Les notes du Golb

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Lundi 5 mai 2008

Damaged (Black Flag, USA, 1981)

 

 

Il arrive que l'histoire de la musique soit très frustrante, et qu'arrive t'il d'après vous quand on est trop frustré ? Je vous le donne en mile : on fait beaucoup de bruit. Greg Ginn, personnage haut en couleurs et fondateur des mythiques Black Flag fut (nul n'en doute) le guitariste le plus frustré des années 80. On le comprend sans peine : un poil trop jeune pour être un punk de 77, le pauvre garçon a publié son premier EP (très culte Nervous Breakdown) en 1978 - soit donc au moment où tout le monde vire post-punk ou gothic ou (pour les plus retorses - et les plus frustrés) New Wave Of British Heavy Metal. Plus frustrant encore : Ginn a le physique d'un bûcheron, il est allergique au maquillage et il est californien...ce qui fait qu'il ne peut intégrer aucun des courants découlant du punk. Rien d'étonnant dès lors de le voir intituler son EP suivant Jealous Again.

 

Bon...que tout le monde se rassure : certes G.T. a publié hier la (truculente) Véritable Histoire du Hard. Certes je ferais n'importe quoi pour l'impressionner...mais je n'ai nullement l'intention de le parodier en écrivaint La Véritable Histoire du Hard(core). Tout ce que je viens d'écrire dans le précédent paragraphe est on ne peut plus vraisemblable (sinon carrément vrai), et si vous ne vous en rendez pas compte c'est sans doute parce que comme beaucoup de français vous croyez que le hardcore est la musique des insupportables compiles Thunderdome que votre voisin amateur de tunning fait cracher à longueur de samedi après-midi pendant qu'il tond sa pelouse (bienvenue chez les eurois).

 

Le hardcore, le hardcore...sacré truc que ceci. Soyons honnêtes : le hardcore n'est pas un genre musical, même si ses amateurs adoreraient ça. C'est avant tout un courant se démarquant par une esthétique précise, mais musicalement très peu de choses différencient les premiers disques de hardcore des derniers disques de punk, ni les derniers de certains disques de metal. Le fait est que le hardcore, basé principalement sur l'idée de radicaliser le punk, a fini par se subdiviser en une multitude de ramifications assez difficiles à réunir aujourd'hui sous la même bannière, à tel point que l'expression Ouais man le hardcore c'est un état d'esprit relève (c'est le cas de le dire) d'une vue de l'esprit (pas plus de points communs entre l'éthique straight edge de Minor Threat et la beauferie d'un Biohazard qu'entre leurs musiques respectives). En 2008 le hardcore ne ressemble plus à grand chose, ou plutôt il ressemble à beaucoup de choses différentes - ce qui tendrait à dire qu'il se porte bien. On admettra sans trop forcer la dose que les différences entre Biohazard (encore) et Slayer ne sautent pas vraiment aux oreilles, et que la terminologie s'applique aussi bien désormais aux premiers albums de Sepultura qu'au Tostaky de Noir Désir, certains parlent même désormais sans rougir de hardcore mélodique lorsqu'ils évoquent certains groupes - voilà qui ne manquera pas de laisser songeur. Pour vous dire : le premier album de Sonic Youth, Confusion Is Sex, est par bien des aspects un album de hardcore, et est reconnu comme tel par nombres d'éminents spécialistes en la matière...et rassurez-vous je n'ai pas bu : Confusion Is Sex, sorti deux ans après Damaged, n'a strictement rien à voir - nous sommes d'accord. En somme le mot hardcore, depuis la fin des années 80, a encore moins de sens que le mot punk - avouez que c'était difficilement concevable.

 

 

Si je prends le temps de cette longue intro, ce n'est assurément pas pour la ramener mais parce que par bien des côtés Black Flag, chronologiquement premier groupe du genre (ou disons : né à l'époque où c'en était encore un), symbolise un peu le moment où tout cela a merdé. Il incarne en fait à lui seul toute l'histoire des musiques extrêmes, à savoir qu'à force de vouloir à tout prix être plus dur que le voisin on finit par ne plus vraiment savoir ce qu'on est ni ce qu'on fait. C'est comme ça que le metal de Black Sabbath a fini par déboucher sur le black d'Immortal, à force l'esprit originel a tout perdu de substance - emporté dans une improbable fuite en avant dans la violence. Pour le hardcore, c'est un peu pareil : quand il a été évident qu'ils ne pourraient jamais aller plus vite, les hardcoreux ont fort logiquement décidé d'aller plus lentement et sont apparus alors des groupes tout à fait passionnants comme Rollins Band ou (surtout) Neurosis - qui pour être révérés par les fans de hardcore n'en sont pas moins plutôt des groupes de metal.

