Les notes du Golb

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    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

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    Eventuellement...

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    Volontiers.

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    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Samedi 26 avril 2008

LIRE :



 

J'adorais ses boucles blondes. J'adorais ses yeux noisettes. J'adorais ses lèvres. J'adorais Chloée-Semana-Avec-Un-E-A-La-Fin-De-Chloée.

 

J'étais bien le seul, car si tout le monde s'accordait à la trouver absolument canon personne ne pouvait vraiment la sentir. Les gens la trouvaient hautaine et quand j'ai commencé à la fréquenter ce vieux réac d'Elmut m'avait mis en garde :

 

« Elle est pas claire, elle. Elle s'la pète et en plus, je te jure : elle est pas claire.

-         Ouais c'est ça. Tu crois peut-être qu'elle est claire ta russe ?

-         Putain ! Elle est pas russe !

-         Roskov c'est pas russe ? C'est deux fois russe mon pote ! C'est on ne peut plus russe. C'est russissime même. »

 

Quand j'y repense...on avait quand même de sacrées conversations avec Elmut.

 

 

Chloée était donc pas nette, j'en avais pas grand chose à foutre. Elle avait le double avantage d'être superbe (et donc très valorisante pour le loser que j'étais) et rouennaise (à savoir que vivant loin de mon lycée elle ignorait justement que j'étais un loser). A cette époque j'avais beau avoir un petit succès d'estime auprès des nanas, être un peu un séducteur underground avec son petit groupe de fans hardcore...j'aspirais alors à une reconnaissance à plus grande échelle - quitte à virer commercial pour ce faire. Rétrospectivement c'était un peu grotesque : il vaut mieux être un gros poisson dans un bocal plutôt qu'un petit dans un océan d'indifférence féminine - tout le monde vous le dira. Seulement j'étais un de ces mecs insupportables, un de ces mecs terribles qui à force de s'entendre dire qu'ils étaient des blaireaux avaient fini par le croire. Mes copines étaient toute d'une laideur à faire pâlir, toute la presse de séduction indépendante du coin en faisait ses choux gras. Adèle avec sa tronche pas possible (On dirait le mec qu'a pété avec sa bombonne de gaz avait dit ma sœur), Tatiana, qui en tenait une sacrée couche et qu'on avait rapidement rebaptisée Tartina tant elle incarnait à merveille le concept (à l'époque non encore théorisé par nos soins) de gourdasse...ça faisait peur, même à moi. Chaque fois que j'embrassais une de ces filles j'étais submergé par un profond sentiment de culpabilité, comme si je me faisais du mal à moi-même et en avais honte. La vérité c'est que j'aurais jamais osé aborder une fille qui me plaisait vraiment, j'étais trop persuadé que ça marcherait pas. Anticiper la défaite, c'est encore le meilleur moyen de le l'éviter - pas vrai ?

 

Bref à dix-sept ans les deux plus belles filles de ma courte vie avaient sans conteste été Chris et Chloée, quoi de plus étonnant ? Arraché au petit microcosme du lycée, bizarrement, les filles me trouvaient bien. Il est probable qu'en fait ce fut surtout moi qui ait été alors plus libre, plus séduisant parce que plus séducteur. Mais à l'époque ça ne me serait même pas venu à l'idée et je me disais juste qu'au lycée j'étais victime de ma réputation - quand je n'étais guère victime que de moi-même.

 

Et avec Chloée la rouennaise, j'étais donc en passe de m'internationaliser. D'enfin atteindre le mainstream.

