Les notes du Golb

...
   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Mercredi 29 novembre 2006
Cell (Stephen King, USA, 2006)
 
 
Déjà que le portable vous empêchait de bouffer peinards au resto et filait le cancer de l’oreille interne (si, je vous jure…), désormais, il véhicule un méchant virus qui vous transforme en zombie…du coup quand Clay, homme ordinaire pris dans des circonstances extraordinaires (façon Bruce Willis de gauche), se retrouve au milieu des monstres cellulaires, il décide d’agir…
 
 
…personnellement, j’aurais adoré avoir peur de décrocher mon portable après la lecture de ce roman, mais ça n’a pas été le cas. En toute bonne foi, c’est écrit correctement, c’est rythmé, c’est efficace. C’est Stephen King, ça marche, youpi.
 
Euh…ça marche, tout est relatif. Ok King n’aime pas les portables (c’est son droit). Ok, il voulait rendre hommage à Romero (il y a pire, comme référence, même si King n’est pas rancunier dans la mesure où ledit Romero a massacré l’adpatation de son « The Dark Half »). Cela suffit-il à écrire un grand roman ?
 
Là est tout le problème, semble t’il, du King de ces dernières. Si l’on excepte les derniers volume de The Dark Tower, il faut remonter à « Bag Of Bones » (1998, tout de même !) pour retrouver du grand King. De « Dreamcatcher » en « From A Buick-8 », le King donne l’impression de s’être lancé dans un cycle série Z interminable comportant des livres jamais totalement nuls mais jamais vraiment bandants. Des petits thrillers dopés aux amphétamines (il y a pire que le style de cet auteur en guise de produit dopant, non ?) hélas dépourvus de la dimension humaniste et du talent de portraitiste qu’on croyait jusqu’alors inhérents même à ses plus mauvais bouquins.
 
Tel quel, « Cell » n’est pas nul. Juste quelconque, et dégageant une désagréable impression de déjà lu...jusqu’alors passionnante, l’œuvre me donne la sensation de hoqueter un peu cet an-ci. D’ailleurs je ne suis pas le seul : pour ce que j’en ai lu sur le net, même les plus hardcores des fans hadcores de Stephen King ont été déçus…
 
 
Plus qu’à espérer le meilleur pour le prochain, « Lisey’s Story », qui a mis la critique américaine à genoux.
 
 
le genre : thriller
la note : 2,5 / 6
 
 
L'AVIS DE  CHIMERE 
 
KING CHEZ GAELLE
 
KING CHEZ LES CHATS
 
(c'est fini pour les liens)
par thomthom publié dans : Lectures
Mercredi 29 novembre 2006
« Non non non non non non ! CA NE PEUT PLUS DURER !!!!!!! »
 
…a crié Jean-Pierre Jean, visiblement très excité.
 
Ah non ! je ne veux pas qu’il y ait de méprise : Jean-Pierre Jean ne parlait pas du tout du jeu de l’Equipe de France. Au contraire, à ce propos il m’avait dit quelques instants plus tôt : La France est la meilleure équipe du monde, ce qui tombe un peu sous le sens à présent mais bon…on ne va pas en plus demander à Jean-Pierre Jean d’être medium. De même, il ne parlait pas non plus du Ballon d'Or.
 
(RAPPEL 1 :un rapide retour sur chroniques permettra aux lecteurs non-fans de Jean-Pierre Jean de constater qu’il ne disait pas du tout la même chose de la France il y a encore quelques mois)
 
(RAPPEL 2 : d’un point de vue strictement comptable je dois préciser qu’en réalité la meilleure équipe du monde est l’Italie – il semble que d’aucuns en France l’aient oublié)
 
Non, donc. Jean-Pierre Jean ne parlait pas du tout de football. Il parlait de mes cheveux. Sa seconde préoccupation dans la vie. En effet,contrairement à une idée reçue assez largement véhiculée par Le Golb, sélectionneur de l’Equipe de France n’est que le second métier de Jean-Pierre Jean. Son premier job, c’est coiffeur, même si c’est vrai que j’ai beaucoup aidé à ce que tous les lecteurs oublient que Jean-Pierre Jean était coiffeur. Donc là, pour la première fois depuis l’ouverture du Golb ou presque, Jean-Pierre Jean a parlé de mes cheveux. Un évènement qui méritait une chronique, non ?
 
