Les notes du Golb

...
   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Vendredi 2 mai 2008

Chaque fois que j'entends une chanson des Beatles illustrer une pub, elle est morte pour moi - et merde : encore une !

 

Tom Waits.

 

 

 

 

Je suis un garçon sensible. A quoi ? A tout ou presque, je crois. Les atmosphères me reviennent souvent de moments lointains, les parfums, les sons, ainsi que tout un tas de sensations absolument indicibles qu'on appellera faute de mieux impressions de déjà-senti. Ca ne semblera ridicule je crois qu'aux gens n'étant pas foncièrement sensibles ni nostalgiques ni mélancoliques ni...enfin aux gens sans intérêt quoi. Par exemple dès quand les beaux jours reviennent et que je me mets à tondre la pelouse et ressurgissent immanquablement des images remontant à deux années plutôt, à l'époque où j'ai commencé à écrire dans ces pages. Les atmosphères globales du printemps et de l'automne (mes deux saisons favorites) me font toujours cet effet-là. Effet tout à fait dopant pour le moral, car bizarrement je me sens bien, alors. Peut-être parce que justement j'ai le sentiment de nager de manière imperceptible dans un univers familier.

 

Rien d'étonnant du coup à ce que je sois extrêmement sensible aux dates (ce n'est un secret pour personne), aux symboles, aux signes, et à ce que j'associe mentalement certaines chansons même pas à des époques mais carrément à des anecdotes. En fait non, même pas : certaines chansons sont pour moi sources de flashbacks purs et simples. Agréables ou non, léger ou pas...entendre telle chanson liée à telle instant me replonge instantanément dans la situation du moment que je revis à demi-conscient, parfois les larmes aux yeux et d'autres fois le sourire aux lèvres. Ce sont presque des voyages dans le temps, des transes dont j'avoue que je n'ai pas toujours envie de sortir au bout des trois ou quatre minutes imparties. Le plus étrange étant que dans le fond...ces chansons n'ont pas vraiment de sens. Elles n'ont la plupart du temps aucun lien direct avec le moment en question, leurs textes parlent parfois de tout autre chose et il arrive que leurs climats soient totalement décalés par rapport au moment qu'ils sont sensés illustrer. Que « To Sheila », la chanson de divorce par excellence, soit liée à certains des moments les plus doux de mon existence...c'est juste complètement irrationnel. Elle était là, à ce moment là, et puis voilà. On ne choisit pas de rencontrer l'amour au moment où la radio passe un morceau de Muse, d'offrir son premier baiser sur « Still Loving You » ou d'avoir pour hymne de ses vacances un morceau de Joe Dassin qui passait un matin de juillet 1999 dans le supermarché où l'on était en train d'acheter un seau et une pelle pour sa gosse. Pour le coup l'esthétique n'a franchement aucune importance dans l'histoire, et si la bande-son de ma vie n'a globalement rien qui soit inavouable c'est plus par hasard que parce que je n'écoute jamais de merdes.

 

Le revers de la médaille c'est qu'à cause de cela...certaines chansons sont mortes pour moi. Elles ont perdu ce qui les rendait exceptionnelles - leur universalité. Accolées à un moment M. de mon existence elles n'ont finalement plus de réel intérêt musical, elles ne sont même plus des chansons mais une agglomération de petits univers individuels, miniatures et totalement éphémères. Est-ce qu'une chanson marquante dans l'absolu est vraiment une chanson qui nous marque ? Bien sûr que non : une chanson marquante est au contraire une chanson qu'on peut réécouter comme au premier jour au bout de dix ans. Comme le disait fort joliment (et je crois justement) Laiezza il y a quelques semaines : ... un disque classique, c'est un disque qu'on a l'impression d'avoir toujours connu le jour de sa sortie, puis qu'on a l'impression de découvrir à chaque fois pour la première fois, durant les années qui suivent. Il en va de même pour les grandes chansons. Ce n'est évidemment pas le cas de celles dont je vous parle. Qui donc sont mortes. Mais ce n'est pas forcément triste : ce ne sont pas forcément des choses tragiques qui les ont tuées. Elles sont mortes au champ d'honneur d'une vie à laquelle elles n'avaient rien demandé, mortes à l'apogée de leur carrière de chanson. Mortes heureuses, en accomplissant leur destinée absurde : se figer dans un instant, dans un élan, devenir des polaroïds sonores et émotionnels. C'est quand même pas la fin la plus horrible qui soit. Même si c'est quand même une fin en soi - car une chanson qu'on ne peut plus écouter pour une raison X ou Y n'est rien d'autre qu'une chanson morte pour nous. Certains mêmes vont à ma place jusqu'à renier jusqu'au fait d'avoir aimé ces chansons, jusqu'à renier l'artiste qui va avec. Une amie m'a dit un jour : Je ne peux plus écouter Radiohead. C'est trop lié à Pierre-Louis...qui l'avait quittée en 2002. Comme un con j'ai répondu : Même pas Hail To The Thief ?...

