Les notes du Golb

...
   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Samedi 30 septembre 2006
what are you doing with all those paper
napkins in your car ?
we dont have napkins like
that
how come your car radio is
always turned to some
rock and roll station ? do you drive around with
some
young thing?
 
you're
dripping tangerine
juice on the floor.
whenever you go into
the kitchen
this towel gets
wet and dirty,
why is that ?
 
when you let my
bathwater run
you never
clean the
tub first.
 
why don't you
put your toothbrush
back
in the rack ?
 
you should always
dry your razor
 
sometimes
I think
you hate
my cat.
 
Martha says
you were
downstairs
sitting with her
and you
had your
pants off.
 
you shouldn't wear
those
$100 shoes in
the garden
 
and you don't keep
track
of what you
plant out there
 
that's
dumb
 
you must always
set the cat's bowl back
in
the same place.
 
don't
bake fish
in a frying
pan...
 
I never saw
anybody
harder on the
brakes of their
car
than you.
 
let's go
to a
movie.
 
listen what's
wrong with you ?
you act
depressed.
 
 
Charles Bukowski, « War All The Time » (Black Sparrow Press, 1984)
 
 
 
Samedi 30 septembre 2006
WAAHF est mort, vive WAAHF ?
 
Ce courageux forum n’existant plus et ses survivants navigant de-ci de-là sur le web (certains ici même), le Top 10 trimestriel n’a que plus de raison d’être.
 
 
Je ne perdrais pas mon temps à dire qu’il s’agit de choix totalement subjectifs, et que je ne prétends pas être capable de dire comme ça « youp-là, voilà les 10 meilleurs disques du trimestre et c’est indiscutable ! ».
 
(notez que j’aimerais bien pouvoir le faire)
 
Il s’agit uniquement d’une sélection basée sur un calcul très simple : sur la quarantaine d’albums qui me sont tombés dans les oreilles ces trois derniers mois, lesquels m’ont le plus accroché ?
 
Du reste, je rappelle, avant d’en venir au fait, que je n’attribue pas de note et que cette sélection s’appelle « Top 10 » parce que je ne savais pas comment l’appeler. En réalité, ces disques ne sont classés que par ordre alphabétique…
 
Enfin, je précise que certains disques sortis en cette toute fin de mois de septembre figureront (ou pas) dans la sélection du prochain trimestre, tout bêtement parce que je n’ai pas encore assez de recul pour en juger…
 
Donc…
 
 
 
 
« A Matter Of Life & Death » - IRON MAIDEN
 
Une question de vie ou de mort, rien que ça ! Comme si les vénérables papis d’Iron Maiden (papis, je suis un peu dur, Steve Harris est né le même jour que ma mère) avaient besoin de ça pour vendre…en revanche, retrouver une crédibilité…C’est vrai que Maiden a déçu. Pourtant, tout était bien parti : une reformation inattendue faisant craindre le pire qui avait finalement débouché sur un Brave New World impérial et digne de leurs plus grands classiques, et une réhabilitation imprévisible mais méritée auprès des plus jeunes. Après ? un Dance Of Death affreusement décevant, et pas moins de deux lives. De quoi se poser quelques questions. En 2006, la Vierge de Fer revient donc, plutôt en forme. Les cavalcades sont là, comme au bon vieux temps, les guitares fusent et, surtout, les compositions sont de nouveau ambitieuses ! Une véritable surprise, pour le coup, car plus grand monde n’aurait misé sur les vétérans de Birmingham. Moralité ? C’est peut-être bien dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe – surtout quand Bruce Dickinson est dans le pot ! Vocalement impérial, le chanteur porte le groupe sur ses épaules. On le sait depuis ses albums solos : même s’il ne compose que très peu, il est sans doute le détenteur de la vision artistique au sein du groupe. Comme une balise qui lui évite de s’auto plagier comme il le faisait durant la brève période Blaise Bailey. On en viendrait presque à croire que les reformations sont une bonne chose !
 
à écouter en priorité : « Brighter than a thousand suns » & « The Reincarnation Of Benjamin Breeg »
 
 
« American V : A Hundred Highways » - JOHNNY CASH
 
On pensait qu’avec le coffret Unearthed (soit quatre cds dont trois uniquement composés d’inédits), l’œuvre de Johnny Cash était définitivement achevée. On avait tort. Rick Rubin, après un travail d’arrache pied l’ayant contraint à ne plus produire ses habituels clients (et Zidane sait qu’ils sont nombreux et prestigieux !), a enfin publié le dernier volet des American Recordings. Question : peut-on émettre la moindre critique au sujet de cet album ? Possible, mais difficile. Disons qu’il est peut-être un poil en-dessous des quatre précédents, quoique cela ne saute pas aux oreilles. La formule musicale minimaliste, essentiellement basée sur la voix, demeure inchangée. La seule différence, c’est que cette fois-ci la voix vient vraiment d’outre-tombe. Johnny Cash, depuis plus de dix ans, envisageait chaque nouvel album comme le dernier…il fallait bien qu’un jour il ait raison. Autant l’avouer, quand on entend des choses aussi sublimes que « If I could read my mind » ou « I’m free from the Chain Gang now », on peine à croire qu’il s’agit d’une oeuvre inachevée. Alors savourons-la, car Rick Rubin est formel : il n’existe plus une seule chanson inédite de Cash désormais. On échappera donc aux rééditions deluxeanniversaryeditcollectionmachintrucbidule – pas plus mal. Et on peut pleurer tranquillement, en écoutant le fabuleux « Love’s been good to me » ou ce « A legend on my time » plus que bien nommé.
 
