Les notes du Golb

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   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Samedi 31 mai 2008
LIRE :

 



 

J'ai cru que j'allais passer par la fenêtre. Ou pas loin. C'est pas possible d'être aussi inconscient ! Je peux pas le croire ! Je peux pas croire que tu sois aussi à côté de la plaque ! Tu te rends compte que c'est ton avenir qui se joue là ? Et puis celui de ta fille aussi ! Non mais...tu te rends compte ? Est-ce que tu te rends bien compte ? Est-ce que tu comprends ce que je dis ? REGARDE-MOI ! Est-ce que tu comprends ce que je te dis ? On a eu une année difficile, Thomas...alors maintenant c'est fini les conneries. Moi je suis gentille, je remets les compteurs à zéro. Et c'est comme ça que tu me remercies ? Mais qu'est-ce que j'ai fait ? C'est à cause de ton père, c'est ça ? J'en étais sûre. MERDE ! J'en étais sûre : tu me tiens responsable...tu veux me faire payer...la psy me l'avait dit et j'ai pas voulu la croire...MERDE MERDE MERDE !!!

 

Face à un boucan pareil valait mieux rester flegmatique. Ma mère n'avait jamais été du genre mesurée, depuis qu'elle était seule avec quatre gosses les choses ne s'étaient pas vraiment arrangées. Alors à défaut d'avoir une adulte responsable pour s'occuper de nous on avait tous fini par développer un instinct de survie surdimensionné pour nos âges - rien de plus logique. Qui ricanait, qui faisait ses coups en douce. Qui piquait des crises monumentales pour faire concurrence à Maman. Ma technique à moi, c'était le silence. Je fixais un point invisible en face de moi et j'attendais que ça passe - ce qui évidemment n'arrivait jamais vu que cette attitude avait le don de rendre ma mère encore plus dingue.

 

 

« Thomas ? Tu m'écoutes ?

-         ...

-         Non évidemment. T'écoute jamais rien ! On sait jamais ce que tu penses ! Tu fais chier à la fin !

-         ...

-         !!!

-         ...euh...

-         OUI ?! »

 

D'abord : respirer. Lentement et longuement. Puis essayer de formuler un mot. Puis un autre. Encore un.

 

« Tu...tu ne trouves pas que c'est un peu...comment dirais-je ? Disproportionné ?

-         DISPROPORTIONNE ?! DISPROPOTIONNE ???!!!

-         Oui...voilà...exactement comme tu fais-là...

-         Ne sois pas insolent où je t'en mets une ! »

 

Genre elle s'en serait privée sinon. Ca n'a pas manqué. Tout ça parce que j'avais demandé l'autorisation de sortir en semaine pour donner le premier et peut-être dernier concert de toute ma vie. Deux semaines avant le bac, soit. Mais tout de même : si je loupais le bac je pouvais le repasser l'année prochaine. Si je loupais le concert...

 

« J'en ai marre marre MARRE ! Tu comprends ?

-         Pourquoi trois fois ?

-         Hein ? »

 

Elle m'a regardé comme un débile mais au moins le ton avait baissé. J'ai souri innocemment :

 

« Pourquoi quand tu dis J'en ai marre tu déclines toujours ton C.O.D. trois fois ? Pourquoi pas quatre ? Ou deux ? Deux...c'est bien aussi, non ?

-         Non mais...je...

-         Alors...je vois bien que tu montes en puissance dans l'intonation, comme ça : marre MARRE MARRE...je comprends la figure de style, mais je me demande : pourquoi la figure de style ? Pourquoi pas mettre un max d'intonation sur marre d'entrée ?

-         Tu...tu t'en fous complètement de ce que je dis, là ?

-         Complètement. J'ai un concert de prévu dans dix jours et un groupe en lambeaux. Alors tu peux toujours gueuler autant que tu veux...ce sera pas ma principale préoccupation.

