Dans
"Ilium", Dan Simmons avait revisité "L'Iliade" à la sauce cyber-punk, pour le grand plaisir des uns et l'agacement de nombreux autres. Pas sûr que ces derniers soient plus emballés par cet
"Olympos" qui pousse le bouchon encore plus loin en matière de mythologie passée à la moulinette SF !
Car cette fois-ci les dieux s'en mêlent, ainsi que plein d'entités un peu bizarroïdes venues d'une autre planète, et puis aussi des prophètes, des anges exterminateurs et on en passe. Si "Ilium"
collait quand même un peu aux textes de Homère en dépoussiérant certains mythes, il semble que l'idée soit plutôt ici d'en écrire de nouveaux à partir des anciens. Le résultat est relativement
convaincant, même si un cran en-dessous du premier chapitre de la série. Il faut dire que même avec la meilleure volonté du monde on ne comprend pas toujours tout à ce qui nous est raconté (sans
doute parce que Simmons laisse clairement la porte ouverte à un troisième épisode) ! Et qu'il faudra au lecteur une sacrée tolérance pour n'avoir pas l'impression qu'on veut lui faire avaler
n'importe quoi durant sept cents pages.
Pourtant le gloubiboulga de Dan Simmons a de nombreux atouts qu'il serait dommage de laisser de côté : les auteurs de science-fiction ou de fantasy capables de rendre réellement crédibles leurs
personnages, de les faire exister...ne sont pas légion, ce qui fait au moins un point commun entre ce genre littéraire et les écrits antiques (dont il s'inspire par ailleurs souvent avec moins de
finesse que Simmons). Dans "Olympos", l'auteur de "Hyperion" semble lui n'avoir aucun problème pour faire de Ménélas assoiffé de vengeance un caractère original voir attachant, ou de Hélène une
héroïne romantique (Zeus quant à lui étant un dieu à la puissance comique insoupçonnée jusqu'alors !). Mine de rien, ce n'était pas si facile : si vous reprenez les histoires de ce cher vieux
Homère vous constaterez que globalement tous ces soi-disants héros sont particulièrement antipathiques et le plus souvent totalement inhumains.
Autre qualité indéniable : le rythme. Ecrire un roman aussi long et compliqué en réussissant à éviter les longueurs, ce n'est quand même pas à la portée du premier Tolkien venu ! "Olympos" ne
contient pourtant aucun véritable temps mort, ce qui est particulièrement appréciable de la part d'un auteur ayant parfois une tendance un peu trop marquée à s'étaler et blablater.
Est-ce suffiant pour rendre la lecture de ce roman indispensable ? Non, sans doute pas. Ce genre de pacthwork mythologico-ésséffe ne sera manifestement pas du goût de tout le monde. Mais ceux qui
comme moi se laisseront tenter et accepteront les règles du jeu pourraient bien rapidement devenir accros tant tout ceci est remarquablement écrit et maîtrisé.