Condenser deux mois de lectures en quelques pages, voilà qui n’est pas une mince affaire.
Il y a une semaine environ, j’ai annoncé un grand article récapitulatif de mes lectures de l’été. Cet article, vous ne le lirez jamais, pour la simple et bonne raison que je n’aurais je crois jamais le temps de le finir. Pour tout dire je suis débordé, et en plus je lis toujours. Ce qui fait que non seulement je n’ai jamais le temps de boucler l’article mais en plus il y a tous les deux jours un bouquin qui vient se rajouter à la liste…bref : c’est sans fin.
A ma décharge il me semble utile de préciser que depuis mon dernier post « Lectures » (début juillet) j’ai lu pas moins de trente-huit livres…vous imaginez le calvaire pour ce qui est de les évoquer. Dans le meilleur des cas j’aurais obtenu une chronique énorme et absolument assommante…non vraiment : il valait mieux se contenter d’une sélection coups de griffes / coups de cœurs, n’est-ce pas ?
PAS BAN@/§#S !
Premier auteur à subir les foudres du Golb en cette rentrée surchargée, Sa Majesté Paul Auster, dont le « Travels in the Scriptorium » m’a pour le moins laissé perplexe. Est–ce de l’Art ou du Cochon ? Impossible à dire. Mais il me semble que l’auteur de « Music Of Chance » présente désormais tous les symptômes du célèbre Syndrome Lynch : plus on aime, moins on sait pourquoi. Moins on sait – tout court. La seule chose dont on soit sûr, au final, c’est que compte tenu de son volume et de son prix de vente ce nouveau « roman » aura assuré à son auteur un maximum de rentabilité pour un minimum d’investissement (ok, c’est bas, mais pas plus qu’un extrait de « Tombouctou » - dans ta face Paulo). Bref, franchement pas le meilleur de ce candidat au titre de Plus Grand Ecrivain Vivant. Mais bon, les apparences sont sauves et c’est le principal ; Télérama aura pu écrire (comme à chaque parution d’Auster) qu’il s’agissait d’une œuvre complexe et labyrinthique (Syndrome Lynch, on vous dit). Ce qui en décodé signifie que le livre est blindé de technique et de neurone mais que pour l’émotion, l’humanité, la chair ou la sensualité – il faudra repasser.
Attaquons-nous maintenant au cas Patricia Cornwell (qui n’a aucun point commun avec Paul Auster, du moins à ma connaissance et le compte en banque mis à part). Une auteure encensée partout que figurez-vous je n’avais jamais lue (je ne compte bien sûr pas son passionnant « Jack L’Eventreur », qui n’était pas un roman). Voici donc que, plein d’entrain, je me lance dans « Postmortem ». Assurément le livre que j’ai mis le plus de temps à finir durant cet été, alors que c’était loin d’être le plus long. Seulement voilà : j’ai eu un mal fou à rentrer dedans. Une vraie déception, d’autant que je partais avec un a priori plus que positif sur l’auteure. Las : tout en reconnaissant que c’est plutôt bien fichu (un peu comme l’Auster, en fait !), ça ne m’a pas parlé des masses…beaucoup de longueurs, une actions finalement réduite à peu de choses (et qui plus est archi-convenue)... Les exposés médico-légaux sont palpitants, mais un seul épisode des « Experts » nous en apprendra plus sur le sujet que ces trois cents pages inutilement bavardes et leur héroïne tête à claque. Un bon point cependant : avec Cornwell on échappe à la musique lounge et aux gros plans au microscope.
Et maintenant le pire du pire (car non, ce qui précédait n’était pas le pire du pire). Les hasards du tirage au sort (bien aidés en cela par les hasards des prêts de bibliothèque) m’avaient en effet blindé : depuis la première semaine des vacances j’avais déjà trouvé deux coups de griffes totalement insurpassables, lus…à la suite ! Une mauvaise semaine, en somme. Heureusement ces deux bouquins étaient courts (et qui plus est publiés chez le même éditeur, P.O.L., qui nous avait habitués à mieux – ajouterait un blogueur souhaitant jouer les initiés). Certes, le dernier Jean Rolin (« L’Explosion de la durite ») ne mérite pas d’être voué aux gémonies. A savoir qu’il est juste chiant, mais pas plus qu’un tas d’autres bouquins de mecs qui se la jouent « Ecrivains Grands Voyageurs ». Tout de même : quelle médiocrité de la part d’un auteur qu’on a connu si inspiré, si original et si doué !!!