à écouter en priorité : « Like the 309 » & « A legend on my time »
 
 
« Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain » - SPARKLEHORSE
 
Sparklehorse, en plus d’être très doué pour les titres à rallonge (son premier album s’intitulait, accrochez-vous, Vivadixiesubmarinetransmissionplot ! – il m’a fallu au moins deux pour le retenir), est un de ces groupes totalement à part incapables ou presque de foirer un disque. Un peu à la manière de Radiohead, de Mercury Rev ou des Flaming Lips…la crème de la crème en somme ! si ce quatrième album n’est pas le meilleur du groupe de Mark Linkous, il renoue en revanche avec l’électricité, les bidouillages soniques et tout l’attirail lo/fi qui ont fait la gloire de ses deux premiers opus. Comme peut le laisser supposer la pochette (ceux qui ont de bons yeux y apercevront l’espèce de petit clown qui ornait la jaquette de Vivadixie…). Sorte de petit frère du chef d’œuvre Good Morning Spider (1998), Dreamt For Light Years…remise au placard tout le barda folk de son prédécesseur (It’s a wonderful life, il y a trois ans), les arrangements de cordes de Dave Fridmann et les duos à tout va (ledit disque de 2001 en contenait cinq, soit la moitié de l’album). Pour autant l’émotion est toujours palpable, la voix de Mark Linkous unique…bref ! un disque de Sparklehorse restera toujours un disque de Sparklehorse, même s’il est mineur : ce sera toujours mieux que quasiment tout ce qui sera sorti en 2006.
 
à écouter en priorité : « Shades & Honey » & « Ghost in the sky »
 
 
« Katorz » - VOIVOD
 
Voivod, l’exception culturelle. En plus de vingt ans de carrière, le groupe canadien est une des seules formations estampillées « metal » à avoir su s’attirer les faveurs des critiques de rock dit « généraliste ». Le prix en a été un quasi anonymat, deux splits et des ventes ridicules. Mais Voivod, pour qui on jurerait que le terme « groupe culte » a été inventé tout exprès, a traversé toutes les tempêtes jusqu’à la résurrection de 2003. Ce nouvel opus (qui contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre n’est pas le quatorzième mais le onzième) aurait pu désorienter les fans. Heureusement, Voivod n’a que dix fans dans le monde entier dont six au Canada. Le groupe peut donc faire à peu près ce qu’il veut, ça ne risque pas d’avoir un impact phénoménal sur sa carrière. En l’absence du membre fondateur et dépositaire de la Voivod’s touch, Piggy d’Amour, excusé pour cause de décès, le groupe est revenu aux sources : un trash-metal lourd et hanté parcouru par les secousses sismique d’un certain Jason Newsted (bassiste de Metallica à l’époque où le groupe existait encore). C’est court, ramassé, ça doit autant à Venom qu’à Pink Floyd, c’est Voivod, et comme à chaque sortie c’est probablement l’album metal de l’année.
 
à écouter en priorité : « The Getaway » & « Dognation »
 
[DERNIERE MINUTE : Un internaute vient de me confier une nouvelle incroyable : Metallica existerait toujours ! une information à prendre bien sûr avec toutes les réserves qui s’imposent]
 
 
« Leaving Songs » - STUART A. STAPLES
 
A sa sortie début juin, je n’aurais pas parié un kopek sur la présence du second album solo du chanteur de Tindersticks dans ce Top 10…pourtant, il a fait son chemin, taillé sa route et ses mélodies se sont glissées presqu’insidieusment dans ma petite caboche. Résultat, non seulement ce disque figure dans le Top 10 du trimestre, mais il est plus que probable qu’il figure carrément dans mon Top 10 de l’année. Pourquoi ? Comment ? Impossible à dire, certaine choses ne s’expliquent pas et la séduction que Leaving Songs exerce sur votre serviteur en fait partie. Loin de la sophistication à laquelle son groupe nous a habitué, Staples ne se cache plus derrières des murs soniques : oui, il est un crooner, un vrai. Les arrangements son rugueux, simplissimes, épousant parfaitement les chansons et servant admirablement la voix. Du reste, contrairement au précédent album (l’an dernier), celui ne rappelle quasiment jamais ceux de Tindersticks (le premier titre mis à part). Juste des complaintes folk-rock jazzy sensuelles et parfaites. Les fantômes de Lee Hazlewood, Leonard Cohen ou Tom Waits ne sont jamais loin, c’est indéniable. Mais, loin d’être un vulgaire succédané, Staples parvient même par instants à rivaliser avec ses idoles. Du coup, on a presque envie que Tindersticks se séparent…
 
à écouter en priorité : « Already gone » & « Pulling into the sea »
 