Je ne tiens pas à revenir, par pudeur, sur mes problèmes capillaires (je vous renvoie à la chronique numéro 1 – la meilleure ? – au cas vous auriez oublié de quoi il retourne) En revanche je dois bien avouer que depuis des années que je le fréquente, Jean-Pierre Jean n’a jamais été foutu de les résoudre. Objectivement, s’il est une pointure en matière de foot, Jean-Pierre Jean est assurément le coiffeur le plus naze de tous les temps (vous me direz : il suffit de voir sa coiffure à lui, certes). Ce n’est d’ailleurs que par amour pour le ballon rond que je vais chez lui (par radinerie, aussi). Il est évident, que dis-je : IRREFUTABLE que Jean-Pierre Jean se défend beaucoup mieux en matière de dribbles qu’en ce qui concerne les balayages. D’ailleurs, sans vouloir choquer ses fans (que je sais nombreux), force est d’admettre que si Jean-Pierre Jean peut se montrer un fin analyste footballistique il est incapable de réussir une coupe droite – y compris sur moi. Jean-Pierre Jean est tout simplement à la coiffure ce que Frédéric Déhu est au football (je sais, je vais loin dans la subversion), à savoir pour les non-initiés : un gentil croquenot. Un modeste artisan, professionnel bien sûr, mais loin, très loin des portes de la Sélection.
 
 
Or donc, ce jour là, Jean-Pierre Jean s’est souvenu que son métier n’était pas consultant sur Foot + mais bel et bien coiffeur. S’il en a ressenti une quelconque déconvenue, il n’en a rien laissé paraître. Moi par contre j’ai ressenti une sacrée déconvenue…lorsqu’il a voulu me conseiller pour mon look. Jean-Pierre est adorable, n’empêche que c’est quand même un mec qui met les mêmes chemises à petits carreaux que le boucher d’en face, porte des lunettes démodées depuis vingt ans minimum, des pantalons en velours (démodés depuis trente ans), des mocassins en cuir marron (démodés depuis la guerre), une petite cravate rouge toute fine (démodée depuis la guerre d’avant) et des bretelles assorties (jamais à la mode jusqu’alors – Zidane nous garde). Bref devoir subir un relooking par Jean-Pierre Jean ça fout encore plus les boules que de prendre des cours d’élocution avec Fogiel…ou des cours de foot avec un joueur du F.C. Sochaux-Montbéliard…
 
(ne rigolez pas : non seulement cette équipe existe mais en plus elle joue les premiers rôles dans le Championnat de France)
 
(ouais, c’est quand même moins glamour que Madame Thierry Henry)
 
(non bah ne vous mettez pas à chialer non plus)
 
Du coup, sans pour autant me mettre en colère, j’ai fait comprendre à Jean-Pierre Jean que je n’avais pas vraiment besoin de ses conseils. Puis je suis rentré chez moi.
 
 
 
 
Le lendemain, alors que j’essayais de me coiffer (je ne me coiffe plus depuis longtemps, me contentant d’essayer – c’est déjà beaucoup ; de vagues tentatives assez vaines dans l’ensemble), je me suis rendu compte que Jean-Pierre Jean n’avait pas tort. C’est vrai que mes cheveux, c’est une horreur, une catastrophe…ça ne pouvait plus durer. Oui, mon coiffeur avait raison. Par contre je lui en voulais à mort d’avoir eu raison et de m’avoir donné un fort judicieux conseil. Cela peut sembler illogique, je sais. Mais je me suis souvent rendu compte par le passé que c’est en fait à ça qu’on reconnaît les vrais amis : ils vous donnent des conseils qui vous font chier, vous disent des vérités que vous ne voulez pas entendre, et du coup vous leur en voulez à mort. L’ingratitude est le fondement même de l’amitié – c’est bien pourquoi je n’ai pas d’amis.
 
Par exemple : mon pote Ludo, coiffeur lui aussi, ne m’aurait JAMAIS dit ce que Jean-Pierre Jean a osé me dire. Lui, il aurait été plus diplomate – qui a dit plus faux-cul ?????!!!!!!!
 