Rien à voir cependant avec l’archi-vomitif Dennis Cooper, dont je n’avais jusqu’alors rien lu. Vous savez ce que c’est : on résiste, on résiste, on tient le coup face au battage médiatique…et puis finalement on craque : à force d’en entendre du bien, on a envie de savoir à quoi ça ressemble (en l’occurrence CA désigne un auteur encensé partout chez les branchouilles, Inrocks et autres Chronikart – je sais : j’ai un peu honte d’avoir cédé). Or donc « Try » (puisque c’est de ce roman qu’il s’agit) raconte t’il l’histoire passionnante d’un type dont le principal hobby s’avère être d’enculer des ados à peine pubères. Je n’entrerai pas dans les détails, et pour cause : j’ai abandonné aux alentours de la page 70 (soit donc à plus de la moitié d’un livre épais comme une feuille de PQ – hasard ou coïncidence ?). C’est vous dire si c’était mauvais (pour mémoire je n’ai abandonné en 2007 que trois livres sur les 150 et des brouettes qui me sont tombés entre les mains). Et peu ragoûtant. Du Matzneff sans la luxure mélangé à du Dustan sans la rage…Bref : affreux, sale, méchant…et complètement con. Merci Chronikart.
(INTERMEDE PHILIP ROTHESQUE)
Que serait un article comme celui-ci sans une sous partie consacrée à Philip Roth ? Comme vous vous en doutiez, Philou m’a beaucoup occupé durant l’été, au gré de (re)lectures pour la plupart enthousiasmantes (ça aussi vous vous en doutiez : il y a bien longtemps que j’ai perdu toute réserve sur L’Oeuvre).
Hasard ou coïncidence (bis), je me suis envoyé presque dans la foulée les deux livres les plus connus, les plus primés et les plus classiques en puissance du tout nouveau Prix Golbel de Littérature : « Portnoy’s Complaint » & « The Human Stain ». Vous êtes tellement habitués à me voir couvrir Roth d’étoiles et de dithyrambes que vous ne me croirez sans doute pas si je vous dit qu’il s’agit de deux chefs d’œuvres ; néanmoins pour ces titres précis je vous demanderai de noter que je ne suis pas le seul à le dire – loin de là. « The Human Stain » est même l’objet d’une unanimité critico-lectorale comme on n’en voit guère qu’une fois par décennie. Quant aux mésaventures porno-comiques d’Alex Portnoy, elles relèvent aujourd’hui plus du mythe que du roman. Pour autant ce ne furent pas forcément les deux lectures les plus excitantes de mon été, et pour cause : éternellement rabâchés et, il faut bien l’avouer, éternellement relus, ces deux remarquables romans ont fini par me lasser un peu. « Portnoy’s Complaint » est génial, soit. Maintenant c’était la troisième fois que je le lisais et très franchement même les plus grands livres finissent par soûler au bout de trois lectures – d’autant que ça n’a de toute façon jamais été mon Roth favori. Mon commentaire ne sera pas très différent à propos de « The Human Stain », que je relisais pour la première fois seulement mais dont je me souvenais étonnamment bien.
Je ne m’étendrai donc pas sur leurs cas ; en revanche je vous invite à aller lire tout le bien que les chats de biblio pensent de ces deux ouvrages.
Pour ma part les vrais relectures
rothiennes qui m’ont emballé cet été sont celles issues de la Tétralogie Zuckerman. Ca, c’est quelque chose. Curieusement on cite assez rarement en référence cette véritable saga qui n’a
c’est vrai pas eu beaucoup de succès à l’époque. Néanmoins c‘est peut-être bien ça, la grande œuvre de Philip Roth. Une tétralogie à dire vrai un peu bizarre, puisque selon les éditions elle
commence avec « My Life As A Man » ou bien « The Ghost Writer ». Pour résumer on dira que si le premier
marque les débuts littéraires de Nathan Zuckerman, il ne s’agit pas stricto sensu d’une de ses aventures. Lesquelles prennent réellement leur envol avec « The Ghost Writer », premier roman à faire
un portrait du protagoniste puis à nous présenter son univers pour le moins paranoïaque. Rien de bien étonnant à cela : Nathan s’est inspiré de sa famille pour écrire la nouvelle qui va lancer sa
carrière littéraire, et l’homme Zuckerman a énormément de mal à assumer les actes artistiques de l’écrivain Zuckerman. D’où conflit intime (et d’intérêt). D’où situations décalées et / ou
burlesque. D’où intérêt du lecteur.
Dans le second (et meilleur) volet de la série (« Zuckerman Unbound »), ce même Nathan est désormais célèbre. Il a publié un roman au succès planétaire, « Carnovsky », qui n’a évidemment rien à voir avec « Portnoy’s Complaint » même s’il s’agit (curieusement) d’un livre se moquant des déboires sentimalo-familiaux d’un jeune juif cherchant à fuir son ghetto. On imagine à quel point Philip Roth a pu s’éclater avec toutes ces mises en abîmes, faisant d’une pierre trois coups : 1/ il se rachète aux yeux de sa propre famille, un peu secouée par l’assimilation Philp Roth – Alex Portrnoy 2/ il fait expier à un écrivain mégalomane son arrogance et son amoralité 3/ il offre une réflexion saisissante sur le succès et la place de l’artiste dans la société.
