Les notes du Golb

...
   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Samedi 23 décembre 2006
Pour Noël, je me suis offert un super cadeau : une chronique géniale. Je me suis aussi offert un pull et un gros coffret Buddy Holly, mais c’est vraiment la chronique qui me fait le plus plaisir.
 
Par contre, vous ne la lirez pas avant le 03 janvier au plus tôt. Désolé : je ne voudrais pas vous plomber avant Noël. De toute façon, si je la publiais aujourd’hui personne ne viendrait la lire, puisque vous êtes tous occupés à préparer les fêtes de Noël, comme si vous n’aviez que ça à foutre. Peut-être même que vous avez prévu de voir votre famille, de faire plaisir à vos gosses, voir pire : de manger de la bûche !
 
(je sais, je vais très loin, mais certaines pathologies n’ont pas de limites)
 
Bref, si je postais ma chronique géniale, ce serait un immense gâchis. Vous ne me contredirez pas. A plus forte raison si on considère le mal que j’ai en ce moment à écrire des chroniques de qualité (si, si, vous l’aviez noté)…peut-être n’en réécrirai-je pas une de ce niveau avant une éternité ! Vu sous cet angle, je trouve qu’il vaut mieux ménager mes effets. Rendez-vous donc le 03 janvier pour une chronique explosive, une de celles que vous aimez tant, drôle, méchante et qui balance…
 
(oh, j’en vois une qui salive, par là-bas !)
 
 
D’ici là, nous allons recauser des vérités fondamentales de l’univers, car ça fait bien longtemps que nous n’avons pas ajouté une pierre à notre Edifice De La Banalité Ordinairement Normale.
 
 
 
 
Vous n’êtes sans doute pas sans l’avoir remarqué : dans la vie, il n’y a que deux catégories de gens. Les-ceux qui adoooooooorent Noël, et les-ceux qui l’exècrent.
 
Il n’y a pas d’entre deux avec Noël.
 
Il n’y a pas de centristes de la Nativité.
 
Il n’y a que des violemment pour, et des farouchement contre.
 
Une fois que vous avez compris ça, vous avez quasiment tout compris. C’est le genre de point qui une fois assimilé permet de mieux appréhender l’univers. Curieusement, ce n’est pas quelque chose qu’on vous apprend durant vos études – enfin sauf si vous m’avez moi en guise de prof mais ne rêvez pas trop.
 
Il serait intéressant de comprendre pourquoi Noël déclenche tant l’enthousiasme le plus disproportionné (en quoi est-ce si excitant quatre illuminations pourries et un sapin qui perd ses épines ?) que la haine la plus décalée (en quoi est-ce un mal de vouloir donner du bonheur aux gens qu’on aime ?).
 
 
 
 
Afin de mieux nous rapprocher du cœur du problème, votre envoyé spécial en direct du monde merveilleux du Divin Enfant a tenté de mener une enquête d’investigation.
 
Pour ce faire, une règle simple : ne pas avoir d’avis. Ne pas avoir de sentiment autre qu’un légitime et séduisant esprit de contradiction. Il suffit de détester Noël avec ceux qui adorent, et d’adorer avec ceux qui détestent.
 
 
J’ai remarqué assez rapidement au cours de cette enquête que les gens adorant Noël le faisaient généralement de manière totalement irrationnelle et se montraient la plupart du temps incapables de répondre à la question (pourtant simple) : Pourquoi adorez-vous Noël ? Ce qui, d’une certaine manière, rejoint une chronique passée traitant du bonheur, incontrôlable, incompréhensible et le plus souvent d’un seul tenant. Noël provoque du bonheur chez certaines personne (et pas uniquement chez les enfants, contrairement à une idée reçue totalement fausse), ça ne s’explique pas. Le bonheur ne doit pas être explicable – sans quoi ce n’est qu’une joie banale.
 
 
Ceux qui détestent Noël se sont avérés beaucoup plus intéressants. Leurs motivations, notamment, sont toujours amusantes.
 
