Les notes du Golb

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   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Mercredi 16 avril 2008
LIRE :


 

« Mouais...tu sais Bowie...j'ai jamais trop aimé. Et maintenant encore moins - écoute moi ça : de la techno ! Non mais vraiment...

-         Il essaie juste un peu de faire évoluer la musique...

-         Attends...n'importe quoi ! Regarde, U2 : eux, ils font évoluer la musique.

-         Mouais...font plutôt évoluer la logistique, je trouve... »

 

Celle-là j'ai pas été la chercher très loin : je l'avais piquée à Noël Gallagher dans une interview qu'il avait accordée à Télérama (ouais, je sais : Noël Gallagher et Télérama dans la même phrase, ça laisse songeur...drôle d'époque que cet hive 1997-98 où la presse entière bouffait du Be here now sans savoir qu'elle allait devoir faire semblant de ne pas l'avoir encensé six mois plus tard). Mais mon père a fait comme s'il n'avait pas lu l'article au lit la veille.

 

Comme je frissonnais il a jeté sa clope et remonté la vitre. Dehors il faisait nuit, on allait récupérer mon frère à son cours de judo. C'était un genre de rituel du mardi, je ne sais même pas vraiment pourquoi je faisais ça chaque semaine. Mon père croyait de son côté que c'était notre grand moment père - fils hebdomadaire. Peut-être avait-il raison. Je l'ignore. Il paraît que les petits garçons admirent leur papas - ils ne veulent le tuer qu'un peu plus tard. J'ai toujours pensé que c'était une rumeur, car je n'ai pas connu cette admiration pour mon père. Mes frères un peu, peut-être, mais pas bien longtemps non plus. Expliquer pourquoi reviendrait à essayer d'expliquer pourquoi on tombe amoureux de X et pas de Y. Je n'en ai pas la moindre idée. Je croyais à l'époque être quelqu'un de différent. La vie m'a donné tort, sauf sur un point : je n'ai jamais été comme mon père et je n'ai jamais réussi à le comprendre. Et inversement.

 

« Tu devrais profiter que ta mère n'est pas là pour mettre ta K-7 de Rammstein. »

 

Oui. Mon père aimait Rammstein. Il adorait même Rammstein. Ca non plus, je n'ai jamais su pourquoi. Pour me plaire ? Pour se rapprocher de moi ? Mais il aurait suffit qu'il soit un tout petit peu gentil avec moi pour me plaire...j'étais qu'un gosse. Je ne voyais le mal nulle part et n'importe qui de sympa avec moi pouvait obtenir mon affection. Alors si vraiment son amour pour Rammstein avait un but secret...le raisonnement l'accompagnant était plus que tortueux.

 

J'ai mis la K-7.

 

De toute façon je crois que les choses étaient beaucoup plus simples que ça. Deux raisons s'offraient à moi - qui pouvaient même sinon se confondre au moins se compléter. Déjà, mon père ne connaissait rien à la musique. On a vécu quasiment toute notre enfance sans musique, c'est à dire qu'il n'y avait même pas des disques pourris qui passaient - non non : il n'y avait tout simplement pas de musique à la maison. J'ai grandi dans une grande maison silencieuse où la musique n'existait pas. Il n'y avait que la radio et quelques chansons de variété entre les infos. Pourtant notre mère était une musicienne. Mais elle ne jouait plus. Et ses disques étaient à la cave. Réussir à convaincre une musicienne de ne plus s'intéresser à la musique...rien que ça c'était une prouesse à mettre à l'actif du vieil aristo dégénéré. Des fois on aimerait bien avoir connu ses parents avant notre naissance, pour comprendre où tout a merdé. A tel point que j'ai failli faire un infarctus le jour où j'ai découvert que ma mère avait l'album School's Out, d'Alice Cooper. Celui enrobé dans une petite culotte rose. Non contente d'avoir été jeune ma mère avait écouté des trucs super glauques...j'avais onze ans et je me revois encore en train de filer me planquer dans ma chambre en me répétant Ma mère est une obsédée, ma mère est une obsédée...

 

L'autre raison était que mon père avait un ego encore plus effarant que le mien - c'est vous dire la bête. Il ne supportait pas qu'on ne l'admire pas, alors il essayait d'être le plus admirable possible face à moi. Mais toujours n'importe comment, parce qu'il était bien trop paresseux pour faire l'effort de s'intéresser à ses enfants. Je me souviens encore avec émotion du jour où il m'a tendu le Télérama (encore, et pourtant il n'avait rien d'un catho de gauche !) en me disant fièrement : Tiens regarde, il y a un article sur un groupe mythique, là, ça devrait faire un peu ta culture. Je jette un œil. Led Zeppelin. Dont j'avais déjà tous les disques depuis au moins un an. Je passe sur la fois où il a essayé de m'expliquer qui était Jim Morrison en me disant : Tu vois, c'était un peu le Kurt Cobain de mon époque - lui aussi il se droguait et jouait du hard-rock. Ne pas lui répondre me demandait chaque fois un effort hors du commun. Quand j'arrivais en prime à opiner du chef j'étais fier de moi pour les deux semaines à venir.

 

 

« Tu vois, ça, c'est très fort. Très original. Très...allemand. Et ça, quand on connaît un peu l'Allemagne... »

 

...où il n'avait jamais foutu les pieds...

