Les notes du Golb

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   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Jeudi 31 mai 2007
Le meunier hurlant (Arto Paasilinna, Finlande, 1981)


Ces petits patelins n’en finiront donc jamais de poser des problèmes aux gens un peu différents ! Mazette ! Depuis l’ouverture du Golb, c’est presque devenu un cycle officieux des chroniques de bouquins : Splendeur et Misère des petits patelins – on pourrait presque en faire une catégorie à part entière.

Cette fois-ci le petit patelin en question se trouve en Finlande, mais objectivement ça n’a aucune importance : en France, en Finlande ou en plein milieu du désert, un petit patelin reste un petit patelin, à savoir un endroit arriéré dans tous les sens du terme où il ne fait pas bon être étranger ou simplement original. Les habitants de celui-ci ont donc, comme de juste, une mentalité étriquée et des préjugés sur tout…notamment sur leur meunier, homme au demeurant fort sympathique quoiqu’affublé d’un défaut pour le moins original : il hurle au milieu de la nuit lorsque ça ne va pas bien. Or, ça va rarement bien, et ses concitoyens ont donc régulièrement l’occasion de l’entendre hurler. Il n’en fallait pas beaucoup plus pour que l’ensemble de cette petite communauté évidemment respectable n’en déduise que Huttunen est un fou qu’il faut faire enfermer avant qu’il ne s’en prenne à quelqu’un…

…et pourtant il est diablement sympathique, ce Huttunen, toujours à travailler à son potager, à repeindre son moulin ou à se construire des petites cabanes. A peu près n’importe qui de normalement constitué lui donnerait le bon dieu sans confession – à se demander qui dans ce roman n’est pas normal. Ici se niche la morale, assez simple mais néanmoins capitale, d’un petit bouquin qui me laisse encore tout songeur tant il m’a paru poétique dans sa simplicité même. L’histoire est celle d’un petit conte délicat – très séduisante donc ; les personnages sont hauts en couleurs et plus attachants les uns que les autres, et l’ensemble s’avale d’une traite en rêvassant à un monde meilleur.


A se demander pourquoi on est séduit, d’ailleurs : l’écriture n’a a priori rien d’exceptionnel, l’intrigue est d’une simplicité presque déconcertante. Et pourtant ça marche ! On est enthousiaste et on en redemande, de cette chronique faulknerienne simplifiée et téléportée dans un pays encore moins accueillant que le Comté de Yoknapatawpha. Inutile de chercher plus loin : cela s’appelle Le Charme, et ça ne se discute pas.


le genre : fable morale
la note : 4,5 / 6





Mercredi 30 mai 2007
CHELSEA HOTEL #2

Leonard Cohen (New Skin For The Old Ceremony)

 


…où l’on se rappelle que les mots les plus simples sont souvent les plus poignants. Même Leonard Cohen, maître du texte sophistiqué s’il en est, le sait. Et le prouvait en 1974, publiant sur un même disque deux de ses chansons les plus simples et les plus bouleversantes : « Why don’t you smile » et cette « Chelsea Hotel », classique mélancolique dont l’émotion demeurera sans doute éternellement intacte.




LE TEXTE :

I remember you well in the Chelsea Hotel,
you were talking so brave and so sweet,
giving me head on the unmade bed,
while the limousines wait in the street.
Those were the reasons and that was New York,
we were running for the money and the flesh.
And that was called love for the workers in song
probably still is for those of them left.
Ah but you got away, didn't you babe,
you just turned your back on the crowd,
you got away, I never once heard you say,
I need you, I don't need you,
I need you, I don't need you
and all of that jiving around.

I remember you well in the Chelsea Hotel
you were famous, your heart was a legend.
You told me again you preferred handsome men
but for me you would make an exception.
And clenching your fist for the ones like us
who are oppressed by the figures of beauty,
you fixed yourself, you said, "Well never mind,
we are ugly but we have the music."

And then you got away, didn't you babe...

