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Jeudi 13 mars 2008
Foreign Affairs (Alison Lurie, USA, 1984)

V.F. : Liaisons étrangères


Comme souvent les plus grands drames, celui-ci a d’abord pris l’apparence d’une nouvelle réjouissante. Je ne vous parle pas de « Foreign Affairs », hein – je vous parle du drame que je viens de vivre.

Tout a commencé lorsqu’Alison Lurie a été proclamée Aristochatte. Depuis la création de notre doux forum des chats, il y a deux ans, c’était la première fois que notre idole bimestrielle était non seulement une femme (premier bonheur – ou disons plutôt : injustice enfin réparée) mais aussi quelqu’une que je ne connaissais pas du tout. Joie bonheur. Les découvertes, pour le vieux blasé que je suis, sont devenues trop rares. Surtout en littérature américaine contemporaine. Courageux mais pas kamikaze pour autant je jette donc mon dévolu sur « Foreign Affairs », considéré selon nos sources comme LE grand livre de cette grande auteure – et couronné de plus par le prestigieux Prix Pulitzer…une référence en béton armé dans quatre-vingt dix-huit pourcents des cas. En restent ensuite deux pourcents, le premier dévolu à des livres pas forcément exceptionnels mais néanmoins loin d’être mauvais…et le second étant a priori dévolu aux livres d’Alison Lurie. Bon…si j’avais été malin j’aurais jeté un œil au palmarès du prix pour m’apercevoir que les années quatre-vingt avaient visiblement été une sombre période pour l’institution américaine (on conviendra que gagner le pompon entre William Kennedy et McMurtry ne présage pas grand chose de grandiose). Seulement voilà : n’étant pas malin du tout je me suis dit : Lurie, livre référence et Prix Pultizer – je prends.


fA.jpgJ’ai commencé à déchanter seulement un mois après, quand je me suis aperçu que « Foreign Affairs », non content de ne pas être un roman d’espionnage (ce que je supputais déjà), mettait en scène des universitaires. Autant dire que Lurie plaçait d’entrée la barre très haut car il est connu sinon prouvé que rien n’est plus chiant qu’un livre mettant en scène même les plus sympathiques de mes collègues. Philip Roth lui-même ne s’y est-il pas cassé les dents ?

Soit, me répondit-on : Alison Lurie n’est pas Philip Roth. C’est incontesable. Et j’ajouterai : c’est d’ailleurs pas de bol pour elle. Car quand Philip Roth essaie de faire dans la satire ce n’est pas obligatoirement génial mais ç’a au moins le mérite d’être satirique. Autant vous dire qu’Alison Lurie est on ne peut plus loin du compte ; si la satire consiste uniquement à enfiler tous les clichés possibles et imaginables sur une corporation en disant BOUH C’EST PAS BIEN… Laurent Gerra est le fils de Desproges. Bon…j’exagère un chouia : Alison Lurie ne mérite quand même pas le titre de Gerra de la littérature américaine contemporaine. Néanmoins difficile de ne pas avoir l’impression que les deux héros de « Foreign Affairs », universitaires étatsuniens exilés pour six mois en Angleterre, sont plus des stéréotypes que de véritables personnages. Vickie, surtout, Vickie l’intello moche façon « Ugly Betty » sur le retour…qui à force d’être une antihéroïne finit par être une héroïne anéantie. Outre le fait que Lurie insiste sur sa laideur avec une lourdeur confinant à l’écoeurement (si ça ne dérange personne tant mieux – moi je n’ai pu m’empêcher d’imaginer le tolet si elle avait été grosse) comment un écrivain peut-il imaginer un personnage aussi insignifiant ? Ecrire sur les vrais gens de la vraie vie, pourquoi pas… ?...mais sur des gens tellement ordinaires qu’ils en deviennent transparents ? Notez que comme l’auteure n’est pas misogyne le mâle de service n’est guère mieux loti : Fred a littéralement le charisme d’une flaque, ça donnerait presque envie de signer une pétition pour qu’il soit joué par Pierce Brosnan dans la version ciné.

Vous me direz que dans un livre il n’y a pas que ça, les personnages. Je suis bien d’accord. Il y a aussi l’écriture. Celle de Lurie sera donc, selon qu’on aime ou pas ce genre, subtilement épurée ou piteusement insipide. La construction du livre (deux histoires en une) est d'un classisme aussi rigoureux qu'inutile. Quant à l’intrigue…on aurait bien aimé qu’il y en ait une, une vraie, une où il se serait passé des trucs plutôt que cette stagnation narrative épuisante, une où on aurait pu arriver au premier quart sans avoir déjà deviné la quasi intégralité de la fin. Las : j'ai passé le plus gros de ma lecture à me demander sur quoi il y avait le plus de clichés dans ce texte. Les universitaires ? Les anglais ? Les américains ? Les filles moches ? Les jeunes premiers ? Où tout simplement le roman lui-même ?
...
Reste la veine satirique, bien maigre consolation tant Lurie peine à pourfendre les clichés qu'elle se pique à éparpiller – donc. Comme le soulignais Laiezza dans une critique à peine plus positive que la mienne : « ...derrière son côté "qui dépote", l'auteur signe un livre très consensuel. A la fin, la bonne morale n'aura pas été défiée, mais juste gentiment écorchée »

(oui ben dites…je suis super malade alors je m’autorise un peu de paresse en citant les autres)


Bref : je suis un grand naïf. Presqu’autant cette chère Vickie. Parce que le jour où nous avons conçu l’Aristochat j’étais HEU-REUX. Persuadé que je n’allais y faire que découvrir des auteurs géniaux. Bilan après deux années d’exploitation : j’ai découvert une auteure, et je l’ai trouvé archi nulle…


le genre :    académique (je sais : j’y vais fort niveau insultes)

la note :    undefined





 

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