Après un premier épisode excellent et un second génial, la loi des séries aura été respectée : « The Anatomy Lesson », quoiqu’étant un bon livre, s’avère un cran en dessous (dans la grande tradition des épisodes et autres saisons numéro trois ! - je vois déjà venir les esprits chagrins mais NON je ne donnerai pas d'exemple ici). Parce que franchement moins drôle, parce qu’un poil trop long pour être honnête. Parce que, aussi, il est le seul des quatre volumes à ne pouvoir être lu indépendamment des autres. Roth y gagne donc en auto-référence et autre mythologie personnelle ce qu’il perd en force et en universalité : les deux premiers volets sont les aventures d’un écrivain ; celui-ci est « juste » une aventure de Zuckerman. Dommage, car les passages où Nate est harcelé par le critique Milton Appel sont plutôt savoureux !
Avant d’enchaîner, une petite précision : le terme tétralogie n’est employé que par moi à propos de ce « cycle ». En réalité, le quatrième volet (que je n’ai pas encore relu mais dont nous parlerons sous peu) s’intitule « Epilogue : Prague Orgy » ; il pourrait donc être considéré comme une appendice et non un roman. Sauf que voilà : en version originale, il est sorti seul, au format roman. Il me semble donc qu’il faille le considérer comme tel – mais je tenais à préciser que ce point de vue n’engageait que moi. Au passage, profitons-en pour souligner une rareté : pour une fois, les français sont plus gâtés que les anglo-saxons en matière de réédition. Figurez-vous qu’il n’existe aucune édition intégrale de Zuckerman en version originale, mais qu’en revanche ce Saint Graal est bel et bien disponible en France – dûment réédité au printemps comme la quasi intégralité des œuvres de Philip Roth.
JUBILATIONS ESTIVALES
Revoilà donc (déjà)
Nicolas Cauchy, avec un second roman aux faux airs de Grand-Œuvre. Un simple coup d’œil au résumé parle sans doute plus qu’un long discours : Dimanche midi, dans un bel hôtel
particulier parisien, la famille est rassemblée autour de Jean, le père, pour fêter ses cinquante-quatre ans. Six jours plus tard, tout le monde est de nouveau réuni – cette fois pour son
inhumation…il n’en faut guère plus pour deviner qu’on a affaire ici à un livre bien plus ambitieux et bien plus construit que « La
véritable histoire de mon père ». Meilleur ? Difficile à dire tant les deux semblent différents. Quitte à comparer « De manière à connaître le jour et l’heure », autant
le faire avec des ouvrages comparables. Comme par exemple les derniers livres respectifs de Blandine Le Callet ou d’Alice Ferney, terriblement inférieurs à celui-ci dans le genre choral. Avec un style bien plus personnel que celui de la première
et une maîtrise bien plus impressionnante que celle de la seconde, Nicolas Cauchy réussit en quelques pages à émouvoir, piquer, amuser, dérouter, transporter…en somme un second roman remarquable
qui fait bien plus que tenir ses promesses. Et qui pourrait bien s’imposer comme l’un des grands livres de cette année.
Mo
Hayder en revanche n’a plus grand chose à prouver :…ouais bon, ok, j’avoue, je ne la connaissais pas il y a deux mois. Ma douce moitié m’a recommandé chaudement « Tokyo
» (plus précisément elle m’en a parlé durant trois jours non-stop en ajoutant à chaque fois que je devrais le lire), et voilà que je me suis retrouvé embarqué au Japon, sur les traces
d’une étudiante américaine elle-même sur les traces d’une mystérieuse vidéo…retraçant (!) certaines exactions oubliées par L’Histoire du Vingtième Siècle. Je n’en dirais pas plus et vous laisserai
savourer ce thriller plus que haletant.Un véritable bonheur de lecture que je chronique bien sûr un peu tard pour vous convaincre de le glisser dans votre sac de plage. A la bonne heure ! Pour juin
2008, je vous préparerai une série spéciale « coin de serviette ».
