Les notes du Golb

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   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Mercredi 30 août 2006
Kiss me Kiss me Kiss me (The Cure, Angleterre, 1987)
 
 
A sa sortie en 1987, Kiss me Kiss me Kiss me avait tout pour faire fuir les fans. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il était la concrétisation des toutes les frayeurs des amateurs de Cure – et accessoirement de la mégalomanie de Robert Smith.
 
Jusqu’alors, le groupe fonctionnait selon un équilibre improbable, proposant à la fois des albums complexes et atmosphériques et indépendamment des 45 tours pops et mélodiques. Une situation qui ne pouvait guère tenir la distance, et après la déferlante « Close to me » (1985) et un greatest hits enquillant les tubes, il était plus qu’évident que la carrière de The Cure allait prendre une direction plus… « accessible ».
 
 
De fait, effectivement, voici un disque dont les points communs avec ses prédécesseurs ne sautent pas aux oreilles. L’introduction planante de « The Kiss » n’est qu’un leurre : dès le second morceau (« Catch »), l’auditeur a droit à une petite comptine pop et romantique bien éloignée des noirs remous du début des années 80. Et si réminiscences il y a bel et bien, ce sont des réminiscences de la compile Japanese Whispers (« Why can’t I be you », au pif, ou encore « One more time »).
 
Pas de mélancolie vissée au corps, pas de tristesse dans la voix et du romantisme juste ce qu’il faut, le temps d’une adaptation (très libre) d’un poème de Baudelaire (« How beautiful you are »). En lieu et place des atmosphères étranges et des claviers envappés, Robert Smith et son groupe remanié proposent des synthés catchys (« Torture »), des relents funks (« Hot ! Hot ! Hot ! ») et des passages arabisants (« Like cockatoos », « Fight »)…bref, largement de quoi dérouter le fan, qui n’apprécie pas trop le changement – c’est bien connu.
 
Et pourtant il serait injuste de clouer au pilori un album qui, pour n’en avoir pas moins déçu les attentes du public à l’époque, contient de très, très grand moments. A commencer bien sûr par « Just like heaven », imparable tube, ou « If only I could sleep tonight », probablement l’une des plus grandes chansons de Cure. C’est simplement d’un autre visage du groupe qu’il s’agit. Un visage se traduisant par une musique bien plus mélodique et bien plus directe, jusque dans les arrangements, nettement plus aérés et souvent extrêmement originaux pour l’époque…
 
…trop ? peut-être. Il n’en demeure pas moins que Kiss me Kiss me Kiss me a réussi la double performance d’être un des albums les plus vendus du groupe et l’un des plus méprisés de ses fans.
 
Cette nouvelle réédition ne changera nullement la donne : le son a été vaguement lifté, et le deuxième cd est essentiellement composé de versions instrumentales et lives qui séduiront plus les fans que l’auditeur occasionnelle. En revanche, qui dit réédition dit « ancienne édition vendue moins chère », et c’est là que les choses deviennent nettement plus intéressantes.
 
Car pour n’en être pas moins un disque de Cure mineur, Kiss me… est un album à (re)découvrir.
 
 
le genre : pop
la note : 5 / 6
 
 
Mardi 29 août 2006
L’Acacia (Claude Simon, France, 1989)
 
 
Indicible, c’est ce mot que Lovecraft utilise quatre fois par page pour décrire ce qui ne peut pas être décrit. On peut aussi l’employer pour écrire sur ce que l’on ne peut expliquer, et c’est donc le mot qui me semble le mieux approprié à « L’Acacia ».
 
J’ai déjà évoqué par le passé le foisonnement verbale, l’épanchement syntaxique et le déferlement linguistique caractéristiques des textes de Claude Simon. Dans « L’Acacia », cette écriture unique en son genre atteint son apogée.
 
 
De quoi ça parle ? De beaucoup de choses.
 
Le sujet le plus présent est sans doute la guerre, ou plutôt les guerres. Elles passent, les unes après les autres. Elles passent sur les hommes et elle marquent leur temps, puis s’effacent, cédant la place à d’autres guerres qui passeront sur d’autres hommes et marqueront d’autres temps.
 
L’acacia est là, au milieu de tout cela. Il est planté dans le midi, mais il est aussi, surtout, planté dans le temps. Les guerres et les époques passent, l’acacia reste, centenaire, comme un témoin privilégié (enfin « privilégié », façon de parler…) de ces temps qui, sous la plume de Simon, se croisent et se répondent, sans jamais se rencontrer. Ils sont cloisonnés par des parties comme ils sont cloisonnés dans nos mémoires. Comme pour montrer que l’homme oublie, toujours, fatalement, alors que l’acacia, être vivant lui aussi, conserve les stigmates du temps.
 