 

 

 

 

Tout n'allait pas forcément super bien avec Chloée, cela dit. Elle était sympa et pas con, j'adorais quand elle m'invitait dans sa chambre pour faire des bisous sur son lit ou pour regarder des cassettes VHS (un truc qui n'existe plus aujourd'hui, quelque chose comme l'ancêtre du dévédé)...seulement ça n'allait pas bien loin, tout ça. Et j'en voulais plus. Je ne voulais même que ça. Ce qui n'avait rien de bien choquant à mon âge. L'adolescent mâle ayant ceci de merveilleux qu'il passe la première moitié de son adolescence à rêver de baiser et la seconde à réaliser son rêve jusqu'à s'en écoeurer. Pensez-vous que ma mésaventure avec Chris m'aurait un tantinet servi de leçon ? Pas du tout : j'étais toujours aussi obsédé, toujours aussi sensible au sexe opposé, je crois même que ç'avait empiré. Parce que j'avais bien compris qu'auprès des filles en générale et de celles qui me plaisaient en particulier, le fait d'être père me conférait désormais une toute nouvelle légitimité sexuelle. Pour une raison assez difficile à pénétrer.

 

De toute façon sur Chloée elle-même ça n'avait qu'un effet très lointain - pour mon plus grand désespoir. Aussi ai-je tout simplement fait un truc qui aurait été impensable avec une fille de mon lycée...: j'ai tenté le coup !

 

Un après-midi que nous étions plus ou moins vautrés sur son lit à regarder une VHS des X-Files (ouille, mes rhumatismes) j'ai tenté une approche qui sur le coup m'a paru extrêmement subtile, glissant délicatement une main sous son pull. Comme elle n'a rien dit, je me suis permis d'attraper un de seins. Et comme elle n'a rien dit là non plus, il m'a semblé légitime de soulever le pull.

 

Là, quand même, elle a dit quelque chose :

 

« Thomaaaaaaaas........................... »

 

...mais elle l'a dit avec tellement points de suspension que je n'ai pas compris si ça voulait dire Thomas, quand même, tu exagères......... ou bien Oh oui, Thomas, continue......... Et le lecteur admettra qu'en effet, il arrive que ce genre de nuance se joue à une minuscule intonation de voix près - pas forcément perceptible quand est occupé à regarder une jolie paire de seins.

 

Du coup, comme j'avais dix-sept ans et que je n'avais peur de rien...comme j'avais dix-sept ans et que j'avais un groupe et que j'étais un dur...

 

...bah j'ai opté pour la seconde hypothèse. Et tout en resserrant mon étreinte j'ai essayé de coordonner tous mes mouvements, c'est à dire à la fois de continuer à la tripoter ET de me mettre à l'embrasser ET de tenter une approche au niveau de son entrejambe.

 

Et c'est là que j'ai pris une baffe.

 

 

Aujourd'hui encore j'ai gardé une certaine rancune à l'égard du mec qui a inventé le jean, un putain de truc qui ne se déboutonne pas facilement et qui est encore plus dur à faire glisser. Dieu sait ce qu'aurait été ma vie sa Chloée avait ce jour là porté un pantalon de toile...las ! Monsieur Lee Cooper a vraiment fait beaucoup de mal aux jeunes gens de ma génération avec toutes ses modes.

 

« Maaaaaaais euh...tu m'as fait mal !

-         PUTAIN MAIS TOI AUSSI ! Tu m'as pincée avec la fermeture !!!

-         ...euh...merde, j'suis désolé.

-         T'es trop con, bordel ! Tout ça pour me tripoter, quoi !

-         Mais je...euh...NON ! Je voulais plutot...enfin...laisse tomber.

-         Tu voulais quoi ? Tu voulais baiser ?

-         Hum...ouais mais...pas toi, apparemment...

-         Bah non ! PAS MOI. T'as cru le contraire ?

-         ...

-         Tu sais je suis capable de le montrer, hein, si j'ai envie d'baiser.

-         ...

-         Tu dis rien ?

-         T'as jamais baisé, c'est ça ? »

 

Et là j'ai pris une seconde baffe.

