Les notes du Golb

...
   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Mercredi 28 février 2007
Je délaisse un peu ce journal cet an-ci…ça ne vous a sans doute pas échappé. Je m’en excuse bien bas ! Ces chroniques deviennent de plus en plus éparses…


Comme il semble loin le temps où j’en postais trois par semaine ! Comme il semble loin le temps – tout court. Parce que s’il n’y avait que ça que je ne faisais plus qu’en dilettante, ce ne serait pas grave. Le fait est hélas que je vis en dilettante ! Depuis quelques semaines à présent…je n’ai pas envie de grand chose, moi qui ai toujours voulu tout et tout de suite, et je passe ma vie à attendre que la journée se termine. Ca n’a aucun sens : lorsque la journée se termine une autre commence, qui se termine également, pour céder la place à une troisième, et ainsi de suite. J’imagine qu’au fond de moi, quelque chose espère que la prochaine journée sera moins pire que celle qui vient de s’écouler. Quelque chose qui donc attend demain tous les jours.

Bien sûr rien ne vient ni ne change, c’en est presque désolant. Mon cerveau a imprimé l’info suivante : un jour ça ira mieux. Du coup il n’a de cesse de guetter ce jour, ce qui pourrait bien être la meilleure manière de l’empêcher de venir. Parmi les phrases creuses que l’on me répète sans cesse (dans la lignée de « Comment ça va ? ») il y a : « Il va te falloir du temps. » (ainsi que ses variantes : « Il faut tu temps. », « Attends. », « Laisse le temps au temps. », « Le temps fera son œuvre. », « Avec le temps… »…)…C’est sans doute vrai. Sûrement. Et me voilà, moi, à culpabiliser de ne pas vouloir de ce temps qu’on m’offre sur un plateau. Paradoxal, non ? Pour la première fois depuis des années j’ai le temps de faire ce que je veux, on me le donne de bon cœur, et je ne veux pas prendre le temps. Non ! Je voudrais que ma vie redevienne normale (ce qui n'est que partiellement vrai : en fait par normal j'entends comme avant), mais pas dans deux mois, pas dans un an : maintenant. Je sais, je brûle les étapes.


Il paraît que c’est très long ces choses là, faire un deuil et tout. Il paraît que des fois on ne s’en remet pas du tout (idée qui me rassure au plus haut point). Il paraît que je m’en sors plutôt bien par rapport à d’autres. Il paraît que j’ai une force incroyable, une volonté exceptionnelle, un self-control dément. Il paraît qu’on ne m’en voudrait pas si je pétais les plombs, si je devenais alcoolique ou si je sombrais et passais mes soirées recroquevillé dans un coin de mon appartement à pleurer. Il paraît qu’on m’aimerait quand même, qu’on m’aiderait, qu’on me soutiendrait…

…comme c’est bizarre, toutes ces choses qui paraissent. Il en paraît des choses, quand vous perdez votre fille. Je ne vous le souhaite pas, bien entendu, mais si d’aventure cela vous arrivait sachez que vous aurez une petite compensation : compter le nombre de personnes qui prétendent vouloir vous aider. Ca, c’est une activité qui égaiera votre deuil, soyez en sûrs. Car dans les faits, évidemment, personne ne vous aide. On vous dit « Je suis avec toi » à longueur de journées qui n’en finissent pas, mais le soir, si vous regardez bien autour de vous, vous notez que vous êtes désespérément seuls. Même lorsqu’il y a une ou deux personnes pas très loin, la solitude vous écrase – cela va de soi.

Cela va de soi, pourtant ce n’est pas spécialement facile à vivre. Le savoir n’aide en rien à la supporter. Depuis plusieurs semaines je fuis le plus possible, pour un résultat nul ou presque. Je n’arrive pas à trouver de dérivatif assez puissant aux pensées qui me viennent…ni littérature, ni musique…rien n’est suffisamment fort pour chasser les images qui m’agressent chaque nuit. Rien n’est assez bon pour moi. Et d’ailleurs, rien n’est assez – tout simplement. Les mots d’amours, les douceurs, les gentillesses, les services rendus…le monde extérieur (extérieur à moi, je veux dire) ne fera jamais assez pour m’aider à triompher de cette sinistre période. Au contraire, il me fait à sa manière plus de mal que de bien, en me poussant à la culpabilité. J’ai toujours eu voyez-vous un sens du sacrifice surdimensionné. Ce qui fait qu’au lieu de me décharger totalement, je prends plus que jamais sur moi pour éviter d’écraser les gens qui m’entourent. De les plomber. Je n’ai pas envie de voir les gens que j’aime plier sous le poids de ma souffrance alors je fais semblant de n’en plus ressentir, ou plus tellement, enfin je vais mieux, vous comprenez, d’ailleurs ça se voit non ? Oui : ça se voit. C’est bien ça le pire ! J’arrive parfaitement à dissimuler tout cela. J’en viens à me dire que je devrais peut-être me reconvertir dans la comédie.

Malgré cela, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, j’ai tout de même toujours l’impression de déranger. Ne fût-ce que par ma présence. Comme si le simple fait que je sois là, dans la pièce, était pesant en soi. Ok, c’est peut-être le fruit de ma parano naturelle décuplée par les récents évènements. Mais je me base sur des sensations qui, elles, sont belles et bien réelles : je dérange. Tenez par exemple : quand j’ai commencé cette chronique, Cricri était à quelques mètres de moi en train de lire. Là, je ne sais pas trop où il est. Il lit toujours, mais dans une autre pièce. Pourquoi ça ? Il n’a aucune raison de lire dans une autre pièce. Il était là bien avant que je vienne me mettre à l’ordinateur pour écrire. Il n’aurait pas dû bouger. Il n’en avait pas besoin.

Et pourtant : il a bougé.

Vous imaginez sans peine ce que ma paranoïa peut faire d’une telle information, si anodine semble t’elle.