Non, décidément…me mettre ainsi devant l’horreur de mon système pileux…fichtre, je me demande comment il a pu se le permettre. Je crois que j’ai passé la ligne rouge avec Jean-Pierre Jean. On est devenu trop proche pour qu’il continue à m’être un bon coiffeur.
 
(vous avez bien sûr le droit de considérer que je n’ai rien de plus important à penser puisque c’est la vérité !)
 
Tout à fait. Bien sûr. A l’évidence…
 
…plus j’y pensais plus ça paraissait évident : il me fallait prendre mes distances avec Jean-Pierre Jean, pour notre bien à tous les deux. C’était le seul moyen de préserver notre amitié – puisqu’en terme de coiffure il n’y avait jamais rien eu grand chose à sauver.
 
 
Hasard ou coïncidence, qu’importe, je suis tombé le surlendemain sur…mon pote Ludo. Mon pote coiffeur. Dans la rue. A deux pas de chez Jean-Pierre Jean ! si ça c’est pas du signe, je ne sais pas ce qu’il vous faut. Nous avons commencé à discuter Ludo et moi. Ce fut un magnifique dialogue de sourds, un monument de nullité Néant-dertalienne. Après coup je me suis même sérieusement demandé si J-P.J. n’était pas plus mon pote que Ludo, que je fréquente pourtant depuis le lycée.
 
Enfin…ça ne m’a pas semblé très grave sur le coup : au contraire notre amitié capillaire n’en serait que plus forte au moment de passer à l’acte. Car oui, autant être franc avec vous : à ce moment là j’avais déjà décidé de tromper Jean-Pierre Jean.
 
Oh ! je sais ce que vous pensez. Vous me trouvez ignoble et sans cœur, égoïste et qui plus est incohérent – car tromper son coiffeur c’est comme tromper sa femme : ça ne se décide pas comme ça du jour au lendemain. Je m’en fous, j’assume. Jean-Pierre Jean ne me procurant plus ce dont j’avais besoin, j’ai voulu changer. Pour voir. J’ai décidé de faire souffrir Jean-Pierre Jean pour être belle. Tout à fait. Et je n’en rougis même pas. Bien au contraire. J’ai passé un très agréable moment entre les mains expertes de Ludo. Un authentique coiffeur.
 
En effet, Ludo se fringue fashion, il ne se fait jamais appeler par son prénom complet et il homosexuel. Il correspond donc beaucoup plus que Jean-Pierre Jean à l’image d’Épinal du coiffeur. Ce qui m’a rassuré. Et vous savez à quoi ça tient ? à pas grand chose : à un mot. VISAGISTE. Ludo est COIFFEUR-VISAGISTE, et croyez-moi ça n’a rien à voir avec le simple coiffeur comme Jean-Pierre Jean. Le coiffeur-visagiste, c’est un créatif, un artiste. Il ne se contente pas d’appréhender votre cuir chevelu : il entreprend carrément votre visage dans son intégralité (d’où son nom). Le coiffeur-visagiste est un virtuose, quand le simple coiffeur est un banal artisan coupeur de cheveux.
 
Ludo, il maîtrise son sujet. Ludo, contrairement à Jean-Pierre, sait ce que sont les préliminaires. Il vous masse délicatement le crâne, vous humidifie progressivement...vous ronronnez de plaisir, oh bien sûr, il ne vous parle d’amour (pardon : de football), oh bien sûr, c’est un rapport purement capillaire…
 
Mais avec Ludo, je me suis enfin senti chevelu. Je me suis senti vivant du cheveu, pour la première fois depuis des années. J’ai vibré jusqu’au plus profond de mon système pileux. Il a su le flatter, il a su se montrer attentif, il a su le préserver…
 
 
Oui, j’ai été infidèle à Jean-Pierre Jean.
 
 
Ca m’a coûté une fortune pour ressortir avec un demi centimètre de cheveux ressuscitant d’un coup ma Monsieurpatattitude, mais il fallait que je le fasse.
 
 
Finalement, je trouve cette histoire est très morale : il ne faut jamais faire une perruque dans le dos de son coiffeur. A cause de moi Jean-Pierre Jean porte les cornes, et Zidane m’a puni en m’affublant d’une coiffure ridicule qui sera à n’en pas douter ma lettre pourpre à moi.
 
