Les notes du Golb

...
   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Jeudi 17 avril 2008
Echine (Philippe Djian, France, 1988)


« Alors c'est celui-là...ton Philippe Djian préféré ?
-    Eh bien oui ! « Echine ».
-    Je l'ai lu il y a quelques années.
-    Et tu as aimé ?
-    Oui, plutôt.
-    Cool. »

Elle a gardé le silence une seconde. Et moi, pour une fois, j'ai essayé de ne pas monopoliser ce silence.

« Mais...pourquoi c'est ton préféré ?
-    Comment ça pourquoi ?
-    Pourquoi celui-ci spécialement ? Il est très bon, je suis d'accord. Mais « Zone Erogène » aussi. « Lent dehors » aussi. Ils sont presque tous très bons, et en plus ils se ressemblent. Alors pourquoi « Echine » ?
-    Euh...bah...comment dire... ? Disons que c'est celui qui me parle le plus.
-    C'est tout ?
-    Non non, c'est pas tout...c'est aussi celui qui me semble le plus équilibré, le plus cohérent...le plus achevé parmi tous ceux que Djian a publié dans les années 80. Comme si « Zone Erogène » et les autres avaient été des genre de brouillon de celui-là...
-    Ah ?
-    ...enfin je ne sais pas...en le relisant j'ai eu la sensation que cette année-là, Djian a publié le livre qu'il cherchait à écrire depuis ses débuts.
-    Ce qui expliquerait que dans tous ses premiers livres on ait parfois une impression de redite ?
-    Ce qui expliquerait surtout qu'après « Echines » son œuvre prenne une toute autre direction !
-    Moui.
-    Quoi ?
-    J'avoue que j'ai toujours un peu du mal quand tu emploies le mot œuvre à propos de Djian.
-    Tu dirais quoi, toi ?
-    Je sais pas...bibliographie...
-    C'est pareil.
-    Non, c'est pas pareil. Œuvre pour moi ça désigne quelque chose de précis...une bibliographie - ok - mais avec une espèce de cohérence grandiose...ce n'est pas du tout ce qui me vient quand je pense à Philippe Djian.
-    Et pourtant...il y a une vraie cohérence dans son œuvre.
-    Ah ah.
-    Je pense surtout que tu prends des gants parce qu'il est français, vivant et très connu.
-    Peut-être...enfin je ne confonds pas non plus Djian et Marc Levy ! N'exagère pas.
-    Je n'exagère pas du tout. »

...ai-je dit de manière juste un tout petit peu pompeuse (restons raisonnables).

« Quand l'auteur est français, vivant, connu...on a toujours un peu peur de dire : c'est un grand écrivain. Reconnais-le ! Peur de dire une grosse bêtise...
-    ...oui, c'est sûr qu'on prend moins de risque en disant Proust est un grand écrivain...
-    ...et pourtant je t'assure que même si je me gourre en disant ça il y a très peu de chances pour que je sois encore là pour me payer la honte dans un siècle - quand ma boulette aura été démontrée par l'épreuve du temps et que Djian aura été oublié par tout le monde.
-    Tu crois vraiment qu'on va oublier Djian ? Y a quand même eu le film, tout ça...
-    Tu connais beaucoup de gens qui ont lu « Cela s'appelle l'Aurore » ?
-    C'est quoi ? »

On a éclaté de rire au même délicieux instant.

« Enfin bref... » a t'elle repris, essayant d'avoir l'air à peu près sérieuse - ce qui n'est jamais simple quand nous nous retrouvons tous les deux dans la même pièce « ...de toute façon je trouve que Djian, ça soûle quand même un peu. Surtout cette période-là. Toutes ces histoires d'écrivains losers...pff...ça se revendique de Buwkoski ou de Fante mais c'est hyper français, ça. Hyper nombriliste. L'écrivain qui n'arrive pas à écrire son livre et qui décide d'écrire un livre sur l'écrivain qui n'arrive pas à écrire son livre...t'auras toujours quelqu'un pour dire que c'est une remarquable allégorie de l'humanité mais ça reste un peu chiant pour ceux que ça n'intéresse pas.
-    J'en conviens. Enfin Djian n'est pas Angot, quand même. Ok dans ses bouquins des années quatre-vingt on a toujours l'écrivain raté qui sert de narrateur...mais je trouve quand même qu'il nous guide vers autre chose. Chez lui il y a une humanité, une poésie...dans « Echines », les rapports du père avec son fils - par exemple...c'est très fort. Les histoires d'amours foireuses, les amitiés indéfectibles...ce n'est pas du nombrilisme tout ça. Ecrivain...c'est juste le filtre par lequel le narrateur voit le monde. Je crois... »

Silence songeur. Puis :

« Thomas ?
-    Oui... ?
-    Pourquoi on a toujours ce genre de discussion à chaque fois qu'on se voit ?
-    J'en sais rien...parce qu'on ne peut jamais les avoir avec d'autres ? »

Il m'a semblé que son sourire me disait oui. Fieffé menteur.


Trois autres livres pour découvrir Philippe Djian :


Maudit Manège (1986)
Lent Dehors (1991)
Impuretés (2005)




Commentaires

C'est sûr que n'ayant jamais lu Djian, je ne me lancerai pas sur ce type de conversation avec toi ;-) Ceci dit, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce dialogue, et justement, ça m'a bien donné envie de tenter. Echnine donc? Soit, je reviendrai te dire ce que j'en ai pensé et prolongerai peut-être la conversation.
commentaire n° : 1 posté par : Laurence (site web) le: 17/04/2008 15:32:32
Mouarf. Et ça se permet de donner des leçons de critique.
commentaire n° : 2 posté par : Boo le: 17/04/2008 15:40:08
C'est quoi encore ce blaireau ? Marrant, comme dès que la modération de com' n'est plus activée les crétins reviennent.
Moi je trouve cette chronique très bien fichue, drôle, originale. Cela nous change. Et puis là, j'ai le droit de dire que c'est une mise en abyme. Personne ne viendra me contredire ! :)
commentaire n° : 3 posté par : Laiezza (site web) le: 17/04/2008 15:59:36
Laurence >>> "Echine"...ou un autre :-) Je ne sais pas en fait si c'est le meilleur Djian. C'est celui que j'ai retenu, mais c'est peut-être totalement subjectif...je me demande même si quelqu'un d'autre que moi l'a déjà retenu comme son favori...