 

...c'est seulement longtemps après que j'ai réalisé à quel point ma réflexion était idiote. Car si je trouverais super triste de me priver intégralement de Radiohead à cause d'une ex...j'ai conscience en revanche que je ne regarderai sans doute plus jamais « Dr House », ni n'écouterai avec plaisir les Red Hot Chili Peppers et que quand par hasard j'entends les Stereophonics...cela donne ce texte !

 

 

De ce point de vue mon lecteur MP3 est vraiment un salopard de première catégorie. Certes c'est de ma faute si je ne le vide jamais et si certains cadavres de chansons y traînent de-ci de-là. Néanmoins c'est quand même principalement sa faute à lui si sur 800 morceaux il me sort tout de même toujours les 50 mêmes, au nombre desquelles une bonne moitié de chansons zombifiées par les ans. C'est à la fois agréable de s'y replonger et profondément triste quand on en ressort, c'est à la fois stupidement bon et brillamment inopérant...et au final ceci est sans doute la preuve incontestable et incontestée que le mode shuffle est la pire invention de toute l'histoire de la musique (pire encore que les concerts dans les stades ou MTV). Le seul bon côté des choses c'est que ça donne de quoi écrire des chroniques un peu différentes à l'occasion des anniversaires de blog, et que ça me permets d'ajouter une pierre aux Archives ordinaires (ou presque). Car il ne m'a pas fallu plus de trois minutes de réflexion pour réussir à accoler une chansanedcote à chacune des saisons du Golb. Nul mérite là-dedans : cette chronique me trote dans la tête depuis le mois de janvier. Restait à trouver la motivation pour me remettre, le temps d'un bloganniversaire, dans le bain de la chronique tranche de vie. Comme la fois précédente c'est donc sur commande que j'ai écrit cette fois - merci à Rose d'avoir eu cette amusante suggestion aux allures de chaine bloguienne en devenir...

 


 

 

Printemps 2006 Deadwood » - Dirty Pretty Things)

 

On crève de chaud à Rouen et c'est assez rare pour être souligné. Mon appart n'est pas spécialement climatisé et en plus je suis au plus fort de ma dépression nerveuse - à savoir que je suis donc contractuellement tenu de ne jamais sortir de chez moi (sous peine de faire mentir ma réputation). Bizarrement ce n'est pas un souvenir sombre. Peut-être parce que j'ai connu beaucoup plus sombre par la suite. Peut-être parce que je me souviens surtout de ce soleil inondant mon petit appart de la Rue des Bons-Enfats, de ma sœur me rendant visite tous les deux jours et des bières qu'on vide en défilant des vidéos sur youtube. Grande première pour moi car j'ai horreur des clips, horreur de cette idée crétine voulant qu'un morceau ait besoin d'être illustré par des images. Je n'aime d'ailleurs pas plus les concerts filmés et si je viens tout juste d'acheter le dernier dvd live de Nine Inch Nails je m'apprête à le revendre au bout d'une semaine pour n'en garder qu'une version audio piquée sur le net. Il est d'autant plus étonnant qu'avec Lise nous bloquions sur ce clip pendant plusieurs jours, y revenant sans cesse. Ce n'est pas qu'à cause de la strip-teaseuse au champagne (enfin dans mon cas peut-être...mais ma sœur à ce jour est belle et bien hétérosexuelle)...c'est quelque chose de moins dicible qui fait qu'on trouve qu'une fois n'est pas coutume images et sons communient parfaitement. En vrai, Carl Barat y règle ses comptes avec son ex copain Pete Doherty : What will you do when they'll forget your name ? Ca ne prête pas vraiment à l'erreur d'interprétation. Mais dans le fond quel intérêt de savoir ça ? Ce qui compte est l'espèce de rage incandescente se dégageant du morceau, une rage communicative et surtout positive, une rage festive - comme ce clip finalement tout aussi jovial. Il y a chez Carl Barat une élégance naturelle qu'on retrouve dans « Deadwood », une élégance smithienne assez évidente (les Smiths sont du reste une influence écrasante des Dirty Pretty Things) transcendée par le noir et blanc sobre de la vidéo. Alors oui, ça me parle. D'ailleurs je l'ignore encore mais Waterloo to Anywhere deviendra avec le temps un de mes disques de chevet, tout inégal qu'il soit. Et deux ans plus tard quand « Deadwood » claque dans les enceintes...mon thé a comme un arrière goût de bière et de souffre.

