The Eternal Champion, vol. III : The Dragon In The Sword (Michael Moorcock, Angleterre, 1986)
Erekosë, dernière !
Seize longues années séparent l’ultime volet de la trilogie dite du Champion Eternel de son prédécesseur, "Phoenix In Obsidian". Seize années durant lesquels Moorcock a mûri, s’est épanoui, s’est révélé dans une multitude de romans et de cycles devenus pour la plupart des classiques de la fantasy moderne : Elric (dont la première apparition remonte à 1961, mais dont la première édition en volume date de 70), Corum (1971 – 74), Dancers At The End Of Time (1972-77), « Gloriana » (1978)…rien que du beau monde, auquel on ajoutera évidemment la trilogie Von Bek Family à laquelle Moorcock, en 1986, vient de mettre la touche finale. A t’il alors prévu de mourir ? La question fera sourire, et pourtant : la réapparition inespérée de son héros le plus passionnant (à défaut d’être le plus connu) dans une nouvelle aventure aux airs d’œuvre somme autorise à se poser la question. Ce qui est certain, c’est que « The Dragon In The Sword » clôt une époque de son œuvre : après ce coup de maître il s’écoulera une décennie sans que Moorcock ne retouche au concept de cycle – voir même à la fantasy tout court.
Alors histoire de refermer (momentanément) le chapitre dans la joie
et l’alégresse, voilà que l’auteur le plus doué de toute l’histoire de la science-fantasy décide de casser son gros jouet avec une bonne humeur communicative. Faut-il rappeler le concept,
déjà largement évoqué dans les précédents billets sur le sujet ? : Erekosë le parachuté magnifique traverse l’espace et le temps et se réincarne perpétuellement en figure héroïque locale – autant
dire qu’il se prête à la plaisanterie ne fût-ce que sur le papier. Dans l’épisode de 1986 le voilà propulsé dans une époque ressemblant (enfin) à la sienne (la nôtre) aux côtés d’un autre héros
moorcockien célèbre – le truculent Von Bek. Seulement voilà : Erekosë ça fait déjà quelques siècles qu’il en a plus rien à battre du vingtième ! Lui, il veut retourner dans l’époque bizarre du
premier volet, celle où il a aidé les xenans à supprimer l’humanité et où l’attend Ermizhad – sa gonzesse. Bref, il a vraiment pas
de bol. D’autant que dans ce nouveau monde qu’il visite il a été réincarné en Prince Flamadin, légende du cru surtout connue pour être…une authentique lavette, jouet de sa sœur Sharadim.
Franchement on le plaint : Moorcock lui aura vraiment TOUT fait au cours de la trilogie. Même le faire harceler par le super ringard Chevalier d’Or et de Jais (qui sévissait jusqu’alors dans
Runestaff). Même le conduire jusqu’à Melniboné (le territoire peu engageant d’Elric). Même…
…rassurez-vous : ça se termine un jour. Bien ou mal, ça dépend du point de vue – de toute façon je ne vous raconterai rien. Mais ce grand final à quelque chose d’ironique (pour le moins) : de tous les héros de Michael Moorcock, le Champion Eternel est le seul qui n’a pas connu dix huit mille suites et autres prequels, quarante mille résurrections et un milliard de nouvelles nouvelles nouvelles aventures. En gros le seul dont on savait dès le début qu’il ne mourrait jamais et s’installerait forcément dans la durée s’en est tenu au strict minium – trois volumes et puis s’en va. Le bon côté de ce curieux paradoxe étant que sa série à lui est sans doute (à ce jour) la plus cohérente de l’auteur, la plus efficace et la plus parfaitement maîtrisée. Ce dernier volet über baroque en est non seulement la fin la plus digne possible, mais également l’aboutissement parfait, remarquablement héroïque tout en étant pétri d’ironie et de clins d’œil aux classiques du genre. Certains bailleront peut-être face à un auteur maniant l’autocitation de manière quasi-maladive – cela fait aussi partie de son charme.
Une petite merveille de fantaisie, donc. Dans tous les sens du terme.
le genre : boum-crac-uh
la note :
NOTE 1 : je ne mentionne pas le titre français tout simplement parce qu’il ne correspond plus à un volume édité depuis des années…pour « The Dragon In The Sword » comme pour l’intégralité de la série, les francophones devront se reporter à un volume unique de chez m’sieur Pocket : « La Quête d’Erekosë ».
NOTE 2 : la note 6/6 est bien entendu une note de pur fanatique…contrairement au premier volet (« The Eternal Champion », 1970), les deux suivants ne peuvent être lus (ni donc notés) individuellement
Erekosë, dernière !