-         Je te signale, mon garçon, que c'est encore moi qui décide de tes préoccupations - tant que tu vis sous mon toit. »

 

Ca c'était vraiment une phrase typique de ma mère, dont la notion de l'entraide a toujours été intimement liée au concept de despotisme. Bizarrement il semble qu'elle ne se soit jamais demandé pourquoi ses quatre enfants avaient développé dès leur plus jeune âge un goût prononcé pour le secret. Mais c'est vrai aussi que quand elle a divorcé elle a été voir une psy pour nous - ça lui serait même pas venu à l'esprit d'en voir une pour elle. Vous avez peut-être remarqué vous aussi : quand les parents ont des difficultés relationnelles avec leurs enfants, c'est toujours ces derniers qu'ils envoient voir des psys. Jamais le contraire.

 

« Mais tu sais en fait : on est d'accord.

-         Ah ?

-        Je trouve moi aussi qu'on a tous eu une année difficile. Surtout moi, mais quand même un peu toi aussi - et puis Lise et les petits aussi. C'est justement pour ça que je tiens à ce concert. J'ai envie de faire un truc cool, au moins un, dans toute cette putain d'année difficile. C'est pas dur à comprendre, si ?

-         Mon chéri...je comprends très bien. » elle a dit, avec ce ton tout à fait spécifique aux gens (aux mères) qu'ont rien compris du tout. « Mais c'est non. Pas juste avant le bac. Hors de question.

-         C'est pas la veille non plus !

-         Tu dois réviser. Un point c'est tout. Tu te rends compte du retard que tu as pris ?

-         Mamaaaaaaan...j'ai quinze de moyenne !

-         Peut-être mais tu vas voir, le bac c'est autre chose. C'est un examen - ça passe ou ça casse.

-         Eh ben ça cassera si ça doit casser ! J'en ai rien à foutre !

-         C'est ça ! T'as raison ! Et tu finiras balayeur !  »

 

Ca aussi, c'était une phrase typique de ma mère. Durant toute mon enfance cette menace a plané au-dessus de ma tête : finir balayeur. Bon...notez que ç'aurait pu être pire : j'aurais pu finir clochard. Mais balayeur déjà ça me semblait bien assez cauchemardesque comme ça. Quand on voit ce que je suis devenu il y a de quoi rigoler - enfin sauf avec ma mère. Elle, elle vous expliquera que c'est justement grâce à cette menace que je suis devenu universitaire. Logique.

 

« Bah peut-être ! Et alors ? C'est pas une honte d'être balayeur !

-         Si tu penses que c'est ce que tu mérites.

-         Qu'est-ce qui te fais croire que je mérite mieux ?

-         Mais enfin...tu es mon fils... !

-         Et je serai plus ton fils quand je serai balayeur ?

-         Thomas...

-         Ouais, c'est ça. Tu m'aimes pas comme je suis !

-         Thomas, voyons...tu n'es pas balayeur.

-         Et si je l'étais ?

-         Mais tu ne le seras jamais voyons !

-         Ah : tu vois ! »

 

Le pire, c'est que je m'en foutais vraiment de finir balayeur. J'aurais été le balayeur le plus rock'n'roll du monde - c'est tout ce qui comptait pour moi.

 

 

 

 

Vendredi 30 mai 2008
Flying Dutch (Tom Holt, Angleterre, 1991)

V.F. : Histoire du hollandais volant


Relativement méconnu par chez nous (où il a été traduit fort tardivement) Tom Holt est souvent présenté en Angleterre comme le fils spirituel de Terry Pratchett, ce qui n'est ni vrai ni faux - mais n'en est pas moins normal. Il ne vous aura pas échappé en effet que tout auteur plus ou moins anglo-saxon souhaitant raconter une histoire plus ou moins fantastique prend plus ou moins le risque plus ou moins conscient d'être plus ou moins comparé à Pratchett (c'est un peu comme les groupes de plus ou moins rock français qui seront forcément plus ou moins comparés à Noir Désir). Aucune importance, donc, que Holt s'inscrive plutôt dans la lignée d'un Will Self et que son écriture évoque de manière assez saisissante celle de Nick Hornby - il est l'hériter de Pratchett. Point à la ligne.