 
« L’Etreinte » - MIOSSEC
 
Est-ce à force de traîner avec Jean-Louis Pierrot ? Toujours est-il que Miossec sonne de plus en plus souvent comme son compatriote Daho. « L’Amour & L’Air » pourrait même tout à fait figurer au répertoire du rennais…En toute honnêteté, à la première écoute, ce sixième album déçoit un peu. Logique : après deux disques aussi grandioses que Brûle et 1964, il faudrait être plus que génial pour en publier un troisième de ce calibre. Bien heureusement, on finit très vite par se piquer au nouveau petit jeu de Miossec, qui semble vouloir prendre un parti plus pop et sophistiqué (en réaction à l’insupportable « nouvelle chanson française » ?). Le plus curieux étant que s’il fallait vraiment comparer L’Etreinte à l'un de ses précédents albums, ce serait sans doute à A prendre, disque renié depuis des années par l’artiste. Quoiqu’il en soit, il est plus que conseillé de ne pas s’arrêter au single casse c****** ni à la pochette (la plus laide de l’année ? non, heureusement : il reste celle du Red Hot !). Car ce nouvel opus, comme tous les précédents, contient son lot de très grandes chansons. A commencer par « La Mélancolie » - texte parfait et arrangements de Zita Swoon simplement remarquables. Pendant ce temps là, il paraîtrait que quelques blaireaux en converse essaieraient de ressusciter un rock français qui ne leur aurait rien demandé…
 
à écouter en priorité : « La Mélancolie » & « Julia »
 
 
« Modern Times » - BOB DYLAN
 
Dylan. Evidemment. Forcément. Depuis 1990 et l’imparable Under the Red Sky, cela fait partie des vérités fondamentales de l’univers : chaque nouvel album de Dylan est le meilleur disque du mois, minimum, du trimestre, souvent, de l’année, parfois. Dans le même ordre d’idées, il est également obligatoire de préciser que ce nouvel album est bien entendu son meilleur depuis Blood on the tracks. Enfin, au cas où cela vous aurait échappé, Bob Dylan est « génial » et « intemporel ». Deux adjectifs qu’on retrouve obligatoirement dans chaque chronique de Modern Times et que je suis bien sûr obligé d’employer, sans quoi je passe pour une baltringue. Le problème, c’est que c’est vrai : Dylan est vraiment génial et intemporel. Pas la peine de planquer les enfants : le titre est avant tout sardonique et le Zim n’a pas viré électro. De toute façon, ça fait bien longtemps que les évolutions technologiques et les modes ne l’intéressent plus. Pour lui, l’essentiel demeure de continuer à enregistrer des chansons parfaites avec sa voix de plus en plus grave avec les années (si ça continue il va finir par faire talk-over). Vous l’aurez compris, Bob Dylan est Bob Dylan et cela justifie en soi sa présence ici. En plus, j’avoue : Dylan Is Dylan, c’est même pas de moi…
 
à écouter en priorité : « When the deal goes down » & « Ain’t talkin’ »
 
 
« One day it will please us to remember even this » - NEW YORK DOLLS
 
Première réaction : quoi ? un album des Dolls sans ses trois membres fondateurs, messieurs Thunders, Nolan et Kane ? c’est quoi cette blague ?
Seconde réaction : mmm…ça sonne pas mal.
Troisième réaction : il n’y a pas de troisième réaction car théoriquement si vous aimez le rock n’roll vous êtes déjà en train de danser.
Ainsi donc, David Johansen et Sylvain Sylvain, qui ont eu le bon goût de ne pas enregistrer de troisième album des New York Dolls durant plus de trente deux ans, ont fini par céder aux sirènes du Dieu Dollar. A leur décharge, il suffit de jeter un coup d’œil à leurs fringues pour constater que le bon goût et eux, c’est aussi compatible que Keith Richards et une bouteille de Badoit. Heureusement, ils ont des cerveaux, et c’est ce qui sauve un album qui, sur le papier, avait tout du désastre annoncé : on ne peut pas dire qu’avoir Morrissey comme (je cite) directeur artistique soit un mauvais plan. Ni qu’embaucher Sam Yaffa (ex Hanoï Rocks) et Steve Conte (guitariste de Johansen en solo) aux places de Kane et Thunders soit une mauvaise idée. Comme en plus Gary Powell (ex-Libertines et actuel Dirty Pretty Things) s’est glissé derrière les fûts de Jerry Nolan sans la moindre difficulté, on craque…oui, ce disque de dinosaures est réussi. Il est même excellent, gorgé de blues et de guitares qui fusent de partout. La voix est vicieuse, provocante…en 2006, les Dolls ne sont plus vraiment le même groupe, et ils ne sont même plus affreux sales et méchant. Mais ils savent toujours faire ce qu’aucun Arctic Monkey ne saura jamais faire : du rock n’roll qui groove. One day…ne déboulonnera jamais les deux albums mythiques des 70’s, mais il le fait grave (comme disent les jeunes). La bonne nouvelle du trimestre.
 