La personne la plus intelligente et la plus raisonnable peut tout à fait vous dire qu’elle déteste Noël parce qu’elle passe toujours des Noël pourris – ce qui n’est pas beaucoup plus rationnel que si elle adorait. On touche au domaine périlleux de l’autosuggestion : Je passe trois Noël pourris, donc tous mes Noël vont être pourris, donc je déteste Noël.
 
Ce à quoi on pourrait ajouter un quatrième point : Je passe trois Noël pourris, donc tous mes Noël vont être pourris, donc je déteste Noël, donc je passe des Noël pourris ; car c’est exactement comme ça que ça marche ! notre sujet finit par avoir un moral dans les chaussettes bien avant Noël (en général au moment des premières décorations et des premières vitrines, soit donc un bon mois avant puisque notre société de consommation est sur la pente descendante et qu’on finira bientôt par mettre des décorations de Noël mi-octobre). Et il est tellement déprimé par la simple idée que Noël arrive, qu’il finit par réellement provoquer le Noël de merde qu'il craignait tant.
 
Ces sujets-là, en général, finissent par passer leur Réveillon au local de S.O.S. Détresse Amitié.
 
 
Mais les anti-Noël sont nombreux et, de même que les anti-libéraux, ont des motivations extrêmement divergentes les empêchant de s’unir autour d’une cause noble et commune.
 
On pourrait évoquer le Traditionnel Connard de Noël, qui vient systématiquement, tous les ans avec la même énergie, saper le Noël de vos enfants en leur expliquant durant le repas de famille que c’est une fête commerciale. Ce en quoi il n’a pas fondamentalement tort, puisqu’on peut difficilement considérer qu’une fête où l’on achète plein de choses n’est pas une fête commerciale. Néanmoins c’est une fête commerciale antédiluvienne, peut-être même la première fête commerciale de tous les temps, la Reine des Fêtes Commerciales…ce n’est pas comme Halloween un truc qu’on est venu nous greffer sur le calendrier il y a cinq ans pour permettre à Coca Cola de vendre des boissons à la morte saison. Non, c’est une institution incontournable qui, pour une raison que j’ignore, ne se faisait pas du tout taxer de fête commerciale il y a dix ans. Je ne sais pas si vous vous rappelez, mais il y a dix ans, voir même moins, le Traditionnel Connard de Noël n’existait pas (ce qui sous-entendrait qu’il n’est pas si traditionnel que ça !). Non ! ce personnage aujourd’hui incontournable, figure emblématique des feuilletons pourris des fêtes de fin d’année, n’est apparu que lorsque que l’expression « ultralibéralisme » est entrée en vigueur. Un genre de gros beauf protestataire inconsciemment persuadé de transgresser un interdit – voir un tabou.
 
Qui au final se contente juste de faire chier tout le monde, mais bon : moi je ne juge pas, hein. On résiste à la société de consommation comme on peut.
 
 
Les anti-Noël les plus farouches demeurent cependant, et de loin, ceux qui le sont par snobisme. Ceux-là sont les plus redoutables, car comme ils détestent cette fête par volonté et non par conviction profonde, il est quasiment impossible de débattre avec eux. Leurs arguments sont surréalistes et ineptes, la plupart du temps gratuits, et parfois, même, ce sont les mêmes arguments que ceux des gens qui adorent Noël – mais à l’envers.
 
Ces anti-Noël détestent les sapins. Détestent les pères Noël. Les guirlandes, les boules, les cadeaux. Les chansons de Noël. Les bûches. La dinde. Le vert, le rouge, le houx, Tim Allen, les dates fourrées, les chaussettes de Noël. Les pochoirs, les traîneaux, la neige, les barbes blanches. Ils détestent les cartes de vœux, l’hiver, les illuminations, les feux de bois, le bolduc, les contes.
 
