée peu après (le lien avec Zippo n’a jamais été formellement établi à ma connaissance). Elle s’appelait Antoinette. Ou plus précisément : elle avait un nom très moche que je ne reproduis pas ici comme pour la plupart des gens hors-proches. Un prénom très moche se traduisant donc par Antoinette en langage golbien. Elle nous a immédiatement prévenus que ses voisins donnaient un bébé chat, et Julien a emmené Manon chercher la bête. Lorsqu’ils sont rentrés, cette dernière était très excitée : Il est tout petiiiiiiiiiiiiit !!!!!!...une excitation pas très saine, je dois bien l’avouer. Peu après que je lui expliquerais d’ailleurs qu’un chat n’était pas une peluche, même si ça y ressemblait beaucoup (eh oui : si vous avez des enfants vous l'avez sûrement déjà fait, ou bien vous le ferez, c'est une des fameuses Lois Fondamentales de L'Univers - à noter que le ce n'est pas un jouet peut devoir s'appliquer au chat comme au chien ou au petit frère).
 
Pour l’heure je me trouvais en face d’un chat lilliputien, en train de dire à mon frère :
 
« C’est vrai qu’il est minuscule ! T’es sûr qu’il est normal ?
-          Bah ouais.
-          Mais euh…quand même ! j’ai jamais vu un chat aussi petit… »
 
 
Il n’a pas fallu bien longtemps pour que je comprenne le fond du problème : Zippo n’avait pas vraiment deux mois comme ses anciens maîtres l’avaient dit à mon frère. Tout au plus en avait-il un seul. La première nuit, Manon n’a pas osé le prendre avec lui de peur de l’écraser. Alors il a dormi avec moi : au bout de cinq minutes il avait la tête sous mon aisselle en train de chercher à me téter (oui : moi – ne vous moquez pas bande de sans cœurs !) ! Ce petit bout de chou n’était pas du tout sevré…et le jour d’après, il a passé son temps sur mes genoux à chercher mes mamelles…pauvre petit Zippo. Pauvre pauvre chaton : c’est déjà pas gai d’être arraché à sa maman quand on n'est pas sevré, alors être arraché à sa maman pour être refilé à un mec qui n’a même pas de mamelles ça prend une dimension pathétique que n’aurait pas reniée Racine.
 
Voilà comment moi qui n’ai jamais eu l’occasion de donner le biberon à ma fille je me suis retrouvé à le donner à mon chat. Avouez que c’est une ironie du sort assez dingo…au final, ces carences ont eu un effet dévastateur sur la psychologie de Zippo, qui plus de trois ans après pense encore que je suis sa mère. Son manque d’initiative, sa couardise et sa manière de nous suivre partout dans toutes les pièces de l’appartement comme un petit chien viennent probablement de là…n’y allons pas par quatre chemins : Zippo a été élevé en chat parmi les hommes. Zippo est le seul et unique Mowgli des chats.
 
 
 
 
Un peu plus tard, je lui ai installé une chatière.
 
En appartement, je suis d’accord, ça n’a pas grand intérêt. Mais permettez-moi d’arguer du fait que par définition un chat d’appartement n’a aucun intérêt. Du tout. Un chat, ça doit pouvoir sortir. Un chat, ça vit. Ca erre. Ca gambade. En tout cas un cas un chat normal…parce que bon, Zippo…il sort. Un peu. Rarement plus d’un quart d’heure.
 
Mais il se promène. Il est joyeux, il visite les toits, il revient manger des croquettes Purina (je sais, c’est le chat qui mange classe et nous qui nous nourrissons avec la Marque Repère), il vit sa vie. Ce n’est pas très grave, puisque sa vie se résume essentiellement à Manon et à moi.
 
 
Ce fut du moins le cas durant trois ans. Car à la fin de l’été 2006 se produisit un événement qui bouleversa profondément l’Equilibre Naturel Félin Du Quartier. Ce soir de début septembre, alors que le soleil se couchait à l’horizon, rosissant le ciel, imposant un climat calme et apaisé pour les amoureux rouennais, souriant à sa manière telle une promesse d’avenir pendant que je tentais d’écrire une chronique où je la jouais lyrique, un homme emménagea au rez-de-chaussée de notre immeuble. Cet homme se nommait Hervé. Hervé mon voisin. Hervé le fameux dessinateur.
 
