Jeudi 7 août 2008 4 07 /08 /Août /2008 11:18
Oracle Night (Paul Auster, USA, 2003)

V.F. : La Nuit de l'Oracle


C'est l'histoire d'un mec qui écrit un livre sur un mec qui en lit un, et on ne peut pas dire pour l'un comme pour l'autre que les choses se déroulent sans coup férir.

Ou comment Sidney Orr, écrivain sur le retour venant d'échapper de peu à la mort, se laisse littéralement hypnotiser par un étrange carnet bleu sur lequel il rédige au fil de la plume une histoire encore plus sinueuse que la sienne (ce qui n'est pas peu dire) : celle de Nick, éditeur new-yorkais ressemblant à s'y méprendre à son créateur, qui hérite du manuscrit inédit (« Oracle Night ») d'une auteure de renommée internationale (Sylvia Maxwell). Il n'a hélas pas trop le temps de profiter de ce scoop, puisque juste après avoir terminé sa lecture il... échappe de peu à la mort (c'est de saison). Et là, à peine remis, voilà qu'il décide subitement de tout plaquer...


Que se passe t'il avec Nick et quel est le secret d' « Oracle Night » ? Et surtout, quel lien peut bien l'unir à Sidney ? Telles sont les questions qui tiendront en haleine le lecteur au terme d'un texte plus palpitant que le meilleur des polars. Deus ex machina aussi plein de malice que de mélancolie, Paul Auster se tapit dans l'ombre et tire les ficelles : non, ceci n'est pas un de ses livres - c'est un livre de Sidney Orr. Promis juré. Qui n'est pas que le narrateur de son aventure, mais aussi l'auteur du journal de sa création et le propre deus ex machina veillant sur Nick - à ceci près qu'il semble totalement incapable de comprendre le pourquoi du comment de ce qu'il écrit. Le contrôle de sa plume lui échappe, il multiplie les renvois de bas de pages, les histoires se confondent et la fiction percute de plein fouet une réalité - celle de Sidney - qui pour nous n'est évidemment ni plus ni moins fictive que l'univers dans lequel évolue Nick.

On pouvait s'y attendre : le résultat est on ne peut plus vertigineux, mais la maîtrise de l'auteur (le vrai, Auster... enfin : cela vaut aussi pour Sidney en fait...) est telle que le lecteur parvient à ne jamais être complètement perdu dans le labyrinthe. Comme tout grand écrivain qui se respecte, Auster s'y entend mieux qu'aucun autre pour simplifier ce que d'autres ont fait avant lui et apporter une sensibilité unique en son genre à des plans vieux comme la littérature. Partant du même point de départ que Nancy Huston dans « Instrument des ténèbres », il livre une œuvre bien plus aboutie et infiniment plus lisible pour un lecteur non-averti (son style est autrement plus limpide). Idem pour la technique des renvois rédigés non par le traducteur ou l'auteur mais par le narrateur, empruntés au Somoza de « La Caverne des idées » - les lourdeurs et le systématisme en moins.

Le résultat est un ouvrage tout à fait singulier, tout en atmosphères (mystérieuses, forcément mystérieuses) et à la séduction quasiment imparable. C'est qu'il y en a, des histoires d'écrivains qui écrivent, des histoires de manuscrits mystérieux... du point de vue du fond comme de la forme Auster ne propose rien de révolutionnaire... mais Auster est plus qu'un écrivain : un magicien, capable de captiver avec trois bouts de ficelles (Cf. « City Of Glass ») et dont la plongée dans les méandres (le marasme !) de la création ne pouvait être que fascinante. Ecriture d'une incroyable finesse, onirisme, univers foisonnant... tous les ingrédients d'un excellent Auster sont réunis ici. Manque juste la chaleur humaine, le côté poignant qui faisait de « The Book Of Illusions » un chef d'œuvre absolu... mais face à un roman du niveau d' « Oracle Night » une telle remarque frôle de très près le coupage de cheveux en quatre...


le genre :    torturé et tortueux

la note :    




    CE QU'ILS PENSENT :




Par Thom - Publié dans : Lectures
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Commentaires

Ah Auster the great... mais contrairement à toi je ne suis pas très fan de Music of chance (histoire continuer à couper les cheveux en quatre)(d'ailleurs je me suis coupé les cheveux hier)(comment ça ça n'intéresse personne?)
Commentaire n°1 posté par Kill Me Sarah le 07/08/2008 à 12h36
Bon, puisque je suis obligé de commenter, je viens en traînant des pieds.
J'ai pas lu ce bouquin, et ça fait très longtemps que je n'ai rien lu de Paul Auster, dont je n'ai dû lire qu'un ou 2 livres. Voilà, c'est tout... bye...