à écouter en priorité : « Fishnets & Cigarettes » & « Gimme the luv and turn on the light »
 
 
« The Eraser » - THOM YORKE
 
Ceux qui en doutaient encore (ça existe ?) en ont désormais la preuve : c’est Thom Yorke, et uniquement lui, qui était à l’origine du virage électro entamé par Radiohead à l’aune des années 2000. Ce premier album sous son propre nom – il ne veut pas qu’on dise « album solo » - en témoigne. Avec, en toile de fond, Kid A, chef d’œuvre radioheadien dont The Eraser pourrait constituer une suite toute à fait honnorable. Electro, sombre, torturé, voilà un disque typiquement yorkesque – ce qui signifie que l'auditeur ne va pas vraiment rigoler. Un peu trop froid peut-être, probablement beaucoup trop court, il n’en demeure pas moi l’une des plus belles réussites de l’année. Reste à savoir ce qu’on doit penser : est-ce le premier disque solo de Thom Yorke ? est-ce son quatrième ? ou bien est-ce le septième de Radiohead ? Impossible à dire pour l’heure. Mais vue la teneur à 99,9 % électronique de ce disque, je ne serais pas surpris que Yorke, qui déteste se répéter, se décide à rebrancher les amplis avec son groupe dans les mois à venir. Ca, ce serait un joli pied de nez…
 
à écouter en priorité : « The Eraser » & « Skip-divided »
 
 
« Victory for the Comic Muse » - THE DIVINE COMEDY
 
Fanfare for the Comic Muse était le titre du premier album autoproduit de The Divine Comedy, en 1992. De là à croire que Victory for the Comic Muse en serait la suite, il y avait cependant un pas que beaucoup ont franchi – pour mieux s’y casser les dents. Pas question de remuer le passé : ce nouvel album est en effet une suite, mais celle, logique, du chef d’œuvre Absent Friends. Même arrangements symphoniques et pompiers, même voix grave, mêmes climats suaves et mélancoliques…Neil Hannon poursuit donc sa route, sans vraiment surprendre, c’est vrai, mais sans jamais décevoir – tout le monde ne peut pas en dire autant. De plus en plus proche de Bryan Ferry, il en impose, avec ses mélodies fluides, ses cordes, sa production totalement hors-mode et ses textes toujours aussi drôles et raffinés. Sans doute pas le meilleur disque que le vrai-faux groupe ait publié, mais une œuvre toujours aussi originale et charmante…A noter que les cigarettes légères et le verre de Cognac sont livrés séparément.
 
à écouter en priorité : « A Lady Of A Certain Age » & « The Light Of Day »
 
 
 
Vendredi 29 septembre 2006
Lunar Park (Bret Easton Ellis, USA, 2005)
 
 
« Lunar Park », cinquième roman de Bret Easton Ellis en plus de vingt ans, démarre exactement par la même phrase que « Less than zero » deux décennies plus tôt. Car, comme le dit l’auteur deux pages plus loin « J’ai pensé qu’il était temps de revenir aux fondamentaux. »
 
A la question : « Lunar Park », c’est quoi ?, nous répondrons ceci : « Lunar Park » est une œuvre somme. « Lunar Park » est une anti-autobiographie. « Lunar Park » est la clé de voûte de l’œuvre de Bret Easton Ellis.
 
Ce qui signifie, en décodé, que lire « Lunar Park » sans avoir lu un seul de ses précédents romans n’a strictement aucun sens ni aucun intérêt. Ce serait comme si vous lisiez « Les Confessions » de Rousseau comme ça, par hasard, sans trop savoir qui est l’auteur…
 
…là je vois votre tête : vous vous dites Non mais il divague, là ? « Lunar Park » commence comme une autobiographie mais après ça dérive vers un genre de thriller post-apocalyptique…rien à voir avec « Les Confessions », Ellis prend trop de libertés avec la réalité !! Ah ouais…vous croyez ? Ca, c’est parce que vous avez mal lu les confessions. A dire vrai, je suis presque sûr qu’Ellis a pris moins de liberté avec la vérité dans « Lunar Park » que Rousseau dans « Les Confessions ». Les deux objets reposent sur le même concept : partir d’un fait avéré et le transcender, l’orienter, jouer avec…la différence est que Rousseau le fait de manière crédible alors qu’Ellis le fait de manière tellement outrancière que forcément, on se doute bien que tout n’est pas vrai. Si vous pensez que Rousseau dit la vérité dans ses « Confessions », c’est très inquiétant, car il a été démontré que les trois derniers livres au moins n’étaient qu’un tissu de mensonges plus ou moins volontaires, issus de l’esprit paranoïaque et fatigué de l’auteur.
 
Il en va exactement de même pour « Lunar Park », à ceci près que cet auteur-là a conscience, lui, de ce qu’il raconte. Mieux vaut donc lire entre les lignes. A quoi sert l’avertissement où Ellis nous écrit (en gros) que tout n’est pas vrai mais que c’est à nous de décider du vrai ou du faux mais que c’est quand même ce qu’il a écrit de plus autobiographique… ? A trois choses.
 
Provoquer, d’abord. On parle tout de même de Bret Easton Ellis, et la provocation ne se limite pas forcément à écrire un livre sur un golden boy qui découpe des bonnes femmes.
 