Dans le genre « coin de serviette »,
puisqu’on en parle, je vous recommande pour l’an prochain un truc imparable : Saki. Saki, c’est un peu le La Bruyère victorien, et pour le découvrir un peu plus en détails je vous
recommande le comme-toujours-excellent-article de Gaëlle. Avec Saki, tout le
monde en prend pour son grade et la bonne petite société bourgeoise de son temps n’a qu’à bien se tenir. Ses textes délicieusement piquants pourront sembler un peu désuets au lecteur contemporain,
il n’empêche : j’ai bien du mal à lui trouver un héritier digne de ce nom parmi les pseudos amuseurs de notre temps – ce qui nous le rend d’autant plus précieux. Un auteur à (re)découvrir
d’urgence, donc, par exemple via « Beasts & Super-beasts », considéré comme l’un des sommets de son œuvre.
Au cas où vous vous poseriez la
question, cet article ne classe pas les lectures estivales par ordre de préférence, mais tout bêtement par ordre de…lecture ! Ce qui fait qu’une fois bien calé sur la plage, un petit tas de sable
en guise d’oreiller, je me suis lancé dans mon moment de décontraction totale de l’année. Celui où je lis de la SF, de la fantasy, du fantastique. J’ai donc entrepris de relire l'incontournable
Croisée des mondes de Philip Pullman et me suis une fois encore régalé : c’est drôle, inventif, ludique mais toujours intelligent…et surtout Lyra, son héroïne, est
adorablement attachante (?), une vraie petite peste à faire passer Harry Potter pour ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un insupportable blanc-bec premier de la classe que je ne serai
personnellement pas mécontent de voir se faire définitivement rectifier par Voldemort (notez que n’ayant pas lu sa dernière aventure j’ai encore un peu d’espoir). Un vrai bonheur, donc, que la
relecture de « Northern Lights », qui m’a inspiré une réflexion pour le moins profonde et visionnaire : « Quelle bonne idée de ne jamais en avoir fait un film ».
Autant vous dire que j’ai un peu déchanté quand j’ai vu les affiches du…film un peu partout à mon retour de vacances. Décidément ! Déjà l'été dernier j’avais aussi prédit, vous vous en rappelez,
que l’Italie ne gagnerait jamais la Coupe du Monde. Nul n’est prophète en ses chroniques, comme dirait Laurent Ruquier.
Du coup je ne dirai jamais que c’est une
bonne idée de ne jamais avoir adapté « The Eternal Champion » au cinéma, même si je pense néanmoins très fort que sans l’écriture sous amphets de Michael
Moorcock ça n’aurait aucun sens. Au cas où vous ne connaîtriez pas encore Erëköse, sachez que c’est un type très ordinaire qui n’a pas de bol, puisqu’il n’arrête pas de se retrouver
réincarner en des types pas du tout ordinaires, des héros qui doivent sauver plein de gens et tout et tout. Comme il en a un peu ras-le-bol, il décide donc un beau matin de laisser cette espèce
humaine tellement prétentieuse et guerrière se dépatouiller toute seule de sort…provocant ainsi sa disparition, ce qui l’empêchera bien un petit peu de dormir, mais pas trop quand même. S’il ne
s’agit pas du meilleur volet de la trilogie du même nom, notez que « The Eternal Champion » est quand même plus que brillant, original, ironique... Si j'osais la formule à l'emporte-pièce (et il
est bien rare que je ne l'ose pas) je dirais qu'il y a probablement plus d'idées dans ces deux cent pages que dans la quasi totalité de l'oeuvre de Robin Hobb. Avec en prime des éclats de drôleries
comme on n’en voit pas assez souvent dans l’univers de la fantasy. D’ailleurs moi, de fantasy, je n’en lis jamais. Je lis Moorcock – nuance.
Je ne lis jamais non plus
d’histoires complètement tordues avec des gens bizarres sur des îles et des astérisques pour prévenir le lecteur que lesdits personnages vont mourir dans le chapitre. En revanche il peut m’arriver
de lire Kurt Vonnegut Jr, et même de conseiller « Galapagos », livre que j'aurais bien été tenter de qualifier de chef d’œuvre si – hélas – il n’avait pas
été si drôle. Et comme vous le savez sûrement, il est formellement interdit par le Conseil Supérieur des Critiques Littéraires d’accoler l’expression chef d’œuvre aux termes livre
drôle. Je me contenterai donc de dire que « Galapagos » est très très très très bien.
Terminons enfin cette petite sélection avec « Affinity », second et meilleur roman de Sarah Waters. On y parle de la prison de Millbank, de fantômes, de magie et d’amour…et une fois encore l’auteure de « Fingersmith » . Tisse des climats envoûtants. Imagine des personnages fascinants. Balance un livre impossible à lâcher. La routine, quoi !

Ainsi s’achève ce très long article dont j’espère qu’il ne vous aura pas tous endormis ! Le temps de reprendre son souffle et Le Golb retrouvera progressivement un rythme plus normal. Merci à tous d’avoir su patienter.