Non, bien sûr, ce n'est pas tout, ton article alléchant (miam) m'a donné une furieuse envie de le lire, ainsi que "the Book of Illusions"... je m'y précipiterais quand j'aurai plus de temps...

(sinon, moi, je me suis coupé les cheveux il y a un mois)(mais ne dites surtout pas à mon ego que ça n'intéresse personne, il est persuadé que je devrais écrire un article sur le sujet)  
Commentaire n°2 posté par G.T. le 07/08/2008 à 15h04
J'avais trouvé ce livre intéressant, mais un brin ennuyeux, quand même. Vous avez raison de rapprocher ce livre du Huston, et du Somoza. Mais il n'a pas la puissance du premier, et l'aspect "ludique" du second. Enfin, il me semble...

BBB.
Commentaire n°3 posté par BBB. le 07/08/2008 à 15h58
Bon allez, sur ce bouquin là, je mets un petit comm. Très bon souvenir de lecture, pas autant que Moon Palace, mais passionnant et mystérieux quand même. Et c'est bien honteusement que j'avoue ne pas avoir lu le Livre des Illusions. Mais entre temps, j'ai écouté White Chalk, ça compense ?....
Commentaire n°4 posté par Titi le 07/08/2008 à 17h54
KMS >>> ah non ? Qu'est-ce que tu lui reproches, au juste ?

(c'est mon préféré des préférés)

G.T. >>> je suis comblé d'apprendre que tu t'es coupé les cheveux. Moi, c'était la semaine dernière. Premier rencart avec Jean-Pierre Jean depuis l'Euro. Du coup on a parlé politique.

BBB. >>> c'est toute la différence entre mes rapprochements... et vos comparaisons ;-)

Titi >>> je ne sais pas si ça compense, mais ce pourrait être en tout cas une bonne BO pour le livre !
Commentaire n°5 posté par Thom le 07/08/2008 à 18h37
C'était... la semaine dernière ? Et tu ne m'as rien dit ? Mais tu attendais quoi ???

Bon, je sais, tu vas me dire que je suis allé chez le coiffeur il y a un mois et que je ne t'en ai toujours pas parlé... tu as raison, je bats ma coulpe (avec un "l", hein...) et je m'en excuse le plus humblement possible... j'espère que tu sauras me pardonner, et qu'on arrêtera de se cacher ces choses essentielles...
Au fait, tu as bien mangé ce midi ? Moi, ça va... bon, avec celle qui habite chez moi, on s'est vraiment pas emmerdé, on s'est fait une tarte surgelée paysanne (pommes de terre, lardons) de chez Marie, parce qu'on avait tous les deux la flemme de faire à bouffer... c'était pas dégueu - mais pas transcendant non plus, que ce soit bien clair - une idée pas si terrible tout de même, par cette chaleur, c'est pas idéal... on essayera de faire une salade ce soir, c'est plus approprié...
Sinon, cet après-midi, je suis passé à la médiathèque, chercher des bouquins pour mon boulot... puis je suis allé faire des courses à Géant. Où je n'ai pas racheté de tartes surgelées Marie.
Bon, là, je suis un peu pris, je te donnerais le détail de ma liste de courses pus tard. A plus tard, donc !   
Commentaire n°6 posté par G.T. le 07/08/2008 à 19h16
Ah mais écoute, moi c'est ce midi que j'ai mangé une salade. Riz, thon, tomates, persil et vinaigrette maison (rassure-toi chéri : ce n'est pas moi qui l'ai faite (mais ne flippe pas : ce n'est pas Christophe non plus)). Ce soir ça va être un bon vieux bifsteak, des pommes noisettes et peut-être une sauce maison, si j'ai le courage de faire autre chose que t'écrire (c'est mal barré).