Et le lecteur avance, recule, se projette, secoué par des phrases longues et sinueuses, et par cette structure narrative, ou plutôt cette structure non-narrative qui bouleverse les époques et confond les personnages. On est troublé, perdu, on revient…on est remué, étonné et même agacé, parfois, mais c’est le but du jeu : nous, lecteurs, participons aussi au roman. Bien plus, finalement, que ces personnages qui vont et qui viennent – devant l’acacia.
 
 
C’est à ce stade de l’article que je dois me heurter à l’indicible. Tout l’art de Claude Simon réside dans cette idée, à la fois très simple et extrêmement délicate à réaliser, de prendre un élément – l’acacia en l’occurrence – pour en faire non pas un objet ou un symbole mais bel et bien un personnage. Un personnage qui bien entendu ne peut pas agir sur l’intrigue (et donc sur l’Histoire avec un grand « H »), tout en constituant l’élément principal du livre. Mais ce n’est pas bien grave puisque, de toute façon, il n’y a pas d’intrigue. Plus précisément : il y en a trop pour qu’on prennent la peine de les raconter.
 
Parce qu’au final, seule compte la magie. La puissance du verbe, de mots qui se croisent et créent un tout poétique. Claude Simon use des phrases comme un peintre des couleurs. Il en résulte un tableau splendide, profondément touchant et ouvert à mille et une interprétations, selon le regard qu’on lui portera.
 
Comme une toile de maître.
 
 
le genre : inexplicablement bouleversant
la note : 6 / 6
 
par thomthom publié dans : Lectures
Mardi 29 août 2006
« On ne quitte pas l’Education Nationale comme ça, voyons ! »
 
Non ? Tu crois ? On s’en va comment alors… ?
 
« Vous ne pouvez pas renoncer, d’autant que ça ne fait vraiment pas longtemps que vous enseignez. »
 
Juste, ça fait quatre ans, et quand je vois comment je suis au bout du rouleau au bout de quatre ans je préfère ne pas imaginer dans quel état je serai dans cinq, dix, ou vingt ans. Comme l’animateur télé, l’enseignant est une denrée périssable. Ca s’use très vite, un enseignant. Vous devriez penser à ça quand vous vous rendez aux réunions parents – prof.
 
Pour ce que j’ai pu en observer, il ne faut pas plus d’une décade pour qu’un enseignant soit lessivé. Il y a bien sûr quelques exceptions, quelques dinosaures qui au bout de vingt ans sont toujours aussi motivés et n’échangeraient leur place pour rien au monde mais, croyez-moi, dix ans suffisent amplement à ruiner le jeune et fringant professeur que vous étiez.
 
« Votre état personnel ne dépend pas réellement de votre métier. Vous seriez boucher, vous auriez les mêmes états d’âmes et ressentiriez les mêmes manques. »
 
Certes. Je pourrais difficilement le nier. Mais je ne peux pas dire que j’aime mon métier non plus. Je n’aime pas ça, ce n’est pas ce que je voulais faire. Je n’ai jamais eu la vocation, je n’ai jamais eu envie d’enseigner. Jamais. Je ne suis pas fait pour ça (bon, pour quoi suis-je fait c’est un autre débat). Je ne prends aucun plaisir à exercer mes fonctions, et je n’ai jamais la satisfaction du devoir accompli. D’ailleurs, quand j’étais plus jeune, s’il y avait bien un métier que je ne voulais absolument pas faire, c’était celui-ci. Je suis arrivé là par erreur. Il y a évidemment des aspects positifs, mais il n’empêche que j’aurais tout à fait pu être boulanger si j’avais su pétrir le pain. Ce que je voulais être avant tout, c’est écrivain. C’était ma principale motivation et j’ai commencé à enseigner « en attendant » de pouvoir être écrivain. Ceci étant impossible, peut-être devrais-je trouver un travail qui me plaît un peu plus…
 
« On ne gouverne pas sa vie avec des envies, vous savez.
-          Ah.
-          Non. Il y a beaucoup d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte, croyez-moi.
-          Oh mais je vous crois.
-          Vous n’allez quand même pas tout reprendre à zéro ! »
 
C’est vrai que ce serait un peu con, mais c’est pas comme si j’étais à une connerie près.
 