Admettons. Un Pratchett particulièrement déjanté, alors. Car dans « Flying Dutch » comme autrefois dans son hilarante anti-autobiographie de Margaret Thatcher (« I, Margaret » - à découvrir en priorité... surtout si vous êtes étudiant en anglais et que vous devez vous fader la vraie bio de la vraie dame de fer !) Tom Holt se livre surtout à un exercice de dynamitage des mythes comme on en voit pas souvent (ou pas assez) dans la fantasy d'aujourd'hui.

Figurez-vous donc que le célèbre hollandais volant immortalisé par Wagner dans l'opéra du même nom continue d'errer de nos jours, rien d'étonnant à cela puisqu'il ne peut pas mourir - du moins cette tache est-elle pour lui particulièrement ardue. Il va sans dire qu'après une si longue éternité à ne rien faire Cornelius (c'est son petit nom) commence à quelque peu se laisser aller au vague l'âme, on le comprend d'autant mieux que le pauvre supporte depuis quatre siècles les pires calomnies circulant à son sujet (sans oublier ce détail charmant : notre ami pue la poiscaille pour l'Eternité). A sa place, beaucoup auraient été blasés depuis des lustres... mais lui, il n'arrive décidément pas à s'y faire (et encore : en 1991 il ignore que le pire reste à venir et qu'une décennie après il sera mondialement traîné dans la bouillie cinématographique plus connue sous le nom de « Pirates des Caraïbes »). Qui d'autre qu'une femme, de préférence jeune et belle et mortelle, pouvait lui offrir la Rédemption ? On devine que ce rôle échouera à Jane, charmante comptable qui constate par un concours de circonstances pour le moins drolatiques que si Cornelius venait à toucher à son assurance vie... ah ça chers amis, ce serait bien plus dramatique pour l'économie que la hausse des tarifs sur le baril de pétrole !

S'ensuit une course-poursuite idéalement rythmée et parsemée de (très) bons mots - de la part de l'auteur d' « I, Margaret » on en attendait pas moins. Quelques facilités ici ou là peut-être, mais les lister ne rendrait pas hommage à l'enthousiasme et à l'énergie d'un auteur méritant clairement mieux que d'être vendu comme un succédané de qui vous savez.

A découvrir - si ce n'est déjà fait.


le genre :    aérien (forcément)

la note :    





Vendredi 30 mai 2008

Semi-detached (Therapy?, Irlande, 1998)

 

 

La chronique à chaud (juin 1998) :

 

Après trois ans d'absence, et un changement de line-up (nouveau bassiste + arrivée d'un violoncelliste), Therapy? revient avec un cinquième album, plus mélodique mais toujours inclassable. Ca commence à la Green Day (avec « Church Of Noirse »), ça se referme sur un genre de metal planant, et entre les deux, les irlandais auront fait dans tous les registres du rock énergique. Les fans seront peut-être surpris de ne pas retrouver, sur Semi-detached, l'agressivité d'Infernal Love. Mais le groupe a décidé de ne pas se répéter, et Andy Cairns se montre très à l'aise dans son nouveau registre plus pop. A écouter en priorité : « Stay happy » et « Lonely, cryin' only », deux chansons énergiques et joyeuses, qui donnent une bonne idée de cette nouvelle direction musicale. Très convaincant !

 

 

Dix ans plus tard, sur Le Golb :

 

Dans « The Dirt », Nikki Sixx (je crois) raconte comment en l'espace de cinq ans son groupe est passé de concerts dantesques dans des stadiums à des prestations presqu' anonymes dans des petits clubs à moitié vide. Therapy?, trio puis quatuor irlandais de grand talent, a connu peu ou prou la même mésaventure - à la différence près que ses membres ne sont jamais parvenus à trouver la rédemption en se confiant à un journaliste.

 

Souvenez-vous, c'était il y a pas si longtemps... 1994, pour être exact. Le single déjanté « Nowhere » devenait un tube planétaire et Therapy? passait du statut du combo underground prometteur à celui de stars en devenir. Une paire d'album (Troublegum et Infernal Love) et de tournées plus tard il n'était quasiment plus rien, et cinq ans après un passage triomphal par Bercy les irlandais livraient une prestation incendiaire devant cent personnes personne plus votre serviteur tassées dans le Club Dunois. Une histoire vieille comme le rock, peut-être. Une histoire bien triste néanmoins.

