Il fallait oser : l'artiste solo par
excellence créait à la fin des années 80 un groupe mésestimé, Tin Machine. Accompagné notamment par Reeves Gabrels (gratteux lui aussi mésestimé alors qu'il cosignera les meilleurs morceaux du
Duke jusqu'en 2000), Bowie anticipe le retour au rock dur le temps d'un premier album particulièrement efficace - à défaut d'être fulgurant. « Crack City », « Heaven's in
here », une reprise couillue du « Working Class Hero » de Lennon...la résurrection serait-elle en marche...?
...oui et non : si Tin Machine premier du nom
s'avère une bonne surprise, le second épisode du quatuor électrique sera moins convaincant. Dans une volonté d'accrocher le wagon grunge un peu poussive (quoique totalement justifiée tant le
mouvement de Seattle a emprunté à Bowie), le groupe patauge. L'album est un ratage, mais en soi son existence est plutôt positive pour la suite : certes Dave a encore merdé. Cette fois-ci
cependant il a merdé en essayant quelque chose. Rien que ça ne semblait plus possible depuis des lustres.
Comme son nom le laisse supposer, Black Tie /
White Noise marque le retour de Bowie aux musiques blacks (pour de vrai, cette fois, Cf Let's dance) en général, et à la soul (genre qu'il chérit plus que tout) en particulier. En
rappelant Nile Rodgers (qui avait déjà produit Let's dance), Bowie prenait le risque de décliner une formule déjà employée...eh bien non ! Car cette fois-ci il maîtrise les débats.
Co-produisant l'album il lui confère un son frais et moderne (bon alors ne paniquez pas à l'écoute, c'était moderne en 1993 !). Surtout, il se réconcilie avec les fans de manière très
symbolique : d'abord en reprenant « Nite Flights » de Scott Walker (son modèle) ; ensuite en rappelant Mick Ronson aux guitares (ce dernier décèdera juste après la
publication). Egalement au générique : Mike Garson et Morrissey.
Et ça continue ! Cette fois, Bowie va
encore plus loin. Il part chasser sur les terres de Tricky, de Nine Inch Nails et de beaucoup d'autres. Il rappelle Brian Eno. Il revient au concept album, aux expérimentations, aux oeuvres
collectives, à l'esthétisme...alors que musicalement 1.Outside a les deux pieds dans son époque c'est dans l'esprit le plus 70's des récents travaux bowiens. Amusant pied de nez !
On dégoisa beaucoup à l'époque sur le
mode : PFF, BOWIE SE MET A LA TECHNO, OH L'AUT' !...ce n'était pas faux, mais c'était injuste. Sur Earthling, Bowie fait bien plus que suivre la mode : il l'anticipe, la
domine, la digère. Oui, il utilise des breakbeats, mais pas n'importe quand et pas n'importe comment. Ici Bowie joue pied au planché, se lâche, percute comme il ne l'avait plus fait peut-être
depuis la période Ziggy Stardust. Les titres (« Little wonder », « Satellite ») sont rapides et enlevés, le son est à décorner les boeufs, et l'ensemble surclasse largement le
meilleur Prodigy.
On considère généralement que le dernier album de
Bowie dans les années 90 clôt une trilogie imaginaire entamée avec 1.Outside et Earthling. A tort, me semble t'il.
Et voilà Bowie remis en selle ! Assez
ironiquement lui-même semble ignorer comment il s'y est pris. Désormais il s'attelle à une toute autre tâche : devenir un de ces artistes intemporels éternellement jeunes - a priori on
le dirait plutôt bien parti.
Meilleur album de Bowie depuis celui
d'avant, Reality montre un artiste totalement décomplexé, notamment par rapport à son âge (Cf le texte de « Never Get Old »), et prêt à en découdre avec la terre entière.
Musicalement c'est du rock-pop de base mais parfaitement maîtrisé, à la manière de Heathen - mais en joyeux : une collection de chansons habiles et souvent poignantes (reprise les
larmes aux yeux du « Try some, buy some » de George Harrison) lorsqu'elles ne sont pas purement et simplement géniales : rock débridé pour « New Killer Star » ou
« Pablo Picasso », ambiance Swingin' London pour « Fall dogs bomb the Moon » ou « Looking for water »...sans oublier le jazz vénéneux de « Bring me the Disco
King », LE chef d'oeuvre du disque.
