Une question de vie ou de mort, rien que ça ! Comme si les vénérables papis d’Iron Maiden (papis, je suis un
peu dur, Steve Harris est né le même jour que ma mère) avaient besoin de ça pour vendre…en revanche, retrouver une crédibilité…C’est vrai que Maiden a déçu. Pourtant, tout était bien parti :
une reformation inattendue faisant craindre le pire qui avait finalement débouché sur un Brave New World impérial et digne de leurs plus grands classiques, et une réhabilitation
imprévisible mais méritée auprès des plus jeunes. Après ? un Dance Of Death affreusement décevant, et pas moins de deux lives. De quoi se poser quelques questions. En 2006, la
Vierge de Fer revient donc, plutôt en forme. Les cavalcades sont là, comme au bon vieux temps, les guitares fusent et, surtout, les compositions sont de nouveau ambitieuses ! Une véritable
surprise, pour le coup, car plus grand monde n’aurait misé sur les vétérans de Birmingham. Moralité ? C’est peut-être bien dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe – surtout quand
Bruce Dickinson est dans le pot ! Vocalement impérial, le chanteur porte le groupe sur ses épaules. On le sait depuis ses albums solos : même s’il ne compose que très peu, il est sans
doute le détenteur de la vision artistique au sein du groupe. Comme une balise qui lui évite de s’auto plagier comme il le faisait durant la brève période Blaise Bailey. On en viendrait presque à
croire que les reformations sont une bonne chose !
On pensait qu’avec le coffret Unearthed
(soit quatre cds dont trois uniquement composés d’inédits), l’œuvre de Johnny Cash était définitivement achevée. On avait tort. Rick Rubin, après un travail d’arrache pied l’ayant contraint à ne
plus produire ses habituels clients (et Zidane sait qu’ils sont nombreux et prestigieux !), a enfin publié le dernier volet des American Recordings. Question : peut-on émettre
la moindre critique au sujet de cet album ? Possible, mais difficile. Disons qu’il est peut-être un poil en-dessous des quatre précédents, quoique cela ne saute pas aux oreilles. La formule
musicale minimaliste, essentiellement basée sur la voix, demeure inchangée. La seule différence, c’est que cette fois-ci la voix vient vraiment d’outre-tombe. Johnny Cash, depuis plus de dix ans,
envisageait chaque nouvel album comme le dernier…il fallait bien qu’un jour il ait raison. Autant l’avouer, quand on entend des choses aussi sublimes que « If I could read my mind » ou
« I’m free from the Chain Gang now », on peine à croire qu’il s’agit d’une oeuvre inachevée. Alors savourons-la, car Rick Rubin est formel : il n’existe plus une seule chanson
inédite de Cash désormais. On échappera donc aux rééditions deluxeanniversaryeditcollectionmachintrucbidule – pas plus mal. Et on peut pleurer tranquillement, en écoutant le fabuleux
« Love’s been good to me » ou ce « A legend on my time » plus que bien nommé.
Sparklehorse, en plus d’être très doué
pour les titres à rallonge (son premier album s’intitulait, accrochez-vous, Vivadixiesubmarinetransmissionplot ! – il m’a fallu au moins deux pour le retenir), est un de ces groupes
totalement à part incapables ou presque de foirer un disque. Un peu à la manière de Radiohead, de Mercury Rev ou des Flaming Lips…la crème de la crème en somme ! si ce quatrième album n’est
pas le meilleur du groupe de Mark Linkous, il renoue en revanche avec l’électricité, les bidouillages soniques et tout l’attirail lo/fi qui ont fait la gloire de ses deux premiers opus. Comme
peut le laisser supposer la pochette (ceux qui ont de bons yeux y apercevront l’espèce de petit clown qui ornait la jaquette de Vivadixie…). Sorte de petit frère du chef d’œuvre Good
Morning Spider (1998), Dreamt For Light Years…remise au placard tout le barda folk de son prédécesseur (It’s a wonderful life, il y a trois ans), les arrangements de cordes
de Dave Fridmann et les duos à tout va (ledit disque de 2001 en contenait cinq, soit la moitié de l’album). Pour autant l’émotion est toujours palpable, la voix de Mark Linkous unique…bref !
un disque de Sparklehorse restera toujours un disque de Sparklehorse, même s’il est mineur : ce sera toujours mieux que quasiment tout ce qui sera sorti en 2006.
Voivod, l’exception culturelle. En plus de vingt
ans de carrière, le groupe canadien est une des seules formations estampillées « metal » à avoir su s’attirer les faveurs des critiques de rock dit « généraliste ». Le prix en
a été un quasi anonymat, deux splits et des ventes ridicules. Mais Voivod, pour qui on jurerait que le terme « groupe culte » a été inventé tout exprès, a traversé toutes les tempêtes
jusqu’à la résurrection de 2003. Ce nouvel opus (qui contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre n’est pas le quatorzième mais le onzième) aurait pu désorienter les fans.
