Les notes du Golb

...
   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Samedi 17 mai 2008

LIRE :



 

La présence de Sandrine aidant j'ai commencé à comprendre comment fonctionnait la jurisprudence (ou le syndrome) Yoko Ono. Au début j'étais fasciné, j'ai rapidement viré obsédé. Sandrinomane. Manquait plus que ça.

 

Ca ne s'est pas du tout arrangé quand on s'est mis à sortir ensemble - bien au contraire. J'étais même pas amoureux, j'étais carrément vampirisé. Moi qui n'avais jamais connu aucune règle j'ai signé des deux mains la Loi de Sandrine : tout ce qu'elle disait me semblait gravé dans le marbre. Ce n'était pas grave, fondamentalement, car Sandrine était une nana réellement gentille et bienveillante - jamais il ne lui serait venu à l'idée de me manipuler ni rien. Seulement elle aurait pu se mettre à me dire comment je devais chanter et ce que je devais écrire que j'aurais obéi sans broncher...d'ailleurs non,  j'aurais même pas obéi : j'aurais approuvé, je l'aurais fait parce que toute idée de Sandrine était obligatoirement la meilleure idée du monde. Et justement si ma nouvelle copine était incapable de me manipuler ou de me faire quoique ce soit de pas sympa...essayer d'imposer sa vision musicale (fabuleuse, fantastique, visionnaire) au sein d'un groupe auquel elle n'appartenait pas, ça, c'était tout à fait dans ses cordes.

 

On comprendra donc que pour Jerem ç'ait commencé à faire un peu beaucoup. Qu'elle soit là à toute les répètes...il avait fini par s'y faire par la force des choses (on était quand même chez moi). Qu'elle ouvre sa gueule et là, par contre, c'était plus la même histoire. Pas question qu'elle donne son opinion sur les quelques morceaux qu'on avait fini par mettre sur pied à la sueur de son front à lui. Sinon pour dire : Génial / Ca déchire / C'est ok - bref pour s'exprimer dans un langage aussi terne et consensuel que Christophe.

 

 

Seulement il va sans dire que Sandrine a fait semblant de ne pas comprendre qu'elle devait la fermer, peut-être même s'agissait-il de pure esprit de contradiction. Un mercredi elle a fini par passer la ligne rouge...et comme on pouvait s'y attendre ç'a pété de manière aussi dérisoire que violente. Quand elle a dit :

 

« J'aime bien « Arena », mais je trouve qu'elle manque de groove... »

 

...il a carrément bondi :

 

« Tu t'y connais en groove, toi, maintenant ? »

 

...et elle, elle s'est pas démontée :

 

« Bien sûr que je m'y connais ! Depuis le temps que je joue...

-         Rappelle-moi ce que tu joues, déjà ?

-         Ca veut dire quoi ça ?

-        Putain ! » il a éclaté de dire « Tu joues du gros trash bien lourdaud et tu veux me donner des leçons de groove ?

-         Hé ! Déjà je dis pas ça juste pour toi, d'une. Et je joue pas du trash lourdaud, de deux. Et de trois...

-         Oh ta gueule.

-         ...et de trois... !...si t'entends pas le groove dans Spoonman bah ouais, t'as peut-être des leçon de groove à prendre mon pote.

-         ...

-         Et de quatre...TU ME DIS PAS TA GUEULE ! »

 

Jerem a soupiré. Et nous, on a rien dit. Enfin si : Kim a essayé d'articuler, comme à son habitude, un très zen Cooooooooool, les jeunes... mais personne l'a écouté et ils sont repartis de plus belle :

 

« Ecoute ma poulette : t'es bien gentille et mimi et tout, mais contente-toi d'écouter et quand je voudrais ton avis je te demanderai - ok ?

-         C'est vraiment charmant ça. Un vrai gentleman.

-         Warf ! Me fais pas rire, va. Je suis gentleman avec les ladies...pas avec les pauv' tox qui pètent plus haut que leur cul.

-         Attends là : d'où tu te permets me parler comme ça ?

-         Je te parle comme ça si je veux. Tu fais partie du groupe ? Non ? Alors TU LA BOUCLES.

-         P'tain...comment elle est belle la démocratie...

-         Euh... » j'ai avancé timidement « ...vous croyez pas que tout ça est un peu...

-         Nan mais attends, quelle démocratie ? Dans une démocratie tout le monde est égal hein ? Alors pourquoi y a que moi qu'écris des chansons si c'est une démocratie ? Hein ? Et puis pendant qu'on y est : je te signale que dans la démocratie y a que ceux qu'appartiennent au pays qui votent.

-         Ca veut dire quoi ????

-         Ca veut dire que t'as pas ta carte de séjour. Tu te casses toi-même où je t'expulse, pétasse ?

-         PETASSE ?????????!!!!!!!!!!!!!!! »

 

...c'est seulement là que j'ai réussi à caser mon « disproportionné ». Mais à ce stade, évidemment...c'était trop tard.

 

« Je crois que j'en ai assez entendu, là. Thomas...j'suis désolée bébé mais j'vais pas pouvoir rester... »

 

J'ai trouvé ça vraiment culpabilisant, comme truc. A ce stade elle pouvait même ajouter un narquois Merci de défendre ta copine. Au point où on en était...

 

« Je me casse. Donc. Mais vous pourrez toujours courir pour que je refoute les pieds ici, les gars.

-         Hé...mais...on a rien dit, nous ! » a protesté Kim.