Il y a une semaine environ, j’ai annoncé un grand article récapitulatif de mes lectures de l’été. Cet article, vous ne le lirez jamais, pour la simple et bonne raison que je n’aurais je crois jamais le temps de le finir. Pour tout dire je suis débordé, et en plus je lis toujours. Ce qui fait que non seulement je n’ai jamais le temps de boucler l’article mais en plus il y a tous les deux jours un bouquin qui vient se rajouter à la liste…bref : c’est sans fin.
A ma décharge il me semble utile de préciser que depuis mon dernier post « Lectures » (début juillet) j’ai lu pas moins de trente-huit livres…vous imaginez le calvaire pour ce qui est de les évoquer. Dans le meilleur des cas j’aurais obtenu une chronique énorme et absolument assommante…non vraiment : il valait mieux se contenter d’une sélection coups de griffes / coups de cœurs, n’est-ce pas ?
PAS BAN@/§#S !
Premier auteur à subir les foudres du Golb en cette rentrée surchargée, Sa Majesté Paul Auster, dont le « Travels in the Scriptorium » m’a pour le moins laissé perplexe. Est–ce de l’Art ou du Cochon ? Impossible à dire. Mais il me semble que l’auteur de « Music Of Chance » présente désormais tous les symptômes du célèbre Syndrome Lynch : plus on aime, moins on sait pourquoi. Moins on sait – tout court. La seule chose dont on soit sûr, au final, c’est que compte tenu de son volume et de son prix de vente ce nouveau « roman » aura assuré à son auteur un maximum de rentabilité pour un minimum d’investissement (ok, c’est bas, mais pas plus qu’un extrait de « Tombouctou » - dans ta face Paulo). Bref, franchement pas le meilleur de ce candidat au titre de Plus Grand Ecrivain Vivant. Mais bon, les apparences sont sauves et c’est le principal ; Télérama aura pu écrire (comme à chaque parution d’Auster) qu’il s’agissait d’une œuvre complexe et labyrinthique (Syndrome Lynch, on vous dit). Ce qui en décodé signifie que le livre est blindé de technique et de neurone mais que pour l’émotion, l’humanité, la chair ou la sensualité – il faudra repasser.
Attaquons-nous maintenant au cas Patricia Cornwell (qui n’a aucun point commun avec Paul Auster, du moins à ma connaissance et le compte en banque mis à part). Une auteure encensée partout que figurez-vous je n’avais jamais lue (je ne compte bien sûr pas son passionnant « Jack L’Eventreur », qui n’était pas un roman). Voici donc que, plein d’entrain, je me lance dans « Postmortem ». Assurément le livre que j’ai mis le plus de temps à finir durant cet été, alors que c’était loin d’être le plus long. Seulement voilà : j’ai eu un mal fou à rentrer dedans. Une vraie déception, d’autant que je partais avec un a priori plus que positif sur l’auteure. Las : tout en reconnaissant que c’est plutôt bien fichu (un peu comme l’Auster, en fait !), ça ne m’a pas parlé des masses…beaucoup de longueurs, une actions finalement réduite à peu de choses (et qui plus est archi-convenue)... Les exposés médico-légaux sont palpitants, mais un seul épisode des « Experts » nous en apprendra plus sur le sujet que ces trois cents pages inutilement bavardes et leur héroïne tête à claque. Un bon point cependant : avec Cornwell on échappe à la musique lounge et aux gros plans au microscope.
Et maintenant le pire du pire (car non, ce qui précédait n’était pas le pire du pire). Les hasards du tirage au sort (bien aidés en cela par les hasards des prêts de bibliothèque) m’avaient en effet blindé : depuis la première semaine des vacances j’avais déjà trouvé deux coups de griffes totalement insurpassables, lus…à la suite ! Une mauvaise semaine, en somme. Heureusement ces deux bouquins étaient courts (et qui plus est publiés chez le même éditeur, P.O.L., qui nous avait habitués à mieux – ajouterait un blogueur souhaitant jouer les initiés). Certes, le dernier Jean Rolin (« L’Explosion de la durite ») ne mérite pas d’être voué aux gémonies. A savoir qu’il est juste chiant, mais pas plus qu’un tas d’autres bouquins de mecs qui se la jouent « Ecrivains Grands Voyageurs ». Tout de même : quelle médiocrité de la part d’un auteur qu’on a connu si inspiré, si original et si doué !!!