Il existe environ quarante compiles de Bowie,
pour la plupart dispensables. C'est le lot de toute oeuvre de cette envergure mais c'est encore plus vrai pour Bowie, dans la mesure où la plupart de ces disques enquille des hits pas forcément
palpitants. Il y a en effet de quoi envoyer le Best Of Bowie de 2003 au feu lorsqu'on constate qu'il se compose de plus de titres de la « mauvaise période » que de morceaux des
années soixante-dix !
Pour ce
qui est du live, c'est tout aussi problématique : pour l'avoir vu sur scène j'ai pu constater que Bowie livrait des performances de haute volée. Hélas, pour une raison que j'ignore, le
live ultime de Bowie n'existe pas encore, et la qualité des enregistrements est inversement proportionnelle à celle des prestations. Le meilleur à mon sens est Ziggy Stardust - The
Motion Picture Soundtrack (1973), BO du doc sur le dernier concert des Spiders From Mars. Un très très grand moment de rock n'roll, je vous assure.
POUR LA ROUTE : "Rock & Roll Suicide"
Commentaires
Mes confuses.
Difficile de ne pas m'arrêter devant le travail énauurme que t'as consacré à de mes artistes préférés, que nous avons eu l'occase de voir sur scène tous les deux ! Je suis épaté, même la sélection des tofs est bien (j'adore celle pour la période 75/80). Les morceaux aussi, des classiques autant que des trucs moins évidents comme "All the madmen", "You've been around" (chanson de B/T/W/N qui ressemble à une de OUTSIDE d'ailleurs). Franchement c'est du super boulot, complet clair et concis. En tant que fan je ne peux qu'adhérer ! Métonnerait pas que quelques lecteurs achètent du Bowie dans les mois à venir grâce à ça.
Mon bémol c'est que j'aurais préféré te voir parler un peu plus de l'aspect conceptuel, mais c'est sûr que c'est dur dans des articles si courts.
Mes 5 préférés de Bowie (puisque je suis là) :
Hunky Dory
Station To Station
Ziggy Stardust
Earthling
Low
Et toi ? /)
Merci Lunar (ton honnêteté t'honnore). Pour les notes, ce sont les oreilles de l'amour - tu ne connaissais pas ? :)
Aprhodite Admirative ? Ca c'est la classe...je te présenterai David à l'occasion, il est cool, mais très bavard...
mika, merci beaucoup ! Pour le top je dirais :
1.Outside
Hunky Dory
Station to Station
Space Oddity
Low
Au fait, G, R&RSuicide est sur "Ziggy Stardust"'.
(c'est dingue, avec tout ce que j'ai écrit il en reste encore pour me poser des questions :))
je ne connaissais pas le premier album thursday's child, mais ce titre est également sur un album plus récent. y a t il un rapport?
+ il existe aussi une compil de clips en DVD avec quelques trucs sympas (de gros moustachus en pulls rayés qui dansent sur "Heroes"...
Non non Nicolas, "Thursday's Child" est effectivement un titre de 1999. En fait, comme c'est un morceau qui parle de sa jeunesse je l'ai utilisé en guise d'intitulé pour cette période (comme pour les autres), mais le premier album s'appelle bien "David Bowie"...ou "David Bowie 67" ou encore plein d'autres trucs...:-)
Le dvd, ce ne serait pas "Serious Moonlight" ? Je ne suis pas hyper calé en dvd, mais je jetterai un oeil.
Merci pour la visite !
En lisant la fiche Amazon, je découvre qu'il existe "de nombreux bonus cachés"... Ca fait quand même 5 ans que je passe à côté sans avoir rien vu....
la meilleure pour moi : Little Wonder
Impossible pour moi d'écouter Bowie... Pour d'obscures raisons qui nécessiteraient une psychanalyse...
Bonne soirée Mister !
Tu es un malade, Thom, se refaire toute la discographie de Bowie...