« Ouais ! Bah qui ne dit mot...enfin comme ça vous pourrez toujours voter entre vous pour savoir si vous me causez encore hein ? Et le Président tranchera. Allez salut les mecs - Thomas, on va toujours au ciné ce soir ? »

 

 

 

 

Après le départ de Sandrine on est resté silencieux très, très longtemps. On savait ni quoi dire ni quoi penser. Les uns comme les autres. Moi le seul truc dont j'étais sûr à présent, c'est que Jérémy était un très gros con. Mais j'aurais jamais eu les couilles de lui dire. Alors je me suis contenté de chanter mollement durant le reste de la répète, sachant bien que le cœur n'y était plus ni pour moi ni pour personne...surtout pour moi, tout de même. Parce que je venais de voir ma nana se faire saquer de la répète de mon groupe à moi que j'avais formé et qui répétait dans mon sous-sol à moi. Pour la première fois depuis super longtemps j'avais une bonne raison d'être en rogne, seulement je me suis aperçu à mon grand désarroi que j'avais une moins grande gueule que je croyais. C'était facile de se la raconter devant Elmut. C'était facile d'impressionner Christophe et c'était presqu'aussi facile d'obtenir ce que je voulais de quelqu'un d'aussi peu contrariant que Kim. Mais tenir tête à Jérem...tenir tête à un grand ! Et pas n'importe lequel : un grand qui tenait mon groupe sur ses épaules... j'en aurais été complètement incapable et ça me foutait doublement en rogne - triplement même puisque ça voulait dire que Sandrine avait totalement raison. Quadruplement : je me rendais compte soudain que je ne tuerais jamais mon père. Ni personne. Que j'étais du genre qui obtempérait en ronchonnant mais que j'avais l'autorité d'une flaque, même quand j'étais chez moi. J'aimerais bien vous faire miroiter que j'ai fini par inverser la tendance...mais ce serait pas vrai. J'ai rien fait du tout, et le comble du comble c'est qu'au final c'est Jérem qui a tenu à ce qu'on ait une discussion entre quat'zyeux :

 

« Ecoute... » il a dit une fois que les autres ont été partis « ...je suis désolé pour tout à l'heure. Je sais bien que Sandrine c'est ta copine et tout...que tu l'aimes - et c'est normal. Mais là je suis plus d'accord.

-         Euh...avec quoi ? Que je l'aime ?

-         Non, bien sûr. Je suis plus d'accord avec le fait qu'elle traîne aussi près du groupe. Je trouve qu'elle a une mauvaise influence sur...

-         Sur qui ? Sur moi ?

-         En général, quoi.

-         Je...Jérem j'suis désolé mais...je vois vraiment pas en quoi...

-         C'est une...

-         Fais gaffe à ce que tu vas dire. » j'ai grogné, tout à coup étonnamment sûr de moi. « Fais bien gaffe à ce que tu vas dire.

-         Thomas...c'est une tox, merde !

-         Elle est clean, mec.

-         C'est une blague ? T'as vu ses yeux ? T'as vu comment elle est nerveuse ? »

 

Bien sûr que j'avais vu ! Le mensonge ç'a quand même ses limites - et l'une d'elle est généralement nommée évidence. Mais j'ai pas réussi à dire : Ouais, d'accord, c'est une tox, et alors ? Peut-être parce que j'arrivais pas, quoique j'en dise, à assumer ce qu'elle faisait - et moi aussi. Peut-être...

 

« De toute façon Kim se défonce aussi non ? Alors qu'est ce que ça peut bien foutre... ?

-         Ca fout que justement !...je trouve qu'il y a un peu trop de tox qui tournent autour du groupe.

-        C'est ça, ouais. T'as raison. Y a toute une armée de tox qui nous attend à la sortie du garage pour nous agresser et nous obliger à jouer de la musique de merde. Arrête de déconner, vieux.

-         C'est tout ce que ça te fait ?

-         Qu'une armée de tox nous attendent ?

-         Te fous pas de ma gueule Thomas. T'en as rien à secouer qu'on soit deux tox sur cinq ?

-         Ah ouais...donc quand ça t'arrange tu comptes Sandrine dans le groupe finalement... »

 

Jérémy a soupiré et s'est assis sur la même table de ping-pong d'où il avait viré Sandrine une heure et demi plus tôt. Pendant cinq bonnes minutes il a rien dit, et puis :

 

« Tu te défonces pas aussi, toi ? Au moins ?

-         Moi ? » j'ai éclaté de rire « Moi...putain... : bien sûr que non.

-         Ok ok. Excuse-moi.

-         C'est un peu vexant, quand même...quelle drôle d'idée...

-         Comme vous êtes toujours fourrés ensemble tous les trois je me disais que...

-         ...eh bah tu te disais mal. » j'ai coupé, sur un ton que j'aurais aimé moins sec « Mais c'est pas grave, vieux...c'est pas grave. C'est bien même...de se dire les choses.

-         Bien sûr, oui...bon écoute : tu diras à Sandrine que je suis désolé, hein ?

-         No soucaïe mon frère. On oublie tout. Et s'il te plait : essaie de prendre tout ça un peu moins au sérieux, ok ? »

 

 

J'ai bien vu qu'il ne m'avait pas cru. Et il a bien vu que je l'avais vu. Mais mon aplomb a suffi à couper court ; c'est même ainsi que je me suis rendu compte que je devenais grand.

 

En mentant comme un adulte.

 

 

 

 

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