 
 
 
Mardi 28 novembre 2006
Odelay (Beck, USA, 1996)
 
 
C’est l’histoire d’un monsieur très rigolo qui est arrivé au début des années 90. Il avait un nom bizarre : Beck. Un nom à la con, vraiment, qui se prêtait à tous les jeux de mots les plus éculés. Mais comme sa musique était aussi pour le moins bizarre, ça passait comme une lettre à la poste. En plus, il chantait que MTV lui donnait envie de fumer du crack et qu’il était un looser…il y avait donc peu de chances que qui que ce soit ait eu envie de le prendre au sérieux.
 
 
En juin 1996, Beck a déjà quatre années de carrière derrière lui (premier maxi en 92). Il a surtout pas moins de trois albums à son actif, tous sortis entre 1994 et 1995. Par respect, voir même par pudeur pour tous les Trent Reznor du monde, on évitera de préciser combien il a sorti d’EPs durant ce laps de temps, parce qu’il y aurait de quoi dégoûter à vie tous les artistes qui mettent cinq ans à écrire un album quand Beck, lui, vous en torche un en dix minutes. Certes, il a depuis ralenti la (dé)cadence, et parvient même, parfois, à ne plus sortir de disque pendant un an – mais c’est uniquement  après un très long travail sur lui-même exécuté avec l’aide d’un excellent psychiatre.
 
Au moment qui nous intéresse, le 18 juin 1996, notre lutin est encore en pleine période de créativite aigue. Cela finira par lui faire du tort, évidemment : on ne peut pas éternel sortir trois disques par an sans se viander. Il n’empêche que du maxi MTV makes me wanna smoke crack à l’album Mutations inclus, soit donc durant six ans, Beck ne commettra quasiment pas de faux pas. Mieux : il est à ce jour le seul songwriter de tous les temps (même en content les Dylan et compagnie) à avoir publié cinq chefs d’œuvre consécutifs – ses cinq premiers albums.
 
 
Odelay est le dernier as du premier carré, mais je ne sais pas si c’est le meilleur. Il y a à peu près autant de meilleurs albums de Beck que de fans de Beck, ce qui n’est pas peu dire ! C’est en tout cas mon préféré, sans doute parce qu’il me semble un poil plus cohérent que les précédents. Bon, que ceux qui connaissent Beck Hansen ne s’affolent pas : quand je dis « cohérent », c’est très relatif. Avec lui, rien n’est cohérent très longtemps. On pourrait même considérer un disque s’ouvrant sur la tornade décadente « Devil’s haircut » et se refermant sur le blues contemplatif « Ramshackle » comme totalement incohérent, hétéroclite et indigeste.
 
Sauf que non. Car si la devise officielle de Beck demeure le fameux « Expect the unexpected », sa devine officieuse doit être (je suppose) « Make the indigestible digestible ». Devise que l’artiste s’applique à mettre en pratique durant les quelques cinquante minutes de cet album – tout simplement l’un des plus important des années 90. De ceux qui définissent le son des années à venir avant tous les autres.
 
 
D’une certaine manière, je suis le premier surpris qu’il s’agisse de mon Beck préféré, dans la mesure où Odelay représente l’inverse de tout ce que j’écoutais à l’époque de sa sortie. Mais cet album défie toutes les règles. C’est une œuvre démente signée d’un artiste qui ne l’est pas moins, ce qui explique sans doute que je sois tombé en adoration totale devant un objet où ça samplait à tout va alors même que je développais à l’époque, en même temps qu’un chouia d’acné, une allergie aux samples de plus en plus en préoccupante. A ma décharge, il faut dire aussi que bon…seuls les pros de chez pros peuvent reconnaître quel titre Beck a recyclé à tel endroit. Il y a minimum un sample par chanson (plus sur certaines), mais ça reste relativement discret – ou plutôt remarquablement digéré (on y revient, à la digestion). Pas de risque d’overdose ou de mauvais transit intestinal quand vous reconnaîtrez « It’s all over now, Baby Blue » du Zim sur « Jack-ass »…parce que, tout simplement, vous ne le reconnaîtrez pas. D’ailleurs, vous n’en reconnaîtrez aucun sans regarder les notes On peut même parier ! je vous propose un jeu très simple : téléchargez le disque, et sans tricher, dites-moi à l’oreille quel titre sample James Brown. J’embrasse les gagnants avec la langue.
 