« C’est que…je ne suis pas heureux dans ce boulot.
-          Je vois.
-          Ce n’est pas l’impression que vous donnez.
-          Soit. Admettons. Dans quel boulot seriez-vous heureux ?
-          Bof. Aucun ?
-          C’est bien ce que je voulais vous faire dire. Le fait est que vous n’avez tout simplement aucune envie de travailler.
-          C’est certain que si on me laissait le choix…
-          Mais on ne vous le laisse pas, puisqu’il faut bien nourrir votre fille. Par conséquent vous ne pouvez pas gouverner votre vie avec une, ou des, envies. Vous avez aussi des devoirs, et plus spécialement envers votre fille. »
 
Sauf que je n’ai que ça, moi, des devoirs ! Ce serait tellement bon, juste une fois, de pouvoir dire « je fais ce que je veux (avec mes cheveux) ! Qu’est-ce que j’aimerais faire un truc, rien qu’un seul, juste pour moi !
 
Vous savez, je n’ai pas choisi d’être père. Ca ne veut pas dire que je n’aime pas ma fille et que je ne veux pas son bonheur, cela sous-entend seulement que ce n’était pas dans mes projets.
 
D’ailleurs je n’avais pas de projets.
 
 
J’ai très vite compris que je ne pourrais pas faire entendre raison à Mr Bobo. J’ai donc décidé d’en parler à quelqu’un d’autre. Las ! toutes les réponses ont été les mêmes : j’ai été dans la même journée con, stupide, fou, et j’en passe. Il semble que pour la plupart des êtres peuplant cette galaxie, prof soit le job idéal. Le truc dont ils rêvent tous…à se demander pourquoi ils ne sont pas profs !
 
 
 
 
J’ai alors eu l’idée, géniale il faut bien l’admettre, d’en parler avec des gens qui connaissent ce métier, et par conséquent les difficultés qu’il comporte, et plus encore ce à quoi l’on se heurte quand on n’a pas la vocation.
 
Ok, là vous vous dites qu’à quelques jours de ma cinquième rentrée, il était plus que temps que je me pose la question de mes réelles motivations. Mais mieux vaut tard que jamais, et surtout mieux vaut au bout de quatre ans qu’au bout de vingt.
 
 
Je suis donc allé interroger ma sœur. Nous avons pris une bière, discuté de tout et de rien, et finalement j’ai jeté le sujet sur le tapis. A titre exceptionnel (mais j’ignore en quoi j’ai mérité ça) elle s’est départie de son calme légendaire et m’a tout bonnement traité de tous les noms. A sa décharge, elle essaie, de son côté, de redevenir prof. Elle, elle a la vocation, j’en suis ravi pour elle, mais je ne me sens pas plus avancé. De toute façon l’enseignement étant chez nous une vocation familiale, j’aurais plus vite fait de trouver des névrosés et des psychotiques dans mon arbre généalogique que de trouver des gens qui n’ont pas envie d’être prof.
 
 
En désespoir de cause, j’ai été parler de tout ça à mon grand-père, plus connu de vous, lecteurs, sous le nom de Papito. Ses premiers mots ont été :
 
« Enfin voyons, à 25 ans tu gagnes plus que moi quand j’ai pris ma retraite ! »
 
Bien. Alors prenons le problème dans l’autre sens : est-ce bien raisonnable de laisser enseigner quelqu’un qui n’aime pas ça, qui ne veut plus faire ça et ne peut plus supporter ça ?
 
Ben faut croire que oui, parce que Papito non plus n’y pas vu d’objection.
 
Désespérant !
 
En gros je suis condamné à ne pas avoir de perspective de carrière jusqu’à la fin de mes jours ? Je suis condamné à faire le même boulot auquel je suis allergique ?
 
J’ai proféré ces arguments à voix haute, et Papito a alors répondu :
 
« Tu peux toujours enseigner en fac. Après tout, tu as tous les diplômes pour, rien ne t’oblige à t’enliser dans le secondaire. »
 
Nous y voilà.
 
 
La proposition méritait réflexion. J’ai donc réfléchi. Deux minutes.
 
« Non »
 
Voilà, c’est réglé.
 
 
Bien sûr, « Non » est un peu faible comme argument, je me dois donc d’étayer : enseigner en fac ? Non mais franchement, ça fait envie à qui ? Mis à part le prestige, il n’y a rien à en retirer. Les étudiants, c’est pire que tout, et je suis bien placé pour le savoir puisque j’en ai été un ! Et que je me suis magné d’avoir tous mes diplômes pour ne plus en être. Qui plus est, les étudiants, ils veulent tous être profs, et je serais encore foutu de susciter des vocations, con comme je suis. Car bien sûr, si je fais jouer mes contacts pour revenir à la fac, où je ne suis par ailleurs pas trop en odeur de sainteté, je vais me retrouver avec les classes les plus pourries, c’est à dire les premières années et les capes. C’est toujours comme ça que ça se passe, ce sont les deux secteurs dont personne ne veut.
 