Bien qu’il soit dans l’absolu un type plutôt sympathique, Hervé nourrit clairement une passion pour les chats qui confine au malsain. Il ne dessine que ça. Philippe Geluck aussi, certes, et personne ne trouve rien à y redire, je suis d’accord. Sauf que Philippe Geluck, lui, il dessine les chats habillés. Hervé les dessine…oui, je sais, c’est horrible : Hervé dessine des chats nus. Ou, pour parler plus crûment : des chats à poils.
 
(beurk)
 
J’ai tout d’abord essayé de préserver Zippo et Manon de ce pervers patenté. Eh bien vous savez quoi ? Quelques semaines plus tard, ce fameux soir de septembre, il a osé venir frapper à notre porte. Mais quelle ordure ! La nuit quand je cauchemarde il n’est pas rare que je revive cette soirée d’une rare violence. Je me revois lui ouvrir la porte, l’inviter à prendre l’apéritif (quel con, si j’avais su !). Il entre. Il dit bonjour à Manon. Il caresse de manière chafouine et appuyée Zippo, qui comme toujours accourt pour saluer le nouvel arrivant. Il dit à Manon de sa voix de porc : Tu aimes les chats, ma jolie ?...et là tout va très vite : il sourit dit un truc se penche sort un objet de sa poche un objet horrible c’est un bloc-notes et il a un stylo et il griffonne et…
 
(consternation)
 
Il offre un dessin de chat à ma fille.
De chat à poils !
 
Moi je vous le dis : les mecs comme lui, il faudrait les castrer.
(éventuellement leur mettre un bracelet électronique qui préviendrait la gendarmerie chaque fois qu'ils s'approcheraient d'un crayon)
 
 
Je n’irai pas jusqu’à dire que Hervé a abusé sexuellement de Zippo. Les analyses ADN n’ont en tout cas rien établi. Ce qui est certain c’est que ce sinistre sire a dès le premier jour fait preuve d’une courtoisie fort suspecte à son égard. En soi, ce ne serait rien si Hervé n’avait pas déjà un chat. Un chat qui n’inspire pas vraiment confiance, et qui se venge des infidélités de son maître sur le pauvre Zippo. Ce chat a un nom, mais je l’ai déjà oublié. Pour Manon, il est Legroschat. Pour moi aussi. Gros n’est d’ailleurs pas le mot : Legroschat est carrément énorme. Titanesque. Zippo lui est gros. Legrochat a je pense des origines chatosauresques. C’est un genre de titan des temps modernes qui effraierait n’importe quel être humain normalement constitué tant par son apparence que par son attitude sauvage et hostile.
 
Je dois quand même reconnaître qu’un chat, par définition, c’est sauvage et hostile. Un chat normal, je veux dire. Mais Legrochat ne se contente pas d’être hostile : il se montre carrément menaçant. D’ailleurs, signe qui ne trompe pas, il est roux.
 
Normalement si vous avez lu attentivement cette chronique depuis le début, vous avez déjà deviné la suite. Je vais donc m’arrêter là…
 
(…)
 
(bon d’accord, je vais rester pour les deux ou trois qui n’ont pas deviné)
 
(pff)
 
Donc évidemment, Legrochat-qui-lui-est-un-chat-normal a très rapidement découvert la route de la chatière, sans doute poussé par un double désir pressant (vengeance + odeur des croquettes Purina). Une nuit il s’est faufilé par l'ouverture, puis a commencé à se promener dans l’appartement. Une fois trouvées les croquettes, il s’est mis à les bouffer, en a foutu partout à côté de la gamelle et s’est tiré. Zippo, lui, n’a pas bougé. Ce soir là comme chaque soir il dormait avec Manon, et quand Zippo dort, il dort. Il serait totalement nul pour ce qui est d’attraper un cambrioleur, alors vous imaginez bien qu’attraper un silencieux-cambrioleur-de-croquettes c’est beaucoup lui demander.
 
Constatant les dégâts au petit matin, j’ai pris les mesures qui s’imposaient et décidé que tant pis : il fallait fermer la chatière. Sauf que non, c’était pas possible : Zippo, ce chieur qui ne s’en servait quasiment jamais jusque là, a soudainement décrété que la chatière était un truc primordial dans sa vie.
 
