Les notes du Golb

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Dimanche 4 mai 2008

Small World (David Lodge, Angleterre, 1984)

 

V.F. : Un tout petit monde

 

 

Lodge et Lurie - même combat.

 

Cette phrase n'est pas de moi : elle est de JP. Et elle pourrait presque se substituer à ma critique de « Small World » tant elle est juste. Je ne m'en suis hélas souvenu qu'après coup, et c'est par le plus grand des hasards que j'ai lu « Small World » seulement quelques mois après « Foreign Affairs », qui présente la particularité outre de naviguer dans des sphères similaires...d'être paru et d'avoir cartonné la même année. 1984. On crache souvent sur les années 80 en musique. Force est d'admettre que les années 80 littéraires ne sont guère plus glorieuses.

 

Pourtant David Lodge n'est pas Alison Lurie. Il écrit infiniment mieux et, incontestablement, il a su depuis lors proposer autre chose que cette trilogie universitaire qui fit de lui une star à partir de « Changing Places » (1975). « Thinks... », paru il y a quelques années, est un très bon livre, sans doute pas un chef d'œuvre mais qui mérite que l'on s'y attarde. On en dira pas autant de « Small World », qui s'il n'est pas désagréable à parcourir en soi (le style de Lodge semble couler de source et s'avère en tout point confortable) servira surtout de remarquable spot pour une hypothétique campagne contre les dangers des modes en littérature. Car Lodge, même si on l'enseigne dans certaines facs, n'a rien d'un grand écrivain et le meilleur moyen d'en juger est de lire ce livre réussissant la performance d'être plus usé et poussiéreux que la quasi totalité de la littérature anglaise du dix-neuvième. La lecture des premières pages est effrayante : on a l'impression d'une vignette antique, d'un fantôme du passé revenu pour nous hanter. On aimerait y trouver une histoire, un semblant d'intrigue...on cherchera jusqu'à la dernière page : « Small World » est avant tout l'interminable récit d'un colloque et si l'on peut concevoir qu'un colloque puisse éventuellement servir de cadre à un roman on objectera sans vouloir contrarier l'auteur qu'y injecter une dynamique n'aurait rien d'infâmant.

 


Rien qui puisse s'en rapprocher ici : « Small World » se constitue surtout d'une galerie de portraits se voulant (on suppose) vitriolés, des universitaires imbus d'eux-mêmes et un brin paumés qui n'aiment pas vraiment la littérature, il y a de la rivalité, il y a du sentiment, il y a plein de trucs intéressants assemblés dont tous présentent l'étonnante singularité de tomber complètement à plat - comme toute étude d'un microcosme lorsqu'elle n'est pas assortie (au choix) soit d'une vision littéraire soit d'un soupçon d'universalité (les deux étant évidemment l'idéal). Le fait est qu'en soit le microcosme en question est extrêmement minorant pour le livre : le système universitaire britannique n'a pas grand chose à voir avec le nôtre et n'a même pas grand chose à voir avec le système américain (auquel le lecteur français demeure plus souvent exposé). Le système universitaire britannique vu par le petit bout de la lorgnette du colloque, c'est encore plus réducteur (on se demande à la lecture si quelqu'un ne sachant pas ce qu'est un colloque parviendra à comprendre pourquoi tous ces gens sont réunis - et donc par extension pourquoi ce roman est satirique). Placez le tout dans les années 80, à une époque où précisément le système universitaire anglais est en train de basculer et où c'est donc "intéressant" d'en parler (encore faut-il le savoir, on se doute qu'un événement aussi capital dans l'histoire de l'univers figure dans tous les bons manuels d'histoire...) et vous aurez l'archétype du livre probablement génial l'année de sa sortie mais dépourvu du moins intérêt dix ans après. Autant dire que lecteur français du vingt-et-unième n'a pas grand chose à en espérer sauf à se poser cette question gravissime : A quoi ressemblaient les universitaires anglais dans les années 80 ?

...