Rien à voir cependant avec l’archi-vomitif Dennis Cooper, dont je n’avais jusqu’alors rien lu. Vous savez ce que c’est : on résiste, on résiste, on tient le coup face au battage médiatique…et puis finalement on craque : à force d’en entendre du bien, on a envie de savoir à quoi ça ressemble (en l’occurrence CA désigne un auteur encensé partout chez les branchouilles, Inrocks et autres Chronikart – je sais : j’ai un peu honte d’avoir cédé). Or donc « Try » (puisque c’est de ce roman qu’il s’agit) raconte t’il l’histoire passionnante d’un type dont le principal hobby s’avère être d’enculer des ados à peine pubères. Je n’entrerai pas dans les détails, et pour cause : j’ai abandonné aux alentours de la page 70 (soit donc à plus de la moitié d’un livre épais comme une feuille de PQ – hasard ou coïncidence ?). C’est vous dire si c’était mauvais (pour mémoire je n’ai abandonné en 2007 que trois livres sur les 150 et des brouettes qui me sont tombés entre les mains). Et peu ragoûtant. Du Matzneff sans la luxure mélangé à du Dustan sans la rage…Bref : affreux, sale, méchant…et complètement con. Merci Chronikart.
(INTERMEDE PHILIP ROTHESQUE)
Que serait un article comme celui-ci sans une sous partie consacrée à Philip Roth ? Comme vous vous en doutiez, Philou m’a beaucoup occupé durant l’été, au gré de (re)lectures pour la plupart enthousiasmantes (ça aussi vous vous en doutiez : il y a bien longtemps que j’ai perdu toute réserve sur L’Oeuvre).
Hasard ou coïncidence (bis), je me suis envoyé presque dans la foulée les deux livres les plus connus, les plus primés et les plus classiques en puissance du tout nouveau Prix Golbel de Littérature : « Portnoy’s Complaint » & « The Human Stain ». Vous êtes tellement habitués à me voir couvrir Roth d’étoiles et de dithyrambes que vous ne me croirez sans doute pas si je vous dit qu’il s’agit de deux chefs d’œuvres ; néanmoins pour ces titres précis je vous demanderai de noter que je ne suis pas le seul à le dire – loin de là. « The Human Stain » est même l’objet d’une unanimité critico-lectorale comme on n’en voit guère qu’une fois par décennie. Quant aux mésaventures porno-comiques d’Alex Portnoy, elles relèvent aujourd’hui plus du mythe que du roman. Pour autant ce ne furent pas forcément les deux lectures les plus excitantes de mon été, et pour cause : éternellement rabâchés et, il faut bien l’avouer, éternellement relus, ces deux remarquables romans ont fini par me lasser un peu. « Portnoy’s Complaint » est génial, soit. Maintenant c’était la troisième fois que je le lisais et très franchement même les plus grands livres finissent par soûler au bout de trois lectures – d’autant que ça n’a de toute façon jamais été mon Roth favori. Mon commentaire ne sera pas très différent à propos de « The Human Stain », que je relisais pour la première fois seulement mais dont je me souvenais étonnamment bien.
Je ne m’étendrai donc pas sur leurs cas ; en revanche je vous invite à aller lire tout le bien que les chats de biblio pensent de ces deux ouvrages.
Pour ma part les vrais relectures
rothiennes qui m’ont emballé cet été sont celles issues de la Tétralogie Zuckerman. Ca, c’est quelque chose. Curieusement on cite assez rarement en référence cette véritable saga qui n’a
c’est vrai pas eu beaucoup de succès à l’époque. Néanmoins c‘est peut-être bien ça, la grande œuvre de Philip Roth. Une tétralogie à dire vrai un peu bizarre, puisque selon les éditions elle
commence avec « My Life As A Man » ou bien « The Ghost Writer ». Pour résumer on dira que si le premier
marque les débuts littéraires de Nathan Zuckerman, il ne s’agit pas stricto sensu d’une de ses aventures. Lesquelles prennent réellement leur envol avec « The Ghost Writer », premier roman à faire
un portrait du protagoniste puis à nous présenter son univers pour le moins paranoïaque. Rien de bien étonnant à cela : Nathan s’est inspiré de sa famille pour écrire la nouvelle qui va lancer sa
carrière littéraire, et l’homme Zuckerman a énormément de mal à assumer les actes artistiques de l’écrivain Zuckerman. D’où conflit intime (et d’intérêt). D’où situations décalées et / ou
burlesque. D’où intérêt du lecteur.Dans le second (et meilleur) volet de la série (« Zuckerman Unbound »), ce même Nathan est désormais célèbre. Il a publié un roman au succès planétaire, « Carnovsky », qui n’a évidemment rien à voir avec « Portnoy’s Complaint » même s’il s’agit (curieusement) d’un livre se moquant des déboires sentimalo-familiaux d’un jeune juif cherchant à fuir son ghetto. On imagine à quel point Philip Roth a pu s’éclater avec toutes ces mises en abîmes, faisant d’une pierre trois coups : 1/ il se rachète aux yeux de sa propre famille, un peu secouée par l’assimilation Philp Roth – Alex Portrnoy 2/ il fait expier à un écrivain mégalomane son arrogance et son amoralité 3/ il offre une réflexion saisissante sur le succès et la place de l’artiste dans la société.