Expliquer, ensuite. Non pas ce livre précis, mais les autres : on a régulièrement prétendu que les romans de cet auteur étaient autobiographiques (surtout pour « Less than zero »). Or, là, il nous démontre clairement le contraire.
 
Affirmer, enfin, que quoiqu’en pensent les auteurs le lecteur est finalement toujours le seul détenteur du sens de l’œuvre. Exactement ce que Rousseau (on y revient, décidément !) fut le premier à exposer quelques siècles plus tôt, au terme du livre 4 des susmentionnées « Confessions ». Une affirmation que la plupart des écrivains, trop orgueilleux et imbus de leur génie, se sont empressés d’oublier. Pas Bret Easton Ellis. Qui témoigne ici d’un infini respect pour ses lecteurs, en l’affirmant haut et fort.
 
 
Il n’y a bien sûr pas que ça dans « Lunar Park ». Effectivement, ça dévie vers autre chose arrivé à la moitié, vers un genre de thriller grandiloquent et volontiers caricatural. Chassez le naturel, il revient au galop ! Sacré Bret, va…
 
Il n’empêche que le propos est exposé dès le premier chapitre (par ailleurs beaucoup plus long que les autres). La suite n’est qu’une argumentation, accompagnée d’une illustration via des exemples. Sous ses dehors anarchiques, « Lunar Park » est en fait un livre totalement contrôlé. Et, pour son auteur, une « catharsis » (je le mets entre guillemets car il emploie lui-même le mot).
 
Bret se lâche, certes, mais il ne cache rien non plus. De ses rapports houleux avec Jayne Dennis, première femme de sa vie auprès de laquelle il ne se donne pas vraiment le beau rôle ; de la dope, évidemment, qui l’a carbonisé complètement durant les huit années séparant « American Psycho » de « Glamorama » ; de l’écriture, cela va sans dire.
 
 
Qu’en retenir finalement ? Que Bret Easton Ellis est encore plus fort qu’on le croyait, qu’il manie l’autodérision mieux que personne et que ça lui fait un bien fou de piétiner son propre mythe. Car c’est tout bêtement de cela qu’il s’agit : faire mumuse avec les clichés qui circulent à son sujet, les pourfendre, mais le faire en utilisant le cynisme et la déjante qui ont bâti ces même clichés. Quitte à se montrer par instant décevant : le rebelle qui défia l’Amérique donne l’impression que, lorsque les lumières s’éteignent, il rêve secrètement d’une petite vie tranquille.
 
Cette vie étant inaccessible, il laisse aller ses fantasmes, tout comme Patrick Bateman dans « American Psycho ». Et s’interroge…
 
A la question « Lunar Park », c’est quoi ?, je vous répondrais donc que j’y vois (mais ce n’est que mon point de vue, on peut sans doute y voir des milliers de choses) la réflexion d’un écrivain sur lui-même…ou, plus précisément, la réflexion d’un écrivain sur l’homme qu’il est, avant toute autre chose. Un homme qui, durant quinze ans, aura dû apprendre à vivre avec la controverse provoquée par son statut d’écrivain. Qui y aura laissé des plumes, et aura même manqué d’y laisser sa raison.
 
Un très beau livre, hélas rendu caduque par le fait que quiconque n’ayant jamais lu un autre roman de BEE n’y comprendra rien du tout. En cela, c’est à mon avis le seul de ses cinq romans qui ne mérite pas le titre de chef d’œuvre. Mais c’est un livre important.
 
Pour lui, et pour ses lecteurs.
 
 
le genre : euh…un peu Ellis, beaucoup Easton et carrément Bret.
la note : 5 / 6
 
 
[voir aussi la note de La Comtesse ]
par thomthom publié dans : Lectures
Jeudi 28 septembre 2006
Ici on meurt d’amour
 
 
Ici on ne parle pas des choses
Qui font partie du décor
Ce décorum qui s’impose
Dès qu’on en demande encore
Ici on ne parle pas du bien
Ni du mal, incertain
Seul le désir pernicieux
Saura emplir nos yeux
 
On laisse tomber
Amoureux et liés
Ici on meurt d’amour
Ici on meurt, c’est tout
On s’laisse tomber
Pieds et poings liés
Ici on meurt d’amour
Ou l’on n’aime pas du tout
 
 
Ici on ne parle pas du temps
Et ne compte pas les jours
On apprivoise chaque instant
On se dompte sans détour
Ici on ne panse pas les plaies
On n’aime qu’à les raviver
On fait front à chaque bataille
Fi des combats qui déraillent
 
On laisse tomber
Heureux et liés
Ici on meurt d’amour
Ici on meurt, c’est tout
On s’laisse tomber
Cors et âmes liés
Ici on meurt d’amour
Et l’on meurt debout
 
 
Ici on ne parle que de nous
Par un singulier pluriel
Qui unifie par à-coups
Quelques âmes éternelles
Ici que ne parle que de bon heurt
De bonne heure et de bonheur
Tant pis si on ne le connaît pas
On y croit et l'on s’y voit
 
On laisse tomber
Fiers prisonniers
Ici on meurt d’amour
Ici on meurt tous les jours
On s’laisse tomber
Pleins et reliés
Ici on meurt d’un amour
Qui ne meurt jamais.
 