Remarquez, ça pourrait être marrant : j’enseignerais en capes et j’expliquerais pourquoi il faut absolument rater cet examen. Et quand bien même : du point de vue des programmes, c’est affreusement ennuyeux. En première année, on rattrape le retard que les étudiants ont accumulés dans le secondaire, et au niveau du capes, on fait des cours de littérature générative, du type grands mouvements littéraires – ce genre de choses. En gros on fait pareil, sauf qu’on le fait en un peu plus poussé.
 
Beurk.
 
 
 
 
Mais j’ai déjà soulevé cet étrange paradoxe auprès de Mr Bobo : de toutes les personnes que je connaisse, je suis de loin celle qui a toujours été la plus réfractaire au système éducatif. Et j’ai fini prof. Agrégé de surcroît. Qu’est-ce qui m’a pris ? Selon Mr Bobo, c’est un paradoxe particulièrement intéressant et symptomatique de ma personnalité névrotique. Content de l’apprendre, mais ça ne répond pas à ma question Docteur !
 
Je vais donc essayer de fournir le semblant d’explication que le spécialiste de la psyché n’a pas été foutu de fournir : je pense que quelque part, au fond de moi, il y avait une envie d’être le prof cool qui rachète la médiocrité des autres aux yeux des élèves. Vous voyez ce que je veux dire : des profs comme ça, on en a tous eu au moins un. En général, ce sont les plus mauvais, mais également les plus populaires auprès de ces chères têtes blondes. L’âge aidant, j’ai fini par avoir beaucoup plus de sympathie pour, par exemple, Monsieur F***, notre prof d’histoire de terminale, que pour Monsieur B***, notre prof de philo. Pourtant Monsieur F*** était une aberration de la nature, froid, cassant, sarcastique. Son credo, c’était : « Je ne suis pas là pour être sympa, mais pour vous faire avoir le bac. ». Monsieur B***, lui, était beaucoup plus sympathique, avec ses méthodes anticonformistes et tout le tralala. N’empêche que Monsieur F*** a fait avoir le bac à toute la classe. Alors qu’en philo, on s’est tous rétamé, je ne vous dis que ça. Un désastre. J’ai eu 6, la meilleure note de notre classe ayant été 8. En histoire – géo, on a quasiment tous eu entre 13 et 16. CQFD.
 
Bref, tout ça pour dire que je voulais bien sûr être Monsieur B*** avec les résultats de Monsieur F***, tant qu’à faire.
 
J’ai aussi voulu être Zidane à une époque (le joueur, pas le dieu), résultat j’ai eu une jambe dans le plâtre.
 
CQFD, là encore.
 
 
 
 
Il n’y a pas de morale à cette histoire, et pire : il n’y a même pas de chute.
 
Depuis hier, je suis de retour dans mon petit CDI. J’ai retrouvé son matériel obsolète, quelques nouveaux livres qui viennent d’être livrés, beaucoup de manuels scolaires. Ca m’a semblé presque normal. Les personnes qui m’ont remplacé durant mon absence ont un peu foutu le bazar, mais ce n’est pas tellement surprenant.
 
Je ne sais pas pourquoi je suis là, mais je n’ai pas encore trouvé mieux à faire. Pourtant j’ai eu beaucoup de temps pour y penser ces derniers mois. J’essaie de voir les choses de manière positive. Ca, c’est une grande nouveauté pour moi.
 
Mais force est d’admettre que l’endroit ne pas jamais paru aussi plaisant qu’en ces jours d’avant rentrée où il est vide. Si ça, ce n’est pas la preuve que je ne suis pas fait pour ce métier, je ne sais pas comment le prouver. Je savoure ce silence, je mets de la musique pendant que je fais du rangement, que je déballe des cartons ou que je change la disposition des tables.
 
A l’administration, ils ont feint d’être content de me revoir. Je crois qu’ils s’en foutent un peu, en fait. Pour eux, je ne suis pas vraiment un enseignant, mais un mélange d’assistant social, de conseiller d’orientation, de surveillant et d’administratif. Je ne suis pas là pour apprendre des choses aux élèves, je n’en suis même pas réellement capable. J’essaie, bien sûr, pour me donner bonne conscience. Je m’investis en général beaucoup plus dans l’enseignement et dans les activités pédagogiques que la plupart des documentalistes. Mais fondamentalement, je suis plus doué pour discuter avec les élèves ou pour leur changer les idées que pour leur faire apprendre des trucs. Il paraît qu’ils en ont besoin, de discuter. Ca tombe bien. On me paie une fortune pour ça. Je les aime bien ces gosses, je trouve ça sympa quand ils font des exposés sur les jazzmen et que je leur ramène le dvd de « Birdie », quand ils râlent après le classique et qu’on écoute ensemble Metallica pour qu’ils voient les accointances entre les différents genres musicaux.
 