Accessoirement, ils détestent aussi sans le savoir leurs enfants. Et ils détestent encore plus l’enfant qu’ils ont été. Ils aimeraient bien passer Noël aux Caraïbes, loin des colifichets inhérents au concept Noël. Sans se douter bien sûr que même aux Caraïbes il y a des décorations de Noël le 25 décembre.
 
Les anti-Noël par choix de vie sont incurables. Dans quatre-vingt dix neuf pourcents des cas, ils sont malheureux. Pas à cause de Noël. Ils sont malheureux tout court, tout en étant bien sûr persuadés d’être heureux, ce qui les contraint à passer un Noël malheureux puisqu’en plus d’être opposés à Noël pour le principe, ils sont obligés de le fêter quand même. Ce qui les insupporte, même s’ils ne savent pas pourquoi. Pas grave : dans le fond, il ne savent pas non plus pourquoi ils détestent Noël.
 
A leur manière, ils sont un genre de minorité oppressée. Sauf que cette minorité là est tellement conne qu’on n'a pas envie qu’elle cesse d’être oppressée. Personnellement je n’ai jamais été en faveur du communautarisme, mais je pense sincèrement que les anti-Noël par snobisme, êtres obtus et irrécupérables, ne devraient avoir le droit de se marier qu’entre eux. Ils créeraient une nouvelle religion, et une nouvelle flopée d’enfants : les anti-Noël par éducation. Ils vivraient dans des villes-guettos où il n’y aurait pas de décorations au mois de décembre. Dans des maisons sans sapin, sans guirlandes, sans colifichets. Le soir du 24, ils dîneraient chichement, regarderaient ANS News *, leur chaîne spéciale où il n’y aurait pas ce soir d’émission spéciale Noël avec Laurent Ruquier (les veinards). Puis ils iraient se coucher. Ils feraient l’amour entre anti-Noël par snobisme. Ils s’endormiraient. Le lendemain matin, leurs enfants se lèveraient normalement. Ils ne chercheraient pas leurs cadeaux au pied du sapin qu’ils n’ont pas. Ils ne connaîtraient même pas le sens du mot Noël, ce qui du coup ne les rendraient même pas malheureux.
 
 
Ce serait un monde merveilleux, même s’il n’exclurait pas bien sûr les grandes tragédies humaines, comme ce touriste qui s’arrête dans leur patelin pour prendre un café et commet l’irréparable en disant (devant témoins) qu’il va acheter un Elmo-qui-rigole à sa fille pour Noël. Ce qui fait dire au petit bonhomme de cinq ans à côté :
 
« Papa, c’est quoi Noël ? »
 
…une question embarrassante. Le père se dit que bientôt on lui demandera comment faire les bébés, il soupire, il dit que Noël ce n’est rien, une légende. Du coup l’enfant demande ce que c’est qu’une légende (logique). Son père lui répond que c’est une chose dont tout le monde parle mais qui n’existe pas. Ce qui perturbe passablement le garçon :
 
« Alors le bonheur, c’est une légende, Papa ?
-          Dans notre ville, oui, mon fils. »
 
Le touriste égaré écarquille les yeux. Il prend peur. Il s’enfuit. Il remonte dans sa voiture.
 
 
Sur la banquette arrière, il y a deux poupées, un déguisement de fée, un pull rose pâle taille huit ans et un Elmo-qui-rigole.
 
 
 
 
C’est sur cette vision de cauchemar que je vous quitte, mes chers amis.
 
Le Golb ne ferme pas encore ses portes, mais ce sera en revanche la dernière chronique du dépressif pour 2006.
 