 

 

Eté 2006 J'ai avalé une mouche » - Les Wampas)

 

« Papa, on arrive quand ?

- Bientôt, bientôt.

- T'arrête pas de dire ça mais on arrive pas !

- Mais si on arrive. Bientôt. »

 

...et pourtant on habite vraiment pas loin de la mer.

 

« On peut mettre de la musique ?

- On écoute déjà de la musique !

- Non mais de la musique...enfin de la musique bien, tu vois.

- T'aimes pas ce qu'on écoute ?

- Non. Je préfère la mouche !

- Encore ?

- La mouche ! La mouche !

- Ok, ok... »

 

Manon est une punkette. Quelque part je suis assez fier de mon coup, même si je suppose que Didier Wampas en est plus responsable que moi. « J'ai avalé une mouche » est le meilleur biais par lequel amener un enfant de moins de dix ans au rock'n'roll. Je nourris Manon à ça depuis ses quatre ou cinq ans. Le revers de la médaille est que je ne peux plus supporter cette chanson qui figure sur toutes les compiles de vacances, sur toutes les K7 dans la voiture, sur tout tout le temps à tel point que quelques années après je l'ai en jukebox mental quasi permanent.

 

« J'ai avalé une mouche en roulant sur mon vélo, elle est restée coincée, j'ai failli tomber dans l'eau... »

 

Ca chante à l'arrière et moi je conduis en priant pour qu'on arrive vite.

 

« Je roule la bouche ouverte, je dois être un peu idiot...dis c'est vrai ça, Papa, c'est un peu idiot, quand même...hein ?

- J'en sais rien je fais jamais de vélo.

- Moi j'ouvre pas la bouche quand j'en fais.

- T'en fais jamais non plus.

- ...

- ...

- Comme ça je vais pas avaler des mouches, patate !

- Hé oh - m'appelle pas comme ça Pierrette.

- Oh nooooooon ! Pas Pierrette !!!

- Alors m'appelle pas patate - ok ?

- C'est fini la chanson.

- Super ? On chance de disque ?

- Atteeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeends ! C'est « Les bottes rouges » ! »

 

Oh putain non. Pas « Les bottes rouges ».

 

« Je viens d'avoir CINQ ANS ! Aujourd'hui je suis grand... »

 

...eh ben si...

 

 

Automne 2006 La Mélancolie » - Miossec)

 

La mélancolie
Qui vient qui coule
Qui vous enfonce tout doucement
Qui vous enroule
Qui vous blottit
Qui vous protège des ouragans
La mélancolie qui vient qui cogne
A la porte si souvent
Que l'on s'y abandonne
Que l'on se roule même dedans
La mélancolie
De nos meilleures années
Nos compagnes nos conneries
Ne doivent pas un jour s'oublier

 

Comment peut-on écrire un texte entier, et pas un mauvais, en confondant du début à la fin mélancolie et nostalgie ? Comment peut-on réussir un texte en se plantant complètement de notion et comment peut-on parvenir à proposer une définition musicale parfaite de la mélancolie...tout en écrivant sur la nostalgie ?

