Les notes du Golb

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Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Jeudi 26 avril 2007

Cyberpunk (Billy Idol, Angleterre, 1993)


Il serait idiot de dire qu’il s’agit là du chef d’œuvre de Billy Idol : Billy Idol n’a jamais pondu un seul chef d’œuvre. Globalement, et il faudrait être d’une sacrée mauvaise fois pour affirmer le contraire, sa carrière semble éternellement placée sous le signe du mineur (ce depuis le premier album de Generation X en 1978 et à l’exception du troisième en 1981, un Kiss me deadly réédité pour la première fois il y a deux ans où l’idole s’éclate en compagnie de Bryan James). Mais là où l’on se gourre régulièrement à son sujet, c’est qu’on a trop souvent tendance à confondre mineur et mauvais. Objectivement les albums de Billy Idol avec ou sans Gen X ont toujours contenu leurs lots de très bons titres – tant pis si l’histoire l’aura malgré tout retenu comme celui qui brada le punk à MTV. Curieusement le fait que William Broad ait été une des figures majeures du Bromley Contingent n’a jamais joué en sa faveur, je n’ai jamais su pourquoi et de toute façon on ne va pas refaire l’histoire. Tout au plus me permettra t’on de noter avec stupéfaction que Bill s’est fait laminer par les amateurs de rock dits « sérieux » tout au long de sa carrière alors que son Rebel Yell (1983) vaut n’importe quel travail post-Pistols de Steve Jones ou Glen Matlock…Ca part simplement dans une autre direction, sans doute plus commerciale, oui, et après ? Pourquoi pas ?


Cyberpunk est un joli exemple de cette incompréhension totale qui frappa le seul rocker plus bodybuildé qu’Iggy Pop tout au long de sa carrière. En 1993, Billy Idol a déjà été has-beené depuis cinq ou six ans au bas mot…or plutôt que de courir après une gloire passée, voilà qu’il publie un album ambitieux le montrant chassant sur les terres alors encore en friche du rock technoïde avec un véritable bonheur – ce plus de deux ans avant Bowie. Logiquement, Cyberpunk essuiera dans le meilleur des cas l’indifférence, et du mépris le reste du temps. A tort : publié en 1997 il aurait L’Album Du Come-Back, le Earthling de Billy Idol (toute proportions gardées évidemment). 1993, c’était encore un peu tôt pour le techno-rock. Entre les dernières semonces de la tornade de grunge et les balbutiements de la britpop, la place accordée à tout ça était fort restreinte (d’autant que Nine Inch Nails n’était pas encore passé par là). Le crossover est toujours une volonté sympathique, le problème c’est que pour que ça marche il faut que les deux genres glissés dans le milk-shake soient également populaires, ce qui n’était alors assurément pas le cas puisqu’en 1993 la techno est encore (plus pour très longtemps) un mouvement underground prometteur, chasse gardée d’une élite visionnaire. Dès lors la force de frappe indus de « Shock the system » ou l’electro-grunge futé d’ « Adam In Chain » semblaient fatalement condamnés aux bacs à solde – ce qui ne manqua pas d’arriver quelques mois plus tard.

Aujourd’hui réédité avec son surpuissant, digipack et tout le tralala (on aurait préféré avec une pochette un peu moins kitsch, quitte à réparer les erreurs du passé), Cyberpunk surprend encore par sa modernité. Il surprend encore plus par la manière dont il symbolise de manière quasi parfaite ce bref laps de temps durant lequel les artistes rock tâtonnèrent pour s’adapter aux nouvelles technologies, avec les errements inévitables (« Mother Dawn », par exemple, et en même temps on entend exactement le même genre d’égarement psyché sur les Ministry de l’époque) et les fulgurances inattendues comme ce « Neuromancer » dont le titre clichesque ne laissait pourtant rien attendre…et qui se révèle aujourd’hui être l’une des toutes meilleures compos de Billy Idol.

