Small World (David Lodge, Angleterre, 1984)
V.F. : Un tout petit monde
Lodge et Lurie - même combat.
Cette phrase n'est pas de moi : elle est de JP. Et elle pourrait presque se substituer à ma critique de « Small World » tant elle est juste. Je ne m'en suis hélas souvenu qu'après coup, et c'est par le plus grand des hasards que j'ai lu « Small World » seulement quelques mois après « Foreign Affairs », qui présente la particularité outre de naviguer dans des sphères similaires...d'être paru et d'avoir cartonné la même année. 1984. On crache souvent sur les années 80 en musique. Force est d'admettre que les années 80 littéraires ne sont guère plus glorieuses.
Rien qui puisse s'en rapprocher ici : « Small World » se constitue surtout d'une galerie de portraits se voulant (on suppose) vitriolés, des universitaires imbus d'eux-mêmes et un brin paumés qui n'aiment pas vraiment la littérature, il y a de la rivalité, il y a du sentiment, il y a plein de trucs intéressants assemblés dont tous présentent l'étonnante singularité de tomber complètement à plat - comme toute étude d'un microcosme lorsqu'elle n'est pas assortie (au choix) soit d'une vision littéraire soit d'un soupçon d'universalité (les deux étant évidemment l'idéal). Le fait est qu'en soit le microcosme en question est extrêmement minorant pour le livre : le système universitaire britannique n'a pas grand chose à voir avec le nôtre et n'a même pas grand chose à voir avec le système américain (auquel le lecteur français demeure plus souvent exposé). Le système universitaire britannique vu par le petit bout de la lorgnette du colloque, c'est encore plus réducteur (on se demande à la lecture si quelqu'un ne sachant pas ce qu'est un colloque parviendra à comprendre pourquoi tous ces gens sont réunis - et donc par extension pourquoi ce roman est satirique). Placez le tout dans les années 80, à une époque où précisément le système universitaire anglais est en train de basculer et où c'est donc "intéressant" d'en parler (encore faut-il le savoir, on se doute qu'un événement aussi capital dans l'histoire de l'univers figure dans tous les bons manuels d'histoire...) et vous aurez l'archétype du livre probablement génial l'année de sa sortie mais dépourvu du moins intérêt dix ans après. Autant dire que lecteur français du vingt-et-unième n'a pas grand chose à en espérer sauf à se poser cette question gravissime : A quoi ressemblaient les universitaires anglais dans les années 80 ?
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En ce sens la préface à l'édition de 1990, signée Umberto Eco, a quelque chose d'infiniment plus drôle que le livre lui-même, puisque le vénérable auteur du « Nom de la Rose » s'y gargarise de ce que « Small World » ait inventé un genre littéraire (!!!) et soit désormais repris par les universitaires eux-mêmes. Effectivement la précision n'est pas inintéressante, dans la mesure où « Small World » n'est rien d'autre que le livre d'un universitaire sur les universitaires, qui s'adresse à eux et a fini par être disséqué en cours par ceux-là même qu'il épingle. On admettra que l'aveu d'échec ne manque pas de sel, et lorsque le même Eco ose dans la même préface comparer le bouquin de Lodge aux chroniques d'Alphonse Allais on se dit, un peu songeur, que dans le fond même certains grands intellectuels auraient bien besoin d'un petit cours d'esthétique de temps à autre. Car en fait de grand livre comique, on a surtout un grand livre soporifique impuissant à faire même sourire quiconque ne connaîtrait pas un tant soit peu l'univers dépeint. Et en fait d'invention d'un genre littéraire on n'a que la carte-postale jaunie d'une époque hélas pas encore révolue où les modes littéraires se sont substituées aux mouvements. Bien écrit, donc, mais à peu près aussi excitant qu'un clip de Bowie à la même époque. Ce qui n'est pas peu dire.
le genre : périmé
la note :