Heureusement, Voivod n’a que dix fans dans le monde entier dont six au Canada. Le groupe peut donc faire à peu près ce qu’il veut, ça ne risque pas d’avoir un impact phénoménal sur sa carrière.
En l’absence du membre fondateur et dépositaire de la Voivod’s touch, Piggy d’Amour, excusé pour cause de décès, le groupe est revenu aux sources : un trash-metal lourd et hanté
parcouru par les secousses sismique d’un certain Jason Newsted (bassiste de Metallica à l’époque où le groupe existait encore). C’est court, ramassé, ça doit autant à Venom qu’à Pink Floyd, c’est
Voivod, et comme à chaque sortie c’est probablement l’album metal de l’année.
A sa sortie début juin, je n’aurais pas parié
un kopek sur la présence du second album solo du chanteur de Tindersticks dans ce Top 10…pourtant, il a fait son chemin, taillé sa route et ses mélodies se sont glissées presqu’insidieusment dans
ma petite caboche. Résultat, non seulement ce disque figure dans le Top 10 du trimestre, mais il est plus que probable qu’il figure carrément dans mon Top 10 de l’année. Pourquoi ?
Comment ? Impossible à dire, certaine choses ne s’expliquent pas et la séduction que Leaving Songs exerce sur votre serviteur en fait partie. Loin de la sophistication à laquelle
son groupe nous a habitué, Staples ne se cache plus derrières des murs soniques : oui, il est un crooner, un vrai. Les arrangements son rugueux, simplissimes, épousant parfaitement les
chansons et servant admirablement la voix. Du reste, contrairement au précédent album (l’an dernier), celui ne rappelle quasiment jamais ceux de Tindersticks (le premier titre mis à part). Juste
des complaintes folk-rock jazzy sensuelles et parfaites. Les fantômes de Lee Hazlewood, Leonard Cohen ou Tom Waits ne sont jamais loin, c’est indéniable. Mais, loin d’être un vulgaire succédané,
Staples parvient même par instants à rivaliser avec ses idoles. Du coup, on a presque envie que Tindersticks se séparent…
Est-ce à force de traîner avec Jean-Louis
Pierrot ? Toujours est-il que Miossec sonne de plus en plus souvent comme son compatriote Daho. « L’Amour & L’Air » pourrait même tout à fait figurer au répertoire du
rennais…En toute honnêteté, à la première écoute, ce sixième album déçoit un peu. Logique : après deux disques aussi grandioses que Brûle et 1964, il faudrait être plus que
génial pour en publier un troisième de ce calibre. Bien heureusement, on finit très vite par se piquer au nouveau petit jeu de Miossec, qui semble vouloir prendre un parti plus pop et sophistiqué
(en réaction à l’insupportable « nouvelle chanson française » ?). Le plus curieux étant que s’il fallait vraiment comparer L’Etreinte à l'un de ses précédents albums, ce
serait sans doute à A prendre, disque renié depuis des années par l’artiste. Quoiqu’il en soit, il est plus que conseillé de ne pas s’arrêter au single casse c****** ni à la pochette (la
plus laide de l’année ? non, heureusement : il reste celle du Red Hot !). Car ce nouvel opus, comme tous les précédents, contient son lot de très grandes chansons. A commencer par
« La Mélancolie » - texte parfait et arrangements de Zita Swoon simplement remarquables. Pendant ce temps là, il paraîtrait que quelques blaireaux en converse essaieraient de
ressusciter un rock français qui ne leur aurait rien demandé…
Dylan. Evidemment. Forcément. Depuis 1990 et
l’imparable Under the Red Sky, cela fait partie des vérités fondamentales de l’univers : chaque nouvel album de Dylan est le meilleur disque du mois, minimum, du trimestre, souvent,
de l’année, parfois. Dans le même ordre d’idées, il est également obligatoire de préciser que ce nouvel album est bien entendu son meilleur depuis Blood on the tracks. Enfin, au cas où
cela vous aurait échappé, Bob Dylan est « génial » et « intemporel ». Deux adjectifs qu’on retrouve obligatoirement dans chaque chronique de Modern Times et que je
suis bien sûr obligé d’employer, sans quoi je passe pour une baltringue. Le problème, c’est que c’est vrai : Dylan est vraiment génial et intemporel. Pas la peine de planquer les
enfants : le titre est avant tout sardonique et le Zim n’a pas viré électro. De toute façon, ça fait bien longtemps que les évolutions technologiques et les modes ne l’intéressent plus. Pour
lui, l’essentiel demeure de continuer à enregistrer des chansons parfaites avec sa voix de plus en plus grave avec les années (si ça continue il va finir par faire talk-over). Vous l’aurez
compris, Bob Dylan est Bob Dylan et cela justifie en soi sa présence ici. En plus, j’avoue : Dylan Is Dylan, c’est même pas de moi…
Première réaction : quoi ?
un album des Dolls sans ses trois membres fondateurs, messieurs Thunders, Nolan et Kane ? c’est quoi cette blague ?
