Oracle Night (Paul Auster, USA, 2003)
V.F. : La Nuit de l'Oracle

C'est l'histoire d'un
mec qui écrit un livre sur un mec qui en lit un, et on ne peut pas dire pour l'un comme pour l'autre que les choses se déroulent sans coup férir.
Ou comment Sidney Orr, écrivain sur le retour venant d'échapper de peu à la mort, se laisse littéralement hypnotiser par un étrange carnet bleu sur lequel il rédige au fil de la plume une
histoire encore plus sinueuse que la sienne (ce qui n'est pas peu dire) : celle de Nick, éditeur new-yorkais ressemblant à s'y méprendre à son créateur, qui hérite du manuscrit inédit (« Oracle
Night ») d'une auteure de renommée internationale (Sylvia Maxwell). Il n'a hélas pas trop le temps de profiter de ce scoop, puisque juste après avoir terminé sa lecture il... échappe de peu à la
mort (c'est de saison). Et là, à peine remis, voilà qu'il décide subitement de tout plaquer...
Que se passe t'il avec Nick et quel est le secret d' « Oracle Night » ? Et surtout, quel lien peut bien l'unir à Sidney ? Telles sont les questions qui tiendront en haleine le lecteur au terme
d'un texte plus palpitant que le meilleur des polars. Deus ex machina aussi plein de malice que de mélancolie, Paul Auster se tapit dans l'ombre et tire les ficelles : non, ceci n'est pas un de
ses livres - c'est un livre de Sidney Orr. Promis juré. Qui n'est pas que le narrateur de son aventure, mais aussi l'auteur du journal de sa création et le propre deus ex machina veillant sur
Nick - à ceci près qu'il semble totalement incapable de comprendre le pourquoi du comment de ce qu'il écrit. Le contrôle de sa plume lui échappe, il multiplie les renvois de bas de pages, les
histoires se confondent et la fiction percute de plein fouet une réalité - celle de Sidney - qui pour nous n'est évidemment ni plus ni moins fictive que l'univers dans lequel évolue Nick.
On pouvait s'y attendre : le résultat est on ne peut plus vertigineux, mais la maîtrise de l'auteur (le vrai, Auster... enfin : cela vaut aussi pour Sidney en fait...) est telle que le lecteur
parvient à ne jamais être complètement perdu dans le labyrinthe. Comme tout grand écrivain qui se respecte, Auster s'y entend mieux qu'aucun autre pour simplifier ce que d'autres ont fait avant
lui et apporter une sensibilité unique en son genre à des plans vieux comme la littérature. Partant du même point de départ que Nancy Huston dans «
Instrument des ténèbres », il livre une œuvre bien plus aboutie et infiniment plus lisible pour un lecteur non-averti (son style est
autrement plus limpide). Idem pour la technique des renvois rédigés non par le traducteur ou l'auteur mais par le narrateur, empruntés au Somoza de « La Caverne des idées » - les lourdeurs et le
systématisme en moins.
Le résultat est un ouvrage tout à fait singulier, tout en atmosphères (mystérieuses, forcément mystérieuses) et à la séduction quasiment imparable. C'est qu'il y en a, des histoires d'écrivains
qui écrivent, des histoires de manuscrits mystérieux... du point de vue du fond comme de la forme Auster ne propose rien de révolutionnaire... mais Auster est plus qu'un écrivain : un magicien,
capable de captiver avec trois bouts de ficelles (Cf. « City Of Glass ») et dont la plongée dans les méandres (le marasme !) de la création ne pouvait être que fascinante. Ecriture d'une
incroyable finesse, onirisme, univers foisonnant... tous les ingrédients d'un excellent Auster sont réunis ici. Manque juste la chaleur humaine, le côté poignant qui faisait de «
The Book Of Illusions » un chef d'œuvre absolu... mais face à un roman du niveau d' « Oracle Night » une
telle remarque frôle de très près le coupage de cheveux en quatre...
le genre : torturé et tortueux
la note :
CE QU'ILS PENSENT :
J'ai pas lu ce bouquin, et ça fait très longtemps que je n'ai rien lu de Paul Auster, dont je n'ai dû lire qu'un ou 2 livres. Voilà, c'est tout... bye...
Non, bien sûr, ce n'est pas tout, ton article alléchant (miam) m'a donné une furieuse envie de le lire, ainsi que "the Book of Illusions"... je m'y précipiterais quand j'aurai plus de temps...
(sinon, moi, je me suis coupé les cheveux il y a un mois)(mais ne dites surtout pas à mon ego que ça n'intéresse personne, il est persuadé que je devrais écrire un article sur le sujet)
BBB.
(c'est mon préféré des préférés)
G.T. >>> je suis comblé d'apprendre que tu t'es coupé les cheveux. Moi, c'était la semaine dernière. Premier rencart avec Jean-Pierre Jean depuis l'Euro. Du coup on a parlé politique.
BBB. >>> c'est toute la différence entre mes rapprochements... et vos comparaisons ;-)
Titi >>> je ne sais pas si ça compense, mais ce pourrait être en tout cas une bonne BO pour le livre !