Boo >>> où / quand / comment...ai-je jamais donné de leçon de critique ? Vous me confondez avec un autre. Je vois bien à quoi vous faites allusion ; mais faire quelques constats génératifs en essayant de "sortir du cadre", ça n'est en rien se poser en donneur de leçon. Je ne crois pas en avoir donné à quiconque. Si vraiment c'est ce que vous en avez retenu...peut-être devrais effectivement vous donner quelques leçon - de lecture.

(nota : la prochaine fois ayez le courage de poster le commentaire sous votre vrai nom ; on imagine bien que vous n'êtes pas le premier lecteur venu alors franchement...c'est juste ridicule)

Laiezza >>> mise en quoi ? :-D
commentaire n° : 4 posté par : Thom (site web) le: 17/04/2008 17:08:58
Mise en abyme ? Mais, justement : on dirait du Thom. Elle est là, la mise en abyme. Il est touchant, ce texte, pas dans ce qu'il raconte, mais dans ce qu'il est. Cette manière de dire, "oui, je dois quelque chose, à cet auteur là".
Sinon,n'aimant pas trop Djian (pour les raisons de redondance évoquée par le personnage féminin), je n'ai pas grand chose d'intéressant à dire.

BBB.
commentaire n° : 5 posté par : BBB. le: 17/04/2008 17:20:53
(BBB., chut, il croyait que personne n'allait comprendre...)

(heureusement que Boo est passé...)
commentaire n° : 6 posté par : Laiezza (site web) le: 17/04/2008 17:26:44
BBB. >>> ce n'est pas DU TOUT ce que j'ai voulu faire...mais je trouve votre idée excellente !

Laiezza
>>> (Boo est passéE chez toi aussi)...pour le reste...heureusement quelques personnes n'ont pas compris, ce qui remonte le moral :-)
commentaire n° : 7 posté par : Thom (site web) le: 17/04/2008 19:16:24
Faudra bien qu'un jour, je me mette à lire Djian. Ceci dit, je suis une amoureuse inconditionnelle de 37°2 le matin le film. Mais essentiellement parce que je suis une amoureuse inconditionnelle de Jean-Jacques Beineix...
commentaire n° : 8 posté par : Dahlia (site web) le: 18/04/2008 01:28:24
Between the lines, between the lines :)
commentaire n° : 9 posté par : Laiezza (site web) le: 18/04/2008 11:55:52
Dahlia >>> Beneix. Moui. Comment dire ? Ce n'est pas ce qui nous rapproche le plus ! :-D

Laiezza >>> tu nous chantes quoi, là ???
commentaire n° : 10 posté par : Thom (site web) le: 18/04/2008 13:48:27
A mon humbler avis, Djian fait partie de ces écrivains qui, dans leurs bons livres, dégagent une magie hermétique à toute forme d'approche critique, biographique ou bibliographique. C'est le cas pour Echines comme pour quelques autres de Djian. Appelez ça "style", "classe" ou "envoutement", ça revient toujours au même.
Djian est le seul écrivain français à avoir approché le dépouillement lumineux de ses maitres  ricains (Brautigan, Carver, Buko, Fante,...), ce n'est pas rien. On peut lui pardonner de ne pas avoir tenu sur la longueur...

ps : sinon, très très bien ce bloug. Tombé dessus par hasard. Reviendrais.
commentaire n° : 11 posté par : l'observateur du kitsch (site web) le: 20/04/2008 11:01:08
Merci. A bientôt, donc.
commentaire n° : 12 posté par : Thom (site web) le: 20/04/2008 13:00:22
Euh si je te dis que je dois lire Djian und e ces jours (par ta faute ou grâce à toi), tu vas me dire que je l'ai déjà dit dans un comm sur un autre de tes articles ?????
commentaire n° : 13 posté par : yueyin (site web) le: 21/04/2008 13:32:07
Moi ? Nooooooooooooooon. J'suis pas comme ça :-))
commentaire n° : 14 posté par : Thom (site web) le: 21/04/2008 21:20:04
Très captivant ton récit, non franchement digne d'un thriller, on se demande comment le protagoniste va se sortir de cette histoire tirée par les cheveux...;o)
Bon, quant à moi j'avais pensé vous faire part de ma rencontre avec Jacques Ballutin (quelqu'un connaît?) croisé à un distributeur au Cap d'Agde....mais bon....je sais pas pourquoi, j'ai l'impression que ça n'intéressera pas grand monde...et pourtant c'est véridique!
commentaire n° : 15 posté par : Mme patch (site web) le: 28/04/2008 11:04:30
Bien sûr que je connais Ballutin ! Je ne suis pas si jeune que j'en ai l'air ;-)
commentaire n° : 16 posté par : Thom (site web) le: 28/04/2008 13:21:00
Moi aussi c'est mon préféré.
Encore que je ne sais pas pourquoi, c'est Sotos qui me parle le plus. je le lis tous les étés.
Bel article en tout cas.
commentaire n° : 17 posté par : major (site web) le: 01/06/2008 15:10:57

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