 

« ...ce n'est pas du tout surprenant. Tu vois ce que je veux dire ? »

 

Je voyais très bien : quand on connaissait un peu l'Allemagne ce n'était pas du tout surprenant que la musique allemande sonne très allemande. Ca c'était un truc que j'admirais chez mon père : réussir à enfoncer les portes ouvertes en faisant remarquablement semblant de dire un truc hyper pénétré. Pour le reste...il a quand même pas été jusqu'à supporter Rammstein bien longtemps et a direct changé de face. Un riff bizarroïde a empli l'habitacle et puis on a entendu :

 

In the next world war

In a jackknifed juggernaut

I am born again

 

« AAAAH...c'est vraiment bien, Radiohead ! J'adore leur petit côté U2. »

 

Ouais...j'ai dit qu'on voulait tous tuer notre père au bout d'un moment. J'ai pas dit qu'on voulait tous le tuer pour épouser notre mère. Il arrive qu'il y ait des raisons plus nobles à cet acte aussi désespéré que salubre pour l'humanité.

 

« Ca va, sinon ?

-         Euh...ouais.

-         Tu vas bientôt voir Manon ?

-         Euh...ouais.

-         Et ta copine, comment ça va ? C'est quoi déjà son nom ? »

 

Je me suis demandé aussi. J'avais pas de copine à ce moment là. Donc je savais pas quoi dire. Du coup j'ai cherché un nom - histoire de lui faire plaisir. Et histoire de le faire chier quand même un peu j'ai dit qu'elle s'appelait Naema.

 

« Ah...euh ouais...comment ai-je pu oublier un prénom aussi joli ? »

 

Y avait en effet de quoi se poser la question. Enfin cela dit mon père n'était pas raciste - il était juste un peu con (ok : très con). C'était sa famille qui l'était. Ce que j'ignorais à ce moment-là c'est qu'elle l'était au point que j'entende parler pendant les trois mois à venir de la copine arabe de Thomas - qui nous aura décidément tout fait. C'était tellement minable qu'à plus ou moins court terme j'allais en venir à prier pour avoir un jour une vraie copine arabe. Pour vous dire comme c'était ridicule, j'avais qu'une arabe dans ma classe et elle s'appelait Alice.

 

« En tout cas...faut pas que tu te biles trop, hein. Pour Manon.

-         Ah...bon ?

-         Promis. Ce sont des choses qui arrivent.

-         Les enfants tu veux dire ? »

 

Il a ricané.

 

« Ouais, les enfants. On contrôle pas toujours ces choses là. Tu sais ton oncle, quand il avait ton âge, il a engrossé une fille, un été. Je te raconte pas le bordel. Tes grands-parents ont dû l'emmener à l'étranger pour avorter ! Un sacré bordel - tu peux me croire. »

 

Un bordel très drôle, aussi - à en juger par sa mine hilare.

 

« Et je te parle pas de tous les ennuis que nous ont causé les maîtresses de ton grand-père.

-         Ses...maîtresses ?

-         Eh oui ! C'était un homme à femmes, ton grand-père. Comme tous les hommes de la famille.

-         Euh...toi inclus ?

-         Ah moi...tu sais...ce n'est plus la même époque, maintenant. Ce n'est plus comme à l'époque de ton grand-père - tu sais qu'il y en a une qui s'est carrément suicidée pour lui ?

-         Oh ?!

-         Comme je te le dis ! La pauvre n'a pas supporté qu'il ne veuille pas divorcer de sa première femme. Mais jamais il n'aurait fait ça à ses enfants - c'était un homme d'honneur.

-         Je vois...

-         Ah non... » long soupir « ...tu ne vois pas vraiment - tu n'as pas connu ton grand-père dans la force de l'âge. C'était quelqu'un. Pas étonnant que toutes les femmes aient été folles de lui...enfin tout ça pour dire que tu sais, mon fils...je voulais que tu saches que JAMAIS je ne te refuserai de l'argent pour acheter des préservatifs. JA-MAIS. Si j'avais eu ça à mon époque... »

 

...je ne serai pas né ? Il ne l'a pas formulé comme ça mais c'était clairement l'idée. Cela dit j'étais si abasourdi par ce que je venais d'entendre que je n'ai pas relevé, sur le coup. J'étais juste consterné par ce grand moment de surréalisme digne des films meilleurs hollywoodiens. L'information était certes précieuse...dommage qu'elle soit intervenue dix mois trop tard.

 

« On est d'accord, mon fils ?

-         Euh...bah...

-         Hé ! J'adore cette chanson !... »

 

« Exit Music (for a film) ».

 

« ...je crois que c'est la meilleure de l'album ? Tu ne trouves pas ?

-         SI !!! »

 

De toute façon, les chansons tristes, c'étaient toujours mes préférées.

 

« On dirait du Brel !

-         Euh...t'es sûr... ?

-         Tu connais Brel ?

-         Non.

-         Donc tu peux me faire confiance. Cette chanson, là...c'est du Brel. Ecoute. »

 

Il a monté le son.

 

You can laugh...

A spineless...laugh...

We hope that your rules and wisdom choke you

 

Et là horreur : il s'est mis à chanter. Au moment le plus inchantable :

 

« Noooooow we are oooooone / In-eeeeeeeverlasting peeeeeeeeeeeeeeeeeeace... »

 

Curieusement ces mots-là, dans la bouche de mon père, ils n'avaient plus du tout la même grâce. Et ce n'était pas juste une question de chanter juste ou non.

 

« ...du Brel, te dis-je. Tu verras. Ecoute Brel. Tu verras que j'ai raison.

-         Ouais... » j'ai soupiré « ...sûrement, sûrement... »

 

Comment pouvais-je deviner que cette chanson que je n'avais jamais entendue, « Ne me quitte pas », était en effet en prise directe avec ma plus belle chanson du monde de l'année 1997 ? Ce soir, c'est la dernière fois que j'ai parlé à mon père. Et cet enfoiré a eu raison sur moi. De moi.

 

 

 

 

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