 

Damaged étant le premier album de Black Flag (et le plus populaire, ce à juste tire) il n'est pas le plus métallique. Néanmoins il est déjà beaucoup moins punk (et donc groovy) que les deux EPs qui l'ont précédé ; surtout il contient déjà en germe la musique nettement plus massive vers laquelle s'orienteront Ginn et Rollins dès l'album suivant (le tout aussi excellent Family Man). Certes, l'hymne « TV Party » évoque une rencontre jubilatoire entre les Stooges et les Cramps. Néanmoins « Damaged I », composition traînante et pachydermique, pourrait difficilement être confondue avec les Sex Pistols (voire même avec les saillies des Bad Brains et des Dead Kennedys - autres fers de lance du mouvement hardcore originel), et le commentaire est évidemment encore plus vrai à propos de « No more », meilleur titre du disque rappelant durant sa longue et fabuleuse intro...Black Sabbath !

 

La souche punk est là et bien là, mais elle est littéralement passée à la moulinette Ginn - soit donc une espèce de speed-punk braillard et imparable (« Sky plaint », « Padell Cell ») sur lequel Henry Rollins s'ébroue avec une rage jamais égalée par personne. C'est sans doute là toute la différence entre Black Flag et des blaireaux de type The Exploited : ils font vraiment peur (non, jeune punk qui me lit, The Exploited ne font pas peur - ils font juste pitié). Ils sont au hardcore ce que Slayer est au metal : un bloc de colère tellement compact et racé que même le plus farouche détracteur du genre ne pourrait en nier l'efficacité et l'authenticité. Chez Greg Ginn, dont le charisme de Rollins a souvent fait oublier qu'il était le seul et unique patron du groupe, le punk, le hardcore (appelez ça comme vous voudrez) n'est pas une fin mais un moyen. La radicalité musicale n'a d'égale que la radicalité du propos, et si « Police Story » ne fait pas preuve de la même ironie pamphlétaire que les classiques des Deak Kennedys (Rollins est un très bon parolier...mais il n'a pas écrit une ligne sur ce disque et n'a de toute façon jamais valu Jello Biafra) sa fureur est d'une telle flamboyance qu'elle terrorisa infiniment plus l'Amérique de Reagan - accompagnée qu'elle était par un phénomène de masse difficile à mesurer vu de France. Si l'expression Rage à l'état pure fait souvent pitié, difficile de nier qu'elle désigne à merveille « Rise Above », mine stridente crachée à la face d'un pays dont les kids adopteront dès lors ledit Rollins comme leur porte-parole (rappelez-moi qui était le porte-parole de la jeunesse française à l'époque ? Jean-Louis Comment... ?). En raison de ce contexte socio-politique qui le vit considéré (y compris par des rock-critics !) comme une œuvre susceptible de corrompre la jeunesse, au moins autant qu'en raison de sa qualité objective (chacun de ses titres est un brûlot n'ayant pas pris une ride), Damaged sent encore foutrement le souffre aujourd'hui et a acquis un statut de classique amplement mérité. Si cette nouvelle réédition n'en dit pas plus que les précédentes (zéro bonus...) elle aura peut-être le mérite de replacer au centre des débats un disque que les gentils rebelles du NYC Hardcore n'auraient jamais dû oublier - c'est déjà énorme. A noter que le dernier album du groupe, Loose nut, a été également réédité fin 2007...mais qu'on s'en fout, parce qu'il n'est pas très bon (litote).

 

 

le genre :    hardcore ?