Les mauvaises langues argueront que l’une des toutes meilleures compos de Billy Idol, ça ne va de toute façon pas chercher très loin. Laissons-leur leur fiel, voulez-vous ? Ce genre de vanne, les amateurs d’Idol (de moins en moins nombreux, il faut le reconnaître) en bouffent depuis toujours, ils se sont faits une raison. Ca ne rendra pas Cyberpunk moins efficace et moins réussi, et ça n’enlèvera rien au fait que non, Billy Idol n’a pas fait qu’empiler des billets dans son coffre fort en enquillant les tubes de rock FM musclé. A l’aube des années 90 et alors même qu’il aurait peut-être dû capitaliser sur ses succès passés, il n’a pas hésité à se mettre foutrement en danger, réduisant à néant le peu qui restait de sa carrière.

Ce genre d’attitude ne peut qu’inspirer le respect.

le genre : techno-rock
la note : 5 / 6



NOTE : Je signale au passage que je me réabsente quelques jours.


Mercredi 25 avril 2007
Quelques mots rapides sur les livres lus ces deux dernières semaines et non critiqués pour cause de désintégration virtuelle passagère :




La Marche de Radetzky (Joseph Roth, Autriche, 1932) :

Une fresque narrant au travers de trois générations la déchéance de l’Empire Austro-Hongrois, avec tous les avantages et les inconvénients de la fresque. Autant le dire, le « classique » de Joseph Roth ne m’a pas vraiment convaincu, tant du fait d’une écriture poussiéreuse que parce que j’ai eu l’impression vivace de lire du début à la fin un roman historique (ce qui n’est pas le cas, en fait). Il paraît que ça s’appelle « mal vieillir ». Pourtant je n’ai pas regretté d’aller au bout : le dernier quart dégage une poésie évidente et est doté d’un souffle propre…qu’on aurait hélas aimé retrouver dans le reste du roman.

note indicative : 2 ,5 / 6


Les morts ont tous la même peau (Boris Vian, France, 1948) :

Le second « Vernon Sullivan », dans la droite lignée de « J’irai cracher sur vos tombes » - l’effet de surprise en moins. L’histoire a sans doute beaucoup surestimé les petits polars nerveux et provocs du double de Borian Vian – lequel ne les a d’ailleurs jamais jugés autrement que comme des récréations. De fait, « Les morts ont tous la même peau » est une récréation agréable…

note indicative : 4 / 6


My Life As A Fake (Peter Carey, Australie, 2003) :

Entre drame et polar, le huitième roman de Peter Carey offre une vertigineuse réflexion sur le processus de création et la quête identitaire d’un (des ?) écrivain(s). Austérien en diable, le livre se lit d’une traite ou pas loin en dépit de sa complexité (intrigue et écriture). Au final une véritable découverte pour moi !

note indicative : 5 / 6


Our Gang (Philip Roth, USA, 1971) :

Bizarrement, la charge anti-Nixon publiée par un Philip Roth encore jeune et rageur n’a pas tellement vieilli. Mais c’est peut-être parce que l’Amérique puritaine n’a pas tellement changée et que de ce point de vue aucun président n’aura été plus proche de Nixon que Bush que cette satire dans la pure tradition swiftienne a conservé toute sa force de frappe ? En tout cas on rit du début à la fin. A noter qu’il n’est pas nécessaire d’être anti-Nixon pour s’en payer une bonne tranche avec Philou.

note indicative : 4,25 / 6


Fred & Eddie (Jill Dawson, Angleterre, 2000) :

Recyclage d'un fait divers certes poignant, le récit de Jill Dawson n'en demeure pas moins insuffisant et parfois pathos, et ressemble globalement plus souvent à un documentaire qu'à un roman. Ce qui sous-entend qu'il est plus intéressant que passionnant, plus documenté qu'émouvant, plus réfléchi que sensuel, et écrit dans un style passe-partout collant mieux aux colonnes société du Times qu'aux mésaventures romanesques d'un couple sulfureux. Ce n'est pas parce qu'on s'inspire d'un fait divers qu'il faut écrire le roman de la même manière qu'on rédigerait l'article dans la rubrique indiquée...non ?

note indicative : 2 / 6


Le Voleur & Les Chiens (Naguib Mahfouz, Egypte, 1961) :

Peu de chiens mais quelques hommes, fous, sombres, romantiques, emportés, torturés, simples, voir tout cela à la fois. Une véritable découverte (le livre, pas l'auteur, dont je viens de terminer les oeuvres complètes) que je recommande à tous...la simple lecture de la première page, d'une poésie fulgurante, devrait vous convaincre sans peine...