Je me souviens aussi d’un gamin qui voulait lire des histoires sur la mer. C’était un gamin qui ne lisait pas. Dans le CDI, j’ai trouvé un vieil exemplaire de « Moby Dick », et je le lui ai fait lire. Il n’a probablement pas saisi le quart du dixième de la portée philosophique de ce livre, mais il l’a adoré. Parce que c’était écrit avec des mots qui lui plaisaient. Je suis persuadé qu’il a lu beaucoup d’autres livres depuis, parce qu’il a compris qu’on pouvait aimer lire.
 
Ce genre de petite choses, je pourrais les faire sans être sponsorisé par l’Education Nationale.
 
Ce n’est pas le cas.
 
Et la vérité, c’est que j’en ai assez faire lire les livres des autres. Il est peut-être temps de mettre un terme à ma retraite ? Sinon, un ami (une connaissance plutôt), m'a proposé de travailler avec lui. Le boulot, ce serait être un genre d'agent du ministère de la culture rattaché aux collectivités territoriales. Pour cela, il suffit seulement de passer un concours (pour lequel je suis par ailleurs surdiplômé). Je me suis quand même inscrit au cas où. On verra bien, d'ici janvier, dans quel état d'esprit je serai. Peut-être que tous ces états d'âme vont disparaître après la rentrée - je l'espère.
 
En tout cas, une chose est sûre désormais : je vais rester dépressif un bon petit moment encore.
 
Lundi 28 août 2006
Goodbye & Hello (Tim Buckley, USA, 1967)
 
 
Comme beaucoup de gens de ma génération, français de surcroît, j’ai découvert Tim Buckley par l’entremise de son fils Jeff, dont l’éclosion correspond pile à poil à mon adolescence. A l’époque, il y avait toujours un con pour vous dire : « Quoi ? Tu connais pas son père, Tim ? ».
 
En général, c’était un con qui n’avait jamais écouté Tim Buckley, et personne n’allait chercher plus loin. Sauf moi. Parce que, bien entendu, j’étais en pleine ascension du fameux fil musical dont je parle depuis une tripotée d’articles maintenant. Et là, ce fut un choc.
 
Je vais le dire haut et fort : je suis peut-être le seul sur cette planète, mais je préfère cent fois Tim à Jeff. Sa musique est infiniment plus riche, sa discographie autrement plus fournie…rappelons tout de même que Jeff Buckley n’a publié qu’un seul album de son vivant et qu’en tout et pour tout il a dû composer quatre chansons dessus (et encore je compte large).
 
Plus tard, aux Etats-Unis, j’ai découvert que Tim Buckley était une icône, alors que Jeff semble ne quasiment pas y être connu. Ca ne m’a pas surpris outre mesure, je savais déjà que l’essentiel de sa popularité, au fiston, était européenne, voir même française à facilement 80 %...mais de là à être un quasi inconnu dans son pays d’origine, ça non, je ne l’aurais pas cru. Son père, en revanche, y est culte. On le considère là-bas comme un genre de Jim Morrison folk, ce qui n’est ni vrai ni faux.
 
 
En fait, on a trop souvent tendance à considérer Buckley Senior comme un folkeux, là où, dans les faits, seul son premier disque peut réellement être qualifié de folk-rock. Sa musique est en réalité tellement marginale qu’il passera la plupart de sa carrière dans les bacs à soldes, d’autant qu’il est légèrement frappé, paranoïaque, alcoolique, mythomane, et refuse de se plier aux règles du business de l’époque – celles qui exigent d’un artiste qu’il publie un album tous les six mois. Lentement mais sûrement, il sombrera, se fera saquer de tous les labels et publiera au fil du temps des albums de plus en plus complexes et abscons. Pour couronner le tout, il se fâchera régulièrement avec ses deux alter-ego sans lesquels il n’est pas grand chose, le guitariste virtuose Lee Underwoord et surtout le poète Larry Beckett. Car Tim Buckley, au cœur de l’épopée psychédélique, ambitionne de publier le disque onirique ultime. Il ne conçoit donc pas de proposer des textes moyens et fait appel à un poète connu et brillant.
 