I don't mean to suggest that I loved you the best,
I can't keep track of each fallen robin.
I remember you well in the Chelsea Hotel,
that's all, I don't even think of you that often.
Mardi 29 mai 2007
Le Don (Vladimir Nabokov, Russie, 1938)


Une fois par an environ je tombe sur un livre dont je ne sais pas quoi dire. Ca ne signifie pas qu’il ne m’inspire rien, bien entendu. Plutôt qu’il m’inspire beaucoup de choses que je n’arrive pas forcément à définir, que je ne sais pas trop par quel bout le prendre mais qu’il faut bien que j’en parle – les livres me déstabilisant étant sans doute paradoxalement ceux qui me parlent le plus.

Il y a un an ce fut « La Route des Flandres », de Claude Simon. Cette fois-ci il s’agit du « Don », de Vladimir Nabokov, dans un registre totalement différent et pour être honnête : nettement plus agréable à explorer !


Tardivement publié en France, « Le Don » est le dernier roman de Nabokov rédigé dans sa langue maternelle – je suppute que ç’ait sa petite importance. Mais en fait de roman, je devrais plutôt parler de patchwork. A la fois biographie d’un personnage fictif (au nom à rallonge, comme dans tout grand livre russe qui respecte !), hommage à la littérature russe, parodie de littérature russe, et fable burlesque sur le monde littéraire…ça pourrait faire beaucoup pour un seul roman, mais en fait, non. La preuve : Nabokov trouve malgré tout le temps et l’espace pour se livrer à des divagations poétiques souvent charmantes – et parfois il faut bien le reconnaître un poil ennuyeuses.

C’est que si la diversité du roman fait sa force, la manière dont cette diversité est employée me semble constituer sa faiblesse. Je veux dire par-là que l’intrigue est un peu diluée par la longueur de l’ensemble (pas loin de six cents pages), l’auteur alternant de fait moment captivants (par leur finesse, leur drôlerie) et passages plus contemplatifs un peu longuets...que l’on savoure néanmoins, comme des respirations dans le récit. Bizarre, vraiment, tellement bizarre en fait que je suis incapable de donner une ligne directrice à ce commentaire (allons allons, pas la peine de mentir, je vous assure que ça se voit).

L’on savoure, donc, peut-être parce qu’on se dit que c’est volontaire. Le fait est qu’un vrai beau roman russe ne peut être qu’un pavet, ce n’est pas Tonton Léon qui me contredira. Or Nabokov a visiblement décidé, pour en finir avec la littérature russe (car c’est bien de cela qu’il s’agit : tuer cette première période de son œuvre) de rédiger un livre massif cristallisant à la fois toutes les obsessions et tous clichés de ces œuvres qui bercèrent sa jeunesse. Afin de saluer non pas un don – un héritage.

Pari tenu : si vous avez un jour rêvé de voir Tolstoï, Tchekov, Tourgueniev, Gogol et Pouchkine concentrés en un seul volume, « Le Don » sera assurément l’objet de vos rêves. En ce qui me concerne j’adore ces auteurs…la manière dont Nabokov les salue, comme celle dont il les tourne en dérision, ne pouvait que me toucher.


le genre : fable
la note : 4 / 6




Lundi 28 mai 2007
Live Seeds (Nick Cave & The Bad Seeds, Australie, 1993)


En attendant un Rékapituléidoscope Nick Cave qui tarde à venir pour cause d'emploi du temps surchargé (il me faut en moyenne quarante huit heures de boulot non-stop pour cette rubrique, c’est vous dire si j’ai pas le temps), Live At Last fait une étape imposée du côté du Live Seeds, monumental live publié en 1993 peu après la tournée Henry’s Dream.