note indicative : 6 / 6


La Dame N°13 (José Carlos Somoza, Cuba, 2003) :

« Et si la poésie était une arme ? » s’est dit un matin Somoza. Un matin de l’année précédente, il s’était réveillé en se disant : « Et si on faisait des toiles humaines ? » - le résultat avait été « Clara et les pénombre » (dont vous devriez pouvoir trouver une critique quelque part dans l’index). Là, il refait le coup de l’idée de base tenant sur un demi confetti plié en quatre avec (presque) autant de bonheur : haletant, foisonnant, vicieux et poétique (c’est le minimum vous me direz), « La Dame N°13 » est encore un grand coup. Dommage que l’auteur n’ait pu s’empêcher de tomber dans le grotesque dans les cinquante dernières pages (sur cinq cent cinquante tout de même)…

note indicative : 5,75 / 6


Le mendiant (Naguib Mahfouz, Egypte, 1965) :

C’est le dernier roman de mon dernier volume d’œuvres complètes, et le seul qui ne m’ait pas franchement emballé. En gros, il s’agit d’un genre de comédie sociale (si j’ose dire), l’histoire d’un mec recherchant l’amour à tout prix, un mendiant de l’amour, quoi !!! Oui, ça vous dit quelque chose, normal : rien de bien original ici, tant dans le fond que dans la forme. Et ce même si le charme de Mahfouz parvient malgré tout à affleurer par intermittence…

note indicative : 2,25 / 6


Extremely Loud & Incredibly Close (Jonathan Safran Foer, USA, 2005) :

Encensé un peu partout (notamment chez yueyin, qui va nous mettre un lien vers son article en commentaire, vu que j'ai toujours ce foutu problème pour les copier) le dernier Safran Foer est effectivement un livre remarquable qui mérite son titre de « premier roman post – 09/11). Du reste, c’est encore un peu plus : un objet, plus qu’un texte…or je dois avouer que mon édition (Penguin) ne m’a pas forcément donné le loisir de profiter de cela. Pour autant j’aurais plutôt tendance à privilégier le texte sur les procédés et gimmicks (car trois pages de numéros ça ne peut pas avoir d'autre nom), et de ce point de vue rien à dire : c’est excellent.

note indicative : 5 /6



par thomthom publié dans : Lectures
Vendredi 13 avril 2007

Après presqu'une année de (très) bons et (forts) loyaux services, il était plus que temps que Le Golb se repose un peu...

...reposer, voilà un bien grand mot : en réalité, Le Golb ferme ses portes l'espace d'une semaine ou deux afin de revenir avec un nouveau look et, surtout, des caractères lisibles (si si, je sais que ça fait plaisir à nombre d'entre vous).

D'ici, je vous souhaite beaucoup de bonnes choses...

...et j'interdis à quiconque de noter perfidement que cette fermeture pour travaux coïncide étrangement avec les vacances scolaires en Normandie...

Mardi 10 avril 2007
Now & Zen (Robert Plant, Angleterre, 1988)
 
 
Il est probable que beaucoup d’exs leaders de groupes mythiques souhaiteraient avoir la carrière solo de Robert Plant tant elle paraît exemplaire en terme de sincérité et de crédibilité. Parce qu’il n’est pas le premier venu, parce qu’il a toujours su s’entourer et parce qu’il a toujours refusé de se compromettre, celui que certains ont longtemps considéré comme le fossoyeur de Led Zeppelin a réussi a gagner l’estime du monde entier, au point qu’aujourd’hui il est pour beaucoup une référence. Moi-même, qui ai longtemps laissé de côté ses travaux post-dirigeable, j’ai été littéralement soufflé lorsque j’ai assisté à sa prestation du Rock En Seine 2005 – Sa Majesté passait après Franz Ferdinand et franchement à côté c’est eux qui avaient l’air d’être des quinquas tant l’énergie du hurleur sexy est restée intacte au fil des décennies.
 