Peut-être m’en suis-je convaincu, mais j’ai le sentiment de mettre mal à l’aise. Si j’ai un coup de mou (ça m’arrive quand même de temps un temps, je ne suis pas non plus Superman) je provoque la panique générale autour de moi…je me rends compte alors que tous ces gens qui me disent que c’est normal, que je dois craquer, évacuer, toutes ces conneries…tous ces gens, donc, ne sont absolument pas prêts à me voir lâcher la bride ne fussent que cinq minutes. Ca les effraie. Et quand je ne craque pas (à savoir : la plupart du temps), mon apparente indifférence les effraie aussi. Et d’ailleurs même quand je suis entre les deux, ils sont effrayés. Tout les flippe. Quoi que je fasse ou dise ou pense, ils sont mal à l’aise. Peut-être bien parce qu’ils se sentent extérieurs…parce qu’ils ne savent pas comment me prendre. Parce qu’ils comprennent qu’ils ne comprennent rien, que même avec la vue de l’esprit la plus performante ils n’arriveraient pas à comprendre. Alors souvent, ils laissent de grands silences. Pas moi : eux. Ils se taisent, croyant sans doute se taire par pudeur alors qu’ils ne le font que par peur.

Moi, je leur en veux.

Systématiquement.

Je leur en veux lorsqu’ils se mettent à ma place, ça me semble ridicule.

Je leur en veux lorsqu’ils ne le font pas, ça me semble injuste.

Je leur en veux car je vis tout cela seul, en même temps je n’ai aucune envie de le partager avec quelqu’un.

Je leur en veux de ne pas comprendre, mais je ne suis pas certain que je serais capable de dire : « Toi, tu me comprends. » même si c'était le cas...

Peut-être que je dis qu’ils ne comprennent pas par principe.

Peut-être qu’ils comprennent très bien ?

Peut-être qu’ils imaginent… ? Auquel cas ils devraient trouver des choses plus marrantes à imaginer…




Peut-être que vous vous dites qu’ouh là là, il a l’air bien paumé celui-là. Je ne peux pas vous dire le contraire. Le brouillard semble s’épaissir au fil du temps. Ca devrait aller mieux, c’est de pire en pire. Ce qui explique que je n’écrive pas des masses de chroniques cet an-ci : je ne saurais pas quoi vous raconter. Ma vie est assez vide, depuis le quatre février dernier.

Ces chroniques étant un reflet de ma vie, il est naturel qu’elles ne soient ni nombreuses ni captivantes.


Mardi 27 février 2007
Cousine K (Yasmina Khadra, Algérie, 2003)


« Je les déteste.
Je la déteste. »

Esprit fragile sinon faible, ce jeune narrateur sans âge défini idolâtre son frère (en qui l'on devine qu’il reconnaît l’homme normal qu’il désirerait tant être) et a érigé sa cousine (qui ne lui en demandait pas tant) au rang de quasi divinité. Ce jeune homme se traîne à ses pieds, se traîne tout court même, au milieu d’un environnement qui lui semble hostile…

…vraiment ? C’est la question que je me suis posé en refermant ce court roman, et je ne suis pas parvenu à fournir une réponse. Je ne serais pas surpris de découvrir que le prisme détraqué de ce narrateur – personnage mal aimé (à défaut d’être mal traité ?) est utilisé pour embrouiller le lecteur. Le fait est qu’en dépit des efforts qu’on peut faire pour l’aimer, ce personnage, on ne s’y attache jamais. Pas une seule seconde. Au mieux il laisse de marbre, au pire il insupporte. Le lecteur le plus indulgent sera indifférent à lui comme lui est indifférent aux autres. Car finalement ce jeune garçon n’aime rien, ne s’intéresse à rien, ne fait rien… ! Quant à la seule personne à laquelle il tient vraiment, il finit par la détruire.

Mon point de vue peut prêter à débat, mais je ne crois pas qu’on puisse écrire un livre totalement réussi sans créer un personnage un tant soit peu attachant. Il y a plein d’ordure attachantes (ou tout le moins attirantes) dans l’histoire de la littérature…le narrateur de ce roman n’est qu’un pauvre type paumé, ni sympathique ni drôle ni touchant…on n’arrive même pas à avoir pitié de lui tellement il inspire l’antipathie la plus violente dès la premières page. C’était sans doute voulu, mais cela reste le principal défaut du bouquin.

Du reste, le récit ne m’a pas convaincu. Le rythme est là, l’écriture est belle (comme toujours avec l’auteur), mais la mécanique psychologique qu’il entend étudier est représentée bien trop sommairement pour qu’on adhère. Certains textes sont trop longs ; celui-ci aurait gagné à faire une centaine pages en plus. Il serait alors passé d’intéressant à passionnant


Ca se lit donc, oui, et c’est plutôt pas mal au final. Mais Yasmina Khadra nous a prouvé à de nombreuses reprises qu’il était capable de beaucoup mieux.


le genre : fable sinistre
la note : 3 / 6


par thomthom publié dans : Lectures
Dimanche 25 février 2007

 

Il y a quelques mois, j'ai écrit ceci :

 

"...c'est là que ce film atteint un degré de nullité qui me donne presque envie de lui décerner un César..."

Il suffisait de demander.

 

Quel film ? Celui-ci !

 

Dimanche 25 février 2007
5. FASHION : 1989 / 2001
  
 
 
 
 
 
 
 
 
C'est bien connu : quand on touche le fond, un petit coup de pied et on remonte. Ce vieil adage, Bowie l'aura mis en pratique à la fin des années 80. Désormais considéré comme un Absolute Loser, il n'a pas grand chose à perdre et décide de se réinventer. Mission accomplie, et avec panache ! Dans les années 90 en effet, Bowie va se montrer plus roublard et plus inventif que jamais. Tandis que ses contemporains (d'Iggy à Macca) vont osciller au gré des coups de barres de producteurs rarement passionnés par l'art, lui va anticiper toutes les modes, se tailler une toute nouvelle crédibilité et un tout nouveau public.
 
 
 
« Tin Machine » - 1989
 
« Tin Machine II » - 1991
 
Il fallait oser : l'artiste solo par excellence créait à la fin des années 80 un groupe mésestimé, Tin Machine. Accompagné notamment par Reeves Gabrels (gratteux lui aussi mésestimé alors qu'il cosignera les meilleurs morceaux du Duke jusqu'en 2000), Bowie anticipe le retour au rock dur le temps d'un premier album particulièrement efficace - à défaut d'être fulgurant. « Crack City », « Heaven's in here », une reprise couillue du « Working Class Hero » de Lennon...la résurrection serait-elle en marche...?
 