En ce sens la préface à l'édition de 1990, signée Umberto Eco, a quelque chose d'infiniment plus drôle que le livre lui-même, puisque le vénérable auteur du « Nom de la Rose » s'y gargarise de ce que « Small World » ait inventé un genre littéraire (!!!) et soit désormais repris par les universitaires eux-mêmes. Effectivement la précision n'est pas inintéressante, dans la mesure où « Small World » n'est rien d'autre que le livre d'un universitaire sur les universitaires, qui s'adresse à eux et a fini par être disséqué en cours par ceux-là même qu'il épingle. On admettra que l'aveu d'échec ne manque pas de sel, et lorsque le même Eco ose dans la même préface comparer le bouquin de Lodge aux chroniques d'Alphonse Allais on se dit, un peu songeur, que dans le fond même certains grands intellectuels auraient bien besoin d'un petit cours d'esthétique de temps à autre. Car en fait de grand livre comique, on a surtout un grand livre soporifique impuissant à faire même sourire quiconque ne connaîtrait pas un tant soit peu l'univers dépeint. Et en fait d'invention d'un genre littéraire on n'a que la carte-postale jaunie d'une époque hélas pas encore révolue où les modes littéraires se sont substituées aux mouvements. Bien écrit, donc, mais à peu près aussi excitant qu'un clip de Bowie à la même époque. Ce qui n'est pas peu dire.

 

 

le genre :    périmé

 

la note :   

 

 

 

 

par Thom publié dans : Lectures
recommander

Commentaires

Nice work lui est très nettement supérieur (je trouve).

J'ai vu hier qu'il y en a un nouveau qui vient de sortir. Lodge c'est quand même toujours un grand plaisir à lire. Il a une fluidité dans l'écriture incroyable. Et Therapy restera mon préféré.


commentaire n° : 1 posté par : Kill Me Sarah (site web) le: 04/05/2008 13:05:20
Thom,

Bien sûr, que tout ce vous dites est juste. Bien sûr, que l'on peut trouver étonnant que Lodge soit plus souvent étudié que certains écrivains contemporains majeurs (Roth, Banks...). Oui, vous avez entièrement raison, et bien sûr, ce livre a vieilli. Mais j'y reste attaché, j'ai une tendresse particulière pour celui-ci (pour Lodge en général, avez-vous lu son excellent bouquin sur James ?), et je vous trouve vraiment très sévère.

BBB.
commentaire n° : 2 posté par : BBB. le: 04/05/2008 13:45:46
Allons...je n'ai pas dit que Lodge était un mauvais non plus :-)

En l'occurrence ses livres des années 90 / 2000 me semblent clairement meilleurs, moins perméable à ce côté "air du temps" qui ruine complètement sa fameuse trilogie des campus...
commentaire n° : 3 posté par : Thom (site web) le: 04/05/2008 14:39:20
totalement d'accord avec tout le monde ( je flatte mon côté" j'sus trop sympa cool") - BBB, L'auteur, L'auteur est un excellent bouquin, une vraie bonne surprise, et ce livre m'a beaucoup touché ( et appris, en fait) - j'avais bien aimé Thérapie aussi, mais un peu moins ( encore que, j'ai des doutes, Thérapie, c'est celui où le SDF s'appelle Grahame ?, si oui, pas mal du tout) - mais effectivement, Thom, les romans lodgiens des années 70 et 80 ont vraiment beaucoup vieilli - ceci dit, c'est notre lot à tous :))
commentaire n° : 4 posté par : jp le: 04/05/2008 16:19:11
Evidemment je l'avais beaucoup aimé celui-là, rien d'étonnant j'aime aussi Lurie :-)))) cela dit c'est vrai que les livres de Lodge ont tendance à vieillir même si je ne l'ai pas particulièrement ressenti dans un tout petit monde, dans ses romans plus anciens cela m'a nettement genée (désolée pour la théorie des années 80) Thérapy et Pensées secrètes restent mes préférés pour l'instant mais j'ai "l'auteur l'auteur" en réserve ;-)
commentaire n° : 5 posté par : yueyin (site web) le: 04/05/2008 16:34:03
"L'auteur ! L'auteur !". Voilà. Je cherchais le titre...
commentaire n° : 6 posté par : BBB. le: 04/05/2008 17:02:33
jp >>> attention...tu vas finir par être contraint d'écrire après un bouquin intitulé "This is not a love nor a nice book from a nice man"...:-)

yueyin >>> une seule conclusion s'impose : tu es une kid des années 80 qui a grandi. Avoue tout :-)