Après un premier épisode excellent et un second génial, la loi des séries aura été respectée : « The Anatomy Lesson », quoiqu’étant un bon livre, s’avère un cran en dessous (dans la grande tradition des épisodes et autres saisons numéro trois ! - je vois déjà venir les esprits chagrins mais NON je ne donnerai pas d'exemple ici). Parce que franchement moins drôle, parce qu’un poil trop long pour être honnête. Parce que, aussi, il est le seul des quatre volumes à ne pouvoir être lu indépendamment des autres. Roth y gagne donc en auto-référence et autre mythologie personnelle ce qu’il perd en force et en universalité : les deux premiers volets sont les aventures d’un écrivain ; celui-ci est « juste » une aventure de Zuckerman. Dommage, car les passages où Nate est harcelé par le critique Milton Appel sont plutôt savoureux !
Avant d’enchaîner, une petite précision : le terme tétralogie n’est employé que par moi à propos de ce « cycle ». En réalité, le quatrième volet (que je n’ai pas encore relu mais dont nous parlerons sous peu) s’intitule « Epilogue : Prague Orgy » ; il pourrait donc être considéré comme une appendice et non un roman. Sauf que voilà : en version originale, il est sorti seul, au format roman. Il me semble donc qu’il faille le considérer comme tel – mais je tenais à préciser que ce point de vue n’engageait que moi. Au passage, profitons-en pour souligner une rareté : pour une fois, les français sont plus gâtés que les anglo-saxons en matière de réédition. Figurez-vous qu’il n’existe aucune édition intégrale de Zuckerman en version originale, mais qu’en revanche ce Saint Graal est bel et bien disponible en France – dûment réédité au printemps comme la quasi intégralité des œuvres de Philip Roth.
JUBILATIONS ESTIVALES
Revoilà donc (déjà)
Nicolas Cauchy, avec un second roman aux faux airs de Grand-Œuvre. Un simple coup d’œil au résumé parle sans doute plus qu’un long discours : Dimanche midi, dans un bel hôtel
particulier parisien, la famille est rassemblée autour de Jean, le père, pour fêter ses cinquante-quatre ans. Six jours plus tard, tout le monde est de nouveau réuni – cette fois pour son
inhumation…il n’en faut guère plus pour deviner qu’on a affaire ici à un livre bien plus ambitieux et bien plus construit que « La
véritable histoire de mon père ». Meilleur ? Difficile à dire tant les deux semblent différents. Quitte à comparer « De manière à connaître le jour et l’heure », autant
le faire avec des ouvrages comparables. Comme par exemple les derniers livres respectifs de Blandine Le Callet ou d’Alice Ferney, terriblement inférieurs à celui-ci dans le genre choral. Avec un style bien plus personnel que celui de la première
et une maîtrise bien plus impressionnante que celle de la seconde, Nicolas Cauchy réussit en quelques pages à émouvoir, piquer, amuser, dérouter, transporter…en somme un second roman remarquable
qui fait bien plus que tenir ses promesses. Et qui pourrait bien s’imposer comme l’un des grands livres de cette année.
Mo
Hayder en revanche n’a plus grand chose à prouver :…ouais bon, ok, j’avoue, je ne la connaissais pas il y a deux mois. Ma douce moitié m’a recommandé chaudement « Tokyo
» (plus précisément elle m’en a parlé durant trois jours non-stop en ajoutant à chaque fois que je devrais le lire), et voilà que je me suis retrouvé embarqué au Japon, sur les traces
d’une étudiante américaine elle-même sur les traces d’une mystérieuse vidéo…retraçant (!) certaines exactions oubliées par L’Histoire du Vingtième Siècle. Je n’en dirais pas plus et vous laisserai
savourer ce thriller plus que haletant.Un véritable bonheur de lecture que je chronique bien sûr un peu tard pour vous convaincre de le glisser dans votre sac de plage. A la bonne heure ! Pour juin
2008, je vous préparerai une série spéciale « coin de serviette ».