 
 
Mercredi 27 septembre 2006
Cette rue là est presque comme les autres. On y trouve des maisons, de petits immeubles, des commerces, des voitures mal garées qui vont se faire ramasser par les flics le soir venu. Des gens qui y passent dans la journée. Des punks qui y glandent le soir.
 
Objectivement, rien ne la différencie d’une autre. Et pourtant, elle n’est pas pareil. Pas seulement parce que j’y vis (d’ailleurs je n’y vis pas précisément, mon appartement ce trouve dans une rue perpendiculaire), ni même parce qu’elle abrite en son sommet le salon de Jean-Pierre Jean.
 
 
 
 
Décrire sa rue, on pourrait croire que c’est simple. En fait, pas tant que ça.
 
Ma Rue A Moi est parallèle à un boulevard. Elle est en forme de côte (en admettant que l’expression être en forme de côte existe dans le langage français – à vérifier).
 
Ma Rue A Voi est un peu pourrave…je n’habite pas non plus au cœur du ghetto (il n’y a pas de ghettos à Rouen, et la banlieue s’y limite à quatre pavillon et cinq carrés de HLM), mais disons que ce n’est pas vraiment le quartier le plus aisé de la ville – ni la plus attirant quand on le visite. Le soir, entre les junks, les kaïras (oups pardon…je voulais dire les jeunes rebelles avec les chaussettes remontées – j’espère que Lilian Thuram ne va pas attaquer ce blog en justice), et même les flics qui ne sont pas beaucoup plus abordables, beaucoup de mes voisins n’aiment pas y traîner.
 
Notez que ce n’est pas bien grave, puisque de toute façon dans Ma Rue A Moi, la nuit, il n’y a rien à faire.
 
Ma rue à moi commence par un kebab. L’établissement est tout en haut.
 
Ma rue à moi finit par un kebab. C’est en fait la rue des kebabs. Il y a au moins quinze kebabs à Rouen, dont les trois quarts sont concentrés dans ma rue. D’ailleurs quand j’ai emménagé mes frères surnommaient l’endroit Kebab Land.
 
Le Kebab du haut est un endroit bien connu de la ville. Ses habitant le surnomment poétiquement Le Kebab A Putes. C’est en effet là que viennent se ravitailler les filles qui tapinent sur le boulevard adjacent. Il est de bon ton de ne pas fréquenter ce kebab précisément, vous vous en doutez. Cependant je me permets d’émettre une petite réserve, ou, tout du moins, une précision : ce n’est pas tant la clientèle du bar qui me contraint à l’éviter (depuis environ cinq ans que j’habite aux alentours du boulevard je n’ai jamais été agressé par une pute, et même une fois il y en a une qui m’a dépanné d’une capote), que les tarifs rédhibitoires qui y sont pratiqués. Une petite pizza pour une personne vendue à un euros dix-huit au Super U (soit donc six cent mètres plus bas) y est là-bas gracieusement offerte pour la modique somme de six euros (et je ne plaisante pas). En plus, ils vous la filent mal décongelée.
 
 
En face du Kebab à Putes, vous trouverez une excellente boulangerie, la première de la rue (il y en a quatre…oui, quatre boulangeries sur six cent mètres de longueurs, autant dire que si vous êtes à cours de pain vous êtes vraiment pathétiques) qui n’est pas surnommée La Boulangerie A Putes car elle est fermée le soir.
 
Encore à côté, il y a le magazin de fringues pour les jeunes encasquettés. On y trouvera aussi, si besoin, les disques qui vont avec les tenues. J’y ai dégotté une fois le premier vinyle de Public Enemy, cela dit je n’y vais plus depuis que ç’a été racheté par un dealer.
 
 
Descendez encore un peu Ma Rue A Moi, et vous vous trouverez nez à nez avec l’enseigne de Jean-Pierre Jean. Ici, vous serez coiffés et rencardés sur les derniers résultats de Ligue 1 (au cas où vous auriez manqué TéléFoot et où vous n’auriez pas internet).
 
Juste en dessous, il y a le tabac de Ma Rue A Moi que, pour des raisons purement pratiques, nous appellerons Mon Tabac A Moi. Ca fait cinq ans que je n’achète mes clopes que chez lui. C’est un gars bien. Des fois j’hésite à aller chez lui, car il est tellement bavard que je mets une demi-heure pour acheter un paquet de cigarettes et un briquet…cependant le jeu en vaut la chandelle : les briquets, il me les donne. Il ne demande rien à personne, juste faire tourner son petit commerce et tailler le bout de gras avec ses clients les plus fidèles. Je ne connais pas son nom.
 
 
Après c’est le paradis des keupons, un genre de mini-esplade avec au milieu un genre de parterre de fleurs (j’ai bien dit un genre) où ils zonent tous les jours à partir de vingt heures environ. Ils sont vachement sympas. Evidemment, puisqu’à chaque fois que je les croise je leur file des clopes. Mais il sont aussi vachement sympas dans l’absolu, malheureusement les flics viennent deux fois par semaine les déloger. Bon, c’est vrai qu’il leur arrive être d’être ivres morts sur la voix publique, mais ils n’ont jamais agressé personne.
 