Pourquoi imposée ? Tout simplement parce que c’est en réécoutant cet album il y a quelques semaines que j’ai songé à créer cette rubrique. Car non seulement Live Seeds est probablement un des meilleurs disques de Nick Cave mais c’est en plus un des meilleurs lives de tous les temps. Deux excellentes raisons de ne pas le louper.


liveseeds.jpgCe n’est sans doute pas tout à fait un hasard si le Live Seeds a paru à cette époque, pas plus que s’il est resté jusqu’au début 2007 le seul live officiel du collectif. Avec ces gens là, le hasard n’existe pas : Live Seeds est leur disque le plus puissant et a été publié pile au moment où ils s’apprêtaient à clore un chapitre de leur carrière, à adoucir le ton et à explorer d’autres horizons musicaux. Un adieu au rock pur et dur pour une bonne décennie qui transforma a posteriori ce disque en requiem électrique de haute tenue : le meilleur du répertoire cavesque de l’époque totalement transcendé par une prestation ressemblant de très près à l’idée que je me fait de l’Apocalypse. Pas un titre ici qui ne soit supérieur à sa version originale – de quoi excuser largement l’absence d’inédit à une époque où de toute façon on ne vivait pas encore dans le culte de la face B putassière destinée à appâter le chaland.

C’est (évidemment) « The Mercy Seat » qui donne le ton en ouverture…lanscinant, heavy, le noir anathème de Nick Cave s’étale, s’emballe, grondant…tout en tension, le morceau ne demande qu’à exploser et ne manque pas de le faire. Epoustouflant. Ou comment la plus grande chanson de Cave trouva son incarnation ultime, au point que je doive confesser ne plus jamais écouter les autres versions. Les Bad Seeds ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, qui n’ont pas pris le risque de réenregistrer le titre sur leur Abattoir Blues Tour.

Un traitement similaire est appliqué ensuite et dans le désordre à « Deanna » (tout simplement fun, autant dire : une rareté dans l’œuvre de Nick Cave), « Papa won’t leave you, Henry » (montée en puissance fulgurante), « Brother, my cup is empty » (tension palpable et menace latente, avec une section rythmique serrée enchaînant les embardées lyriques les plus improbables) ou encore « John Finn’s Wife » (construit sur le même principe)…les morceaux s’enchaînent sans oublier les incontournables (« Tupelo », plus hard-blues que jamais) et les grands moments d’émotion (je pense bien sûr au chœur hanté de « The Good Son » ou à la mélancolie de « Weeping Song »). Et chaque fois, bien plus qu’une interprétation, Nick Cave et son groupe proposent une revisitation, comme s’ils faisaient des reprises d’eux-mêmes plutôt que de jouer leur répertoire devant une foule conquise à l'avance. Le résultat est fascinant de puissance, de primitivité, avec mention spéciale à la batterie décharnée qui transforme même une comptine comme « The Ship Song » en monument de rage contenue et de beauté sauvage. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de "sauvagerie". Un terme qui convient bien plus à Cave que celui de "violence". Ce n’est pas violent, ni brutal, c’est sauvage, tribal même parfois (« Jack The Ripper »). Comme si les Bad Seeds partaient d’une trame de base pour le plaisir de la faire exploser – d’ailleurs ils respectent assez peu leurs compositions et restent rarement fidèles à leur construction originale plus d’une minute.


N’est-ce pas ce qu’on est en droit d’attendre de tout album live, de proposer autre chose qu’un simple best-of avec le public qui crie à la fin ? Certainement. De ce point de vue, Live Seeds éclate sans problème la concurrence, y compris parmi les plus grands classiques du genre. Car Nick Cave & The Bad Seeds invitent l’auditeur à une expérience aussi troublante que puissante, proposant au final une musique dix fois plus agressive que n’importe quel disque de heavy metal – puisque reposant bien plus sur une tension émotionnelle oppressante que sur une véritable violence musicale. En témoigne le final du concert, superbe et glacial : un « From her to Eternity » plus noir que jamais, rapide, tordu, désespéré…un moment absolument sombre et chaotique qui meurt dans une cacophonie aux accents presque sordides…avant que la Musique ne renaisse aussitôt pour « New Morning », en même temps que l’espoir et la vie. Comme un nouveau jour qui se lèverait en cette fin de soirée de concert, pour accueillir en son sein la plus belle chanson de Nick Cave…

Thank you for giving
This bright new morning
So steeped seemed the evening
In darkness and blood
There’ll be no Sadness, no Sorrow
There’ll be no road to narrow
There’ll be a new day
And it’s for today
For us.