Je vous souhaite d’excellentes fêtes, que vous soyez Noëlomaniaques, anti-Noël par crainte irrationnelle, anti-Noël par snobisme, et tenez ! même si vous êtes de Traditionnels Connards de Noël.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
* (Anti-Noël par Snobisme News)
 
 
 
 
Vendredi 22 décembre 2006
Passage des miracles (Naguib Mahfouz, Egypte, 1947)
 
 
Le « Passage des miracles », c’est le petit quartier du Mortier, au Caire. Un coin un peu perdu et délaissé, au cœur duquel le narrateur vient cueillir une population hétéroclite et attachante en pleine seconde guerre mondiale. La marieuse, le cafetier homo, les gamins…
 
…la galerie de portraits est presque parfaite, vibrant d’une immense humanité, d’une simplicité touchante mais jamais manichéenne : chacun à ses travers, ses vices, ses secrets…
 
Et c’est toute une magie qui opère sans problème dans ce roman étonnamment moderne pour une œuvre publiée à la fin des années quarante, ce en dépit de l’absence manifeste de véritable histoire. Sous la plume de Naguib Mahfouz, il m’a souvent semblé que ces personnages, justement, n’en étaient pas : c’est à dire que contrairement à des personnages de roman lambdas, ils ne paraissent jamais prédestinés. Ils sont des genres d’électrons libres, donnant l’impression de suivre le cours de leur propre vie sans se soucier de l’intrigue ou de la narration. Ils sont là, ils existent, et c’est d’eux que naît la littérature – et non l’inverse comme dans quatre-vingt dix pourcents des romans "habituels".
 
 
Je ne sais pas si c’est parce que j’ai le nez dedans à cause des chats, mais j’ai beaucoup pensé à Hemingway durant cette lecture. Non pas tant dans l’atmosphère que dans cette manière de bâtir le récit autour des caractères plutôt qu’à partir des péripéties. Pourtant, personne à ma connaissance n’a jamais comparé Mahfouz à Hemingway. On préfère généralement à son sujet évoquer Zola ou plus généralement les naturalistes. Cela semble plus logique, moins fatigant aussi : à quoi bon chercher des références quand on en a qui sont toutes prêtes à l’emploi ? A partir des années vingt, on a encouragé la littérature arabe (et justement plus spécifiquement la littérature égyptienne) en la confrontant aux grand romanciers français du dix-neuvième. C’est connu. Et c’est ce qui a permis à tous les critiques fainéants des soixante dernières années de pratiquer leur sport favori : le raccourci intellectuel.
 
…et Naguib Mahfouz de devenir ad vitam aeternam le Zola arabe. Alors que non, pas du tout. Il y a dans ce roman il est vrai bizarrement européen (c’est d’ailleurs je crois le premier ou le second à avoir été traduit en français, au début des années soixante-dix) une liberté de ton qu’on ne trouve nulle part ailleurs, une insolence évidente (l’un des personnages principaux est tout de même le cafetier homo, une vraie folle éjectée dans un bouquin sorti en 1947 en Egypte ! il fallait oser), et plutôt qu’une provocation une sorte de franchise. Car si certains ont pu peindre le monde tel qu’ils le voyaient afin de fricoter avec la subversion, Mahfouz, plus humaniste qu’il y paraît au premier abord, ne l’a fait que dans une quête effrénée de vérité.
 
 
Du reste, « Passage des miracles » s’avère (évidemment, ai-je envie d’ajouter) inférieur à ce que l’auteur fera durant les décennies suivantes (je pense notamment à « Son Excellence » et surtout à « La Quête). Mais c’est tout de même un superbe roman.
 
 
le genre : doux-amer
la note : 5,25 / 6
 
 
 
par thomthom publié dans : Lectures
Jeudi 21 décembre 2006
Living with war (Neil Young, Canada, 2006)
 
 
La réédition deviendrait-elle un exercice trop étriqué pour nos amis les musiciens ?
 
Après le temps des rééditions normales, après le temps des fausses rééditions, celui des rééditions cd, SACD, coffret...etc, et plus récemment des rééditions remixées, Neil Young, comme toujours en avance sur son temps, nous propose un concept révolutionnaire : la réédition démixée.
 
C’est quoi une réédition démixée ? Eh bien une réédition démixée, c’est l’inverse d’une réédition remixée : vous enlevez le mix.
 