 

« ALORS POUR TOI ESPECE DE CONNARD UNE FILLE QUI VEUT PAS BAISER COMME CA C'EST QUELLE VIERGE ?!!! PUTAIN DE GROS CON DE MERDE............................................................ »

 

 

 

 

...je vous épargne la suite. Je suis rentré chez moi la queue entre les jambes, affligé par un colossal sentiment d'injustice. Je ne trouvais pas ça tout à fait normal qu'elle se permette de me frapper comme si j'étais un vulgaire violeur. Ca me posait pas mal de questions : si c'était déplacé de tenter des trucs avec sa copine...comment on faisait pour amener ces choses là alors ? Fallait bien que ça se fasse, quand même...fallait quand même pas prendre rendez-vous deux jours à l'avance et demander l'autorisation Excuse-moi de te demander pardon mais ça te dérange si par le plus grand des hasards je mets ma main dans ta culotte ? Je me voyais vraiment pas faire ça. J'avais l'impression qu'on m'avait roulé, ou alors que j'avais loupé un truc - genre les filles elles auraient envoyé des signaux secrets que j'étais pas capable de décrypter par manque d'expérience (ou sens aigu de la lose). Quoiqu'il en soit j'en voulais beaucoup à Chloée, heureusement désormais j'avais un exutoire à hauteur de mes déceptions amoureuses : la musique. Qui de plus en plus me semblait une solution magique à tous mes problèmes - ou comment transformer le positif en punk-rock en dix leçons.

 

C'est ainsi que j'ai écrit ma seconde chanson (après « Fuck les bases », vous vous rappelez ?), la première pourvue d'un véritable texte couple / refrain : « For Chloée S. ». J'ai pris la guitare pourrie de ma mère, qui n'avait plus que trois cordes, et j'ai gratté une mélodie absolument dissonante - et pour cause : j'avais jamais su jouer de guitare. Cependant attendu que les Sex Pistols jouaient comme des buses et que tout le monde trouvait ça très bien...attendu que Jérem m'avait affirmé que Paul McCartney était incapable de lire une partion...et attendu que Kurt Cobain avait composé « Polly » et « Something in the way » avec une guitare à quatre cordes...je me suis senti comme qui dirait encouragé par mes pairs. Et j'ai accompagné mon grattouillis d'un gribouillis à l'encre turquoise (que ma mère m'interdisait d'utiliser en cours - où va se loger la punkitude mes enfants...) sur mon cahier de chansons.

 

Ressentant cependant aujourd'hui un vague sentiment de honte, je vais juste me contenter du refrain de ce chef d'œuvre, laissant à vos soins d'imaginer le reste :

 

I taste you !

I approve you !

According to...me

You are the best whore

In the world.

 

 

Le pire étant sans doute que j'étais extrêmement fier de moi une fois achevé ce monument de rock'n'roll (dont on notera cependant entre deux rires que rien que par sa versification il est déjà supérieur à certaines chansons de Blink 182). A tel point que dans un élan de bonheur j'ai tenu absolument à le faire lire à Naïma, ma voisine anglaise, afin qu'elle en vérifie la grammaire. La pauvrette ! Dire qu'elle était secrètement amoureuse de moi depuis des années...là, soudain expédiée dans les tréfonds de ma psyché, elle a subi une décristallisation violente. Au point que sur le coup elle ne pas m'a répondu - elle m'a juste regardé en écarquillant les yeux.

 

« Mais...elle est horrible, cette chanson...

-         Bah ouais. Et alors ?

-         Et alors... ? Mais...

-         J'ai juste essayé d'écrire mes sentiments, t'vois.

-         Ben tes sentiments ils sont vraiment...

-         Horribles ?

-         Oui, voilà. C'est ça.

-         J'y peux rien. J'suis pas responsable de ce que je ressens. »

 

Et sur ce je me suis tiré.

 

Rêvant déjà au soir de concert où je pourrais chanter ma chanson en regardant la foule droit dans ses nombreux yeux, parmi lesquels ceux d'une Chloée S. tout à la fois effrayée et bizarrement émue.

 

 

 

 

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