 

Car Therapy?, on l'a un peu vite oublié, était alors (est toujours, d'ailleurs) un groupe de tout premier plan, parmi les plus singuliers et les plus inventifs que nous aient offerts les années 90 (ce qui n'est pas peu dire vue la qualité de l'offre de l'époque). Le seul peut-être qui ait jamais su proposer une fusion rock-punk-metal probante (en tout cas ce n'est certainement pas Offspring qui lui aura fait de l'ombre). Las : il est arrivé au pire moment qui soit. 1994. L'explosion du revival punk californien. Peu importe que Troublegum ait été (comme son excellent prédécesseur Nurse) un disque abrasif et sévèrement charpenté, peu importe même que le groupe ait été irlandais... le simple fait que son single ait tapé dans le punk bondissant suffit à faire jeter Therapy? dans le même sac (poubelle) que les Smash Mouth et consorts - quand on pense que six mois plus tôt la presse les comparait (à raison) à Faith No More... ça laisse songeur...

 

 

Aussi quand paraît Semi-detached le groupe l'ignore encore mais il vient d'entrer dans un creux de vague dont il ne sortira pour tout dire plus jamais. Premier de ses opus à ne plus paraître aux Etats-Unis ni dans une partie de l'Europe (A&M estime que la mode est passée et qu'il vaut mieux miser sur le neo-metal), il n'en demeure pas moins un disque tout à fait réussi renfermant deux de leurs meilleures chansons (« Tightrope Walker » et « Lonely, Cryin' Only »). Soit : ce n'est plus vraiment le groupe d'Infernal Love, ces Buzzcocks heavy qui étaient parvenus à mettre critiques et public à genoux. Y perdait-on vraiment au change ? Fulgurante et singulière, la musique du Therapy? première période versait aussi parfois dans le bourrinage gratuit et gagne ici en aération et épaisseur (à l'image du final, « Boy's asleep », premier titre du groupe à pouvoir être qualifié d'émouvant).

 

Si l'on entend pas vraiment le violoncelle de Martin McCarrick, il serait cependant malvenu d'en minimiser l'apport. On connaît le goût de l'ex This Mortal Coil pour les expérimentations ; sans aller jusqu'à métamorphoser Therapy? en Sonic Youth (auquel on pensera toutefois le temps de l'étrange « Tramline ») il a à l'évidence entraîné le groupe sur des terres qu'il n'aurait sans doute jamais eu l'idée de visiter (« Safe ») et fourni le travail sur les arrangements qui lui manquait jusqu'alors pour être autre chose qu'un petit combo brillant. Oui, « Church Of Noise », premier single punchy, verse dans la pop-punk récemment démodée à l'époque. Néanmoins ce n'est pas le premier morceau pop-punk venu  - la voix y est bien plus rêche et les breaks au piano rendent a priori plus hommage à Jerry Lee Lewis qu'à Green Day. Même constat sur « Don't expect Roses » ou « Straight life » : sur Semi-detached les titres les plus classiques ont toujours quelque chose en plus par rapport à ceux de la concurrence.

 

Du coup le cinquième album de Therapy? réussira l'étonnante performance d'être à la fois leur plus mélodique et leur plus travaillé... ce qui ne l'empêchera pas au demeurant d'être plutôt inégal. Faute d'avoir fait appel à un vrai producteur (notez qu'un teenager américain lambda pourrait sans aucun doute considérer Chris Sheldon comme un vrai producteur - quel dommage que le disque ne soit pas sorti USA !) le groupe a lui même tressé la corde pour se pendre, et si pris individuellement chaque titre est tout à fait réussi... on cherche la cohérence de l'ensemble. Ce n'est pas le tout de sauter sans vergogne du bubble-punk à la space pop puis du rock rétro ou grunge... encore faut-il savoir s'entourer de gens capables de faire cohabiter ces genres ensemble.

 

Dont acte : moins d'un an plus tard, Therapy? confiait son disque suivant à l'excellent Head (fidèle et rugueux ingé son de PJ Harvey). Comme de juste, le très sombre Suicide Pact - You First ! sera leur meilleur album. Et, comme de juste, personne ne l'achètera.