Dans le genre « coin de serviette »,
puisqu’on en parle, je vous recommande pour l’an prochain un truc imparable : Saki. Saki, c’est un peu le La Bruyère victorien, et pour le découvrir un peu plus en détails je vous
recommande le comme-toujours-excellent-article de Gaëlle. Avec Saki, tout le
monde en prend pour son grade et la bonne petite société bourgeoise de son temps n’a qu’à bien se tenir. Ses textes délicieusement piquants pourront sembler un peu désuets au lecteur contemporain,
il n’empêche : j’ai bien du mal à lui trouver un héritier digne de ce nom parmi les pseudos amuseurs de notre temps – ce qui nous le rend d’autant plus précieux. Un auteur à (re)découvrir
d’urgence, donc, par exemple via « Beasts & Super-beasts », considéré comme l’un des sommets de son œuvre.
Au cas où vous vous poseriez la
question, cet article ne classe pas les lectures estivales par ordre de préférence, mais tout bêtement par ordre de…lecture ! Ce qui fait qu’une fois bien calé sur la plage, un petit tas de sable
en guise d’oreiller, je me suis lancé dans mon moment de décontraction totale de l’année. Celui où je lis de la SF, de la fantasy, du fantastique. J’ai donc entrepris de relire l'incontournable
Croisée des mondes de Philip Pullman et me suis une fois encore régalé : c’est drôle, inventif, ludique mais toujours intelligent…et surtout Lyra, son héroïne, est
adorablement attachante (?), une vraie petite peste à faire passer Harry Potter pour ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un insupportable blanc-bec premier de la classe que je ne serai
personnellement pas mécontent de voir se faire définitivement rectifier par Voldemort (notez que n’ayant pas lu sa dernière aventure j’ai encore un peu d’espoir). Un vrai bonheur, donc, que la
relecture de « Northern Lights », qui m’a inspiré une réflexion pour le moins profonde et visionnaire : « Quelle bonne idée de ne jamais en avoir fait un film ».
Autant vous dire que j’ai un peu déchanté quand j’ai vu les affiches du…film un peu partout à mon retour de vacances. Décidément ! Déjà l'été dernier j’avais aussi prédit, vous vous en rappelez,
que l’Italie ne gagnerait jamais la Coupe du Monde. Nul n’est prophète en ses chroniques, comme dirait Laurent Ruquier.
Du coup je ne dirai jamais que c’est une
bonne idée de ne jamais avoir adapté « The Eternal Champion » au cinéma, même si je pense néanmoins très fort que sans l’écriture sous amphets de Michael
Moorcock ça n’aurait aucun sens. Au cas où vous ne connaîtriez pas encore Erëköse, sachez que c’est un type très ordinaire qui n’a pas de bol, puisqu’il n’arrête pas de se retrouver
réincarner en des types pas du tout ordinaires, des héros qui doivent sauver plein de gens et tout et tout. Comme il en a un peu ras-le-bol, il décide donc un beau matin de laisser cette espèce
humaine tellement prétentieuse et guerrière se dépatouiller toute seule de sort…provocant ainsi sa disparition, ce qui l’empêchera bien un petit peu de dormir, mais pas trop quand même. S’il ne
s’agit pas du meilleur volet de la trilogie du même nom, notez que « The Eternal Champion » est quand même plus que brillant, original, ironique... Si j'osais la formule à l'emporte-pièce (et il
est bien rare que je ne l'ose pas) je dirais qu'il y a probablement plus d'idées dans ces deux cent pages que dans la quasi totalité de l'oeuvre de Robin Hobb. Avec en prime des éclats de drôleries
comme on n’en voit pas assez souvent dans l’univers de la fantasy. D’ailleurs moi, de fantasy, je n’en lis jamais. Je lis Moorcock – nuance.
Je ne lis jamais non plus
d’histoires complètement tordues avec des gens bizarres sur des îles et des astérisques pour prévenir le lecteur que lesdits personnages vont mourir dans le chapitre. En revanche il peut m’arriver
de lire Kurt Vonnegut Jr, et même de conseiller « Galapagos », livre que j'aurais bien été tenter de qualifier de chef d’œuvre si – hélas – il n’avait pas
été si drôle. Et comme vous le savez sûrement, il est formellement interdit par le Conseil Supérieur des Critiques Littéraires d’accoler l’expression chef d’œuvre aux termes livre
drôle. Je me contenterai donc de dire que « Galapagos » est très très très très bien.Terminons enfin cette petite sélection avec « Affinity », second et meilleur roman de Sarah Waters. On y parle de la prison de Millbank, de fantômes, de magie et d’amour…et une fois encore l’auteure de « Fingersmith » . Tisse des climats envoûtants. Imagine des personnages fascinants. Balance un livre impossible à lâcher. La routine, quoi !

Ainsi s’achève ce très long article dont j’espère qu’il ne vous aura pas tous endormis ! Le temps de reprendre son souffle et Le Golb retrouvera progressivement un rythme plus normal. Merci à tous d’avoir su patienter.
par Thom
publié dans :
Lectures