 

C'est ce que je me demande ce jour-là tandis que je regarde les gens passer sous ma fenêtre. Regard évidemment mélancolique - sans quoi ça n'aurait aucun intérêt. A moins qu'il s'agisse d'un regard nostalgique ? Aucune idée. Ce qui est sûr c'est que je vis seul avec Manon depuis un an déjà, que l'avenir ne me semble pas spécialement dégagé et que la mélancolie m'enroule et me blottit assurément. Je ne me roule pas encore dedans (faut pas déconner) mais la tentation est là. Tiens...elle est jolie cette fille, là, qui vient de passer. Comment on fait pour rencontrer ce genre de fille ? Je ne sais pas si vous avez remarqué mais dans les séries télé les couples se forment souvent au hasard de rencontres totalement impromptues au milieu de la rue. Si je descends, là, maintenant, pour aller draguer cette fille...quel est le pourcentage de chances pour qu'elle me batte froid ? Quatre-vingt dix-neuf ? Cent ? J'imagine bien la scène. Salut, moi c'est Thom. Vingt-cinq ans, père célibataire sortant de dépression nerveuse et écrivain par-dessus le marché (mais ne nous formalisons pas de cela - je ne suis pas édité). Je suppose que la fille va bien sûr me tomber direct dans les bras - c'est d'une logique implacable. Six mois plus tard je la conduirai à l'autel (oui : j'ai bien dit AUTEL-A-U) et dans un an je fêterai la naissance de mon second enfant (que j'aurais conçu volontairement). Une histoire belle comme un arrangement symphonique de Zita Swoon. Poignante comme les rêves qu'on nous colle dans la tête alors que dans le fond on en a jamais foncièrement eu envie. La différence entre la mélancolie et la nostalgie, c'est justement qu'on sait de quoi on est nostalgique et qu'on sait pourquoi on est affligé. J'ai toujours été un grand mélancolique.

 

 

Hiver 2006 / 2007 (« Sous influence divine » - Daniel Darc)

 

Paris. C'est Paris, cette chanson. C'est Paris et rien d'autre. Quitte à taper dans le Darc la logique aurait voulu que Paris soit associée à... « Paris ». Eventuellement à la reprise des « Champs-Elysée ». Bah oui, mais non : quand une chanson vient s'éteindre doucement contre un instant (forcément) volé...la logique n'entre pas en ligne de compte. Et donc « Sous influence divine »...c'est Paris. Où je n'ai plus été depuis des lustres et où je retourne parce que j'ai rendez-vous avec une femme (ce qui, du reste, ne m'est plus arrivé depuis des lustres - non plus). J'avais tellement peur d'être en retard que je suis parti aux aurores (rendez-vous était pris à...onze heures - je suis sans doute le seul mec qui ait jamais eu peur de faire Rouen - Paris en quatre heures !) et j'ai roulé dans l'aube et sous la pluie, sur fond de Venus. Mais The Red Room n'étant quand même pas le disque le plus optimiste de tous les temps j'ai envie de changer en arrivant à proximité de cette capitale que j'aime tant (tellement, en fait, que je l'économise et y traine le moins possible de crainte de me la gâcher). Alors sans réfléchir je change de face. Je ne sais même plus ce qu'il y a de l'autre côté de la K7...et ce qu'il y a c'est le premier album de Daniel Darc. Ca jaillit dans la voiture, cette rythmique joviale, presque bon enfant, qui introduit le premier morceau (éponyme). Pile à ce moment-là je franchis le dernier tunnel et surgit au milieu de Neuilly sur laquelle le jour vient enfin de se lever et le ciel de se dégager - comme ça : sans prévenir. On dirait vraiment une scène de comédie romantique. Cette journée sera d'ailleurs une longue et trop courte scène de comédie romantique. C'est un vrai plaisir et c'est sans doute la seule fois de ma vie que je me sens résolument Cary Grant. Du genre qui à la fin de l'engueulade va retraverser toute la ville sous la pluie au milieu de la nuit, attraper la fille par le bras et l'embrasser fougueusement tandis que l'orage approche. Ouais...je chante à tue-tête en traversant Neuilly et je me sens exactement comme ça. Je marche dans la neige sans avoir froid. Même sous la pluie je ne me mouille pas. « Sous influence divine ». Moins d'un an plus tard j'aurai retrouvé la Foi. Premier signe ou énième symptôme ? Aucune importance : « Sous influence divine », c'est Paris. C'est l'arrivée à Neuilly et moi qui tourne trois fois autour de l'Arc de Triomphe avant de trouver le bon embranchement. Qui fais dix-huit fois le tour des Invalides avant de parvenir à me garer. Qui fais semblant de ne pas avoir vu la jeune femme traverser la route devant moi deux minutes avant. Qui fais semblant de ne pas savoir dans quelle direction elle est partie et où est-ce qu'on a rendez-vous, parce que j'ai une petite boule dans la gorge qui me fait sacrément du bien. Je viens de me repasser trois fois la chanson et mon estomac crépite bizarrement. Je me suis garé enfin, j'ère un peu et j'hésite, j'allume ma clope avec le mégot de la précédente et comme à chaque premier rendez-vous de mon existence je sens qu'un bouton de fièvre est apparu au-dessus de mes lèvres. Mais j'en ai rien à carrer, parce que pour la première fois depuis longtemps je me sens vivant. De toute façon je travaille pour le Seigneur - alors qu'est-ce qui pourrait bien me faire peur ?