…ou comment un simple concert de rock se métamorphose en histoire qui finit bien.



Dimanche 27 mai 2007
American Tabloïd (James Ellroy, USA, 1995)


On aura beau dire ou faire, James Ellroy est incontournable. Moi-même qui n’en suis pas un inconditionnel (loin de là : je ne me suis jamais autant emmerdé qu’à la lecture de « The Big Nowhere ») je suis bien forcé de me rendre à l’évidence : ce type arrogant et impérieux est un des auteurs les plus importants de notre époque. D’autant que depuis « White Jazz » il y a pile quinze ans, son œuvre a pris un tour encore plus passionnant. Plus sombre, plus complexe...plus politique, aussi.


« American Tabloïd » ouvre cette seconde période de sa bibliographie en tant que volet inaugural de la saga Underworld U.S.A. Sept cents pages, rien que ça, et pas une longueur ou si peu…de quoi tourner la tête du lecteur le moins bien accroché, car autant dire les choses telles qu’elles sont : « American Tabloïd » n’est pas un roman facile d’accès. Complexe, volontairement confus, il recouvre une période de cinq ans (1958 jusqu’à la mort de Kennedy) et met en scène une bonne douzaine de personnages dont certains ne se croisent jamais – mais qui toujours se répondent. Pourquoi ? Tout simplement parce que, semble dire l’auteur, tout est lié : crime organisé, FBI, gouvernement américain, police judiciaire, figures historiques…tout ce beau monde se retrouve dans le même bateau, au cœur d’un invraisemblable imbroglio politico-financier duquel les autorités américaines ne sortent pas indemnes. Corruption, chantage, intimidations en tout genre, crimes de sang…tout y passe, magnifié par une écriture à nulle autre pareille et ce qu’on osera appeler une vision.

Et cette vision d’Ellroy est bien sûr celle d’une immense tragédie humaine, avec son chœur (les flics) et ses traîtres (à peu près tout le monde), ses dilemmes à foison, ses passions et ses explosions de violence. Une tragédie, vraiment, et c’est probablement le seul genre littéraire auquel on pourrait éventuellement rattacher cet étonnant patchwork fait de roman politique, d’espionnage, de polar (bien sûr) voir même de western par moment ("Jack" Kennedy étant bel et bien une figure de cowboy).

Le résultat final est évidemment un livre noir de chez noir, extrêmement dense malgré (ou à cause de) sa longueur…comme tout livre d’Ellroy qui se respecte, me direz-vous ? Non : encore plus qu’à l’accoutumée. Dans « American Tabloïd » il n’y a de place ni pour l’espoir ni pour l’humour. Tout au plus pour le désir et pour une ironie mordante dont on ne sait trop si elle est le reflet d’une dérision de la part des personnages ou d’un sarcasme de la part de l’auteur. L’Amérique ne sort définitivement pas grandie de cette œuvre chorale refusant aussi bien la noirceur gratuite que le manichéisme. Bien sûr, tout le monde le sait bien, que la famille Kennedy et toute sa clique n’avait pas grand chose des héros retenus par l’histoire. Et d’aucuns argueront sans doute que depuis la monumentale bio de Peter Collier et David Horowitz cet angle d’approche est devenu un marronnier. Certes. Mais un sujet n’est réellement épuisé qu’une fois qu’un grand roman lui a été consacré.

Qui d’autre qu’Ellroy pouvait s’acquitter de la tache sans faillir ?


le genre : politique-fiction
la note : 5 / 6




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