 

 

le genre :    rock-punk-pop

 

la note :   

 

 

 

 

Jeudi 29 mai 2008
Burning Angel (James Lee Burke, USA, 1995)

V.F. : Le Brasier de l'Ange


James Lee Burke est un sacré auteur. Ca ne vient pas de sortir, et la plupart des amateurs de roman noir le savent depuis trente voire quarante ans. On lui doit au moins un chef d'œuvre (« The Lost Get Back Boogie »), une demi-douzaine de très grands livres (citons entre autres « Black Cherry Blues » et « Cadillac Jukebox »), mais même dans un ouvrage mineur comme « Burning Angel » il distille avec malice une petite musique (jazzy - forcément jazzy) à laquelle il est bien difficile de résister.

En apparence il s'agit d'une histoire d'expropriation comme les affectionne tout héritier de Jim Thompson qui se respecte : le nouveau propriétaire veut expulser les métayers de la famille depuis plusieurs générations, mais pourquoi donc, mais comment ça, mais vont-ils réussir à s'en sortir et nom d'une pipe : quel secret recèle cette terre pour ainsi déchaîner les passions ? Rien de nouveau sous le soleil : rien ne ressemble plus à une fiction terroir de France 3 qu'une intrigue de James Lee Burke. On ne se refait pas, et comme de juste l'intérêt est ailleurs. Dans l'étude de mœurs, dans la dissection de cette petite communauté de Louisiane, dans le caractère énigmatique du héros - l'inénarrable Dave Robicheaux (bien connu des lecteurs de l'auteur).


Lisant cela, certains habitués de ces pages retiennent leur souffle : oui, chers amis, « Burning Angel » se déroule bel et bien dans un petit patelin. Joie ! Bonheur ! Burke est un des tous meilleurs dans cet exercice de déconstruction, parmi les rares sans doute qui puissent rivaliser avec Faulkner - avec lequel il partage par ailleurs nombre d'obsessions. Clés de l'avenir planquées dans le passé, racisme sudiste patent, désespoir des couches les plus populaires face à un monde en plein bouleversement... difficile (sinon impossible) de ne pas penser à « The Mansion » - le plus dur (et le plus méconnu) de tous les romans de l'Autre Grand William.

Avec en prime tout ce qui fait la marque de Burke, ambiance New Orleans, whisky à gogo (ceci n'est pas un jeu de mots), écriture fluide et humour vache - comme tous les grands désespérés cet auteur est un immense blagueur. Si vous aimez le roman noir, vous seriez bien bêtes d'hésiter...


le genre :    farce sombre

la note :   




Mercredi 28 mai 2008
Le commencement de la Gloire...

A ma grande surprise, depuis dimanche soir, mon téléphone n'arrête pas de sonner et ma boite mail d'exploser. Pourquoi ? Eh bien... à cause du palmarès de Cannes, bien entendu ! Bon, ne vous en faites pas si ça vous semble bizarre - à moi aussi. Je vous jure qu'au bout d'un certain nombre de mails de quasi félicitations j'ai sérieusement commencé à me demander si par le plus grand des hasards je n'aurais pas fait quelque chose dans ce film, là, « Entre les murs »... de la figuration involontaire, ou alors ç'a été tourné dans mon ancien collège et les gens ont cru que... à moins tout simplement que mon début de calvitie m'ait fait confondre avec François Bégaudeau ? Il est vrai que nous avons exactement la même coiffure. Osons même le dire, quitte à nous fâcher avec quelques groupies : Bégaudeau, vous lui mettez une barbe... c'est moi. Regardez !



(hum... question purement rhétorique : en établissant de manière irréfutable ce rapprochement est-ce que je fais violemment baisser mon sex appeal ou bien au contraire est-ce que je dope sauvagement celui de François ?)


Enfin bref ! Au risque de décevoir mes fans (et les siens) je ne suis pas François Bégaudeau et je n'ai jamais joué dans un aucun film *. Je n'ai bien entendu jamais reçu la moindre Palme d'Or, ni pour « Entre les murs » ni pour mes précédentes œuvres, je n'ai même pas de smoking et comme si tout cela ne suffisait pas à mon malheur figurez-vous que Télérama m'ignore royalement en dépit de mes deux années de bons et loyaux services bloguiens. Putain de vie ! Du coup, pour me remonter le moral, je fais sniper de hits par anticipation...