...oui et non : si Tin Machine premier du nom s'avère une bonne surprise, le second épisode du quatuor électrique sera moins convaincant. Dans une volonté d'accrocher le wagon grunge un peu poussive (quoique totalement justifiée tant le mouvement de Seattle a emprunté à Bowie), le groupe patauge. L'album est un ratage, mais en soi son existence est plutôt positive pour la suite : certes Dave a encore merdé. Cette fois-ci cependant il a merdé en essayant quelque chose. Rien que ça ne semblait plus possible depuis des lustres.
 
notes indicatives :
 
Tin Machine : 4,75 / 6
 
Tin Machine II : 2,25 / 6
 
 
EXTRAIT : "Heaven's in here"
 
 
 
« Black Tie / White Noise » - 1993
 
Comme son nom le laisse supposer, Black Tie / White Noise marque le retour de Bowie aux musiques blacks (pour de vrai, cette fois, Cf Let's dance) en général, et à la soul (genre qu'il chérit plus que tout) en particulier. En rappelant Nile Rodgers (qui avait déjà produit Let's dance), Bowie prenait le risque de décliner une formule déjà employée...eh bien non ! Car cette fois-ci il maîtrise les débats. Co-produisant l'album il lui confère un son frais et moderne (bon alors ne paniquez pas à l'écoute, c'était moderne en 1993 !). Surtout, il se réconcilie avec les fans de manière très symbolique : d'abord en reprenant « Nite Flights » de Scott Walker (son modèle) ; ensuite en rappelant Mick Ronson aux guitares (ce dernier décèdera juste après la publication). Egalement au générique : Mike Garson et Morrissey.
Un tel casting donne l'impression d'une Union Sacrée autour d'un Bowie à l'agonie rappelant ses collaborateurs de différentes époques pour se remettre en scelle...c'est presque de cela qu'il s'agit, à ceci près que Bowie n'a eu besoin de personne pour composer « Jump they say ! » et « The Wedding ».
 
note indicative : 5 / 6
 
 
 
 
 
« 1.Outside : The Nathan Adler's Diary » - 1995
 
Et ça continue ! Cette fois, Bowie va encore plus loin. Il part chasser sur les terres de Tricky, de Nine Inch Nails et de beaucoup d'autres. Il rappelle Brian Eno. Il revient au concept album, aux expérimentations, aux oeuvres collectives, à l'esthétisme...alors que musicalement 1.Outside a les deux pieds dans son époque c'est dans l'esprit le plus 70's des récents travaux bowiens. Amusant pied de nez !
 
note indicative : 6 / 6
 
voir la chronique
 
 
EXTRAIT : "I'm deranged" (bien sûr, sans l'autoroute de « Lost Highway » hélas !)
 
 
 
« Earthling » - 1997
 
On dégoisa beaucoup à l'époque sur le mode : PFF, BOWIE SE MET A LA TECHNO, OH L'AUT' !...ce n'était pas faux, mais c'était injuste. Sur Earthling, Bowie fait bien plus que suivre la mode : il l'anticipe, la domine, la digère. Oui, il utilise des breakbeats, mais pas n'importe quand et pas n'importe comment. Ici Bowie joue pied au planché, se lâche, percute comme il ne l'avait plus fait peut-être depuis la période Ziggy Stardust. Les titres (« Little wonder », « Satellite ») sont rapides et enlevés, le son est à décorner les boeufs, et l'ensemble surclasse largement le meilleur Prodigy.
Pourquoi ? Tout simplement parce que Bowie, au-delà des expérimentations, demeurera toujours un artiste pop. Du coup lorsqu'il s'attèle au techno-rock il publie du techno-rock à dimension humaine, avec de vraies chansons qu'on peut retenir et chantonner si ça nous dit. Comme par exemple « I'm a afraid of americans », un de ses meilleurs titres toutes périodes confondues.
 
note indicative : 6 / 6
 
 
 
 
 
« Hours...» - 1999
 
On considère généralement que le dernier album de Bowie dans les années 90 clôt une trilogie imaginaire entamée avec 1.Outside et Earthling. A tort, me semble t'il.
Quitte à verser dans la trilogie imaginaire, je préfère croire qu'Hours...est le premier volet d'une autre, poursuivie avec Heathen et Reality. Une trilogie dans laquelle Bowie cesse progressivement de jouer la comédie pour se livrer tel qu'en lui-même : simple et sympa. Oui oui. Au fil d'albums de moins en moins sophistiqués, David Bowie s'humanise, à l'image de « Seven », petite comptine pop / folk sur son enfance, ou de « Thurday's Child », évoquant le Bowie des années soixante. Pour l'heure il reste du travail, et quelques titres comme « The Pretty Things Are Going To Hell » portent encore la marque du Bowie cyber-punk. Mais il paraît évident qu'à cinquante deux ans en 1999, David Bowie aspire à la sérénité.
 
note indicative : 5 / 6
 
 
EXTRAIT : "Seven (live'99)"
 
 
 
6. NEW KILLER STAR : 2002 / ????
 
 
Et voilà Bowie remis en selle ! Assez ironiquement lui-même semble ignorer comment il s'y est pris. Désormais il s'attelle à une toute autre tâche : devenir un de ces artistes intemporels éternellement jeunes - a priori on le dirait plutôt bien parti.
 
A moins qu'il ne nous réserve d'autres surprises pour l'avenir ?
 
 
 
« Heathen » - 2002
 
A ce jour, Heathen semble demeurer l'album préféré de son auteur, et même si le recul nous manque encore pour en juger il paraît en effet bien parti pour devenir un classique.
Sombre et endeuillé, Heathen ne contient pas vraiment de chanson évidente et imparable...Il rappelle beaucoup Station to Station pour le côté indivisible, mais se rapproche bien plus d'Hours... musicalement parlant. Difficile de savoir de quoi il retourne précisément. Tout au plus peut-on affirmer que ce côté tout en atmosphères, loin de rebuter, ne laisse franchement pas indifférent. On a presque envie de se laisser bercer ! Bowie pour sa part donne l'impression d'avoir accédé à une forme de paix intérieur et de partir pour de nouvelles aventures, alternant mélodies aériennes (« Sunday », « 9 : 15 », « Heathen ») et brûlots rocks comme cette reprise impétueuse d' « I've been waiting for you » de Neil Young. Le public ne s'y est d'ailleurs pas trompé, qui en dépit d'une promotion très mince et de l'absence de single a fait un triomphe plus que mérité au meilleur album de Bowie depuis...
 