Seize longues années séparent l’ultime volet de la trilogie dite du Champion Eternel de son prédécesseur, "Phoenix In Obsidian". Seize années durant lesquels Moorcock a mûri, s’est épanoui, s’est révélé dans une multitude de romans et de cycles devenus pour la plupart des classiques de la fantasy moderne : Elric (dont la première apparition remonte à 1961, mais dont la première édition en volume date de 70), Corum (1971 – 74), Dancers At The End Of Time (1972-77), « Gloriana » (1978)…rien que du beau monde, auquel on ajoutera évidemment la trilogie Von Bek Family à laquelle Moorcock, en 1986, vient de mettre la touche finale. A t’il alors prévu de mourir ? La question fera sourire, et pourtant : la réapparition inespérée de son héros le plus passionnant (à défaut d’être le plus connu) dans une nouvelle aventure aux airs d’œuvre somme autorise à se poser la question. Ce qui est certain, c’est que « The Dragon In The Sword » clôt une époque de son œuvre : après ce coup de maître il s’écoulera une décennie sans que Moorcock ne retouche au concept de cycle – voir même à la fantasy tout court.
Alors histoire de refermer (momentanément) le chapitre dans la joie
et l’alégresse, voilà que l’auteur le plus doué de toute l’histoire de la science-fantasy décide de casser son gros jouet avec une bonne humeur communicative. Faut-il rappeler le concept,
déjà largement évoqué dans les précédents billets sur le sujet ? : Erekosë le parachuté magnifique traverse l’espace et le temps et se réincarne perpétuellement en figure héroïque locale – autant
dire qu’il se prête à la plaisanterie ne fût-ce que sur le papier. Dans l’épisode de 1986 le voilà propulsé dans une époque ressemblant (enfin) à la sienne (la nôtre) aux côtés d’un autre héros
moorcockien célèbre – le truculent Von Bek. Seulement voilà : Erekosë ça fait déjà quelques siècles qu’il en a plus rien à battre du vingtième ! Lui, il veut retourner dans l’époque bizarre du
premier volet, celle où il a aidé les xenans à supprimer l’humanité et où l’attend Ermizhad – sa gonzesse. Bref, il a vraiment pas
de bol. D’autant que dans ce nouveau monde qu’il visite il a été réincarné en Prince Flamadin, légende du cru surtout connue pour être…une authentique lavette, jouet de sa sœur Sharadim.
Franchement on le plaint : Moorcock lui aura vraiment TOUT fait au cours de la trilogie. Même le faire harceler par le super ringard Chevalier d’Or et de Jais (qui sévissait jusqu’alors dans
Runestaff). Même le conduire jusqu’à Melniboné (le territoire peu engageant d’Elric). Même……rassurez-vous : ça se termine un jour. Bien ou mal, ça dépend du point de vue – de toute façon je ne vous raconterai rien. Mais ce grand final à quelque chose d’ironique (pour le moins) : de tous les héros de Michael Moorcock, le Champion Eternel est le seul qui n’a pas connu dix huit mille suites et autres prequels, quarante mille résurrections et un milliard de nouvelles nouvelles nouvelles aventures. En gros le seul dont on savait dès le début qu’il ne mourrait jamais et s’installerait forcément dans la durée s’en est tenu au strict minium – trois volumes et puis s’en va. Le bon côté de ce curieux paradoxe étant que sa série à lui est sans doute (à ce jour) la plus cohérente de l’auteur, la plus efficace et la plus parfaitement maîtrisée. Ce dernier volet über baroque en est non seulement la fin la plus digne possible, mais également l’aboutissement parfait, remarquablement héroïque tout en étant pétri d’ironie et de clins d’œil aux classiques du genre. Certains bailleront peut-être face à un auteur maniant l’autocitation de manière quasi-maladive – cela fait aussi partie de son charme.
Une petite merveille de fantaisie, donc. Dans tous les sens du terme.
le genre : boum-crac-uh
la note :
NOTE 1 : je ne mentionne pas le titre français tout simplement parce qu’il ne correspond plus à un volume édité depuis des années…pour « The Dragon In The Sword » comme pour l’intégralité de la série, les francophones devront se reporter à un volume unique de chez m’sieur Pocket : « La Quête d’Erekosë ».
NOTE 2 : la note 6/6 est bien entendu une note de pur fanatique…contrairement au premier volet (« The Eternal Champion », 1970), les deux suivants ne peuvent être lus (ni donc notés) individuellement
par Thom
publié dans :
Lectures