Bien sûr Plant n’a pas publié que de bons albums, et ses œuvres des années 80 sonnent terriblement…années 80, ce qui n’a rien d’illogique, et surtout rien de déshonorant. Car si on met ces travaux en perspective avec ceux d’un Bowie ou d’un Jagger à la même époque, pas de malentendu possible : Plant est sans aucun doute le seul dinosaure des années 60 / 70 à n’avoir jamais commis de grosse daube putassière pour aligner les livres sterling durant cette décennie honnie et emtiviesque en diable. Le revers de la médaille, c’est qu’il aura galéré comme aucun autre et aura dû attendre son fabuleux album de reprises Dreamland pour que les critiques consentent à reconnaître que oui, la carrière solo de Robert Plant tenait foutrement bien la route…Vous avez bien lu : Dreamland – soit donc en 2002.
 
 
Rapide retour en arrière :
 
1980 : John Bonham meurt, laissant les amateurs de rock éternellement orphelins.
 
1982 : La publication de Coda entérine la rupture de Led Zeppelin – dont personne ne doutait vraiment.
 
Même année : Robert Plant publie Pictures At Eleven, premier album solo qui en déroutera plus d’un puisque reniant presqu’intégralement l’héritage zeppelinnien pour s’adonner à une pop léchée – et un peu cheap par moment aussi.
 
Il faudra attendre 1988 et Now & Zen (quatrième opus) pour que Robert Plant trouve vraiment sa voie, entre rock’n’roll et expérimentations pré-world de qualité (à savoir que ça ne sonne jamais comme de la musique de supermarché, ce qui est le minimum quand on a enregistré « Kashmir », me direz-vous, ce en quoi je suis absolument d’accord). Salué par la presse de l’époque comme « La réconciliation de Robert Plant avec son passé », Now & Zen n’a pourtant pas grand chose à voir avec Led Zeppelin. On se demande comment des journalistes sensés être sérieux et cultivés ont pu écrire un truc pareil à l’époque, le pire étant sans doute que ces types sont manifestement toujours aux affaires (ce sont peu ou prou les mêmes qui accolent systématiquement l’adjectif « intemporel » à chaque borborygme de Dylan). Non, vraiment, en toute objectivité Now & Zen ne sonne pas plus Led Zep que son sympathique prédécesseur Shaken’N’Stirred. En revanche, et c’est là qu’on se rend compte que finalement critique musical est un job fastoche et trop bien payé, Jimmy Page joue (discrètement) trois notes sur « Tall cool one »…vous voyez le raccourci, je suppose. C’est d’autant plus stupide que :
 
-          c’est surtout le batteur (dont j’ignore le nom) qui impressionne sur ce titre
 
-          c’est un des moins bons de l’album
 
Car l’intérêt, le charme de Now & Zen est ailleurs – précisément dans les titres les moins rock. Dans ceux où Robert Plant va voir du côté des autres genres, fidèle à sa réputation (peu de légendes du rock ont joué si peu de rock dans leur vie). Dans « White, Clean & Neat », par exemple, rencontre improbable (et particulièrement réussie) entre le hard-blues et Depeche Mode. Dans l’entêtant « Dance on my own », dans le très 50’s « Billy’s revenge » (qui serait un chef d’œuvre avec u son moins typé 80’s, mais est déjà excellent en l’état) ou encore dans « Helen Of Troy », scie funk-rock explosant à l’aise l’intégralité du Bowie de l’époque.
 
Tout n’est évidemment pas bon, dans ce disque. Sans doute se serait-on passé de l’approximatif « The Way I Feel » voir même du susnommé « Tall cool one » (sympa mais poussif). Peut-être aussi la ballade tubesque « Ship Of Fools » était-elle en trop (quoiqu’en ce qui me concerne je la trouve plutôt agréable)…Il n’empêche : avec cet album, Robert Plant va joliment se remettre en scelle et focalisera à nouveau les attentions du public et des médias. Au point de pouvoir frapper un sacré grand coup dès l’album suivant, le redoutable Manic Nirvana , destiné à être son meilleur opus solo.
 
 
le genre : rock-pop-funk
la note : 4,75 / 6
 
 
 
Lundi 9 avril 2007
Fingersmith (Sarah Waters, Pays de Galles, 2002)
 