L’idée serait sans doute plus intéressante si Neil Young l'avait appliquée à un de ses classiques, ou bien à un album surproduit comme (par exemple) son Are you passionate ? de 2002. Mais oui mais non ! car Young l’a fait avec son dernier né, Living with war, publié il y a seulement six mois (et dont j’ai touché un mot à l’époque dans le premier Top 10). En soi c’est curieux. Ce qui l’est encore plus, c’est que Living with war, et c’est justement ce qui faisait son charme, sonnait déjà comme une collection de démos ! pouvait-il sonner plus démo encore ?
 
Force est de croire que oui, quand bien même cette révélation n’aura pas une influence vitale ni sur la carrière de Neil Young, ni sur la vie de ses fans.
 
 
Désormais sous-titré In the beginning et bénéficiant d'une pochette un poil plus travaillée qu'à l'origine (voir ICI - d'ailleurs je trouvais celle-ci moins pire que la nouvelle) , Living with war sonne encore plus cru et débridé que dans sa version originale…bon ok : même du Patrick Bruel démixé ça sonnerait plus cru, on est d’accord, la raison d’être du mix étant justemet que les titres sonnent moins bruts de décoffrage. N’empêche : là, l’expression crue prend toute sa forme. Bye bye les deux ou trois cuivres qui illustraient les morceaux, au revoir les chœurs…de ces quelques enluminures déjà discrètes ne restent que le feu, la poudre et les guitares stridentes d’un Loner parti en guerre contre Bush (comme tout le monde, certes, mais surtout mieux que tout le monde).
 
L’exemple le plus flagrant de la (trans)mutation des compos, c’est celui du titre éponyme, plutôt cool et délicat dans la version de mai dernier, qui ici n’est plus que guitares sursaturées et rythmique plombée…Neil Young qui vire metal ? pourquoi pas ? Après tout, il en déjà tâté à plusieurs reprises par le passé (notamment sur l’album Re-Ac-Tor au début des années 80).
 
Evidemment, ça reste globalement le même disque, et ceux qui ont déjà la première saillie n’ont nullement besoin de la seconde : normal, puisque ce sont les mêmes versions des mêmes chansons proposées avec un mix différent (enfin non : un nomix). L’auditeur a donc toujours droit au Young survolté et rageur qu’il croyait avoir perdu depuis des lustres. Un Young qui adresse des clins d’œil à Dylan (« Flags Of Freedom » en écho à « Chimes Of Freedom »), aux Stones (le furibard « The Restless Consumer »), à lui-même (« Shock & Awe », simili reprise de son « Hey Hey My My » d’antan)…le Young qui s’amuse à sampler (Neil Young qui sample, putain, merde, qui l’eut cru ???) George W. Bush au milieu du surpuissant « Let’s impeach the President », et chante l’espoir sur « Looking for a leader »…bref : un Neil Young que beaucoup croyaient perdu à force d’avoir passé trop d’années à jouer du banjo sur son rocking chair pour ses petits enfants.
 
Eh bien non ! il est là. Et bien là. Et, comme le rock n’roll, Neil Young is here to stay.
 
De fait, même sans la superbe reprise de « America The Beautiful » en guise de grand final, même démixé, remixé ou surmixé ou n’importe quoi, Living with war compile les neufs (ou dix selon les versions) meilleures chansons du Loner depuis Sleeps with angels, douze ans plus tôt.
 
 
le genre : rock
la note : 6 / 6
 
 
 
Mercredi 20 décembre 2006
The King’s General (Daphné Du Maurier, Angleterre, 1945)
 
 
Années 1650 : Honor, jeune aristocrate provinciale, rencontre Richard, le général du roi du titre. Elle est entière, impertinente, parfois très dure – mais très très tendre à l’intérieur. Il est drôle, acerbe, facétieux, brillant – et très dur à l’intérieur. Tous les ingrédients sont réunis pour que l’histoire soit une catastrophe, ce qui bien entendu ne va pas manquer…
 