(ah et puis j'ai bu du Look Cola, aussi)

(la baisse du pouvoir d'achat, tout ça...)
Commentaire n°7 posté par Thom le 07/08/2008 à 20h15
Sympa la recette du déjeuner.

Bon, je suis fan de Paul Auster, mais "Oracle Night" est un de mes moins préférés. D'autres, Leviathan, Glass City, Moon Palace surtout, sont plus meilleurs. Effectivement un grand manque de chaleur humaine, comme tu le soulignes. Et la construction m'a vite soûlée. C'est un roman très noir, qui m'a complètement déprimée. Le talent d'Auster y est bien présent, dans une version mazoutée, qui m'a laissé un souvenir amer et étrange.
Commentaire n°8 posté par Magda le 07/08/2008 à 20h29

De la vinaigrette maison ? Elle était bonne ? Si oui, demande la recette... parce que nous, on se contente d'huile d'olive (normal, lorsqu'on est dans le sud) 
Bon, peut-être que les commentaires d'un bouquin d'Auster n'est pas le meilleur endroit pour m'envoyer la recette de ta vinaigrette maison... mets-la plutôt dans les commentaires de Scraps At Midnight de Lanegan...

Commentaire n°9 posté par G.T. le 07/08/2008 à 21h18
Lanegan ne fait que de la space-vinaigrette *, moi c'était plutôt de la vinaigrette traditionnelle. Promis je vais essayer de t'avoir la recette, je l'ai trouvée sur un fameux blog fachistisant (s'cuze les fautes de frappe, j'ai de la béarnaise plein les mains (de la bouton d'or, le pouvoir d'achat, tout ça...))

Hé, Magda, t'as pas une bonne recette de mayo, toi ? ;-)

(* vinaigre balsamique, moutarde et amphétamines)
Commentaire n°10 posté par Thom le 07/08/2008 à 21h23

De la space-vinaigrette-traditionnelle, ce serait le top... suffit de remplacer les amphets par quelques herbes rares...

Commentaire n°11 posté par G.T. le 08/08/2008 à 01h25
Et saupoudrer le tout de gingembre, quand même...

(Paul qui ?)

(Auster ?)

(connaît pas...)
Commentaire n°12 posté par Thom le 08/08/2008 à 09h59
Ah bravo, alors on se casse le ... à faire des commentaires intéressants, cultivés, intellos pouet pouet et ça finit en recette de vinaigrette pour hippie sur le retour, non mais, là, vraiment, honte sur vous!

Bref.

Je fais la vinaigrette mieux que quiconque. Une cuillère de vinaigre balsamique. Une demi-cuillère de moutarde à l'ancienne. Une cuillère d'huile d'olive. Et 100 grammes de psilos.

Et la mayo c'est nul, tu peux rien mettre dedans, c'est trop épais.

Sinon, y a toujours www.marmiton.org
Commentaire n°13 posté par Magda le 08/08/2008 à 10h23
Coucou :)

comme je le disais il y a quelques jours, je n'ai pour l'instant lu que deux romans de Paul Auster (La musique du hasard et Brooklyn Follies). Le premier des deux m'a vraiment fascinéee, le second m'a beaucoup plu. Et bizarrement, alors qu'il y a effectivement un billet (certes beaucoup plus concis que le tien :-D ) sur La nuit de l'oracle chez moi, je ne me suis pas encore plongée dedans... mais ça ne devrait plus tarder (disons.. d'ici un an ;-) ).