 
Bref ! au cas où je n’aurais pas encore été assez clair, Odelay ne ressemble à rien de connu. Même pas aux autres de disques de Beck (ni ceux d’avant, ni ceux d’après)…c’est d’ailleurs peut-être le moins représentatif de son œuvre dans le son – en revanche dans l’esprit on ne peut pas trouver mieux puisque l’esprit de cette œuvre est simple : faire ce qu’on veut quand on veut comme on le veut. Punk, Beck ? à écouter « Minus », petite déflagration en fin de disque, on pourrait presque le croire. Mais retiré de son contexte, ce titre pourrait être très trompeur. Ecoutez plutôt dans la foulée l’intro blues déglingo de « Hotwax » sur laquelle Beck vient rapper (dans la droite lignée de son premier disque, Mellow Gold), le géniale « Lord only knows » (dont le beuglement introductif a longtemps été mon répondeur ! je peux vous dire que personne ne s’emmerdait à me laisser un message), le groove furieux de « The New Pollution » (sans aucun doute mon morceau préféré de l’album), l’ambiance zarbi de « Derelict », la folie furieuse de « Novocane » (deux titres en un)…et je ne suis arrivé qu’à la piste 6, là !
 
Je ne vous ai encore parlé ni de l’intro psyché de « Where it’s at », qui débouche sur un rap-funky délirant, ni de « Sissyneck », ni de « Rock the Catskills » (idéal pour réveiller une soirée ratée)…mais c’est suffisant, j’espère, pour que vous ayez compris que sur Odelay, il n’y a pas deux morceaux pareils. C’est un édifice à peine croyable, qui ne tient que grâce à la densité du son concocté par les Dust Brothers (rétrospectivement on se rendra d’ailleurs compte que c’est LE problème de Beck : quand il n’a pas un ou des producteurs géniaux pour l’encadrer, ça part dans tous les sens).
 
Ecoutez cet album, je vous le demande gentiment. Il est probable que vous ayez à un moment ou un autre l’impression de l’avoir déjà entendu. Dans ce cas, ne criez pas victoire : ce n’est pas que vous avez reconnu les samples. C’est juste qu’il a tellement été imité ces dix dernières années qu’il en est devenu presque banal. C’est le lot de tous les grands disques, et celui-ci en est un : à sa sortie, tout ce que la scène indie US comptait de raclures s’est mis à faire du Odelay à toutes les sauces en se répandant à longueur d’interviews sur le mode « C’est lo / fi, maaaaaaaaaaaaan »
 
Bah ouais, bien sûr. La vérité, c’est que ces pauvres mecs essayaient depuis des années de faire du Pavement mais que Pavement c’était encore un peu trop complexe pour eux. Alors que sampler, sur le papier, c’est super facile.
 
Bien sampler, c’est une autre affaire.
 
 
La morale de l’histoire, c’est que de toute façon ces loosers (les vrais) ont tous été balayés, débordés à ma droite par le neo-metal puis à ma gauche par le revival rock n’roll. Beck, lui, est toujours là. Il a eu l’intelligence de faire autre chose après, de ne plus jamais réessayer de sonner comme sur cet album, sachant pertinemment qu’il s’y casserait les dents tant Odelay est intouchable.
 
Du coup, il est parti visiter d’autres planètes musicales, et il continue, encore et encore.
 
A ce jour, le seul genre musical qu’il n’ait pas encore abordé est la world-music, mais ça ne saurait tarder. Mais de même qu’il a publié successivement le meilleur disque folk de son temps, puis le meilleur disque electro de son temps, puis le meilleur disque pop de son temps, puis le meilleur disque funk de son temps, puis le meilleur disque de rupture de son temps…
 
…de même il est fort probable qu’il publie prochainement le meilleur album de world-music de son temps. Ou de classique, allez savoir ? après tout, il l’avait bien, qu’il fallait attendre l’inattendu.
 