Bon, j'ai lu avec attention, je ne vais pas commenter vu que mon attachement à Bowie s'arrête à Aladdin Sane, mon préféré. Déjà , j'aime pas vraiment "Diamond dogs", et après je n'ai jamais accroché (jamais pris la peine non plus) : idem en live, rien à faire, je me fais chier sur ses passages "électros" pour ne pas dire "expérimentaux"... à tel point que ce que je préfère chez Bowie aujourd'hui, c'est sa bassiste. Bon, j'exagère, mais...
Il y a un aspect chez le Bowie moderne qui me chagrine : comme l'impression que le bonhomme a tellement su maitriser les aspects mélodiques sur ses premières années qu'il passe aujourd'hui son temps à essayer de s'en écarter, à chercher le dissonnant, en tout cas des progressions moins faciles, moins évidentes... et ça me gêne, ça donne un côté assez snob, ce rejet de la mélodie "simple". Je ne dois pas être très clair, mais bon ce n'est pas très important après tout. En même temps, je chipote, il reste des choses comme "never get old" effectivement...
(ah sinon, pourquoi tu n'as pas fait "Pin ups" ?)
Ca fait plaisir de rencontrer un Thomas fan de David :-)
Marielle, c'est quoi ce lien vers un forum concurrent des chats ???????? :))
Chtif, ton analyse sur les mélodies, je la partage. Quand on écoute un album comme "Heathen", il est frappant de constater que même une chanson simple comme "Sunday" repose sur des arpèges extrêments sophistiqués. Cela dit, j'étendrai ce constat à toute l'oeuvre de Bowie, "Ziggy" mis à part : une chanson pop et directe de Bowie n'a que rarement une mélodie évidente, non ? "Oh you pretty thing", c'est léger, mais ça demande quand même une certaine écoute je trouve...
J'avais prévu de parler de "Pin ups" dans les compiles, et en fait j'ai oublié. Je n'ai pas une affection démente pour ce disque, qui pour moi n'est rien de plus qu'un album de reprises. Disons que ces deux articles sur Bowie s'adressent plus à des gens qui ne le connaissent pas qu'à des spécialistes, et que quand on veut découvrir Bowie, merde, "Pin ups" arrive derrière tout le reste...:--)
Chez moi aussi c'est écrit gros.
En regardant le code HTML de cette page, j'ai remarqué une balise restée ouverte dans le message de Monsieur Nicolas C. J'écris la fin de ce message avec la balise suivante pour voir si ça fait quelque chose :
Le problème, c'est que l'éditeur de messages OVER-BLOG gère automatiquement les balises. Je ne vois pas comment corriger l'erreur, sauf en virant le commentaire de Nicolas C qui pourrit la fin de la page.
En fait, selon les installations informatique, tout le monde ne le voit. Par exemple là, je suis dans l'incapacité totale de vous dire si votre astuce a marché, parce que moi je vois tout normalement !!!
Vous m'avez donné envie de réécouter Jump they say, dont le clip est d'une violence et d'une esthétique rares. Bowie a nourri une quarantaine d'années de musique, tout en se nourrissant des courants artistiques et des modes dont il était témoin. Je n'ai pas été étonnée de le voir incarner Andy Warhol dans Basquiat ; ce rôle lui allait comme un gant.
Salut Thom, fan de Bowie, je n'adhère malheureusement plus du tout à sa musique depuis "Earthlings" :-( Ses deux-trois derniers albums m'ont profondèment ennuyé (beaucoup de chansons sans "vraie" mélodie , ou alors insignifiantes et qui n'arrivent pas à la cheville de "Life on Mars" ou de "Space Oddity"), mais ça n'engage que moi !
@++
(visage plein d'espoir)
je tenterai la mienne quand j'aurai le temps de me farcir la discographie de Bowie, ce qui risque de ne jamais arriver. On est d'accord dans l'ensemble, bien que je ne noterai pas si haut les premiers (jusqu'à Ziggy Stardust) et que je n'ai pas trop accroché au Heathen.
Mon album favori, qui m'a décidé à écouter tout les autres, est Outside.