 
« The King’s General » est généralement considéré comme étant « à part » du reste de l’œuvre de son auteure…on peut difficilement le nier : les points communs entre ce roman et les autres sont ténus et tiennent principalement dans l’écriture d’une Daphné Du Maurier qui ne peut qu’épater par son éclectisme et, surtout, son aisance dans tous les domaines. On ne sera d’ailleurs pas spécialement étonné d’apprendre qu’il s’agit là du résultat de presque une décennie de travail, LE grand roman que l’auteure de « Rebecca » a toujours souhaité d’écrire. Et il est de fait indéniable qu’on y retrouve un richesse étonnante, une immense complexité, tant dans l’étude de mœurs que dans la diversité des thématiques abordées : passion, violence, fidélité, infirmité de Honor, orgueil (et préjugés)…peu d’histoire, malgré l’aspect extérieur d’un roman historique, mais ce n’est pas vraiment le propos…d’autant moins, en fait, que le postulat de base (à savoir le caractère même de l’héroïne) n’est pas crédible une seconde : il faudrait être timbré ou fort mal renseigné pour croire une seule seconde qu’il ait pu exister des femmes aussi libres et indépendantes (à tout point de vue) que celle-ci dans l’Angleterre du dix-septième siècle – époque à laquelle les seules femmes à peu près libres de leur pensée ou de leurs mouvements étaient les veuves (et encore à conditions qu’elles n’aient pas un père ou un oncle pour les ramener à leur condition de pot de fleur). Pourtant, cet élément, qui aurait dû être la grande faiblesse du récit, en est au contraire la force : à travers ce portrait d’une femme vivant quatre cent ans plus tôt (rien que ça), Daphné Du Maurier renvoie un écho violent aux préoccupations des femmes de son époque à elle – ce qui demeure l’essence même du roman historique. De fait, la réussite est presque totale si l’on accepte d’oublier que l’intrigue est un peu lente à l’allumage (je vous assure qu’on accepte sans rechigner !). D’autant que l’auteure parvient à écrire :
 
…une histoire se passant au dix-septième sans jamais tomber dans le cliché (tentation de la plupart des gros malins qui s’attèlent)…
 
…une histoire de passion sans jamais tomber dans le larmoyant (tentation de la plupart des gros malins qui s’y attèlent).
 
…une histoire dont l’héroïne est infirme sans jamais tomber dans le pathos grotesque (tentation de…enfin vous avez compris, je pense).
 
 
le genre : il y a de l’amour, un peu de guerre, une belle héroïne…c’est un genre que j’aime bien !
la note : 5 / 6
 
 
 
par thomthom publié dans : Lectures
Mercredi 20 décembre 2006
En me promenant chez vous (ainsi que chez quelques autres chez qui je me promène sans le dire car je ne les aime pas – on a les petites vengeances qu’on peut), j’ai remarqué un fait de société honteusement passé sous silence : vous êtes de plus en plus nombreux à entrer dans la secte des bloggers qui mettent leur tronche en première page.
 
Je trouve ça assez rigolo, parce qu’au tout début des blogs, à une époque où le Golb (qui symbolise la phase ultime de dégénérescence de ce concept) n’existait point, l’anonymat était un genre de règle de base. Or, aujourd’hui, les bloggers ont des prénoms, des noms de famille et même des visages…C’est vrai que c’est somme toute plutôt courageux d’assumer ce qu’on raconte (à condition de raconter des choses intéressantes, ce qui est votre cas, ne vous leurrez pas : si vous étiez con et inintéressants vous ne seriez pas en lien chez moi…non parce que le lien sur le Golb n’est ni poli ni charitable, c’est un acte profondément humain et réfléchi contrairement à d’autres blog où on linke et délinke à tout va - des noms ?)…mais je trouve ça un peu curieux. D’ailleurs j’aimerais bien savoir pourquoi, vous qui êtes des potes, vous mettez (ou pas) vos tronches…oui parce que bon, entre nous, je ne voudrais pas vous manquer de respect mais ce qui m’intéresse personnellement c’est plus ce que vous racontez que la tête que vous faites quand vous le racontez.
 