 
C’est la grande époque des premiers enregistrements, qui s’étale de 1966 à 1970 (soit approximativement les six premiers albums). Sur les ritournelles acoustiques de Buckley, Beckett pose des vers hallucinés, symbolistes et généralement totalement incompréhensibles (mais beaux, c'est indéniable). Puis, en studio, Underwood et Buckley créent les harmonies. Cordes enivrantes, percussions tribales, tout y passe et rien n’est laissé au hasard.
 
Ainsi donc, si à l’époque de Goodbye & Hello (son second disque), Tim Buckley continue de se produire seul avec sa guitare, ses enregistrements, en revanche, n’ont déjà plus rien de folk.
 
« No man can fight the war » sert de mise en bouche. L’accompagnement musical est uniquement rythmique et, au-dessus, la voix est en apesanteur. Ce n’est pourtant qu’une aimable plaisanterie en regard des morceaux suivants, dont certains redéfinissent le mot « grâce ». Surtout « Morning Glory », dont la mélodie semble flotter dans les airs, et bien sûr « Phantasmagoria In Two », féérique et sublime. De toute ma vie, je n’ai jamais entendu une voix sonnant aussi juste. Des belles voix, oui, bien sûr, mais celle de Tim Buckley est une d’une pureté ahurissante. Sur « Pleasant Streets » elle accompagne une mélodie traînante évoquant Love. Sur « I never ask to be your moutain » elle se déchire puis s’étouffe…et sur « Knight-errant » elle fait carrément officie de lead-guitar. Incroyable !
 
Et fascinant !
 
Parce qu’au final, Goodbye & Hello se révèle un exercice particulièrement périlleux : un disque à la fois totalement à contre-courant de son époque mais qui, paradoxalement, en porte tous les stigmates. Comment expliquer que ce disque ait été incompris à sa sortie alors qu’en 2006 il nous semble totalement raccord avec l’époque psychédélique ? Encore un de ces petits mystères qui nous rend la musique si agréable et charmante.
 
 
De fait, la suite n’a qu’une importance toute relative. A partir de 70, Buckley va se mettre à enregistrer des trucs absolument invraisemblables et abruptes, comme Lorca (album de cinq chansons dont la plus courte dure sept minutes ! quasiment inaudible aujourd’hui) ou le désastreux Sefronia (sur la pochette il fait dix ans de plus que son âge tellement l’alcool l’a détruit). Certains album ressusciteront la magie d’antan, d’autres sombreront dans des abîmes de médiocrité. Assez ironiquement, lui qui aura toute sa vie été plus alcoolique que junkie mourra d’une overdose en 1975.
 
Dans les années 90, le succès de son fils (qu’il n’a rencontré qu’une fois en tout et pour tout) le remettra brièvement à la mode, avant que son œuvre ne retombe d’un coup dans l’anonymat.
 
Et aujourd’hui, quand je rencontre un fan de Jeff Buckley, je lui dis généralement assez vite : « Quoi ? Tu connais pas son père, Tim ? »
 
 
Trois autres disques pour découvrir Tim Buckley :
 
Tim Buckley (1966)
Happy Sad (1969)
Starsailor (1970)
 
 
[J'en profite pour faire un petit coucou à  La Comtesse qui a écrit un très bel article sur les Buckley père et fils ! A noter au passage qu'en édition cd, Goodbye & Hello est couplé avec Tim Buckley (les deux sur le même disque, par conséquent le second album commence à la piste 12 ou 13 me semble t'il)]
Dimanche 27 août 2006
Les enfants du plastique (Thomas Clément, France, 2006)
 
 
En général, je n’aime pas faire ce que je vais faire : raconter le contexte entourant ma lecture d'un livre.
 
Mais je vais le faire quand même.
 
C’est ma petite Lhisbei (décidément souvent à l’honneur sur le Golb cet an-ci), qui m’a prêté ce livre en m’assurant qu’il allait me plaire. Ce n’était pas gagné : en général, quand on me dit ça, je déteste.
 