En revanche le dealer susmentionné n’a jamais eu de problèmes avec la justice.
 
 
A côté du paradis des keupons se trouve le lieu de ravitaillement des keupons : l’arabe du coin. L’arabe du coin, c’est une expression qui là, pour le coup, trouve tout son sens : l’enseigne de l’Arabe Du Coin De Ma Rue A Moi, que nous nommeront par souci de simplification Mon Arabe Du Coin A Moi, se trouve bel et bien pile au coin de la rue dont je vous parle et de l’autre, perpendiculaire, dont je vous écris.
 
Mohammed est un type super, un mec comme ça (là je fais le geste du pouce levé pour dire vachement bien)…oh oui, je sais ce que vous vous dites : son Arabe Du Coin A Lui s’appelle Mohammed, il aurait pu trouver plus original. Bah ouais, sûrement, mais j’y peux rien. Vous ne vous poseriez même pas la question s’il s’appelait Sébastien.
 
A l’instar de Papito, Momo (JE SAIS : Momo en abréviation de Mohammed c’est hyper cliché – mais savez-vous qu’à la base de tout cliché il y a systématiquement une réalité tangible ?) est marocain. De fait, il me parle souvent du pays. Il dit du pays, comme je vous le dis là. Comme si c’était le mien, de pays. Tu parles, Charles ! c’est mon grand père qui est arabe, pas moi. J’ai foutu les pieds au Maroc quatre fois dans ma vie, je connais à peu près aussi le pays que la Bolivie. Bref ! Momo est cool, il me fait toujours des prixs (à savoir qu’il me vend sa piquette trois euros au lieu de quatre, ce qui reste toujours trop cher pour un vin aussi dégueulasse mais part d’un bon sentiment). Il me parle aussi de cinéma, car c’est un sacré cinéphile, et de littérature, car il aime beaucoup lire. Là, déjà, on fait moins dans le cliché, et pourtant : allez causer cinoche à Votre Arabde Du Coin A Vous au lieu de le regarder du coin de l’œil comme s’il allait vous piquer votre portefeuille en vous menaçant avec une cannette de Despé. Vous serez peut-être surpris.
 
 
Le voisin de Momo, c’est un mec qui vend des fringues pour les rockers. Il m’a un jour vendu un t-shirt Rancid unique. Je l’ai acheté sans broncher, en me disant qu’il était à peu près aussi unique que la piquette à Momo ; je dois pourtant reconnaître que des années après j’ai vu des centaines de t-shirts Rancid sans jamais tomber sur le même que le mien. Y compris sur le net. Cela dit, ça n’enlève rien au fait que ce vendeur de fringues a une tronche à faire peur à Mr Jack. Je ne lui confierais ni ma fille ni mon portefeuille – et pourtant il est tout ce qu’il y a de plus français.
 
La boutique mitoyenne est directement impliquée puisque c’est le magazin où se retrouvent tous les hardos rouennais. Je connais très bien le mec qui le tient, depuis que je suis môme ou presque puisqu’auparavant il avait un magazin de jeux vidéo dans un autre quartier. Passionné, je m’y rendais régulièrement. C’était une autre époque : les jeux vidéo étaient encore un truc assez confidentiel et manga sonnait une marque de jus d’orange. Il n’y avait que chez lui qu’on pouvait trouver des figurines Drangon Ball dans la région. Elles étaient vendues cher, mais vraiment superbement réalisées – rien à voir avec ce qu’on peut trouver en supermarché de nos jours.
 
Autre temps autres mœurs, Franky, c’est son nom, s’est recyclé dans le heavy metal plombé. Son magasin passe tellement de black et de death à longueur de journée que je ne serais pas surpris d’apprendre que le soir, en cachette, il écoute RFM. C’est son moyen de se rebeller à lui – il se rebelle contre la rébellion si vous voulez. Il y a un paquet d’années que je n’ai plus acheté de disques chez lui…je peux même vous donner l’année en question : c’était en 1999, et je lui avais pris l’album The Butterfly Effect, de Moonspell. Ce jour là, je portais un t-shirt Paradise Lost et les clients du magasins s’étaient foutus de ma gueule. Depuis, je ne m’arrête plus qu’occasionnellement, pour dire bonjour…et encore c’est assez rare puisque Franky habite l’immeuble à côté du mien – je le croise donc assez régulièrement dans Notre Rue A Nous.
 