BBB. >>> il me semble que Gaëlle avait d'ailleurs écrit sur ce livre (où ? euh...aucune idée, mais j'en suis presque sûr).
commentaire n° : 7 posté par : Thom (site web) le: 04/05/2008 17:57:57
Oui, il suffit d'aller voir dans son index, au fait. J'ai donc trouvé le billet (très bon). Mais hélas, il ne parle pas tellement de ce livre là.

BBB.
commentaire n° : 8 posté par : BBB. le: 04/05/2008 21:11:31
Oui bien sûr. Son index. Comment n'y ai-je point pensé ? :-D
commentaire n° : 9 posté par : Thom (site web) le: 04/05/2008 22:17:42
Bne moi je garde un bon souvenir de ce bouquin lu quand j'étais étudiante (ça ne me rajeunit pas..., et ça explique certainement pourquoi j'avais aimé...:)). Mon préféré de Lodge c'est Hors de l'abri... mais j'ai un peu abandonné cet auteur depuis quelques années (je me suis arrêtée à Thérapie, qui ne m'a pas convaincue plus que ça... En fait je n'ai pas l'impression que Lodge soit périmé, je pense plutôt que c'est moi qui ai changé... C'est bizarre mais c'est un auteur que je n'ai plus envie de lire.)
commentaire n° : 10 posté par : fashion victim (site web) le: 05/05/2008 10:10:41
Tu ne me contredis pas vraiment, en fait...vu que tu as mieux connu les années 80 que moi :-)

(sauf ton respect :D)

L'idée de mon post est justement de dire que quelqu'un ne les ayant pas connues (ou les ayant oubliées) resterait un peu...interdit devant ce livre.
commentaire n° : 11 posté par : Thom (site web) le: 06/05/2008 11:52:49
Bon, tu es un peu sévère sur Un petit monde, mais je comprends qu'on puisse avoir des avis un peu tranchés, et ça se tient dans ce cas. Même si je me suis bien marré perso à sa lecture il y a une quinzaine d'années (en VF, toujours en VF pour moi).
Mais, comme pour KMS, c'est Thérapie qui m'a scotché. J'étais moi-même en dépression totale (je me demande si je n'y suis pas resté depuis lors ^^), et non seulement ce bouquin est juste, mais qu'est-ce qu'il m'a fait marrer.

Mais comme toujours, il y a un côté private joke, nudge nudge chez Lodge, et ça rend même sûrement ses ouvrages périmés dès leur sortie pour certains. 

(PS : ça me fait tout drôle de commenter sur un blog qui est en phase terminale et qui plus jamais ne revivra parce qu'il est "off" et qu'on est désormais seuls dans l'univers à crier... aaaaaaaarrrrgh...)

sc4 
commentaire n° : 12 posté par : Christophe (site web) le: 08/05/2008 11:06:58
Ciel je suis découverte j'avoue tout :-))) mais le vrai kid des  années 80 c'est toi Thom... tu es bien né pendant cette décennie non ????? ;-)
commentaire n° : 13 posté par : yueyin (site web) le: 09/05/2008 21:47:56
Christophe >>> sévère mais juste. C'est la devise du Golb ;-)

yueyin >>> certes...mais je n'avais pas vraiment de vie culturelle à cette époque, la plupart des trucs des années 80 je les ai découverts des les années 90 :-)
commentaire n° : 14 posté par : Thom (site web) le: 12/05/2008 16:22:22

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