 
Trois autres disques pour découvrir Beck :
 
One foot in the grave (1994)
Mutations(1998)
See change (2002)
 
 
VOIR AUSSI LA CHRONIQUE DE  SYSTOOL
Lundi 27 novembre 2006
Son frère (Philippe Besson, France, 2001)
 
 
C’est un petit livre, tout petit et tout fin.
 
A la première page, on apprend que Thomas est malade et condamné. Il va mourir. Son frère, Lucas, n’a pas eu le temps de se faire à cette idée qu’il se voit déjà supplié de « l’accompagner ». Alors il s’atèle à cette tache, et il nous la raconte.
 
A la dernière page, le lecteur pleure.
 
 
Il n’est pas vraiment besoin d’en dire plus. De même qu’il n’était pas besoin d’en écrire plus. Ces cent cinquante et une pages suffiront amplement à vous retourner dans tous les sens. Je serais même prêt à parier que la force même du livre vient de sa construction : court mais dense. L’essentiel y est, et le reste, c’est à nous de l’ajouter…un peu comme un livre qui resterait encore à faire…un livre où il n’y aurait quasiment aucun personnage et dont le décor ne serait qu’une toile, fantomatique, optionnelle…ça se passe à l’Ile de Ré mais ça pourrait se passer sur la Lune : les descriptions, les éléments extérieurs à Thomas et Lucas, tout jusqu’au plus petit connecteur semble s’effacer de lui-même pour laisser la place à la douleur, rien qu’à la douleur. Les mots même semblent endeuillés : simples, pudiques. L’écriture est  sobre, presqu’instinctive…
 
Et Lucas s’emporte, s’emballe, dérive, effleure la poésie, se noie dans l’émotion ou dans ses souvenirs. Parfois, une rancœur trop longtemps enfouie remonte brutalement, s’étale soudain pour mieux s’estomper au fur et à mesure qu’il revient au présent : Thomas va mourir. D’une certaine manière il est déjà mort.
 
 
…non, décidément, il n’était pas besoin d’en écrire plus.
 
 
le genre : élégie
la note : 5,25 / 6
 
 
 
par thomthom publié dans : Lectures
Lundi 27 novembre 2006
Johnny Cash At San Quentin (Johnny Cash, USA, 1969)
 
 
Vous êtes bien en 2006 et la litanie Johnny Cash continue.
 
Après le film nul (et sa BO pas bien meilleure), la réédition du superbe coffret Cash Unearthed, celles de 18 compilations (plus au moins deux nouvelles) et la publication de l’ultime-dernier-album-jusqu’au-prochain au printemps dernier, les pilleurs de tombes continuent leur travail de sape. Lentement mais sûrement. Un pilleur de tombes, ce n’est jamais fatigué. C’a l’éternité devant lui.
 
 
Régulièrement oublié au profit d’ At Folsom Prison, le concert de Cash à la prison de San Quentin (février 1969) reste tout de même l’un des moments les plus importants de sa carrière. De manière symbolique tout d’abord : il marque la fin d’une époque. C’est le premier disque de l’Homme en Noir sans son alter ego guitariste Luther Perkins (décédé quelques mois plus tôt) qui l’accompagnait depuis ses tous débuts (soit près de quatorze ans). C’est également son dernier disque "officiel" des années 60 et c’est surtout le dernier à être pleinement réussi avant très, très, très longtemps.
 
Au-delà de cette dimension l’ayant fatalement rendu mythique, At San Quentin fait également parti de ses tous meilleurs enregistrements – et contrairement à une idée reçue curieuse il ne fait pas du tout doublette avec At Folsom Prison : ses neuf titres ne sont absolument pas les mêmes que sur l’autre grand classique de Johnny Cash. Pas question, donc, de choisir : les fans doivent les avoir tous les deux. Ils se complètent. Ils ont même été envisagés comme tels.
 
 
At Folsom Prison était noir. At San Quentin est violent. Primitif, sauvage…Carbonisé par la dope, Cash arrive, il salue un auditoire en délire, et balance ses neuf chansons à toute allure avant de se casser. Ni plus, ni moins.
 