... certains d'entre vous se demandent peut-être ce que je raconte depuis le début de cet édito...? Qu'ils se figurent donc qu'il y a quelques mois j'ai un petit peu écorché (façon de parler - en fait je lui ai carrément mis une mine) « Entre les murs 1.1 », le roman de François Bégaudeau adapté (par François Bégaudeau) pour les besoins du film (avec François Bégaudeau (vous savez - ce mec qui me ressemble ?)). Ben ouais. C'est juste pour ça que ma boite mail explose depuis dimanche soir, et je vous assure que ce n'est pas une plaisanterie. Rassurez-vous j'en suis moi-même assez surpris, certes je ne peux pas nier que l'idée d'aller voir l'adaptation d'un bouquin que j'ai détesté m'enchante... mais de là à considérer cette Palme d'Or 2008 comme une défaite personnelle, il y a quand même une marge que je me croyais trop sérieux pour franchir !

Heureusement : j'ai des amis qui s'en sont chargés pour moi. On ne les nommera pas, hein (quelques uns y ont été de leur petit commentaire rétrospectif dans la discussion prévue à cette effet), et on ne leur en voudra pas du tout même... car finalement c'est assez marrant de voir qu'a priori je suis devenu dans l'esprit des copains l'Ennemi Numéro 1 de François Bégaudeau, son antithèse, son double négatif, son jumeau pendulaire et hyperbolique (oui : la barbe, c'est un truc ultra hyberbolique), celui qui férraillera contre lui jusqu'à la fin des temps. D'ailleurs Libé voulait publier mon portrait en dernière page du numéro d'hier (sous le titre : Excuse-moi sparing partner), et puis finalement non, j'ai décidé de laisser François savourer un peu son triomphe - on se reverra en octobre mon garçon.

Allons allons : soyons un peu sérieux. Une seconde, quoi : un film est un film, un livre est un livre, on sait tous que les meilleures adaptations sont celles qui savent trahir. Je suis le premier à souhaiter que Laurent Cantet ait trahi le roman de Bégaudeau à qui-mieux-mieux, ça n'enlève rien à mon avis sur le sujet mais il ne sera pas question ici de dresser le moindre procès d'intention à un film qu'on a pas vu. Ce que je dis là tombe sous le sens ? Pas pour tout le monde, a priori... une fois encore je me demande quelle drôle d'image certains se font de moi... loin de moi l'idée de vouloir poursuivre François Bégaudeau de ma vindicte, entre nous je serai bien bête - grâce à lui je suis en passe de venir une superstar. Oui parce qu'entre nous, le vrai coup de maître d' « Entre les murs - le film », ce n'est pas tellement de redorer le blason des enseignants (on nous a déjà fait le coup il y a dix ans avec le film de Tavernier, on n'a pas spécialement noté que les profs étaient moins méprisés depuis) ni de mettre le cinéma français au sommet du monde (y a guère que Sean Penn - dont je m'étonnerai toujours qu'on s'extasie devant le discours pourtant souvent bas de front - pour penser que le nerd américain de base va s'empresser d'aller voir Bégaudeau donner un cours de français en VOST)... non : la vraie vertu de cette Palme d'Or sans aucun doute méritée (Cantet est un excellent cinéaste) c'est d'avoir d'ores et déjà multiplié par deux les audiences du Golb et de la Matinale de Canal. Vu le peu d'articles parus sur les blogs au sujet du livre ** le Golb est désormais en passe d'exploser tous les charts... rien que pour ça : merci François ! Merci, du fond du cœur et pour Sydney Polack... écoute - tout est pardonné.


...et le premier versement pour sa rançon

Il y a cependant bien plus embêtant que d'être pris pour François Bégaudeau (et même plus embêtant que d'être pris pour Thom du Golb).