 
Si vous n’avez jamais vraiment su ce qu’était une histoire glauque, je vous recommande instamment de lire le fantastique troisième roman de Sarah Waters. Je vous le recommande tout autant si vous savez que c’est qu’une histoire glauque, évidemment, mais vous serez moins surpris. Vous serez peut-être surpris, par contre, si vous ne connaissez pas très bien Sarah Waters…car à côté du seul autre roman que j’ai lu de cette remarquable auteure (à savoir « Tipping the Velvet », qui n’était pourtant pas le truc le moins glauque du monde), « Fingersmith » est intouchable. Comparer les deux reviendrait à comparer Please Please Me et Sgt Pepper’s. Pour vous dire…
 
Sarah Waters a une touche personnelle immédiatement reconnaissable, surtout lorsqu’elle évoque l’Angleterre Victorienne (ce qu’elle fait d’ailleurs dans tous ses romans à l’exception du dernier en date). Avec elle vous avez la sensation que l’Angleterre Victorienne était une période totalement trash et déjantée alors que les livres d’histoires vous en parle comme d’une époque guindée…considérons d’ailleurs qu’aucune des deux assertions n’est totalement fausse : toute société régie sur une base d’interdits entraîne une frange minoritaire violemment transgressive. Ces deux aspects antagonistes de la même société du même pays sont d’ailleurs parfaitement représentés par les deux grands chefs d’œuvre de l’époque : « Past & Present », nostalgie rénovatrice selon Carlyle, d’un côté ; « Oliver Twist », démesure et fantaisie façon Dickens, de l’autre…C’est précisément au carrefour de ces deux classiques que se situe l’œuvre victorienne de Sarah Waters, sorte de ligne à haute tension qui tremperait dans un lac…le tout agrémenté d’une touche totalement personnelle, le style étant celui non pas d’une nostalgique de cette époque littéraire bénie (et souvent surestimée) mais bel et bien d’une grande auteure du vingt-et-unième siècle.
 
 
Dans « Fingersmith », un dandy au doux nom de Gentleman directement évadé de chez Dickens embauche une orpheline, Sue, pour jouer la femme de chambre de Maud, jeune héritière qu’il a pour dessein de séduire puis d’arnaquer. C’a l’air machiavélique présenté comme ça, mais vous n’imaginez certainement pas à quel point... ! L’intrigue commence donc à se dérouler, plutôt lentement, au bout de cent pages on se demande comment Waters va faire pour en tenir sept cent. Car si ces premières pages sont remarquablement écrites et absolument captivantes, elles n’en demeurent pas moins convenues, battues et rebattues dans trois douzaines de films en costumes pour la plupart ratés. Sauf que voilà : Sarah Waters n’est pas n’importe quelle écrivain, elle le prouve peu après en exécutant un retournement tout simplement sensationnel, un coup de poker magique de ceux qui laissent sur le carreau le lecteur le plus blasé. Moi, comme un con, ça faisait quelques pages que je me demandais pourquoi Gentleman avait engagé Sue, dans le fond, parce qu’à part faire un bisou à Maud et se lamenter, elle n’avait pas foutu grand chose…cette simple interrogation aurait dû me faire me douter de ce qui m’attendait, mais, par fatigue bêtise ou paresse, non : je n’ai pas vu venir la pirouette incroyable de l’auteure, qui métamorphose les deux cents premières pages en vulgaire mise en bouche, en banale introduction, les remettant totalement en perspective : l’impression de déjà-vu était volontaire. Une parodie, ou tout le moins un pastiche habile, trop habile, tellement habile que j’y ai vu bêtement un manque d’inspiration !
 
A partir de là, c’est carrément un second roman qui commence, que je ne vous raconterai évidemment pas. Je puis vous dire en revanche qu’on a encore moins envie de le lâcher que le premier, que c’est sombre, rapide (pourtant ça dure cinq cent pages – on ne les voit pas passer), sarcastique, enlevé, furieux…c’est tout simplement fascinant et irrésistible…Sur le forum des chats , une participante inspirée a écrit que Sarah Water, c’était sex, drugs et rock’n’roll dans l’Angleterre Victorienne.
 
Autant je n’aurais pas affirmé ça à l’époque, autant ici ça me semble indéniable.
 
 
le genre : fresque déjantée
la note : 5,75 / 6
 
 
CE QU’EN PENSE GAËLLE  
 
 
 
 
par thomthom publié dans : Lectures

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