(vous avez bien suivi ?)
 
note indicative : 6 / 6
 
EXTRAIT : "Afraid"
 
 
 
« Reality » - 2003
 
Meilleur album de Bowie depuis celui d'avant, Reality montre un artiste totalement décomplexé, notamment par rapport à son âge (Cf le texte de « Never Get Old »), et prêt à en découdre avec la terre entière. Musicalement c'est du rock-pop de base mais parfaitement maîtrisé, à la manière de Heathen - mais en joyeux : une collection de chansons habiles et souvent poignantes (reprise les larmes aux yeux du « Try some, buy some » de George Harrison) lorsqu'elles ne sont pas purement et simplement géniales : rock débridé pour « New Killer Star » ou « Pablo Picasso », ambiance Swingin' London pour « Fall dogs bomb the Moon » ou « Looking for water »...sans oublier le jazz vénéneux de « Bring me the Disco King », LE chef d'oeuvre du disque.
Rétrospectivement, ça donne aussi très envie d'entendre la suite. Car même moi je me demande très honnêmement comment Bowie pourra faire mieux, dans le genre, que cette paire d'as constituée par Heathen et Reality.
 
note indicative : 5,75 / 6
 
 
EXTRAIT : "New Killer Star"
 
 
 
 
II. LIVES & COMPILES
 
 
Il existe environ quarante compiles de Bowie, pour la plupart dispensables. C'est le lot de toute oeuvre de cette envergure mais c'est encore plus vrai pour Bowie, dans la mesure où la plupart de ces disques enquille des hits pas forcément palpitants. Il y a en effet de quoi envoyer le Best Of Bowie de 2003 au feu lorsqu'on constate qu'il se compose de plus de titres de la « mauvaise période » que de morceaux des années soixante-dix !
L'idéal serait sans doute d'attaquer par la Singles Collection (ou Platinum selon les éditions), à deux détails prêts : tout d'abord c'est très cher. Ensuite plus grave (enfin tout dépend où l'on situe la gravité dans ce cas précis), ça date de 1987. Et si l'album a été régulièrement réédité depuis les titres sont toujours les mêmes qu'à la première parution, ce qui privera l'auditeur curieux de certains singles indispensables comme « Hallo Spaceboy » ou « Survive »...vous me direz une compile de singles, à la base, prive de plein de morceaux. Vous me direz aussi que Bowie n'a jamais été un artiste à singles. Ok bon ! Mais tout de même ! A voir donc, de toute façon c'est la seule compilation qui mérite vraiment qu'on s'y attarde...
 
Autres compiles recommandées, mais uniquement pour les fans, London Boys, qui regroupe les enregistrements du jeune Bowie entre soixante-six et soixante-huit. Un bon pendant au premier album éponyme, devenu de plus en plus difficile à trouver au fil des années. En fait il existe un tas de compiles regroupant ces enregistrements Deram, mais comme ils ne sont pas non plus fabuleux il m'a semblé judicieux d'en sélectionner une qui ait tout à la fois le mérite de la qualité et celui de la concision.
Si vous êtes fans, vous risquez aussi de vous laisser tenter par All Saints (2000), qui regroupe tous les instrumentaux du Duke. On aurait pu croire que ce serait hétéroclite, eh bien pas du tout ! Il s'agit d'une manière originale d'aborder l'oeuvre, qu'on pourrait tout à fait voir comme un complément futé à la Singles Collection...
 
Pour ce qui est du live, c'est tout aussi problématique : pour l'avoir vu sur scène j'ai pu constater que Bowie livrait des performances de haute volée. Hélas, pour une raison que j'ignore, le live ultime de Bowie n'existe pas encore, et la qualité des enregistrements est inversement proportionnelle à celle des prestations. Le meilleur à mon sens est Ziggy Stardust - The Motion Picture Soundtrack (1973), BO du doc sur le dernier concert des Spiders From Mars. Un très très grand moment de rock n'roll, je vous assure.
Intéressant aussi le David Live ! de 1974, qui montre une passerelle intéressante entre Diamond Dogs et Young Americans : les titres du premiers interprétés à la mode soul / funk du second...de quoi souligner la cohérence d'une oeuvre à laquelle Bowie lui-même a souvent reproché d'être par trop éparse ! D'ailleurs dans la famille « aperçu », je me dois de vous renvoyer à l'article sur
Bowie At The Beeb (dont vous avez eu quelques extraits ci-dessus) !
Enfin si vous mettez la main dessus, le meilleur live que j'ai jamais entendu de Bowie est le bootleg officiel (j'adore les oxymore, vous le saviez ?) de la tournée A Reality Tour de 2003. Le son est excellent, le répertoire n'hésite pas à aller fouiller dans les recoins les plus obscurs sans pour autant négliger les incontournables...difficile de faire mieux. S'il devait vraiment y avoir un nouveau live officiel de Bowie (ce n'est plus arrivé depuis 1978) ce pourrait être celui-ci.
 
 
 

 

POUR LA ROUTE : "Rock & Roll Suicide"

 
 
 
 
merci à Aphrodite de m'avoir supporté durant la rédaction interminable de cet article !!!
 
 
 
 
 
 
 
 
Dimanche 25 février 2007
 
 
 Dandy trash, Caméléon nihiliste, Artiste Total...quarante ans en juin que la presse se creuse la tête pour trouver un qualificatif approprié à l'art (aux arts) de David Bowie. Il est probable que tous ceux-là soient vrais. Il est certain qu'il en manque beaucoup d'autres, auxquels les journaleux de tout crin auront l'occasion de penser cette année (puisqu'il semble acquis qu'un vingt troisième-album verra le jour dans le courant 2007). D'ici là, quelle meilleure occasion pour inaugurer cette nouvelle rubrique ? Bowie, c'est bien simple, a quasiment tout inventé. Et les rares fois où il ne le fit pas ce fut pour emprunter avec génie. Passé maître dans l'art du contre-pied, il fait tout simplement partie du club très fermé des artistes auxquels tous les musiciens de toutes les époques doivent quelque chose.
 