(c’est bien le chat de Manon, tiens !)
 
Après quatre nuit à l’entendre miauler comme un débile (alors qu’avant bien entendu il ne miaulait JAMAIS), j’ai dû céder et rouvrir la chatière…ce qui équivalait à inviter Legroschat chez moi – ou presque.
 
 
Comme vous l’avez tous deviné à l’exception des deux ou trois de tout à l’heure qui n’ont toujours rien suivi, à partir de ce soir là les visites de Legroschat sont devenues quotidiennes. J’ai fini par en avoir tellement marre que j’ai arrêté les croquettes Purina pour les remplacer par des Marché-U. Ca n’a rien changé du tout – c’est pile à ce moment-là que j’ai compris que Legroschat venait chez nous par pure perversion et non par instinct naturel. Blessé dans notre orgueil, nous avons décidé d’un commun accord Manon et moi qu’à l’avenir Zippo dormirait dans le séjour. Comme ça en cas de visite inopportune du titan, notre FatCat à nous lui administrerait une correction bien méritée !
 
L’idée, bien que fort séduisante, ne nous a pas vraiment apporté satisfaction : dès le premier soir, je suis réveillé à deux heures du mat’ par un hurlement de mort, quelque part entre ma mère de mauvaise humeur et le vélociraptor de « Jurassic Park ». Je me lève, forcément très inquiet pour Manon dont j’espère qu’elle n’est pas en train de se faire dévorer par le crocodile qui habite sous son lit depuis cinq ans (ne le lui dites pas, elle croit que c’est un conte). Eh bien pas du tout : ce cri déchirant provenait de la gorge nouée de Zippo. Zippo qui en dépit de son nom ne s’est pas franchement montré tout feu tout flamme. Zippo qui à mon arrivée dans la pièce est tout simplement planqué sous la table, grognant en direction de Legroschat – mais à une bonne distance tout de même (genre cinq mètres). Zippo est caché, il gronde, et Legroschat juste en face le regarde d’un air dédaigneux. La scène a quelque chose d’hallucinant. Zippo tente de faire un pas en direction de son adversaire qui d’un mouvement de patte l’envoi valdinguer avant de sortir par la chatière sans même m’adresser un coup d’œil. Peinard.
 
 
Ce soir là, il m’a semblé que Legroschat, tout rouquin qu’il fût, avait une putain de classe.
 
Le pas en avant que Zippo paya très cher fut par ailleurs son dernier en direction Legroschat. Depuis il ne s’y aventure plus. Quand son rival rentre chez nous au milieu de la nuit, Zippo tressaute en l’entendant mais se garde bien d’aller le voir. Il préfère se tourner de l’autre côté et se rendormir – à la limite moi aussi.
 
Ainsi donc j’ai découvert qu’en élevant notre chat en humain nous en avions fait une lavette de la pire espèce. Rien de surprenant à cela : Mowgli, tout génial qu’il soit, se ferait latter sa race par n’importe quel chasseur. Il en va de même pour Zippo, qui a déjà fait fuir des chiens mais serait bien incapable d’oser défendre son territoire. Si vous doutiez encore que les chats d’appartement ne servaient à rien d’autre qu’à foutre leurs poils sur le canapé, vous en avez à présent la preuve.
 
 
 
 
Oh oui, je sais ce que vous vous dites :
 
Non ! il vient quand même pas de nous faire cinq pages sur son chat ?!
 
Eh bien non : quand vous serez arrivés au terme de cette chronique, j’en aurais fait six.
 
Pourquoi ?
 
Il y aurait plein de bonnes réponses cette à question. Je pourrais vous dire que cette chronique d’un genre assez inédit pour moi est en fait une pub déguisée pour le forum des chats. J’en profiterais alors pour mentionner l’existence du Weekly Chat, série de chroniques rédigées collectivement et à tour de rôles par mes amis et moi qu’il serait cruel de manquer – car elles valent le meilleur du « Dépressif Mark II » et du « Journal d’un dépressif » réunis.
 
Ou bien je pourrais vous dire que j’ai perdu un pari avec Mr Kiki, seule personne qui serait capable de me filer comme gage d’écrire une chronique sur mon chat.
 