 

la note :   



 

 

 

 

par Thom publié dans : Rééditions
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Commentaires

Je suis toute d'accord avec toi. Même, je suis plus extrêmiste, parce que quoique fan hardcore de hardcore (?) je considère que Damaged est le seul album de Black Flag qui soit vraiment un chef d'œuvre. Ce qui est paradoxal parce que comme tu dis Rollins n'a rien écrit dessus (juste je crois qu'il fait une impro sur "Damaged 1") et pourtant moi aussi quand je pense à Black Flag je l'associe tout de suite à la verve de Rollins. Comme quoi on est pas toujours cohérents, quand on aime !!
commentaire n° : 1 posté par : Alex le: 05/05/2008 11:23:35

Je n'ai jamais vraiment écouté Black Flag, par contre je me souviens avoir vu Henri Rollins en concert, avec le Rollins Band je crois. Heu, sinon pour le crossover des blogs, je viens de voir que la date limite c'est le 7. Un peu tard pour que je puisse participer mais je trouve l’idée excellente.

commentaire n° : 2 posté par : cafebook (site web) le: 05/05/2008 15:29:56
Ton point d'interrogation pour le genre de l'album était de rigueur, même si pour ma part, je considère le hardcore - au même titre que le punk ou le metal, finalement - comme l'amalgame d'un état d'esprit, d'une époque et d'un style musical malgré tout...

SysT
commentaire n° : 3 posté par : SysTooL (site web) le: 05/05/2008 16:54:12
ha c'est ça le hardcore ...je croyais que c'était encore plus horrible, ça me rassure presque
commentaire n° : 4 posté par : Idothée (site web) le: 05/05/2008 22:33:20
Je crois que l'éthique hardcore n'était pas solube dans l'évolution. C'est pour ça que les groupes d'aujourd'hui, non seulement font quelque chose de différent, mais aussi pensent différamment. Black Flag ? Je ne les ai jamais trop aimé. Trop durs, trop premier degré. Je préfère les Bad Brains et les Dead Kennedys, je les trouve plus humains, en fait.
commentaire n° : 5 posté par : Emily Play le: 06/05/2008 11:15:52
Alex >>> c'est vrai que c'est paradoxal...et en même temps je crois que c'est assez répandu. Black Flag, pour la plupart des gens, c'est Rollins et puis c'est tout.

Cafebook >>> pour le crossover on prend encore dans la semaine qui vient, le temps que les retardaires se mettent au taquet. Donc si tu es rapide, tu peux encore participer ;-)

SysT >>> assez d'accord et ça recoupe le com d'Emily. Je crois qu'il y a une espèce de...je ne sais pas. L'esprit me fait l'effet de se perdre en même temps que la musique, ou disons qu'il a sans doute évolué en parallèle (ce qui n'est le cas de l'esprit punk il me semble - ou moins le cas).

Idothée >>> j'adore ton com :-D
commentaire n° : 6 posté par : Thom (site web) le: 06/05/2008 11:56:11
j'arrive un peu apres la bataille... mais on fait pas ce qu'on veut qd on depend d'une connexuion web recalcitrante
Beuh pas de differences visibles entre un State of the World Adress et un Divine Intervention? mmmh Tom Araya pourtant n'invite pas Jeff ou Kerry a imiter vocalement des supporters, pis histoire de faire mon chieur, contrairement a SOTWA, Slayer n'a jms incorpore piano ou guitare acoustique... et toc!
Maintenant sur que le son de guitares des Biohazard n'a rien a envier aux Sep (Territory coecrit avec le pere Evan il me semble?) ou a Slayer, c'est pas faux.
Sinon, ouep Damaged tres bon album, mais je garde une preference pour les DK ou les Bad Brains qd meme
par contre je note, et c'est pas la premiere fois, que Thom crache sur the Exploited... Bon c'est vrai que c'est bas du front, ceci dit les prolos n'ont jms fait ds la finesse, surtout qd il s'agit de punk... alors bon... n'empeche ok ca vaut pas la fureur d'un Discharge, mais y'a de bons trucs je trouve pour ma part chez la bande a Wattie, un morceau comme Troops of Tomorrow est loin d'etre mauvais.
commentaire n° : 7 posté par : dr franknfurter (site web) le: 06/05/2008 13:58:34
Désolé pour tout ce retard (oui, ne t'inquiète pas, un jour je répondrai à ton mail... certes, mon dernier article est une réponse... mais une réponse à une toute petite phrase... alors quand tu vois ce que je réponds à une simple petite phrase, tu imagines le temps qu'il va me falloir pour répondre au reste, et faire de chacune de tes phrases un interminable article sur mon blog... euh... je plaisante, hein...)

