Les notes du Golb

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   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Samedi 12 avril 2008
LIRE :





« AH PUTAIN ! elle déchire, celle-là - tiens Toto file-moi une bière. »

 

Même pas eu le temps de dire ouf que Kim m'avait devancé au pied de la glacière et brandissait une 16 pour faire semblant de la proposer à des gens dont il savait très bien qu'ils n'en voulaient pas. On l'a regardé sans rien dire et puis on s'est regardé : même après plusieurs semaines on avait quand même beaucoup de mal à s'habituer au rythme dément de notre bassiste.

 

En attendant c'était vrai que ç'avançait bien, notre truc. Même si pour l'instant on se cantonnait à des reprises plutôt fastoches, il y avait une cohésion qui se dégageait de High Density et qui nous laissait espérer le meilleur pour la suite. Chaque soir on répétait dans le sous-sol de mes parents...et c'était bien. Faut dire que l'endroit, qui était plus proche d'un bunker que du proverbial garage, s'y prêtait absolument. Comme la maison était immense les combles étaient proportionnelles, on était un peu loin de la lumière du jour mais au moins on pouvait répéter des heures sans faire chier personne...et ça pour répéter - on a bien répété. Des jours durant. Au point qu'avec Christophe on a fini par rapidement sécher le lycée pour rejoindre nos vieux, c'était quand même nettement plus intéressant de voir comment avançaient nos compos en notre absence. Parce qu'elles avançaient, ça oui. Jéremy s'était rapidement montré beaucoup plus intéressé par le projet qu'il ne l'avait voulu au départ, ce qui fait que quand 1998 a pointé le bout de son nez on avait en plus de nos reprises (« Married with children », « No fun » et « Sick on the radio ») une bonne dizaine de chansons en devenir - certes sans véritables structures ni paroles mais les idées étaient là et c'était bien l'essentiel. Niveau paroles d'ailleurs je me faisais pas trop de souci, tout le monde m'avait toujours dit que j'écrivais bien. Je ne ferai pas d'autre commentaire que : méfiez-vous de vos mères. Et quand elles vous disent que vous êtes doués pour quelque chose, faites absolument le contraire. Simple question de survie. Parce que tout ce que j'avais essayé d'écrire jusqu'à présent...disons que ça n'aurait pas fait miser grand monde sur ma future carrière ! Du reste j'étais de toute façon trop occupé à apprendre à chanter pour m'occuper d'écrire de grandes paroles. Car oui, et croyez-le ç'a été pour moi une révélation, un bon chanteur apprend à chanter. C'est en substance ce que Jérem m'avait expliqué aux débuts de notre collaboration...

 

« Placer sa voix, ça se travaille. Tu peux pas juste arriver, prendre le micro et gueuler.

-         Je gueule pas !

-         Non, bien sûr. C'était une façon de parler. T'as compris l'idée.

-         Je vais quand même pas prendre des cours de chants ! Ca va tuer la spontanéité.

-         Je te parle pas de cours. Je te parle d'exercice.

-         Ouais bon...ok. Autre chose ?

-         Pour cette fois ça ira. »

 

 

Et donc la semaine suivante j'étais arrivé (façon de parler : j'étais chez moi) tout fier de pouvoir placer ma voix nickel sur « Champagne Supernova » (morceau idéal pour ce genre d'exercice, parce que la mélodie de voix est toute à fait différente de la ligne de guitare lead). A peine si j'avais eu besoin de compter les temps avec mon pied - ça venait tout seul.

 

« C'est bien ! C'est très bien, même. Pour le placement.

-         Comment ça...pour le placement ?

-         Disons que l'interprétation pourrait gagner en épaisseur - mais à ton âge on va pas trop t'en demander d'un coup. »

 

Ceci dit il s'était dirigé vers la porte du garage (soit donc à pas loin de...cent cinquante mètre !) pour fumer une clope. Interloqué au moins au temps qu'agacé devant ce (colossal) prétentieux je lui avais emboîté le pas, réclamant des comptes :

 

« Vas-y explique-toi ! Ca veut dire quoi gagner en épaisseur ?

-         Ca veut dire y mettre de la conviction. »

 

...il m'avait pas regardé en disant ça. Je m'étais pris le truc d'un bloc. Le coup sur la tête : je croyais justement que ma force de conviction c'était mon meilleur atout au chant.

 

« Tu peux expliciter ?

-         Non.

-         Non ?

-         T'as vu la tête que tu fais ?

-         ...

-         J'ai pas du tout envie de m'engueuler avec toi.

-         Bah t'as qu'à me dire des choses agréables !

-         Ouaip. C'est pour ça que je préfère rien dire.

-         ...

-         ...

-         Bon bah crache !

-         Quand tu chantes...bon, t'as un bon timbre, tu chantes juste, tu poses bien la voix...mais t'es trop timide.

-         Tu trouves ?

-         Tu récites.

-         Vraiment ?

-         Vraiment. Et ça, c'est encore moins rock'n'roll que des cours mon potes. Faut te lâcher, tu vois ? Que les paroles donnent l'impression de sortir toutes seules, sans que t'y penses, faut...faut que tu t'oublies.

-         Hum...

-         On doit avoir l'impression que tu chantes comme tu respires, que ça vient clac ! comme ça ! »

 

(il avait bien sûr claqué des doigts pour illustrer son propos - désolé mes textes ne sont que très moyennement sonnores)

 

« Demain je veux que « Champagne Supernova » soit complètement naturelle. Je veux avoir l'impression que c'est ta chanson. Que tu fais ce que tu veux avec, que tu changes des tonalités, que tu pousses la voix un max sans qu'on ait l'impression que t'éructes.

-         Attends...c'est pas la chanson la plus facile du monde et...

-         On s'en branle ! On s'en branle si ta voix se brise sur le refrain. Au moins il se passera vraiment un truc quand tu chanteras.

-         Tu crois que j'en suis capable ?

-         J'en suis sûr. »

 

 

 

 

J'y suis arrivé. Pas tout de suite, certes...mais au bout de quelques répètes j'ai réussi à faire ce que Jerem me demandait. J'ai même presque trop bien réussi, parce qu'au bout du compte j'ai fini par me sentir plus à l'aise avec les reprises qu'avec nos propres morceaux. Pour résoudre ça c'est quasiment des mois qu'il m'a fallu. Pour comprendre qu'une chanson ce n'est pas tout à fait comme un livre ou comme un film. Que ce n'est pas figé dans le temps ni dans l'espace, que ça continue à vivre à chaque fois qu'on la joue. Une chanson change, bouge...on peut faire tout ce qu'on veut avec, la ralentir, l'accélérer, la couper...une seule chanson peut prendre des semaines, parce qu'une chanson c'est un terrain d'expérimentations interminable. Ca peut ne jamais être terminé. Ca n'est jamais terminé, en fait, ça n'a atteint jamais le stade de l'aboutissement : une chanson n'est finie que lorsqu'on arrête de la jouer. C'est ce qui rend la musique supérieure à n'importe quel autre art : elle ne peut être réduite ni contenue. Elle peut renaître à l'infini. Et si vous ne me croyez pas...demandez-vous pourquoi il n'y a pas de films lives. Ni de livres de reprises.

 

 

 

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