Ou encore je pourrais vous faire croire que j’étais en panne d’inspiration, et que j’ai écrit sur le premier truc que j’ai vu.
 
 
Mais la vérité, c’est qu’il m’a semblé plus que temps de recommencer à servir le Rien. Il y avait tellement de contenu dans mes deux dernières chroniques, et du contenu intelligent qui plus est, que ça devenait irrespirable.
 
A présent l’erreur est réparée, et je vous laisse avec ces mots du Grand Aaron Spelling :
 
Qui naquit du Rien, vivra par le Néant et mourra par le Vide.
 
 
Amen, et Gloire A Zaph !
 
 
 
Mercredi 31 janvier 2007
 
 
COME PICK ME UP
 
Ryan Adams (Heartbreaker)
 
 
 
 
 
 
…où l’ont se dit que les chansons d’amour heureuses ne sont tout de même pas légion. Sauf chez Ryan Adams, qui préfèrerait probablement se pendre (avec une corde de banjo ?) que d’écrire une banale chanson de rupture déprimante. Avec son texte goguenard, « Come pick up », qui fut son tout premier single en solo (pour le succès que l’on sait) est assez représentative de tout ça…
 
 
 
 
LE TEXTE :
 
When they call your name
Will you walk right up
With a smile on your face
Or will you cower in fear
In your favourite sweater
With an old love letter

I wish you would
I wish you would
 
Come pick me up
Take me out
Fuck me up
Steal my records
Screw all my friends
They’re all full of shit
With a smile on your face
And then do it again
 
I wish you would
 
 
When you’re walking downtown
Do you wish I was there ?
Do you wish it was me ?
With the windows clear
And the mannequins’eye
Do they all look like mine ?
 
You know you could
I wish you would
 
Come pick me up
Take me out
Fuck me up
Steal my records
Screw all my friends
Behind my back
With a smile on your face
And then do it again
 
I wish you would
 
I wish you’d make up my bed
So I could make up my mind
Try it for sleeping instead
Maybe you’ll rest sometime
 
I wish I could…
 
 
 
 
 
Mardi 30 janvier 2007
Lignes de faille (Nancy Huston, Canada, 2006)
 
 
Quatre lignes de faille, quatre monologues, quatre époques.
 
La thèse, simple à concevoir, difficile à exprimer : c’est dans le passé que résident les secrets du présent, et dans le présent que se prépare l’avenir.
 
 
A travers ces quatre monologues intérieurs chipés à quatre membres d’une famille middle-class pas si frappée qu’elle en a l’air, Nancy Huston, avec élégance, finesse et un style à pleurer d’admiration, remet tout simplement l’histoire en perspective. Celle d’hier (via les parties de Randall, Sadie et Kristina), mais aussi probablement celle de demain (en se glissant dans la peau de Sol, qui est sensé parler en 2004 mais très franchement ça ne change pas grand chose). Cette construction n’a rien de très original ; pourtant elle est exceptionnelle…certaines choses ne s’expliquent et se ressentent, tout simplement.
 
Nancy Huston l’a parfaitement assimilé, et tandis qu’elle radioscopie la folie ordinaire d’américains presque normaux, sa plume virevolte, oscillant entre rage sourde et émotion contenue. On est séduit, charmé. Et, rapidement, envoûté. Parce qu’il y a un souffle incroyable dans ce style coup de poing, parce que le propos est universel et parce que l’auteure a eu l’idée particulièrement brillante de l’aborder sous l’angle de l’enfance.
 
C’est l’autre particularité de ce roman : ces monologues ne sont pas isolés dans le temps. Huston donne l’impression de s’être déplacée sans cesse pour pouvoir capter le ressenti de chacun des personnages précisément au moment de l’enfance. Et alors qu’on pourrait croire qu’il n’existe aucun point commun entre l’enfance de Sol en 2004 et celle de Kristina en 1945, on se surprend à y trouver des accointances – des convergences même. Les angoisses se traduisent différemment, mais ce sont les mêmes. Ainsi que ces réflexions, ces interrogations et autres contemplations sans cesse aux confins de la folie. Arrière-grand-mère, grand-mère, fils, petit-fils…même combat.
 