A part les Beatles et les Stones, personne ne peut en dire autant.
 
 
 
note : cette chronique étant trop lourde pour over-blog (mais qu'est-ce qui n'est pas trop lourd pour over-blog ?) j'ai dû me résoudre à mettre les extraits en liens - je m'en exuse par avance.
 
 
 
I. ALBUMS STUDIO
 
 
1. THURSDAY's CHILD : 1962 / 70
 
 
Si les enfants précoces ne sont pas toujours des génies, force est d'admettre qu'il arrive que ce soit le cas. Improbable livre des records, la jeunesse du petit David Jones impressionne : Baby Bowie lit tout Kerouac à dix ans, joue remarquablement du saxophone et du piano à onze, fréquente les milieux jazz londonien à treize...A quinze ans, premier concert : The Kon-Roads, groupe de jazz-rock peigné et looké, ont laissé un fort souvenir à ceux qui les ont vus à l'époque. Rebaptisés The King Bees, ils écument les bars londoniens à la recherche d'un contrat qui ne viendra jamais. En 1964, David les plaque pour rejoindre un groupe mod de plus en plus en vogue : The Manish Boys. Ce sera sa plus longue expérience collective, son tempérament n'étant semble t'il pas vraiment compatible avec le concept de groupe - ce qui ne surprendra personne. Il s'acharnera quand même, intégrant pas moins de huit formations entre 1962 et 67...avant de finalement tenter sa chance en solo après avoir été repéré par Deram lors d'une tournée des Boys en première partie de (accrochez-vous bien) Gene Pitney, The Kinks & Marianne Faithfull ! Cette fois, sa carrière commence pour de bon : changement de patronyme et adoption de Bowie en 1965, premier 45 tours (« Do anything you say ») l'année suivante...l'histoire est en marche !
 
 
 
« David Bowie » - 1967
 
L'album de la discorde, au point que son auteur le raya rapidement de sa discographie. Non pas que David Bowie soit un mauvais disque, mais il est certain qu'absolument rien ne laisse deviner ce qui va suivre ! C'est le disque d'un Bowie sous influence, obsédé par Anthony Newley et par les Kinks. Certaines chansons telle « Did you really have a dream ? » ont un réel potentiel commercial...sauf qu'on est en 1967 ! L'heure est au psychédélisme et au LSD, et les délires mods du jeune Bowie (il a à peine vingt ans), qu'ils soient musicaux ou visuels, semblent déjà passablement ringardos. On oublie d'ailleurs assez vite à l'écouter qu'il s'agit d'un disque sorti la même année que Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band tant le son paraît vieillot. Le recul aide cependant à apprécier David Bowie (intitulé David Bowie'67 sur les rééditions américaines) de manière plus juste : il s'agit réellement d'un bon album, simplement totalement décalé par rapport à son époque aussi bien que par rapport à la suite de la discographie.
Si seul l'onirisme de « There is a happy land » annonce les merveilles à venir (en tendant l'oreille, soit), de nombreux titres retiennent l'attention. Peut-être le seul disque vraiment pop de Bowie...? En tout cas le seul où il ne fasse pas preuve d'originalité.
 
note indicative : 3,75 / 6
 
 
 
 
 
« Man Of Words / Man Of Music » - 1969
 
Plus connu sous le titre Space Oddity, et c'est déjà une autre paire de manches. Saqué par Deram, Bowie a échoué sur RCA pour publier deux ans plus tard (ce qui est très long pour l'époque) ce qu'il considère comme son premier véritable album...on ne peut que lui donner raison : contrairement au précédent, celui-ci est doté d'une ligne directrice, d'une production léchée (la rencontre avec Tony Visconti fera date) et d'une réelle couleur - en l'occurrence plutôt folk-pop. S'il est amusant de se dire que son manager de l'époque voulait faire de lui le nouveau Donovan (je vous assure que c'est véridique !), difficile de ne pas succomber à la grâce de « Letter to Hermione » (la seule véritable chanson d'amour qu'il ait écrite, mais quelle chanson !), à la légèreté touchante de « God knows I'm good »...et bien sûr au morceau d'ouverture, « Space Oddity » premier classique et premier tube (qui pour l'anecdote ne sortit en single que quatre ans plus tard car le manager susmentionné craignait de changer son poulin en one hit wonder - voir clip).
Ailleurs, avec « Memory Of A Free Festival » et « Cygnet Comitee », Bowie signe ses deux premières pièce-montées spatiales dont on ne doute pas qu'elles aient inspiré plus d'un Radiohead. Objectivement et en dépit de critiques qui tendent à le dévaluer, cet album est parfait. Mention spéciale à la réédition de 99, qui vous donnera l'impression d'écouter un album sorti la semaine dernière.
 
note indicative : 6 / 6
 
 
EXTRAIT : "Space Oddity"
 
 
 
« The Man Who Sold The World » - 1970
 
 
...n'est pas que l'album renfermant une certaine chanson popularisée par un certain leader d'un certain groupe grunge. Bien avant cela, c'est une oeuvre singulière où Bowie casse une image jusqu'alors un peu lisse (il pose en travelo sur la pochette) et affirme son indépendance artistique. Pour ce faire il a recruté Mick Ronson, auquel il faudra probablement consacrer une chronique entière un jour. Guitariste dément, arrangeur inspiré, le jeune homme va propulser la musique de Bowie dans des sphères qu'elle n'aurait sans doute jamais atteintes sans'lui.
S'ouvrant sur l'escalade métallique de « The Width Of A Circle », ce troisième album lorgne régulièrement vers un rock obèse comme un Sabbath (« Saviour Machine », « The Supermen » et surtout « All the mad men » à la cavalcade maidenienne *** avant l'heure !!!) rattrapé par la mode psyché à une époque où elle n'intéresse déjà plus grand monde (« Running Gun Blues »). Bien qu'ayant un peu trop tendance à s'étirer au-delà des cinq minutes réglementaires, David Bowie parvient à signer son premier album totalement cohérent du début à la fin. Si Man Of Words / Man Of Music sonnait parfois comme une compile de chansons géniales, The Man Who Sold The World sonne comme un authentique album / somme.
 