 
 
 
Je me permets de sauter les deux boulangeries suivantes (j’ai bien dit boulangeries et non boulangères, d’avance, merci) pour arriver au bas de la rue. On y trouve trois lieux dont deux ont déjà été évoqués dans ces pages par le passé : la librairie à Vonvon et, bien entendu, le Super U. Il y a aussi, en face de la librairie, le petit disquaire chez qui je me fournis depuis tellement longtemps que je ne me rappelle même plus la première fois que j’ai mis les pieds dans le magasins. Je me rappelle, en revanche, que j’avais eu l’impression d’entrer dans la caverne d’Ali Baba (ou la cour des miracle, faut voir). Ah ! j’en ai laissé des francs, puis des euros, dans cet endroit. Je l’ai engraissé le patron de ce magasin. Un beau jour, il a décidé comme ça, de manière assez abrupte, d’embaucher un employé. Cet employé est devenu l’un des mes meilleurs amis – voir même le seul. Ou en tout cas le dernier qui me reste. Il m’a, littéralement, appris la musique. Pourtant j’étais loin d’être un inculte lorsque je l’ai rencontré, croyez-moi. Mais j’ai découvert dans de trucs grâce à lui que je ne saurais jamais comment le remercier. J’ai même été jusqu’à lui pardonner de m’avoir présenté un album des Lightning Seeds comme une œuvre incontournable de la pop anglaise des années 90…
 
(saligaud va !)
 
(ouais : j’ai quand même mis longtemps avant de passer l’éponge sur cette histoire)
 
 
Il faut bien comprendre que cet employé est très spécial : pas seulement parce que c’est mon ami, même s’il est indéniable qu’être mon ami soit un privilège immense. Il est spécial pour une toute autre raison : il connaît son métier. Le patron, lui, connaît la musique à peu près aussi bien que ma mère – c’est vous dire le désastre. Il se prend pour un spécialiste du funk, mais il croit encore, à bientôt quarante ans, que Kool & The Gang jouent du funk. Vous voyez le degré d’inculture du mec.
 
Pour faire de la concurrence à Franky, il a décidé un jour d’acheter des disques de metal. Sans se demander, ne fût-ce qu’une demi-seconde, si, par le plus grand d’hasard, il n’était pas éventuellement possible que ces disques soient les trucs pourris que Franky avait refusé de racheter dix minutes plus tôt. Ouille…je peux vous dire qu’en matière de metal, il compte un sacré paquet d’invendus.
 
Le bon côté des choses, c’est que comme il n’y connaît rien, vous pouvez lui refourguer n’importe quel disque de n’importe quel groupe d’electro-caca-boudin. Suffit d’avoir du bagou, de lui dire que ça dépote, ou que c’est un jeune groupe qui va devenir énorme sous un an, et hop là ! emballé c’est pesé. Il gobera n’importe quoi, du moment que vous savez vous montrer convaincant et n’avez pas peur que votre crédibilité en tant que musicologues ne soit légèrement entamée.
 
C’est sûr qu’avec Mon Ami A Moi, vous ne pouvez pas faire ça.
 
 
Enfin, au terme de votre visite, vous tomberez sans doute sur Mon Bar A Moi, endroit tellement charmant qu’il s’est retrouvé projeté dans un de mes romans. Une consécration dont, bizarrement, le patron ne m’est pas gré. Je crois même qu’il s’en fout (les gens sont d’une ingratitude !).

Nul drame en cela cependant, car le patron n’est jamais là. A sa place, il y a un gérant. Gérant d’un bar, c’est à peu près comme serveur, mais en encore plus chiant. Mon Gérant A Moi De Mon Bar A Moi se prénomme Paul. J’ai quelques doutes sur ses préférences sexuelles. C’est un bon copain, mais il ne m’a jamais parlé de nanas – pas plus qu’il ne m’a parlé de mecs. Jamais. Pourtant nous sommes relativement intimes…je ne sais pas. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à m’interroger sur sa sexualité : tous les habitués se posent la même question. A croire que je ne suis pas le seul au monde à me mêler de ce qui ne me regarde. Nous dirons donc, pour les besoins de cette chronique, que Paul est homosexuel. Je n’en sais rien, à dire vrai, mais nous avons eu droit à toutes les franges de la population en quelques centaines de mètres, et avec tous les quotas qui régissent désormais notre société, il serait mal vu qu’un homo ne figure pas au générique de fin de cet article.
 
A une époque, Paul me voyait venir avec des amis. Puis il m’a vu venir avec Charlotte. Puis, il m’a vu venir seul. D’une certaine manière, les yeux de Paul sont peut-être bien le plus bel exemple qui soit de ma régression sociale. Néanmoins, j’ai fait des progrès puisque désormais je ne viens plus seul. J’apporte l’Equipe. Ce journal, c’est mon meilleur ami.
 
Mon Journal A Moi, en quelque sorte.
 
 
 
 
Ainsi s’achève cette chronique pour le moins curieuse. Vous n’allez pas me croire mais je suis le premier surpris de vous avoir raconté tout ça, et je n’ai même pas la moindre idée du pourquoi je l’ai fait. Une envie subite, sans aucun doute.
 
Ou alors (mais je peux me tromper) c’est juste que j’aime bien cette rue ? Une petite rue un peu excentrée où il y en a pour tous les goûts et pour tous les gens. Une petite rue que j’ai parcouru quelques millions de fois. Une Rue Rien qu’A Moi, en quelque sorte…
 
Mais je m’aperçois que j’ai oublié de vous parler du fleuriste !
 
Et des restaurants !
 
Eh bien voilà : je crois que j’ai trouvé des sujets pour les trois prochaines chroniques…rendez-vous, donc, ce week-end, pour évoquer Ma Voiture A Moi.
 
 
 

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