Bref... voilà donc un article qui m'apprend pas mal de trucs, car j'ai de grosses lacunes dans le genre. J'en ai un peu écouté à une période, mais me suis vite lassé... pour moi, Henry Rollins, c'est surtout un type qui fait une apparition dans Lost Highway...
J'ai écouté un peu de Black Flag et Dead Kennedys, mais vraiment très peu. Un de ces quatre, je tenterai de trouver ce "Damaged" et y jeter une oreille plus attentive...
commentaire n° : 8 posté par : G.T. (site web) le: 06/05/2008 20:14:28
Juste le temps de dire que je préfère Rollins à Black Flag, sûrement parce que j'ai vu plusieurs fois l'un et malheureusement pas les autres (ni les Bad Brains, mais SY et BBoys plein, RATM quelques fois et Public Enemy une seule fois). La lenteur (le "downtempo") de Rollins en solo était ce qui me manquait dans BF : la-bou-rer ! en profondeur. C'est un peu ça que j'adore dans le hardcore, quand il devient un bulldozer qui me pèse au niveau sonore et qui me laisse le temps de comprendre un peu les paroles (d'où la lenteur).

`Dommage que je n'ai pas plus de temps.

Sinon, c'est aussi mon BF préféré, mais je n'avais pas fait gaffe que HR n'y écrivais pas.

Enfin, y a qq'un qui a déjà écouté le slip que Reznor nous propose gratos depuis quelques jours ? Parce que je me retiens de commenter sévère là !!!

whh 
commentaire n° : 9 posté par : Christophe (site web) le: 07/05/2008 12:11:17
Black Flag est un des rares groupes qui a réussi à sonner "extrême" sans être ridicule (avec les Stooges et Slayer...). Et puis ils ont eu une grosse influence. Je ne parle pas des groupes déclarés "hardcore", car là par contre pour ce qui est du ridicule on est servi en effet. Mais dans les années 90, de Nirvana à Fu Manchu, tout le monde citait Black Flag, plus même que Jello Biafra.

Bravo pour citer cette injustice de l'histoire: Black Flag était bel et bien le groupe de Greg Ginn. Et pourtant peu de gens s'en rappelle.

Enfin je rejoins Christophe pour promouvoir le nouvel album de NIN (oui oui encore un). "The slip" que Reznor nous propose gratos c'est juste le titre de l'album, n'y voyez pas une blague vestimentaire.
commentaire n° : 10 posté par : Simon (site web) le: 08/05/2008 01:15:18
Doc >>> commentaire remarquable de mauvaise foi :-)
Car si STOWA et Slayer n'ont pas en effet de points communs énormes, Slayer revendique une influence hardcore, ne s'en cache pas, et fait régulièrement des incursions dans ce domaine (notamment sur "God Hates Us All"). Et l'axe Sepultura est encore plus évident. Max Cavalera a bien enregistré l'album de Nailbomb, non ? Et Derrick Green, il chantait dans un groupe de quoi avant de rejoindre Sepultura ? ;-)
Pour Exploited...rof, c'est une vanne récurrente, c'est facile, ça fait pas de mal et l'excuse des prolos ne compte pas (les Dead Ken's étaient aussi des prolos, non mais).

G.T. >>> ça reste un courant important contenant quelques incontournables (largement cités dans l'article et dans les coms :)). Reste qu'il est devenu rare, aujourd'hui, que j'entende des jeunes groupes de hardcore qui me semblent géniaux...

Christophe >>> attends...on retrouve le même côté laboureur en profondeur sur les albums de Black Flag, à partir de 84/85. Je t'assure !

Simon >>> rappel historique tout à fait exact. Black Flag est considéré comme l'une des influences majeures du grunge, tout comme d'ailleurs du stoner (grunge et stoner ayant d'ailleurs à peu près les mêmes influences...).

Je ne reviens pas de suite sur le NIN...il tourne sur la platine en ce moment, et comme toujours je réserve mes avis pour le moment où je maîtriserai un peu mieux la question :-)
commentaire n° : 11 posté par : Thom (site web) le: 14/05/2008 11:39:54

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