 

 

Printemps 2007L'amour de la haine » - No One Is Innocent)

 

Il y a quelque chose de pitoyable dans l'absence de révolte des groupes de rock contemporains. C'est vrai en général ; cela vaut encore plus en France, pays certes le moins rock'n'roll du monde, mais pays particulièrement politisé...sauf chez ses groupes de rock. Que celui qui n'a jamais eu mal au cœur en voyant que le discours de Yannick Noah était plus concerné (à défaut d'être brillant) que celui d'à peu près tous les rockers du pays me jette la première pierre. Même Francis Cabrel est plus révolté que les groupes de rock français, à la longue c'en devient pathétique. Quand j'avais l'âge des BB Brunes, moi, j'aurais été ulcéré par l'élection de Sarkozy. J'aurais écrit des chansons engagées assurément bidon mais ç'aurait toujours été plus courageux que de faire semblant de vivre dans un monde parallèle où tout va pour le mieux et où on va faire la fête en draguant les filles. Si j'avais vraiment quelque chose à reprocher à la nouvelle génération...ce serait sans aucun doute cela. Non pas que je sois un grand maniaque de la protest-song de principe. Mais nous vivons dans un pays en crise depuis des années, où les acquis sociaux sont démollis les uns après les autres et où des immigrés choisissent de se mourir pour échapper aux flics qui les coursent. Que ma voisine ou que le commun des blogueurs s'en balance m'importe peu. Qu'on prétende faire du rock en vivant complètement en dehors de cette réalité glauque et violente me consterne. La génération précédente, celle des Noir Désir et compagnie...avait quelque chose à dire. Elle avait des convictions, des idées, des valeurs. Elle ne pensait  pasqu'à se vider la tête (et la bouteille) backstage. Elle avait retenu les leçons de Dylan, de Strummer, de tous les autres. La génération actuelle n'a rien à dire sur Sarkozy, sur la misère sociale ou les expulsions. Quelle surprise qu'un an après les présidentielles tant de gens s'enthousiasment pour la reformation de NTM ou fantasment sur le retour de Cantat. La vérité est que si quelques cloportes sans envergure se sont bien essayés à les immiter balourdement ces vénérables quadra qui ont largement passé l'âge de cracher sur les gouvernements n'ont jamais été remplacés par quiconque. Alors quand j'entends pour la première fois « L'amour de la haine », extrait du dernier No One (que quasiment personne n'a acheté à part moi)...j'ai l'impression d'un fantôme surgit du passer, d'un résidu d'une époque révolue (les années 90) où les groupes de rock et de rap français avaient des choses à dire, qu'on pouvait ne pas approuver mais qui avaient au moins le mérite d'interroger la société dans laquelle ils évoluaient. En quelques minutes de cette sombre ballade Kmar résume celui qui n'est pas encore Président de la République et annonce déjà la suite - ou quasiment. Qui l'a écouté ?