note indicative : 5,75 / 6
 
 
EXTRAIT : "All the madmen"
 
 
 
*** note pour Killroy : la cavalcade maidienne est à la minute 3
 
 
 
2. GOLDEN YEARS : 1971 / 74
 
 
Ca commence plutôt bien, mais la carrière de Bowie est encore loin d'être lancée. Tout vient cependant à point à qui sait attendre : début 71, Bowie signe un contrat mirobolant, rencontre Angie et embauche Tony Defries en guise de manager. Ce triste sire lui volera ses maigres bénéfices (car Bowie a un nom mais ne vend pas) et lui confisquera son catalogue pendant deux décennies, soit. Il sera aussi l'artisan d'une carrière médiatique à nulle autre pareille : désormais, même absent de l'actualité, Bowie sera toujours là. L'idée de Defries est de lui faire exploser le concept de musicien pour le métamorphoser en icône culturelle...pas une mince à faire. Pour quelqu'un de normal, en tout cas, car la créativité de Bowie dépassera toutes les espérances de son manager aux dents longues...une nouvelle ère commence, celle des tubes, du succès à grande échelle, des paillettes et du glam...
 
 
 
« Hunky Dory » - 1971
 
Quatrième album, quatrième métamorphose. Ca tombe bien : les mutations et autres personnalités multiples sont au centre du concept de cet album tout simplement charmant où Bowie s'essaie tour à tour à la pop 60's et au crooning...rétro, Hunky Dory ?! Certainement !
 
Définir Hunky Dory, album lumineux mais sinueux, n'est pas une mince à faire. Allons donc au plus simple : prenez un carré d'as « Changes » / « Oh ! You Pretty Thing » / « Life on Mars ? » / « Quicksand ». Ajoutez son triptyque d'hommages à Warhol (« Andy Warhol »), Dylan (« Song for Dylan ») ainsi qu'au Velvet (« Queen Bitch »). Ajoutez à cela un esthétisme dandy du meilleur aloi, l'invention d'un courant musical (le glam-rock) et le morceau le plus mystérieusement fascinant de tout le répertoire (« The Bewlay Brothers »). Secouez bien : vous aurez dans votre shaker l'album préféré de quatre-vingt dix pourcent des fans. A noter que c'est sans aucun doute le disque le plus direct, mélodique, accessible...du Duke - idéal pour ceux qui d'aventure seraient réfractaires aux décibels.
 
note indicative : 6 / 6
 
 
EXTRAIT : "Life on Mars ?" ***
 
 
 
*** par ailleurs le premier « vrai » clip de l'histoire, deux ans avant « Bohemian Rhapsody »
 
 
 
« The Rise & Fall Of Ziggy Stardust & The Spiders From Mars » ? 1972
 
 
Ironie du sort, le concept album le plus populaire des années 70 aura aussi été le plus con de tous les temps. Avec son histoire de rocker martien romantique, Ziggy Stardust fait franchement pitié...Bowie, parolier surdoué, aura réussi à coucher sur le même disque ses dix textes les plus nuls - il fallait le faire. Qu'importe, l'essentiel est ailleurs : dans les solos de Mick Ronson, dans les embardées des Spiders From Mars, dans le son cotonneux et indémodable concocté par Ken Scott...Aussi puissant et abrasif que Hunky Dory était mélancolique et feutré, Ziggy Stardust reste aujourd'hui encore l'un des plus grands albums de toute l'histoire du rock n'roll - peut-être même le seul album foncièrement rock de son auteur.
En créant son personnage, en se cachant derrière, Bowie a bâti son mythe. A tel point que lorsqu'il annonça que Ziggy ne donnerait plus de concerts, les fans crurent que David prenait sa retraite. Il n'est certes pas le premier à avoir eu cette idée d'incarner un personnage, mais il est en revanche le seul, d'Alice Cooper à Marilyn Manson, à avoir jamais su s'en défaire.
 
note indicative : 6 / 6
 
EXTRAIT : "Ziggy Stardust (live'73)" (très mal post-synchronisé, mais ça donne un côté artisinal sympa !)
 
 
 
« Aladdin Sane » - 1973
 
Troisième (avec l'album de reprises Pin ups) et dernière saillie des Spiders From Mars, Aladdin Sane peut être vu comme un Ziggy Stardust plus sombre et plus tordu. L'entrée en lice du pianiste scientologue Mike Garson (seul musicien à n'avoir jamais cessé d'accompagner Bowie depuis) n'y est pas pour rien : son jeu torturé porte à merveille l'abum, plus spécialement le titre éponyme, qui oscille entre jazz sombre et quasi funk. L'ensemble suit cette voie, soutenu par la fameuse ambiance cabaret dont Bowie deviendra le premier dépositaire (« Time »)
Ailleurs une écoute attentive permettra de noter l'impact de cet album précis sur les groupes du revival glam 80's (notamment les Guns'N'Roses). Les meilleurs moments de ce troisième chef d'oeuvre consécutif demeurent néanmoins les chansons les plus viscérales : « Watch that man », « Cracked actors » et bien sûr le tube de service, « The Jean Genie ». Et puis il y aussi la rétro-rock « The Prettiest Star », la quasi punk « Panic in Detroit », la noire et lancinante « Lady Grinning Soul »...un des meilleurs Bowie, moins couru que les deux précédents mais tout aussi indispensable.
 
note indicative : 6 / 6
 
 
EXTRAIT : "Cracked Actors"
 
 
« Diamond Dogs » - 1974
 
 Il faut parfois savoir casser les mythes : si Diamond Dogs est devenu un classique, c'est avant tout grâce à sa pochette scandaleuse (on y voyait à l'origine les roubignoles du Bowie - Chien) et au plus grand tube de la première décennie bowienne : « Rebel Rebel ». Pour le reste, Diamond Dogs est un excellent disque de rock n'roll, mais c'est un Bowie mineur. C'est en fait le premier (le seul ?) où l'artiste n'évolue pas vraiment, reprenant des formules glam-rock avec lesquelles il a déjà fait ses preuves.
Mais à l'époque, Bowie est en pleine crise identitaire : il vient de liquider son groupe, se fait prédire une ringardisation précoce (il n'a alors que vingt-sept ans) par une presse pas vraiment remise de la « mort » de Ziggy Stardust...Diamond Dogs, à sa manière, est son oeuvre la plus personnelle : hormis la batterie, il a enregistré tous les instruments, composé, produit...vu sous cet angle, le résultat tient plus que bien la route ! Les chansons sont simples et efficaces, les mélodies limpides...Sûrement pas le Bowie idéal pour commencer, certes, mais il a fait pire. A noter pour les amateurs que le fameux « plan piqué par Air » se trouve sur ce disque...
 
note indicative : 5 / 6
 
 
EXTRAIT : "Rebel Rebel (live'2003)" (of course !)
 