Il se trouve que Thomas Clément est l’heureux papa d’un blog qui a fini par devenir presque plus connu que son bouquin (ce qui est un peu emmerdant, mais je ne doute pas qu’il finisse par s’en rendre compte). Quand j’ai commencé à envoyer des manuscrits aux éditeurs, tout le monde m’a parlé de son blog, mais rares ont été ceux ou celles capables de me citer le titre du livre. Ca vous donne une idée du truc. Heureusement, Lhisbei était là. Et lorsqu’elle m’a parlé du livre, puis du blog (dans cet ordre et non l’inverse comme la plupart des gens), elle m’a clairement précisé que j’avais plus de chances d’être cité sur le blog de Thomas Clément si je le déchirais que si je l’encensais. La tentation était grande – d’autant que vous savez chers lecteurs comme j’aime déchirer. Las ! il se trouve que j’ai aimé « Les enfants du plastique », que je vais vous expliquer pourquoi et ainsi donc laisser filer mon quart d’heure de gloire virtuelle. Allons donc ! je sacrifie le petit plaisir d’être cité sur le blog de Thomas Clément après l'avoir démoli pour une raison non seulement éthique mais aussi très personnelle : la dernière fois que j’ai lu un commentaire sur ce livre, je l’ai vu taxé de roman de blogueur, ce qui m’a semblé particulièrement insultant. Un roman est un roman, que son auteur ait auparavant tenu un blog ou une épicerie ne devrait aucunement entrer en ligne de compte. Roman de blogueur sous-entend que ce n’est pas totalement d’un écrivain dont on va vous parler. Je n’aime pas trop ça. Si un jour un de mes textes est publié on parlera donc de roman de blogueur ? Putain, bah j’ai bien fait de prendre ma retraite, moi.
 
Bon allez, je vais changer cette critique en chronique si ça continue, alors passons. Je vais dire du bien des « Enfants du plastique », et puis tant pis : je ne serai pas cité sur son blog ce qui, vous l’imaginez bien, m’a empêché de dormir toute la nuit, mon fantasme ultime étant d’avoir des potes écrivains qui viennent commenter les articles de mon blog et s’y faire un petit coup de pub.
 
Ceci posé, passons au livre.
 
 
« Les enfants du plastique » opère une violente projection dans le futur, puisque le récit en question se déroule en 2010. Dans cette époque fort lointaine, nous suivons les tribulations de Franck Matalo, qui en plus d’avoir un nom très con est PDG d’Unique Musique France – firme n’ayant bien sûr rien à voir avec Universal. Nous sommes dans une fiction, notre narrateur est antipathique durant six pages, cynique pendant dix, et après manque de chance, il tombe sur un môme qui lui refile une vielle cassette DAT. Non mais vous vous rendez compte ! has-been quoi – parce qu’en 2010 la cassette DAT n’existera plus. Personnellement j’ai de sérieux doutes, dans la mesure où j’entends dire ça depuis ma naissance ou presque. Mais bon, admettons que d’ici quatre ans la cassette DAT n’existera plus, ni même le cd, et que le peer to peer sera totalement aboli (absurdité totale, visiblement notre auteur ne télécharge pas sinon il saurait que les pirates ont à peine une décennie d’avance sur les labels). C’est la licence poétique. L’essentiel, c’est que cette cassette renferme la démo que Matalo a enregistré un peu plus de vingt ans plus tôt avec son groupe pré-grunge : Game Over. S’ensuit une lente et irréversible remise en question qui va bien sûr nous amener à un dénouement que je ne vais évidemment pas vous raconter.
 
 
Dès les premières pages, j’ai bu du petit lait. Je me suis bien calé dans mon fauteuil, j’ai allumé une clope, j’ai monté le son de la sono et je suis parti. Est-ce la citation de notre vénérable Patrick Eudeline en exergue de la première partie ? Peut-être…le fait est qu’un mec qui cite Eudeline ne peut pas être totalement con. En revanche j’ai été très déçu d’apprendre qu’en 2010, Eudeline sera mort – décidément beaucoup de choses vont changer d’ici quatre ans. Vous me direz : depuis le temps que ça traînait…
 
Bref, je me suis senti un peu comme à la maison, et l’impression s’est rapidement confirmée. Thomas Clément est à l’évidence un auteur plutôt doué, peu importe qu’il y ait quelques imperfections ici ou là : ce premier livre m’a paru très réussi, beaucoup plus subtil qu’il y paraît, et surtout idéalement rythmé. Le résultat est court, mais il n’en fallait pas plus (pourquoi écrire en 500 pages ce qu’on peut écrire en 241 ?).
 
J’avoue pourtant avoir eu un peu peur à un moment : ce monde de la musique totalement lisse et sans tâche, ça ressemblait un peu trop au nôtre pour être honnête. Je veux dire par là que j’ai crains que Clément ne se mette à verser dans le manichéisme, à plus forte raison parce que malgré de gros efforts le cynisme de son narrateur ne m’a absolument pas bluffé. Sauf que non : l’auteur manque de perdre l’équilibre à un moment mais il se reprend aussitôt. Désolé mon gars, tu croyais pas que j’allais tomber dans le piège du manichéisme débile avec les méchantes majors companies quand même ?
 