Bon, je sais, tu vas me dire que je suis allé chez le coiffeur il y a un mois et que je ne t'en ai toujours pas parlé... tu as raison, je bats ma coulpe (avec un "l", hein...) et je m'en excuse le plus humblement possible... j'espère que tu sauras me pardonner, et qu'on arrêtera de se cacher ces choses essentielles...
Au fait, tu as bien mangé ce midi ? Moi, ça va... bon, avec celle qui habite chez moi, on s'est vraiment pas emmerdé, on s'est fait une tarte surgelée paysanne (pommes de terre, lardons) de chez Marie, parce qu'on avait tous les deux la flemme de faire à bouffer... c'était pas dégueu - mais pas transcendant non plus, que ce soit bien clair - une idée pas si terrible tout de même, par cette chaleur, c'est pas idéal... on essayera de faire une salade ce soir, c'est plus approprié...
Sinon, cet après-midi, je suis passé à la médiathèque, chercher des bouquins pour mon boulot... puis je suis allé faire des courses à Géant. Où je n'ai pas racheté de tartes surgelées Marie.
Bon, là, je suis un peu pris, je te donnerais le détail de ma liste de courses pus tard. A plus tard, donc !
(ah et puis j'ai bu du Look Cola, aussi)
(la baisse du pouvoir d'achat, tout ça...)
Bon, je suis fan de Paul Auster, mais "Oracle Night" est un de mes moins préférés. D'autres, Leviathan, Glass City, Moon Palace surtout, sont plus meilleurs. Effectivement un grand manque de chaleur humaine, comme tu le soulignes. Et la construction m'a vite soûlée. C'est un roman très noir, qui m'a complètement déprimée. Le talent d'Auster y est bien présent, dans une version mazoutée, qui m'a laissé un souvenir amer et étrange.
De la vinaigrette maison ? Elle était bonne ? Si oui, demande la recette... parce que nous, on se contente d'huile d'olive (normal, lorsqu'on est dans le sud)
Bon, peut-être que les commentaires d'un bouquin d'Auster n'est pas le meilleur endroit pour m'envoyer la recette de ta vinaigrette maison... mets-la plutôt dans les commentaires de Scraps At Midnight de Lanegan...
Hé, Magda, t'as pas une bonne recette de mayo, toi ? ;-)
(* vinaigre balsamique, moutarde et amphétamines)
De la space-vinaigrette-traditionnelle, ce serait le top... suffit de remplacer les amphets par quelques herbes rares...
(Paul qui ?)
(Auster ?)
(connaît pas...)
Bref.
Je fais la vinaigrette mieux que quiconque. Une cuillère de vinaigre balsamique. Une demi-cuillère de moutarde à l'ancienne. Une cuillère d'huile d'olive. Et 100 grammes de psilos.
Et la mayo c'est nul, tu peux rien mettre dedans, c'est trop épais.
Sinon, y a toujours www.marmiton.org
comme je le disais il y a quelques jours, je n'ai pour l'instant lu que deux romans de Paul Auster (La musique du hasard et Brooklyn Follies). Le premier des deux m'a vraiment fascinéee, le second m'a beaucoup plu. Et bizarrement, alors qu'il y a effectivement un billet (certes beaucoup plus concis que le tien :-D ) sur La nuit de l'oracle chez moi, je ne me suis pas encore plongée dedans... mais ça ne devrait plus tarder (disons.. d'ici un an ;-) ).
Bon, sinon, à part ça je ne suis pas allée chez le coiffeur depuis 3 ans et hier soir j'ai mangé un cake aux olives et aux lardons et un roti de veau aux oignons, poivrons et... muscat bien sûr.
Sinon, en ce moment je fais des tartes salées pour accompagner vos salades...
"Est–ce de l’Art ou du Cochon ? Impossible à dire. Mais il me semble que l’auteur de « Music Of Chance » présente désormais tous les symptômes du célèbre Syndrome Lynch : plus on aime, moins on sait pourquoi. Moins on sait – tout court. La seule chose dont on soit sûr, au final, c’est que compte tenu de son volume et de son prix de vente ce nouveau « roman » aura assuré à son auteur un maximum de rentabilité pour un minimum d’investissement (ok, c’est bas, mais pas plus qu’un extrait de « Tombouctou » - dans ta face Paulo). Bref, franchement pas le meilleur de ce candidat au titre de Plus Grand Ecrivain Vivant. Mais bon, les apparences sont sauves et c’est le principal ; Télérama aura pu écrire (comme à chaque parution d’Auster) qu’il s’agissait d’une œuvre complexe et labyrinthique (Syndrome Lynch, on vous dit). Ce qui en décodé signifie que le livre est blindé de technique et de neurone mais que pour l’émotion, l’humanité, la chair ou la sensualité – il faudra repasser."
PS mon billet sur Oracle Night paraîtra le premier novembre dans le cadre du Blogoclub de lecture...
Grominou >>> c'est noté ! Et c'est tout à fait exact que "ON" et "TBOI" se ressemblent... même si je préfère le premier, que je trouve plus humain, plus tendre, moins froid. Mais on est dans la pure subjectivité bien sûr. A bientôt.