
Difficile de
dire pourquoi Pop Wil Eat Itself n’a jamais explosé. Leur musique était novatrice, leur attitude irréprochable, leur nom super classe…en résumé ils avaient tout pour eux, sauf que parfois, sans
trop qu’on sache pourquoi ni comment, les choses ne marchent pas comme elles le devraient.
Il faut dire aussi que le côté très hétéroclite de leur discographie n’a certainement pas dû jouer en leur faveur. Difficile de classer un groupe quand déjà, au sein d’un même album, se côtoient
cinq ou six genres musicaux. A l’exception du tout dernier, les disques de Pop Will Eat Itself ont tous le même côté foutraque qui n’a pas dû aider les directeurs commerciaux de leurs différentes
maisons disques à les vendre comme se devait. S’agit-il d’un groupe d’electro ? de dance ? de fusion ? de rock alternatif ? de new-wave… ?
Côté foutraque donc, particulièrement marqué sur leurs deux premiers albums.
Box Frenzy (1987) présentait un groupe extrêmement efficace, très créatif…mais tellement barré que beaucoup
se demandèrent à l’époque si c’était du lard ou du cochon. Capables de bastonner comme du Red Hot (première manière) ou du Beasties, de signer de l’excellente dance-pop à la Happy Mondays ou de
pasticher The Cure avec virtuosité, Clint Mansell et ses copains semblaient surtout éprouver toutes les peines du monde à sonner comme du Pop Will Eat Itself, ce qui était pour le moins
emmerdant. La tendance aurait pu (ou dû) s’inverser sur le second album…seulement le versant touche à tout du combo de Stourbridge l’a emporté à nouveau, quand bien même
This is the Day…
s’avère une œuvre sans doute plus cohérente que la précédente – tout du moins soniquement parlant.
On reconnaîtra cela dit qu’à défaut de se présenter comme un édifice parfaitement maîtrisé le second opus de PWEI est franchement meilleur que le premier. Il pourrait même être une jolie claque
pour quelques uns susceptibles de passer outre son vieillissement prématuré (et somme toute assez logique de la part d’un groupe qui se jeta à la fin des années 80 sur les innovations
technologiques comme la faim sur le pauv’monde). « Preaching the perverted » rivalise même sans peine avec le meilleur Faith No More de l’époque, tandis que « Wise up ! sucker » claque façon
techno-rock avant la lettre. Une fort belle entrée en matière qui débouche sur un mélange particulièrement jouissif de jungle et de rock stoogien – les bonnes références quoi. Mais les bonnes
références font-elles nécessairement les bons disques ? Peut-être. Parfois. C’est en tout cas le cas ici : toujours très (trop ?) marqué par Happy Mondays (sur « Inject me », « Def Con One »),
Pop Will Eat Itself parvient néanmoins à éviter les dérives mollassonnes de ces derniers à coup de guitares nerveuses, brossant même par moment de forts jolis trips ambient (« Radio PWEI », «
Wake up ! Time to die ») qui ne seront pas sans évoquer longtemps en amont certains travaux de The Prodigy. De quoi satisfaire les amateurs de
groupes cultes, comme dirait l’autre…
Niveau réédition, en revanche, c’est le minimum syndical : un son similaire à l’édition précédente, un remix de « Wise up ! Sucker » déjà présent sur la compile du même nom. Pas grand chose de
rare, mais bon : l’album était indisponible depuis si longtemps qu’on ne fera pas la fine bouche. D’autant que dans la foulée vient de paraître un best of qui on l’espère rappellera cet excellent
groupe au bon souvenir du public…
…en attendant la réédition de leur chef d’œuvre
Cure For Sanity ?