 
 
3. CHANGES : 1975 / 80
 
 
Pour Bowie, les années 70 se terminent aussi mal qu'elles ont bien commencé. Depressif, cocaïné jusqu'aux ongles des orteilles, le héraut du rock anglais trahi la Nation en s'exilant aux USA pour fuir la pression médiatique - le Royaume-Uni mettra dix ans à le lui pardonner. Là-bas il décide subitement d'abandonner le rock, de défricher de nouveaux terrains soniques...tout en n'améliorant pas, mais alors pas du tout sa consommation de drogue. Paradoxalement, ce sera sa période la plus folle, la plus créative, la plus puissante. Jusqu'à présent il avait publié des chefs d'oeuvre en terme de qualité, mais Hunky Dory ou Ziggy Stardust, aussi fabuleux qu'ils aient été, reposaient sur du pillage ou du recyclage. Cette fois-ci les choses vont être différentes. Radicalement. C'est là, entre 1975 et 1980, que David Bowie va réellement révolutionner la musique.
 
 
 
« Young Americans » - 1975
 
A cette époque, la fameuse white - soul n'existe pas encore. Bowie va y remédier d'une belle manière, avec cet album illuminé par la présence d'un ami de prestige : John Lennon himself. Ensemble, les deux icônes reprennent « Across the Universe » et publient « Fame » - encore un tube. C'est néanmoins seul que Bowie couchera sur disque la merveille funk « Young Americans » ou l'inoxydable « Win ». Seul avec tout de même l'aide du second guitariste de génie à croiser sa route, Mister Carlos Alomar, dont le jeu tout en aigus et en groove sied parfaitement à cet album punchy et quasiment spontané. Un des meilleurs ? Très certainement ! On en reparle la semaine prochaine dans la rubrique « Rééditions »...
 
note indicative : 6 / 6
 
 
EXTRAIT : "Fame (live'2000)"
 
 
 
« Station to Station » - 1976
 
Call him The Thin White Duke. Sur son album le plus noir, voir même carrément glauque, Bowie chronique son addiction sans avoir l'air d'y toucher. L'ensemble, au carrefour des relents funk de l'album précédent et des prémices d'une new-wave qui n'existera officiellement que quatre ans plus tard, pourrait bien être son oeuvre la plus profonde et la plus passionnante. Il n'est d'ailleurs pas idiot de considérer qu'il s'agit du premier album mature d'un David Bowie qui pour la première fois tombe le masque. On y retrouve même une touche très personnelle dans cette manière d'agencer les rythmiques qui deviendra la marque de fabrique du Bowie d'après 76.
Difficile de dégager une chanson du lot tant l'album semble un objet compact et indivisible. Bien sûr, « Stay » et ses scies guitaristiques à la King Crimson (signées par la paire Carlos Alomar / Earl Slick) demeure un titre essentiel, cela dit son impact me paraît moindre lorsqu'on ne l'entend pas pris en sandwich par « TVC 15 » et « Wild Is The Wind »...Non décidément, impossible de donner un titre en particulier. Station to Station, c'est un tout. Une symphonie funk-metal ne pouvant provoquer que deux réactions : la fascinantion ou le rejet total.
 
note indicative : 6 / 6
 
 
EXTRAIT : "Stay (live'2000)"
 
 
 
« Low » - 1977
 
En écoutant la réédition 1999 de Low, le doute n'est plus permis : c'est bien dans ce disque que Radiohead a puisé l'essentiel de ses influences pour Kid A. Ceci devrait suffire à convaincre certains d'entre vous de l'acheter. Aux autres nous dirons que c'est tout simplement ici que commença la musique électronique. Soit : avant Low il y eut les disques de Kraftwerk, tous très intéressants...mais pour tout dire pas très jolis. Alors que Low...Low écrase tout simplement toute la concurrence. Un monceau d'instrumentaux poisseux à vous coller au plafond, soutenu par une poignée de chansons annonçant l'electro-pop des Air et consorts.
Divisé en deux faces (la première plutôt mélodique et la seconde totalement ambient - le genre de luxe qu'on ne peut plus vraiment se permettre depuis la disparition du vinyle), le premier volet de la Trilogie Berlinoise ne ressemble tout simplement à rien de connu. Tout à la fois lumineux (Bowie sort enfin de sa période sombre, ça se sent) et absolument fulgurant, il garde le côté soul des deux derniers opus tout en l'abreuvant d'un genre nouveau qu'on appellera que beaucoup plus tard : techno.
Mais plus que n'importe quelle chronique, ce sont sans doute les mots célèbres de Brian Eno (co-producteur avec Tony Visconti) qui qualifient le mieux cet album : « David a mis tellement d'idées dans Low qu'un artiste normal pourrait bâtir une carrière dessus. »
 
note indicative : 6 / 6
 
 
EXTRAIT : "Be my wife"
 
 
 
« Heroes » - 1977
 
Enregistré au meme endroit (Berlin) au même moment, « Heroes » (avec guillemets) ne pouvait être que la suite logique de Low. Une suite en plus expérimental encore - ce qui pourrait sembler difficilement croyable ! Comme Low, « Heroes » est divisé en deux parties, à ceci près que la partie mélodique s'avère cette fois nettement pop (avec notamment « Beauty & The Best » et « Joe, The Lion ») et la partie instrumentale franchement plus planante. On pourrait même considérer sans trop se tromper qu'il s'agit d'un disque new-wave, voir plus précisément d'un disque pré-Cure : les chansons pop annoncent le Cure des singles, les chansons planantes évoquent le psychédélisme gothique du Cure des albums. On peut difficilement faire plus visionnaire.
Evidemment on ne peut conclure un article sur « Heroes » sans évoquer le titre éponyme, sans aucun doute le plus grand standard de Bowie. Un morceau qui détonne violemment par rapport au reste, cela dit en passant, et qui de plus laisse perplexe : comment expliquer que le titre le plus connu de Bowie soit sur un de ses albums les plus méconnus... ?
 