(attention, ce que je dis là vaut pour tous SAUF pour Zaphod, qui lui ne raconte Rien et me semble avoir la gueule parfaite de l’emploi)
 
En effet, je m’interroge : ne pensez-vous pas que mettre votre tête sur votre blog puisse agir comme une diversion sur l’inconscient du lecteur ? Remarquez, si vous en doutiez je viens de vous foutre dedans parce qu’après avoir lu cet article vos visiteurs vont s’attarder encore plus longuement qu’à l’accoutumée sur vos fossettes et votre nouvelle coiffure.
 
 
Bien évidemment, vous faites ce que vous voulez – et c’est heureux. Cependant, permettez que j’en profite pour vous dire que toutes celles (puisque c’est un phénomène bizarrement plutôt féminin – mais la blogosphère en soi est à 80 % féminine, certes) qui mettent leur tête en profilmachinbidule sur le blog bousillent totalement tous mes fantasmes.
 
Car oui, quand j’ignore vos visages, je vous imagine toutes très belles. Ne sursautez pas : quitte à imaginer les gens, autant les imaginer beaux non ? Si vous disais que je vous imaginais comme des laiderons ça vous plairait pas ? soyez franches, les filles ?
 
(ok : vous avez aussi le droit de dire que vous vous en foutez, mais sachez que c’est pas sympa de me niquer ma chronique et que ça se paiera)
 
En plus je trouve super marrant d’imaginer les têtes des gens, ce qui ne vaut pas uniquement pour vous, les filles, mais aussi pour vous, les mecs. Depuis trois jours, j’ai transformé dans mon imaginaire mxmm en Denzel Washington, par exemple. Je sais, c’est très con. Mais ce n’est pas pire que Chtif, dont j’ai fini, au fil du temps, par littéralement le fusionner avec le mec en haut à droite de sa page. Pourtant je sais pertinemment que ce mec n’est pas Chtif, puisque c’est Keith Moon. N’empêche : quand je pense à Chtif le soir avant de m’endormir (ce qui m’arrive souvent, mais moins souvent que de penser à Zaph, tout de même) je vois Keith Moon. Ce qui est fort flatteur si on considère que j’ai toujours considéré le batteur des Who comme un homme d’une classe folle.
 
Parce que oui, finalement, ceux qui ne mettent pas leur photo ont littéralement le visage de leur blog. Ce me semble une image ravissante (enfin pour un peu qu’on ait un blog réussi, cela va sans dire). Mis à part Chimère, parce que Chimère ça fait bien longtemps que je l’imagine comme ceci :
 
 
 
(allez comprendre)
 
…les autres, je suis influencé par vos blogs respectifs quand je vous imagine. Ca ne signifie pas que je pense que Clara ressemble à la photo à gauche de sa page, bien sûr. Quoique. J'aime bien cette idée ! Et là d’ailleurs je dois briser quelques fantasmes : en fait c’est Marilyn (la photo, pas Clara…enfin peut-être d’ailleurs, je ne sais pas) ; mais je suis sûr qu’en fouillant on trouverait assez facilement des gens pour avoir sérieusement pensé au moins une fois que cette petite photo représentait vraiment Clara.
 
(hihi, je suis un peu faux cul, parce que bien évidemment je connais déjà des gens qui l’ont pensé, vous vous doutez bien que je n’avance pas des trucs pareils à la légère)
 
D’ailleurs justement, les self-portraits de Clara, je les trouve en soi nettement plus intéressants qu’une banale photo. Je ne sais pas pourquoi…disons qu’au moins, ça, ça ne gâche pas le fantasme. De même que Doune est une jolie petite bonne femme dessinée…bon ok, j’en conviens, ce genre de truc demande tout de même un minimum de compétences techniques. Mais voyez Gaelle, de dos pour l’éternité…ça ne requiert tout de même pas un savoir faire délirant ! Et ça marche ! Je citerai aussi Killroy…je ne sais pas trop pourquoi il regarde ses pieds en permanence, par contre…ou yue-yin ! qui a trouvé une idée géniale : se coincer la tête dans un photocopieur en même temps qu’un bouquin (de chez 10/18 j’imagine), et afficher le résultat !
 