Comme si l’histoire, finalement, n’était qu’un éternel recommencement. Ce qui d’ailleurs n’est pas totalement faux (tout du moins dans la perspective du texte) : après tout, la narration procède à rebours de la chronologie. De fait la fin du roman correspond au début de l’histoire.
 
Entre vous et moi : à part Monsieur Faulkner, quel autre écrivain est jamais parvenu à bâtir ce genre de cathédrale ?
 
 
le genre : pièce montée
la note : 6 / 6
 
 
 
 
par thomthom publié dans : Lectures
Lundi 29 janvier 2007
Ringolevio (Little Bob Story, France, 1987)
 
 
Régulièrement oublié, mésestimé, décrié et on en passe, Little Bob aura dû attendre le début des années 2000 pour que l’on reconnaisse son importance et qu’on lui offre une série de rééditions décentes. Pourtant, ce personnage fort sympathique déjà apparu dans le « Journal d’un dépressif » aura toute sa vie été plus à même que Johnny de chanter les bienfaits du blues, qu’il défend depuis la fin des années 60 !
 
 
Première galette de cette vague de rééditions (Rendez-vous in Angels City, nettement plus alléchant, est reparu en même temps mais n’a pas croisé le chemin de mes oreilles), Ringolevio laissera un peu perplexe le djeun’s qui aura entendu parler de P’tit Bob sans jamais l’entendre jusqu’alors. A vrai dire, même moi qui possédais déjà l’édition vinyle j’ai été surpris : de High Time (1976) à Libéro (2002) en passant par Living in the fast lane (1977), Vacant Heart (1982) ou Lost Territories (1993), le parrain des punks français a publié plus d’un album indispensable…mais Ringolevio n’en fait certainement pas parti. Abîmé par un son eighties qu’aucune réédition ne dégagera jamais complètement, ce disque réussi n’en est pas moins mineur. On aimerait bien savoir pourquoi le label a choisi de ressortir celui-ci, mais bon…
 
Car Ringolevio, n’en déplaise aux détracteurs de Roberto, reste tout de même un très bon disque s’ouvrant sur le hurlement (culte) de Lemmy « Mötörhead» Kilmister directement enchaîné avec le titre éponyme (sûrement LE classique de ce dixième opus). Avec également « Life goes on » et « Motorcycle Boy », il forme un trio de titres féroces qu’il serait criminel de manquer. La première impression est que ça marche moins bien sur les mid-tempos, mais c’est en fait un truc trompe l’œil : tout bêtement les chansons toutes guitares dehors ont-elles beaucoup moins vieilli que d’autres plus sophistiquées. Ce qui est d’ailleurs regrettable, car le traitement funk appliqué à la reprise de « Hush » semble très intéressant sur le papier…manque de bol, c’est le genre de trip qui était hyper moderne en 1987 mais déjà périmé en 88. Heureusement ces mid-tempos sont illuminées par l’impétueuse et irrésistible « Crosses on the hill », le genre de titre à mi chemin en la ballade et le blues déchirant que Little Bob n’a tout simplement JAMAIS foiré. Il y a tout sur ce morceau : la montée en puissance, la voix du Maître…brr, frisson garanti.
 
Evidemment, les disques ont été faits à l’époque où ils ont été faits : la meilleure remasterisation de tout les temps n’empêchera jamais certains titres de pécher par excès de mode, à l’image de ces « Shadow Lane » ou « Tell everybody the truth » sonnant comme la rencontre improbable entre le hard FM américain de l’époque, la basse vrombissante new-wave et le chant de Robert Plant. Mais dans l’ensemble, Ringolevio tient particulièrement bien la route – en tout cas certainement mille fois mieux que certaines productions hair-metal de l’époque. Tout bêtement parce que Little Bob Story (cover-band mythique de Bob dissout juste après cet opus) réunissait deux choses que peu de groupes possèdent : un groove furieux et une âme, une vraie.
 
Ce n’est donc pas leur plus mauvais album, juste le moins bon. Et vu le mal qu’on a encore aujourd’hui à trouver du Little Bob sur le marché, mieux vaut ne pas bouder son plaisir !
 
 
le genre : rock / hard
la note : 4,25 / 6
 
 
 
 

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