Trois quarts d’heure plus tard, il aura joué deux fois de suite « San Quentin » (personne n’a jamais réussi à savoir si c’était volontaire ou bien s’il était trop défoncé pour s’en rendre compte), éructé « I walk the line », pulvérisé le « Darlin’Companion » de Lovin’ Spoonfull (où l’on se rend compte que Johnny Cash n’aura pas attendu les années 90 pour adorer les reprises), craché « Wanted Man » et livré une version apocalyptique de « A boy named Sue ». En guise de final, il aura transfiguré le classique « Peace in the Valley » et laissé le public chaos. Neuf titres de rien du tout qu’il balance à fond les manettes, gorgés d’une haine incroyable à faire passer Slayer pour Kyo. At San Quentin est assurément l’un des disques les plus violents de tous les temps. Sinon dans la musique, du moins dans l'impression qui s'en dégage et dans les émotions qui en jaillissent. La tension est palpable, l’atmosphère poisseuse…on y croit à peine…autant vous dire que des countrymen faisant preuve d’une telle fureur, ça ne court pas les rues (pauvre Garth Brooks).
 
 
Théoriquement, l’histoire aurait dû s’arrêter là. Juste après les hurlements des prisonniers au terme de « A boy named Sue ». En quelques titres, Cash avait retourné le public et signé l’un des plus grands lives de tous les temps. Rien à dire de plus.
 
Saut que non ! les pilleurs de tombes n’ont pas lâché l’affaire.
 
(les pilleurs de tombes ne lâchent JAMAIS l’affaire)
 
2000 : Cash commence à revenir à la mode. On réédite ses deux albums lives mythiques, dans des versions intitulées The Complete Concert. Soit. Pourquoi pas ? ils étaient indisponibles depuis des lustres après tout…
 
2006 : rebelote. Version coffret triple cd / dvd…ouille…
 
Le dvd, pour commencer…eh bien ce dvd est…euh…inutile. C’est tellement du vol que j’ai presque honte pour le pauvre Johnny Cash, qui là où il est n’a assurément rien demandé à personne.
 
Les versions cds sont plus intéressantes. Pas beaucoup plus utiles, puisque finalement c’est presque exactement la même chose que sur l’édition 2000…oui ok, je sais : je viens de vous donner la définition d’une réédition. D’accord, allez-y, marrez-vous. Ceux qui connaissent l’édition originale comprennent ce que je veux dire : cette nouvelle sortie propose l’intégralité du concert de Cash – soit donc pas grand chose de plus que ce qu’on connaissait déjà…sauf que les mecs se sont sentis obligés de rajouter « Folsom Prison Blues », « Long Black Veil » et « Give my love to Rose », saccageant l’idée initiale de l’artiste qui avait justement voulu publier un disque où il s’écartait des sentiers battus de son répertoire. J’en connais un qui aurait mieux fait de se péter une jambe ce jour là.
 
(les génies devraient TOUJOURS penser qu’un jour ils vont mourir et que leur progéniture va se faire des roubignoles en or sur leur dos, moi j’vous l’dis)
 
Mega bonus : les prestations des autres. Quels autres ? ceux qui ont participé à la tournée 1968 / 69 avec Johnny Cash. Ils n'ont aucune légitimité pour figurer sur ce disque, mais fallait bien trouver un truc un peu attractif...Et là, autant vous dire que si on prend beaucoup de plaisir à entendre Carl Perkins, on se serait probablement tous passés des Statler Brothers…quand on pense qu’à côté de ça la moitié de la discographie du Man In Black demeure indisponible, ça fait mal au cœur.
 
 
Bref : souvent, les rééditions font honte aux éditions originales. C’est le cas de celle-ci. La première édition cd doit traîner à trois euros cinquante chez un disquaire d’occase près de chez vous. Jetez-vous dessus. Quant au coffret, téléchargez-le (en plus le livret est moche, vous ne perdez rien).
 
 
TELEXE : on m’informe que je suis le seul fan de Johnny Cash au monde à trouver cette sortie poussive…je suis super fier. La semaine prochaine, on va dire du mal du coffret Clash, ce qui nous permettra d’être teigneux tout en réussissant une jolie allitération.
 
 
le genre : country-rock
les notes :
 
L’original : 6 / 6
 
Le mega-giga-coffret « Legacy » : 2,5 / 6
 
 
 

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