Vous voyez : il y a plein de bonnes idées pour stimuler l’imaginaire du lecteur ! Plein de manières d'être là sans y être, et donc sans sacrifier à la sacro-sainte photo...
 
En la matière, la palme (d'or) revient à l’ami eeguab, qui a quand même réussi à me persuader qu’il avait la classe, la noblesse et l’allure de Bogart – être humain pour qui les mots mêmes de classe, noblesse et allure ont été inventés. Chapeau bas, camarade !
 
 
 
 
Oui, très franchement, les blogs sans photos ou avec des images stimulant l’imaginaire me plaisent beaucoup. Ils posent plein de questions qui resteront à jamais sans réponses et qui en plus n’intéressent que moi.
 
Par exemple :
 
Etienne est-il vraiment brun ?
 
Florinette ressemble t’elle vraiment à Camille Laurens ?
 
(bah oui, c’était la photo qu’elle venait de mettre la première fois que je suis passé chez elle, et hop : assimilation immédiate)
 
(le même procédé mental curieux a par ailleurs condamné Oliv. à s’habiller en Soldat Rose jusqu’à la fin de ses jours ; on peut raisonnablement considérer qu’il a eu beaucoup moins de chance que Florinette)
 
Est-ce le dos de May qu’on peut voir sur sa page ?
 
(bon, ça je sais bien que non, c’est dommage d’ailleurs)
 
Lhisbei ôtera t’elle un jour son espèce de turban ?
 
Sys est-il si moche que ça, pour écrire avec un nom de site aussi repoussant que « Le Gueusif » ?
 
Alex a t’elle vraiment le port altier ?
 
Cara a t’il des cheveux gris et des lunettes ?
 
Anne-Sophie est-elle aussi organisée que son blog ?
 
Loupiote ressemble t’elle vraiment à une libellule ?!
 
(oui, je l’imagine comme ça, ne me demandez pas pourquoi – et pardon Loupiote)
 
Miette est-elle aussi petite et gentille que son pseudo, pour le moins évocateur, le laisse entendre ?
 
Est-ce qu’il y a des broderies partout dans la baraque de Lamousmé ?
 
Livro pèse t’elle 115 kilos à force de bouffer des bouquins ?
 
(désolé, fallait que je la glisse, tu m’en aurais voulu)
 
 
…et j’en passe !
 
 
Tous les autres, je me demande forcément pourquoi vous avez mis vos têtes…oui, ça m’intéresse vraiment de le savoir. Notamment depuis un commentaire de Mamie à une de mes chroniques, qui disait :
 
L’image que l’on a de moi est celle de ma photo en page d’accueil.
 
Je suis bien d’accord, et c’est précisément pour ça que je n’en mets pas.
 
Par conséquent, je persiste : j’aimerais bien savoir pourquoi Audrey-Laure, HollyMajanissa ou Nathalie ont tenu à afficher leurs visages…et même tant qu’à faire si ce sont vraiment leurs visages (là on sent un signe de ma parano). La seule personne pour qui je ne me le demande pas, c’est ma Jojo, parce qu’elle a une rubrique qui s’appelle egomania et franchement on ne va quand même pas demander à une égomaniaque pourquoi elle met sa photo sur son blog, vous êtes bien d’accord ?
 
 
Alors bien sûr, je sais que cette chronique n’est ni très drôle ni très dépressive…comprenez cependant que je ne voulais pas vous déprimer avant Noël (ne me remerciez pas).
 
Et que personne n’aille me dire que cet article est un prétexte particulièrement démagogique pour coller des liens à tout le monde, ce n’est pas du tout le genre de la maison…
 
 
 

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