 

 

Eté 2007Voici la ville » - Vincent Delerm)

 

J'ai quitté Rouen depuis trois mois lorsque j'y reviens pour la première fois avec une femme que j'aime. Bien entendu il pleut des cordes - et c'est heureux : imaginerait-on une visite de Rouen sous le soleil ? Ce serait voler le chaland sur la marchandise ! Heureusement bien que nous soyons en plein mois d'août et qu'il fasse un soleil radieux sur tout le reste du pays le microclimat rouennais tient toutes ses promesses et je vous assure que c'est une pure coïncidence si nous écoutons le dernier Delerm au moment où nous nous enfonçons sur la Sud 3. Est-ce que je me rappelle qu'il y a sur ce disque une chanson intitulée « Voici la ville » narrant peu ou prou exactement ce que je suis en train de vivre à cette seconde ? Oui, mais je n'y pense pas vraiment. C'est seulement quand arrive une chanson qu'au demeurant je n'ai jamais aimée (sans doute la seule sur cet album que j'ai courageusement défendu à sa sortie - j'étais bien le seul dans la blogosphère) que je suis frappé par une évidence troublante : voilà que j'écoute une chanson décrivant à la virgule près ce que je suis en train de faire. Mais, vraiment : il ne s'agit pas que de retourner à Rouen, mais aussi de regrimper sur la bute de Mont Saint Aignan et de regarder ce qui se passe en-dessous (à savoir pas grand chose : Delerm n'a pas anticipé, quand même, le temps qu'il fait ce jour-là). Car il n'y a qu'un seul endroit à Rouen où vous pouvez voir la Seine en contre-bas et il n'y a qu'un seul endroit qu'on appelle le Panorama - l'espèce d'esplanade à côté de ce restau U où Delerm et moi-même avons mangé plus d'une fois (pas ensemble, ceci dit...quoique sûrement, en fait, simplement je ne le savais pas et lui non plus - et l'on murmure qu'il le regrette ardemment depuis car il est fan de ce que je fais). Or c'est là que je me trouve, en voiture, avec Elle, au moment même où cet imbécile heureux chante ça. Je le lui dit (à Elle - pas à Delerm). Ca ne lui fait ni chaud ni froid. Il est vrai que je ne lui dis pas précisément que d'ici je vois ma vie avant elle et que cela m'émeut et que je suis heureux d'être ici, avec elle, tout de suite. Que Rouen est bien plus belle quand on la retrouve que lorsqu'on y vit et que cela vaut peut-être pour toutes les villes du monde. Que celle-ci est la mienne et qu'elle est mon boulet, que mon histoire est là et que Rouen fait partie intégrante de moi. Que la quitter m'a été douloureux, que la retrouver plus tard me le sera aussi et qu'au final je ne pourrais sans doute plus jamais y flâner comme avant. Ni écouter cette chanson.

 

 

Automne 2007 (« Carry up on the morning ! » - Babyshambles)

 

Depuis quelques temps je fais beaucoup d'allez-retour à travers le pays et j'adore ça. C'est complètement tuant mais j'avoue tout : conduire seul pendant des heures est quelque chose qui m'a toujours procuré une sensation de bien-être incroyable. Il m'arrive même parfois d'être déçu d'être déjà arrivé, de ne pas rouler encore un peu en écoutant des trucs bondissants à fond la caisse (dans tous les sens du terme). La boite est gants est remplie de cds plus énergiques les uns que les autres, rien que des trucs transpirant la joie et la bonne humeur. Quand je conduis je n'ai jamais envie d'écouter des trucs mollassons, plutôt un besoin de speed pour me sentir complètement embarqué...au point parfois de m'apercevoir que je suis largement au-dessus de la vitesse autorisée et devoir piler comme un dingue parce qu'un radar automatique pointe le bout de son nez à l'horizon. « Carry up on the morning ! » restera éternellement la bande-son de cette période, de ces kilomètres avalés sous un soleil automnal adorable, des stations services où je m'arrête acheter le même sandwich thon-crudités Dauna et où, à force de passer deux fois par semaines, tous les pompistes me saluent comme un habitué. Et puis quand j'arrive à vingt bornes de ma destination je coupe le son et je m'arrête sur une aire déserte pour enfiler une chemise propre - j'ai sué à grosse gouttes pendant le trajet. C'est un peu cela, l'odeur de « Carry up on the morning ! » : celle de ma sueur après des centaines de kilomètres à chanter à tue-tête au point que même sur l'autoroute les gens me regardent comme le barge que je suis. On comprendra que j'ajoute toujours au titre de ce morceau un point d'exclamation.