Nous en avons déjà parlé ici : les plus grandes tragédies de l'histoire de l'humanité ont commencé par un coup de fil. Révolution internautique oblige, de plus en plus nombreux sont les drames qui, en 2008, débutent avec un e-mail.

Hier, alors que je bouquinais tranquillement, je reçois donc un mail d'un vieux copain dont nous tairons le nom : Regarde ! Regarde ! Regarde quoi ? Le lien, là !!!

Et alors je lis, médusé, ceci :

"Comment se fait-il qu'il y ait autant de lèches-popotin sur le blog de Golb ?"

Vous imaginez ma stupeur. Bon... je comprenais bien qu'on puisse se poser la question (cela m'arrive moi-même)... mais de là à le faire publiquement, tout de même...

Je poursuis donc ma lecture, espérant découvrir que tout ceci n'était qu'une nouvelle blague de KMS, qui ne sait plus quoi faire pour lutter contre les commentaires consensuels de BBB. (et on le comprend, et on l'excuse). Sauf que... KMS n'a rien à voir là-dedans, je le devine assez rapidement, ce n'est pas assez subtil. Et puis... c'est visiblement l'oeuvre de quelqu'un qui me connait bien. La preuve :

"J'ai remarqué aussi ! et le "Golb" par çi et le "Golb" par là...

Pffff, peut-être parce qu'ils sont tous admiratifs de sa sélection à "vise un peu ma vie" ?
Ses chevilles enflent, il prend la grosse tête,
moi qui l'appelait "mon poussin d'amour", il me demande de l'appeler "professeur"

Je me suis mis à trembler comme une feuille. Quelle était donc cette histoire ? Eh bien... c'était celle de Madame Golb. Qui n'est PAS DU TOUT ni ma femme, ni mon ex, ni personne que je connaisse. D'ailleurs pour tout vous dire je ne m'appelle pas pas du tout Golb, dans la vie (c'est Chtif qui va être déçu). Pas du tout. Nous n'avons aucun lien de parenté - en tout cas pas à ma connaissance. Il suffit d'ailleurs de faire bien attention pour noter que Madame Golb est nettement plus âgée que moi, à la limite j'aurais pu comprendre qu'on la prenne pour ma mère... mais ma femme ! Tout de même... n'exagérons rien.

Evidemment... je m'étonne un peu que X, Y et Zaph n'aient découvert ce blog homonyme que cette semaine... alors que je le connais pour ma part depuis des années. J'imagine leur stupéfaction, puisque le dernier article en date met en scène une schtroumffette... or : que représentaient les illustrations lors de la dernière cérémonie des Golb d'Or ? Vous imaginez la tête des mes copains ! Il n'en fallait pas plus pour qu'ils se mettent à échafauder toute une mythologie des plus malsaines... et ainsi-je ai-je appris à cette occasion que la charmante (n'en doutons pas) Madame Golb n'était autre que mon ex (on ne se méfie jamais assez de ces petites bêtes là) jalouse de ma toute nouvelle notoriété (merci encore, François) et bien décidée à répandre moult calomnies à mon sujet... Et il est vrai que certains articles comme celui que je cite peuvent prêter à confusion !

Alors que faire ? De deux choses l'une : soit intenter un procès à Madame Golb pour qu'elle change de nom ; soit carrément demander la fermeture de son blog (qui de toute façon a cessé d'être actualisé un an avant l'ouverture de celui-ci). En espérant qu'elle n'a pas déposé le nom... vous imaginez le bordel ? Moi, devenu une star grâce à François Bégaudeau, qui la traîne et justice et découvre stupéfié qu'en fait c'est moi qui suis dans l'illégalité la plus totale...? Et de me retrouver à devoir changer de nom de blog, au bout de deux ans, la révolution dans la blogosphère, des pétitions qui circulent... et pendant ce temps Christian en ferait les choux gras de sa revue de blogs, ça c'est sûr que ça ferait bien rire tout le monde... quelle histoire ! J'aurais adoré la voir illustrée par Alf... malheureusement vous avez dû noter qu'il y avait comme un petit problème avec les crobs, cette semaine...


Alf a drink away

Car c'était prévisible, même si j'ai longtemps refusé d'y croire.

