Samedi 15 novembre 2008 6 15 /11 /Nov /2008 11:07
On Chesil Beach (Ian McEwan, Angleterre, 2007)

V.F. : SUR LA PLAGE DE CHESIL


Voilà bien longtemps qu'Ian McEwan, qui n'est pas spécialement connu pour être ni un grand comique ni un gentil romantique, n'avait pas commis un livre aussi tendre, délicat... pour ne pas dire tout simplement humain. Généralement adepte de la noirceur la plus totale, virtuose de l'oppression (Cf. son précédent roman, « Saturday ») excellant à broyer ses personnages sous les intrigues les plus vicieuses... McEwan, vraiment, ne semblait pas sur le papier apte à faire pleurer dans les chaumières - si ce n'est évidemment d'angoisse. C'est donc avec un certain scepticisme qu'on s'aventure sur cette plage de Chesil ; le texte après tout est court, « For You » vient de paraître en Angleterre... celui-là a donc de grandes chances de n'être qu'un petit récit intermédiaire.

Surprise : non seulement « On Chesil Beach » est loin d'être un McEwan mineur, mais il marquera sans doute durablement l'œuvre de l'auteur - sa délicatesse et sa douceur tranchant avec la noirissime trilogie 1 qu'il vient de conclure. Ou comment un couple de jeune mariés se retrouve enfin seul, en tête à tête, le temps d'une nuit de noce tant attendue... qui va se révéler cauchemardesque.

Deux personnages, peu de mots, une poignée de flashbacks et une œuvre où les non-dits ont presqu'autant de place que la narration elle-même... dans « On Chesil beach », McEwan atteint un degré d'épure difficile à concevoir tant qu'on ne l'a pas lu. Car à une écriture inhabituellement sensuelle (du moins pour lui) il ajoute ici un don incroyable pour la suggestion, le sous-entendu... à mile lieues du foisonnement de « Saturday » - dont ce nouveau roman pourrait presqu'être considéré comme le double inversé. Ecrire le trouble du désir, restituer l'émotion d'une première fois... ce sont en soi des choses délicates - même pour un grand écrivain. Alors les laisser deviner sans jamais les évoquer de manière frontale... on n'est plus dans le roman - mais dans la performance littéraire.

Idem pour le sous-texte entourant la Révolution Sexuelle, ou pour être exact son absence (l'histoire se déroule en 1962). Tous les commentateurs du livre ont noté cette allusion... qui n'est pas énoncée une seule fois dans ce roman où McEwan, a contrario du didactisme parfois un brin pesant de ses compatriotes contemporains, parvient à mettre en relief toute une époque sans quasiment jamais la montrer. Juste dans les mœurs, dans les caractères, dans quelques mots abandonnés ici ou là comme par erreur... impressionnant et même, souvent, étourdissant. Car bien entendu au-delà de l'histoire et de ce couple bouleversant, « On Chesil Beach » est bel et bien la réponse cinglante qu'un McEwan au sommet de son art adresse aux incultes rêvant de liquider l'héritage de soixante-huit 2.


le genre :    tête à tête

la note :    


JUSQU'AU 30 NOVEMBRE, IAN McEWAN EST L'ARISTOCHAT



1. Trilogie imaginaire, bien entendu, constituée d' « Amsterdam », d' « Astonement » et de « Saturday » ; trois œuvres noires aux titres cinglant présentant sous des jour différents - quoique très similaires dans l'écriture - le même type de désintégration de leurs caractères.

2. Le phénomène néo-réac de rejet sans nuance de la libération sexuelle n'étant évidemment pas une spécifité française... bien au contraire il est né en Angleterre.


Par Thom - Publié dans : Lectures
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Commentaires

J'ai lu Le jardin de ciment il y a une semaine, et j'ai plus qu'adoré. Celui-ci m'attend, et à en croire tous les billets publiés, je ne devrais pas être déçue.
Commentaire n°1 posté par Lilly le 15/11/2008 à 12h01
très impressionné par le talent de Mc Ewan - et très ému par ce dernier livre. Le lecteur a du mal à se détacher des personnages et à leurs interrogations qui rendent des échos troubles et semblent se réincarner dans la vie quotidienne de celui ou celle qui vient de terminer le récit.
Commentaire n°2 posté par jp le 15/11/2008 à 12h51
T'as gagné, je me le note.
Commentaire n°3 posté par Loïs de Murphy le 15/11/2008 à 14h27
Ian McEwan est l'un des plus grands auteurs vivants... et je dois dire que je suis très heureux de voir le buzz entourant la sortie française de ce nouveau roman. Pour une fois que c'est un vrai génie qui cartonne...
Commentaire n°4 posté par Thom le 16/11/2008 à 13h46
J'ai commencé à le lire chez Gibert samedi (j'avais trop de livres à acheter, je l'ai sacrifié pour plus tard... à regret) : magnifique. Dès les premières pages, on se laisse prendre à ce jeu de questionnements sur soi, l'autre, la sexualité, la perte de sa virginité. Mais c'est très bien écrit, pas surfait ni pompeux.
Dès que j'ai fini ma pile... je me l'offre.
Commentaire n°5 posté par Anne-Sophie le 16/11/2008 à 23h18
 
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