(ceci n’est pas une citation)
 
Oui, je l’admets : je me suis fait avoir sur ce point. Et je peux vous assurer que des bouquins qui arrivent à me prendre à revers, je n’en vois pas des masses dans une année (après rapide calcul je n'en compte pas plus de trois depuis le début 2006).
 
 
Tout le problème, pour critiquer « Les enfants du plastique », étant que pour une foi un bouquin bénéficie d’un quatrième de couverture intelligent qui donne envie de le lire sans rien dévoiler de l’intrigue. De fait, je ne peux pas, comme d’habitude, dire : « Le résumé le dit d’emblée, alors donc voilà, Machin va faire ça et Bidule… »…
 
Je peux en revanche vous dire que j’ai vu défiler pas mal de choses en lisant ce bouquin. Des choses de ma vie, et puis aussi des souvenirs. Il y a dix ans, je revois David Gilmour déclarer : Vu la manière dont le music-business a évolué, je ne pense pas que des groupes comme nous, ou comme les Beatles ou Led Zeppelin, pourraient émerger de nouveau de nos jours. Les labels veulent de l’immédiat, les notions de carrière et d’œuvre, ça ne leur dit plus rien. Or c’est exactement dans cet univers que nous plonge Thomas Clément. Depuis cet interview de Gilmour, les choses n’ont fait qu’empirer et je n’ai pas l’impression que les choses aillent en s’arrangeant – bien au contraire, les labels visent de plus en plus bas : maintenant, leur cœur de cible est un public qui a peu ou prou l’âge de ma gamine. J’ai aussi pensé, à cause de ce Matalo, à mon Tonton, qui après avoir été batteur d'un groupe punk plutôt connu est devenu l'une des têtes pensantes d'une boite de télécoms ; et à Santi, l’ex batteur des Hots Pants et de la Mano Negra qui a fini patron de Polygram, puis de Mercury et de je ne sais plus trop quoi encore (ces multinationales passent leur temps à fusionner entre elles, on n’y comprend plus rien). On l’avait même vu dans l’immortelle émission Popstars, ce qui avait provoqué l’indignation d’un lecteur de Rock & Folk à qui Johnny Volume avait répondu, non sans humour : avoir été rock en 1985 ne condamne pas à mourir dans le cuir.
 
Matalo, lui, va mourir dans le cuir. C’est l’aspect le plus poétique du roman, car bien entendu, dans la réalité, aucun Franck Matalo du monde n’irait mourir dans le cuir. Et pourtant, ils sont nombreux, les Franck Matalo et les Santi.
 
 
Je n’ai pas été jusqu’à verser une larme, mais oui, j’ai vraiment beaucoup aimé. Mon seul bémol, ce sont justement toutes ces références. A Eudeline, à Iggy Pop…je comprends que ce livre se soit fait tailler ici ou là : un bon 90 % de la population française ignore jusqu’à l’existence de Patoche et se fout qu’il soit vivant ou mort, que Manœuvre ait été à son enterrement et qu’il y ait eu aussi quelques fidèles en chemises à jabots. Ce genre de passage ne s’adressent qu’aux…j’allais dire initiés, c’est peut-être un peu fort. Disons : aux connaisseurs. Quant au vieil Iguane, pour beaucoup de gens il n’est que le mec qui danse torse nu dans la pub SFR. Iggy Pop (mais nous y reviendrons, précisément dans l'épisode 100 de « Mes disques à moi (et rien qu’à moi) ») fait partie de ces artistes dont tout le monde connaît le nom mais serait bien incapable de citer une chanson. Par conséquent pour l'universalité il faudra revenir (pour le prochain livre, tiens, par exemple).
 
Ceci mis à part, « Les enfants du plastique » est, pour un premier roman, un très joli coup. Pour un peu qu’on y soit réceptif, on se laisse embringuer d’autant plus facilement que, et j’insiste sur ce point, ce n’est pas un livre qui parle de rock. Pas du tout. C’est une base, certes. Absolument pas une finalité.
 
 
De même qu’il y a ceux qui jouent du rock et ceux qui sont rock, il y a ceux (par pudeur on ne citera pas de noms) qui écrivent sur le rock et ceux qui écrivent rock. Les premiers sont généralement très érudits et très chiants. Les seconds sont drôles, humains, et parfois doués. Thomas Clément s’inscrit a priori dans cette catégorie.
 
   
le genre : roman de blogueur (pff…désolé, c’était trop tentant)
la note : 5 / 6
 

 
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par thomthom publié dans : Lectures

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