L'alcoolisme d'Alf a fini par éclater au grand jour. Durant plusieurs mois ça ne s'est vu que sur son blog à lui (la preuve), mon intransigeance ayant chaque fois su protéger les éditos du Golb de ses délires éthyliques. Las ! Cette semaine, il était tellement bourré au moment d'illustrer l'édito que... je n'ai eu que deux choix possibles : ne pas publier ses œuvres, ou bien les publier et oser ouvrir un grand débat public à propos de ce fléau qu'est l'alcool au clavier. Ah ça bien sûr... ce n'est pas un sujet très consensuel. D'aucuns ne manqueront pas de s'offusquer. Certains peut-être me taxeront de misérabilisme - les mêmes qui conchièrent Zola à l'époque de « L'Assommoir ». On connait la chanson - et je suis prêt à prendre le risque par amitié pour celui qui avant d'être une épave fut un immense dessinateur de crobs du mercredi. Comment pourrais-je refuser de l'aider ? Vous avez vu les proportions que tout cela a pris ? Non seulement je ne comprends strictement rien à ses crobs, mais encore me paraissent-ils des plus agressifs vis à vis de ma personne - l'ingrat ! Alors que j'ai fait pour lui ce que François Bégaudeau a fait pour moi ! Que je lui ai donné l'amour du public, la gloire et même la beauté - et Dieu sait que ce n'était pas gagné avec un pseudo pareil.

Voyez les dégâts que l'alcool a causé sur celui que nous avons tous bien connu autrefois, jeune de père de famille idéal, toujours un petit mot sympa, un petit dessin gentil...! Allons : j'ai du mal à cacher ma peine mais je ne vous l'imposerai pas. Je voulais juste vous en toucher un mot, non point pour le stigmatiser mais pour que nous soyons soudés autour de lui. Pour que nous ne le laissions pas tomber, malgré ses excès, malgré ses délires... seul, j'ai fait tout mon possible - on voit le résultat. Pourtant on ne peut pas dire que je n'ai pas été gentil avec lui. Je me suis toujours dépéché d'écrire mes éditos à l'avance pour qu'il ait le temps de travailler dans de bonnes conditions, pour éviter qu'il éprouve le besoin de se doper à la vodka afin de rendre sa copie à l'heure. Je lui ai fourni tout le jus d'orange qu'il voulait... mais il a préféré s'en servir pour couper ses breuvages. Fut un temps j'ai essayé de dealer avec sa maladie, de lui donner des petites rations, d'entrer dans ses délires... ainsi me suis-je efforcé de glisser régulièrement le mot Sarkozy dans mes chroniques de manière à éviter de le perturber (Alf est en effet - vous l'aviez sans doute remarqué - un sarkobsédé sarkoxuel de la pire espèce) ; j'ai même poussé jusqu'à critiquer Sarkozy dans les éditos juste pour lui faire plaisir (alors que j'ai moi-même voté Sarkozy). Rien n'y a fait. Même l'amour vache, ça n'a pas marché. Soit, il s'est mis à pleurer le jour où je lui ai dit que s'il avalait encore une goutte je le privais d'édito pendant un mois. Il a juré que cette fois-ci, c'était la bonne. Qu'il ne boirait plus que de l'eau...

On voit le résultat :



Si quelqu'un trouve le moindre rapport entre ce dessin et l'édito du jour... qu'il me fasse signe...

(bon... vous me direz qu'il a peut-être voulu dessiner François Bégaudeau avec une barbe et qui se serait  déguisé en Indiana Jones...)

...dans le cas contraire, n'hésitez pas à m'envoyer vos dons. J'ai créé une Association Loi 1901 exprès pour l'occasion, un genre de fond de pension dont tous les bénéfices seront reversés à la famille Alf (que personne ne s'inquiète - il n'en verra pas la couleur et ne les dépensera pas en boisson).


En espérant que d'ici la semaine prochaine, son état de santé connaîtra un mieux...



* enfin si, j'ai raconté ailleurs que oui, mais que j'avais été coupé au montage

** justement signalons au passage le bel article de Yohan, paru lundi dernier et qui mérite votre attention... même si je pense presqu'exactement l'inverse de lui...

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