 

 

Hiver 2007 / 2008What became of the likely lads » - The Libertines)

 

Je triche. Celle-ci n'est pas complètement morte pour moi, je l'écoute encore souvent et je la trouve on ne peut plus universelle. Il n'empêche que chaque fois elle me fait repenser à ce truc très étrange, tout à fait indescriptible en fait...mais que je vais quand même essayer de décrire. On vient alors de me proposer un nouveau job, plutôt prestigieux et remarquablement rémunéré. A Londres. Curieusement tout le monde trouve ça hyper cool...sauf moi. Et je ne sais pas vraiment pourquoi, dans le fond, car l'idée de partir à Londres bosser dans un milieu culturel avec plein de responsabilité importantes est tout à fait séduisante. Objectivement. Mais ça me fait un peu peur, je ne sais pas...j'hésite énormément, pas uniquement à cause de la vie déjà très compliquée que j'aie à ce moment, pas uniquement parce que je suis amoureux et même pas uniquement parce que je suis sûr que c'est un signe mais que j'ignore encore de quoi. Non...si j'hésite...je crois que c'est parce qu'à ce moment-là je n'arrive pas encore tout à fait à définir la personne que je suis (encore moins celle que je voudrais être). Depuis plusieurs mois maintenant j'essaie de me convaincre je pourrai un jour correspondre à l'image d'Epinal du père de famille - hypothèse assez peu probable pour quiconque me connaît un peu. Je m'entête à essayer d'entrer dans un costume n'étant pas fait pour moi plutôt que d'essayer d'enfiler mon propre costume...et voilà qu'on propose un troisième costume n'ayant rien avoir avec les autres et ne me correspondant fondamentalement pas plus. Alors je réfléchis, trop longtemps et sans doute trop mal. Je me dis que peut-être c'est ça, mon costume. Et pas l'autre. Je me cherche encore. Et je me sens vraiment pris dans un dilemme hyper cornélien quand dans le fond la réponse est simple : je n'ai aucune envie de partir. La vie londonienne ne m'intéresse absolument pas, le luxe et le prestige qu'induisent ce boulot sont à des années lumières de ce que je suis et si j'accepte il est plus que probable que je fasse une dépression nerveuse au bout de six mois (à moins que je ne me métamorphose en un de ces sales cons prétentieux, comme tant de français réussissant dans la capitale anglaise...eurk). C'est une promenade en ville , un soir, qui m'éclaire. Promenade est un bien grand mot : je tourne surtout en rond pendant une heure et demi autour de la même place, mon lecteur MP3 vissé sur les oreilles. Et donc : « What became of the likely lads ». Et tout s'éclaire. Aussi dingue que ça puisse paraître en entendant cette chanson je sais que je n'irai pas à Londres, que j'en ai aucune envie. Je sais qui je suis et vers quoi je vais et ce n'est certainement pas vers un boulot aussi prestigieux soit-il dans univers pailleté. Même avec une super voiture de fonction et un ordinateur dernier cri. Quand la chanson se termine je sais que si j'accepte ce poste je vais me renier, et tant pis si tout le monde me dit que je suis complètement fou - j'assumerai désormais ma folie. A tort ou à raison. Ado je rêvais que la musique puisse changer le monde. Je me suis rendu à l'évidence que c'était impossible. Pourtant une chanson, une fois, a réellement influé sur ma carrière. Autant vous dire que l'info ne figure pas sur mon C.V.

 

 

Printemps 2008

 

Ayant désormais pris le parti de ne plus écrire sur moi-même qu'avec un bon gros recul, je suis évidemment dans l'incapacité de refermer cette chronique conceptuelle sur le présent - encore moins d'opérer une ouverture vers l'avenir. Néanmoins il y a ces temps-ci une chanson qui revient beaucoup et qui (selon Certain Prophète) pourrait bien être un signe envoyé par Dieu (lequel se serait incarné en mon lecteur MP3). L'information mérite évidemment d'être prise avec une certaine réserve...reste qu'en attendant de comprendre ce que le Créateur essaie de me dire, cette chanson traduit à merveille mon humeur du printemps 2008. Comme c'est une merveille il serait dommage de s'en priver...

 


 

 

 

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