Ceux qui en doutaient encore (ça existe ?)
en ont désormais la preuve : c’est Thom Yorke, et uniquement lui, qui était à l’origine du virage électro entamé par Radiohead à l’aune des années 2000. Ce premier album sous son propre nom
– il ne veut pas qu’on dise « album solo » - en témoigne. Avec, en toile de fond, Kid A, chef d’œuvre radioheadien dont The Eraser pourrait constituer une
suite toute à fait honnorable. Electro, sombre, torturé, voilà un disque typiquement yorkesque – ce qui signifie que l'auditeur ne va pas vraiment rigoler. Un peu trop froid peut-être,
probablement beaucoup trop court, il n’en demeure pas moi l’une des plus belles réussites de l’année. Reste à savoir ce qu’on doit penser : est-ce le premier disque solo de Thom Yorke ?
est-ce son quatrième ? ou bien est-ce le septième de Radiohead ? Impossible à dire pour l’heure. Mais vue la teneur à 99,9 % électronique de ce disque, je ne serais pas surpris que
Yorke, qui déteste se répéter, se décide à rebrancher les amplis avec son groupe dans les mois à venir. Ca, ce serait un joli pied de nez…
Fanfare for the Comic Muse était le titre du premier album autoproduit de The Divine Comedy, en 1992. De là à croire que Victory for the Comic Muse en serait la suite, il y avait cependant un
pas que beaucoup ont franchi – pour mieux s’y casser les dents. Pas question de remuer le passé : ce nouvel album est en effet une suite, mais celle, logique, du chef d’œuvre Absent
Friends. Même arrangements symphoniques et pompiers, même voix grave, mêmes climats suaves et mélancoliques…Neil Hannon poursuit donc sa route, sans vraiment surprendre, c’est vrai, mais
sans jamais décevoir – tout le monde ne peut pas en dire autant. De plus en plus proche de Bryan Ferry, il en impose, avec ses mélodies fluides, ses cordes, sa production totalement hors-mode et
ses textes toujours aussi drôles et raffinés. Sans doute pas le meilleur disque que le vrai-faux groupe ait publié, mais une œuvre toujours aussi originale et charmante…A noter que les cigarettes
légères et le verre de Cognac sont livrés séparément.
Commentaires
J'ai été étonné de voir que le nouveau MAIDEN n'était pas mauvais... pas ma tasse de thé mais je me passe de temps en temps un petit "2 Minutes to Midnight" pour délirer...
Pour le dernier Dylan, je ferai l'impasse également... j'avais acheté "Love and Theft", le précédent, qui avait aussi été encensé par la critique, mais là non plus, ce n'est pas mon truc...
Mais bravo pour toutes ces chroniques :-D
SysT
Sys, vieux, tu es trop aimable ! ce sont plus des petites notes que des chroniques. Mais je te remercie. Je peux d'ores et déjà annoncé que le trimestre prochain on retrouvera Beck, mais je garde le suspens :-)
Lily, le Murat est mauvais, ou disons moyen...même avec la meilleure volonté du monde je n'y peux rien ! quant au Thom Yorke, tu as raison, j'avais écrit à l'époque une chronique assez dure, mais n'oublie pas que je l'avais chroniqué en avant première sur WAAHF (genre trois semaines avant sa sortie) suite à la pression des participants vu que j'étais le seul à l'avoir. Je n'avais que peu de recul sur l'objet. Frank Black et The Divine Comedy ont eu exactement la même note (5/6) et je t'avoue qu'effectivement il a fallu que je choisisse lequel des deux figurerait dans cette sélection (tu me connais bien :)). J'ai bêtement essayé de me souvenir lequel j'avais le plus souvent écouté...
SysT
Contente que mon groupe préféré figure dans ta sélection (et non, ce n'est pas Iron Maiden !)
N'importe quoi !!!
T'es trop fort, thom, trop rapide et trop bonne plume. et en plus t'as de bons goûts. Ca me déprime, je me casse 8 jours en déplacement pour la peine. A plus.
Thom, voyons le côté positif de la chose... Il n'y a plus Jo Ann en face des Premix ou d'Eve Angeli! :D







Ca fait combien d'années qu'il n'y a pas eu deux disques de metal dans des 10 favoris du mois ??
Surprenant ce classement...je ne suis évidemment pas surprise d'y trouver Cash, Miossec, Dylan et Sparklehorse mais par exemple Divine Comedy (dont je considère le dernier comme un chef d'oeuvre) je ne pensais le voir ici...ni Thom Yorke (quand il est sorti il y avait WAAHF encore et ta critique était plutôt dure). Je voyais plutôt Murat et Frank Black à ces deux postes...