Bon, sinon, à part ça je ne suis pas allée chez le coiffeur depuis 3 ans et hier soir j'ai mangé un cake aux olives et aux lardons et un roti de veau aux oignons, poivrons et... muscat bien sûr.
Commentaire n°14 posté par Laurence le 08/08/2008 à 10h45
Je vois que Magda est dans le coin et j'ai lu Dans le scriptorium qui lui est réellement dénué de chaleur humaine. Je préfère l'oublier d'ailleurs.
Sinon, en ce moment je fais des tartes salées pour accompagner vos salades...
Commentaire n°15 posté par Titi le 08/08/2008 à 13h30
En plus moi je ne peux plus faire que bouffer : je viens de me faire un claquage à la cuisse. Arf. J'espère que ma salade au chèvre chaud de ce soir saura me remonter le moral...
Commentaire n°16 posté par Thom le 08/08/2008 à 19h29
tout à fait d'accord avec magda et titi... j'ai trouvé oracle night bon mais froid et trop fabriqué (même si la "fabrique" est une marque de "fabrique" chez Auster), et loin de l'émotion qui se dégage par ex de Léviathan ou de Brooklyn Follies - quant à In the Scriptorium, ça m'a gonflé, vraiment - un truc de potache nombriliste qu'on comprend bien trop vite ( dès la référence à Anna Blume) - d'autant plus déçu que je suis très friand d'Auster, normalement.
Commentaire n°17 posté par jp le 09/08/2008 à 18h03
J'avais donné mon avis sur "Scriptorium" il y a à peu près un an, ici même :

"Est–ce de l’Art ou du Cochon ? Impossible à dire. Mais il me semble que l’auteur de « Music Of Chance » présente désormais tous les symptômes du célèbre Syndrome Lynch : plus on aime, moins on sait pourquoi. Moins on sait – tout court. La seule chose dont on soit sûr, au final, c’est que compte tenu de son volume et de son prix de vente ce nouveau « roman » aura assuré à son auteur un maximum de rentabilité pour un minimum d’investissement (ok, c’est bas, mais pas plus qu’un extrait de « Tombouctou » - dans ta face Paulo). Bref, franchement pas le meilleur de ce candidat au titre de Plus Grand Ecrivain Vivant. Mais bon, les apparences sont sauves et c’est le principal ; Télérama aura pu écrire (comme à chaque parution d’Auster) qu’il s’agissait d’une œuvre complexe et labyrinthique (Syndrome Lynch, on vous dit). Ce qui en décodé signifie que le livre est blindé de technique et de neurone mais que pour l’émotion, l’humanité, la chair ou la sensualité – il faudra repasser."
Commentaire n°18 posté par Thom le 09/08/2008 à 18h57
je l'ai lu il y a quelques années, d'une seule traite... sûrement trop vite d'ailleurs parce que je m'en souviens pas vraiment. Ce qui veut dire une chose (et ce que tu confirmes donc dans ton billet) : le relire! :-)
Commentaire n°19 posté par Emeraude le 10/08/2008 à 22h02
Je crois que c'est assez vite fait d'oublier ce que raconte un livre de Paul Auster. Le côté vaporeux de ses ouvrages, sans doute...
Commentaire n°20 posté par Thom le 11/08/2008 à 12h58
Je l'ai lu et j'ai aimé. J'aimerais en relire de cet auteur. Que me conseillerais-tu de Paul Auster ?
Commentaire n°21 posté par A-L le 02/09/2008 à 23h44
"La Musique du hasard" ou "Le livre des illusions", sans hésiter.
Commentaire n°22 posté par Thom le 03/09/2008 à 13h04
Merci, je l'ajoute à ma liste des livres à lire.
Commentaire n°23 posté par A-L le 04/09/2008 à 14h16
bon, sans le savoir, tu viens de répondre à mon interrogation du matin. Je vais continuer de fureter et attendre quelque autre suggestion,mais je me dis que ce titre corespond assez bien à ce que je cherchais. :-)
Commentaire n°24 posté par Laurence le 26/09/2008 à 08h38
Je viens de le finir, et je l'ai finalement mieux aimé que Book of Illusions, auquel il ressemble un peu par sa construction (l'histoire dans l'histoire).  Mon préféré reste Brooklyn Follies! Mais il m'en reste encore plein à découvrir...

PS mon billet sur Oracle Night paraîtra le premier novembre dans le cadre du Blogoclub de lecture...

Commentaire n°25 posté par Grominou le 25/10/2008 à 01h32
Laurence >>> euh... soit ! :)

Grominou >>> c'est noté ! Et c'est tout à fait exact que "ON" et "TBOI" se ressemblent... même si je préfère le premier, que je trouve plus humain, plus tendre,  moins froid. Mais on est dans la pure subjectivité bien sûr. A bientôt.
Commentaire n°26 posté par Thom le 25/10/2008 à 08h52
 
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