Les notes du Golb

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Lundi 24 juillet 2006
Erasure (Percival Everett, USA, 2001)
 
 
Monk est écrivain. Il est aussi noir, et il ne voit pas vraiment de rapport entre ces deux états. Ce n’est pas grave : les autres le voient pour lui. Alors qu’il se promène dans un supermarché du livre avec sa sœur, il cherche à tout hasard un de ses livres, persuadé de n’en trouver aucun. Il en trouve quatre, rangés dans la catégorie « littérature afro-américaine », ce qui le met en rage. Ses œuvres n’ont rien d’afro-américaines, ce sont des romans, bon ou mauvais, mais pas plus afro-américains que ceux d’un blanc. Juste à côté trône le best seller du moment : « We lives in da ghetto » de Juanita Mae Jenkins. Un truc qui l’écoeure, plus proche du témoignage écrit avec les pieds que de la littérature, communautariste et misérabiliste à souhait. Alors il décide d’en écrire une parodie sous un nom d’emprunt, et de la faire parvenir à des éditeurs…
 
 
Monk a t’il omis consciemment de préciser que c’est une parodie ?
 
Tout l’intérêt du roman me semble résider dans cette seule et unique question, car c’est bien d’inconscient que Percival Everett, avec un style tout simplement génial, nous parle. Avec finesse, ironie et violence, il met en scène le chaos mental dans lequel va peu à peu se retrouver plonger Monk.
 
Mais résumer « Erasure » à cette histoire de parodie et de pseudonyme est une erreur…c’est à la fois vrai et faux. Disons que c’est un fil conducteur qui rend le livre totalement accessible à quiconque, mais je ne suis pas persuadé que ce soit cette trame qui en ait dicté l’écriture. La question, c’est plutôt celle de la quête d’identitaire – ou la destruction de l’identité le cas échéant.
 
 
C’est ce problème d’identité, ce sentiment de solitude parmi les siens et d’anonymat parmi les autres écrivains qui sont les réels moteurs du personnage de Monk – et donc les rouages du roman car les deux sont indissociables.
 
Tout semblant ici bipolaire, deux questions se dessinent :
 
Qu’est-ce qu’être écrivain ?
 
Qu’est-ce qu’être afro-américain ?
 
…et par conséquent qu’est-ce qu’être écrivain afro-américain, si tant est que cela existe. Une ultime interrogation à laquelle l'auteur semble répondre par la négative, reniant tout concept de race, de peuple et de culture identitaire - bref c'est à peu l'inverse absolu des trois quarts de la littérature actuelle, ce qui est d'autant plus jubilatoire.
 
Autour de ces trois questions Percival Everett brode toute une galerie de personnages assez étranges et transparents (parce que transparents ?). On a un peu l’impression que les personnages secondaires ne sont que les faire valoir de son narrateur, qu’ils n’ont pas une grande importance et servent à faire diversion : la sœur, la mère, la gouvernante, le frère, la vague petite amie…ils sont là, mais ils ont quelque chose d’évanescent. Comme s’ils n’existaient pas ou plus précisément comme si leur seule raison d’exister était de faire exister Monk. De ce point de vue, Lisa, la sœur, est un modèle de non-personnage. Pas de description physique, à peine caractérisée…elle a bien quelques lignes de dialogue mais pas grand chose de concret et finalement elle n’existe que par le prisme de Monk, de ses rapports avec elle et des réflexions qu’il fait à son sujet…
 
Mais ce n’est absolument pas une critique, au contraire, je suis admiratif devant tant de finesse : les personnages ne vivent aux yeux du lecteur que par les yeux du narrateur, par conséquent lorsque celui-ci commence à perdre pieds ils s’affolent et semblent disparaître…bel exemple également, ce parallèle entre Monk et sa mère perdant la tête – pas plus que lui a t’on envie d’ajouter.
 
 
Reste que dans les deux derniers chapitres, et ce sera mon seul bémol, les choses semblent s’enliser un peu alors qu’au contraire l’Absurde devrait atteindre son paroxysme. Ce n’est pas grand chose, une poignée de pages sur l’ensemble du livre…ça ne l’empêche donc pas d’être un grand livre, mais ce n’est pas tout à fait le chef d’œuvre que cela aurait pu être…
 
 
le genre : étrange et fascinant
la note : 5,75 / 6
par thomthom publié dans : Lectures

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