Chauncey
Wayne Sughrue n’a pas de bol. En plus d’être affublé d’un patronyme pour le moins ridicule il exerce la difficile profession de détective privé dans un patelin du fin fond du Montana. A part son
copain avocat Solly il n’a pas grand monde à qui parler, quant aux affaires…on ne peut pas dire que ça se bouscule au portillon. Heureusement qu'il bosse toujours dans son club de strip favori pour
meubler ses semaines. Enfin cela dit tout n'est pas perdu. Sughrue a tout de même un petit truc pour se remonter le moral : il est un héros récurrent (de Crumley en plus - veinard). Par conséquent
il sait bien que s’il s’ennuie les trois quarts du temps, à partir du moment où son créateur va le faire apparaître il va avoir du pain sur la planche.Et quel pain ! Et quelle planche ! Deux jumeaux géants et un peu arriérés viennent l’embaucher pour récupérer une prime pour le moins originale : des poissons tropicaux rarissimes, tombés aux mains d'une vieille connaissance de notre héros : Norman L’Anormal. Ni plus ni moins qu’un de ses anciens clients, connu pour toujours connaître d’étranges difficultés dès lors qu’il faut passer à la caisse. Une aubaine pour Sughrue, qui a déjà un vieux compte à régler avec lui. Ni une ni deux il s'arme jusqu'aux dents et file défier le sale bonhomme – accessoirement leader d’un gang de bikers mafieux.
Tel est le point de départ de ce roman noir truculent signé par l’un des (sinon le) grands maîtres du genre. Point de départ mais pas point de chute, le génie de Crumley consistant presque systématiquement à faire basculer ses romans vers tout autre chose arrivé au premier quart. Partant ainsi sur la base d’un polar burlesque, celui-ci se métamorphose en cours de route en réflexion tout à fait sérieuse sur la solitude, l’identité et la famille. Rien moins. Sérieuse ne voulant surtout pas dire (heureusement !) sinistre : on se bidonne du début à la fin de ce bouquin emmené par l’écriture nerveuse et résolument rock’n’roll d’un Crumley qu’on a certes connu plus corrosif - rarement aussi tendre.
L’émotion de retrouvailles attendues durant quinze ans avec le héros de son classique « The Last Good Kiss » ? Peut-être bien. L’essentiel demeure que ça marche remarquablement bien : on rit, on s’émeut, on tremble, on réfléchit…du grand Crumley ! Et si d’aventure vous vous demandiez ce que c’est que du Crumley (grand ou petit)…eh bien allez-y voir. Car s’il y a bien un auteur de polars à lire au moins une fois dans sa vie quoiqu’il advienne…
le genre : SWAPPED BY YUEYIN !
la note :
Commentaires
j'adore Crumley c'est une lecture jouissive à chaque fois un plaisir simple sur une méchanique bien huilé.
Il y aussi certaines similitudes entre les personnages de crumley et certains prsonnages des nouvelles de jim harrison (je pense à chien brun entre autre) ,une sorte de marge de l'homme américain
BBB.
Barttlebooth >>> je suis tout à fait d'accord ; Crumley pourrait être vu comme le pendant polar de Harrison. Je vais même te dire : plus jeune, je les confondais.
BBB. >>> je suis sûr que vous dites ça juste pour vous venger du Lurie la semaine dernière :-/
Tamara >>> et il se situe où, dans la pile ? ;-)
BBB. : - Moi, Crumley, je n'accroche pas.
AMI : - Oui, c'est normal, Crumley, c'est particulier.
BBB. : - Justement, non : je ne comprends pas ce que cela a de si extraordinaire. C'est du roman noir, bon, sans doute, mais où est la particularité faisant de cet auteur une icône ?
Comprenez-vous mieux mon point de vue, Thom ?
Bien que fana de Crumley, je comprends qu'on n'accroche pas toujours, surtout si l'on ne commence pas par le bon.
Pour lui donner une nouvelle chance il faut démarer par les premiers, soit "le dernier baiser" pour la série Sughrue ou Fausse piste pour la série Milo.
Démarer ailleurs peut se révéler assez déstabiliasnt. Par contre, une fois qu'on rentre dans son univers, on ne peut plus en sortir.
Merci pour la précision. J'aime beaucoup Crumley, mais je ne le connais pas encore assez pour donner répondre ainsi à notre ami BBB.
A bientôt !
Je l'avais pioché dans ta liste celui-là et je n'ai aps eu le tempsd e le lire :-( mais j'essaierai crumley puisque... bon certes le roman noir et moi ça fait deux mais on ne sait jamais :-)
Bah ouais mais...comme on le disait plus haut, Crumley c'est tout de même pas le tout-venant du roman noir. Il n'y a d'ailleurs plus guère qu'en France qu'il est publié en "série noire" (ou assimilé).