note indicative : 6 / 6
 
 
 
 
 
 
« Lodger » - 1979
 
Trilogie Berlinoise, suite et fin. Lodger est probablement le moins abouti du lot, pourtant c'est sûrement le plus fouillé. Cette fois-ci Bowie, Eno et Visconti s'intéressent aux musiques du mondes... : l'Afrique (« African Night Flight », étranges percus), l'Orient (« Yassassins »), l'Asie (« Fantastic Voyage »)...ils s'en approchent sans pour autant sombrer dans le pillage ou le ridicule. Autant vous dire que Lodger est le genre de disque qui va vous réconcilier avec la world music et vous permettre de pardonner à Peter Gabriel, Youssou N'Dour and co. La world de supermarché aurait théoriquement dû s'arrêter là. Pas de chance, ce sera l'inverse : elle explosera à échelle planétaire, incitant Bowie à aller voir ailleurs si les Talkings Heads n'y sont pas. Dommage : beaucoup auraient aimé le voir poursuivre dans cette voie.
 
note indicative : 5,25 / 5
 
 
 
 
 
 
 
« Scary monsters...and super creeps » - 1980
 
En 2003, Bowie déclarait au cours d'une interview : « Je parie que c'est mon meilleur album depuis Scary Monsters... ? ». Il avait déjà fait la même pour l'album d'avant, et pour cause : symboliquement, Scary monsters...est effectivement resté dans l'esprit des fans sinon comme le dernier chef d'oeuvre du moins comme le dernier classique. Le dernier coup de griffe avant une très longue éclipse. Celui qui contient peut-être avec le titre éponyme son titre le plus puissant (quoiqu'il vaille mieux le voir sur scène pour s'en rendre compte).
Dans une ambiance new-wave, Bowie balance une dernière fois avant des lustres ces titres provocants dont il a le secret, les « Ashes to Ashes », « It's no game », « Fashion »...c'est en fait (DEJA !) une oeuvre - somme où l'artiste reprend tout ce qui a fait son succès, du rock dur à l'electro en passant par la soul-funk dansante. Fort, très fort, même si on finit par se demander si le symbole n'a pas étouffé un peu le contenu. Peu importe : avec Hunky Dory et Ziggy Stardust, Scary monsters... est le troisième disque de Bowie qu'il faut posséder absolument.
 
note indicative : 6 / 6
 
 
 
 
 
4. BRING ME THE DISCO KING : 1981 / 88
 
 
« Dans les années 80, j'ai été absent de mes disques. » dira souvent Bowie. On confirme : après Scary monsters..., Bowie le péroxydé va sombrer lentement mais sûrement. Jamais complètement, car un album de Bowie ne peut être totalement foiré, m'enfin bon...rien de très extraordinaire. D'ailleurs ses meilleurs titres d'alors, il les jette en pâtures à des B.O. (Cf « Absolute beginners ») - ce qui peut sembler logique si l'on considère qu'à cette époque il semble bien plus intéressé par sa carrière cinématographique que par sa musique !
 
 
 
« Let's dance » - 1983
 
Contrairement aux suivants, Let's dance est un très bon disque. On peut considérer qu'il mérite son succès, car même si leur son a vieilli, « Modern Love », « China Girl » et « Let's dance » demeurent le genre de hits auquel il est franchement difficile de résister.
Néanmoins Let's dance relève tout de même un peu de l'arnaque, dans la mesure où Bowie l'a vendu comme un retour à la soul et à la musique black - ce qui est assurément faux. Une seule écoute de (au pif) « Ricochet » suffit à faire tomber le masque : cet album est avant tout un effort de rock FM basique. Réussi, personne n'ira dire le contraire, mais dépourvu de la moindre originalité ni - plus grave - de la moindre authenticité. On l'écoute avec plaisir, en se demandant néanmoins à quoi sert cette musique presque désincarnée sinon à faire danser dans les mauvaises boites de nuit...
 
note indicative : 4,5 / 6
 
 
EXTRAIT : "Modern Love"
 
 
 
« Tonight » - 1984
 
« Never let me down » - 1987
 
Les spécialistes n'ont pas encore réussi à se mettre d'accord : lequel de Tonight ou de Never let me down est l'album de Bowie le plus piteux ?
 
Sur le papier, tous deux sont de sérieux prétendants au titre, néanmoins je dois avouer que Never let me down me semble tout à fait honnête. Avec une production moins typée 80's il aurait pu même s'agir d'un très bon disque, dopé par des titres tout à fait réussis comme « Day-in Day-out » (superbe jeu de Peter Frampton) ou « Bang Bang ».
 
On ne peut certainement pas en dire autant de Tonight, disque qui frôle l'atroce presque continuellement (mention spéciale à la reprise du « God only knows » des Beach Boys, qui ressemble à s'y méprendre à l'idée que je me fais de l'Abomination). Il y a certes « Blue Jean » (ouf) mais l'objectivité nous force à admettre qu'aussi sympathique soit-elle, cette petite ritournelle pop n'est pas non plus le truc le plus dément qui ait jamais été enregistré. De toute façon, Tonight ne sert pas à grand chose : il a été produit entre deux tournées pour payer les dettes de désintox d'Iggy Pop. Une saine initiative pour l'Iguane dont se serait probablement passé le reste de l'humanité.
 
A noter que Tonight est une exception dans l'histoire de la musique, puisque c'est le seul disque dont les bénéfices (colossaux) ont été inversement proportionnels à l'investissement (il n'y a quasiment que des reprises).
 
notes indicatives :
 
Tonight : 1,75 / 6
 
Never let me down : 3 / 6
 
EXTRAIT : "Blue Jean"
 
 
 
VOIR AUSSI LA CHRONIQUE DE SYSTOOL



LA SUITE ? VIIITE !!!



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