Les notes du Golb

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   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Mercredi 28 février 2007
Je délaisse un peu ce journal cet an-ci…ça ne vous a sans doute pas échappé. Je m’en excuse bien bas ! Ces chroniques deviennent de plus en plus éparses…


Comme il semble loin le temps où j’en postais trois par semaine ! Comme il semble loin le temps – tout court. Parce que s’il n’y avait que ça que je ne faisais plus qu’en dilettante, ce ne serait pas grave. Le fait est hélas que je vis en dilettante ! Depuis quelques semaines à présent…je n’ai pas envie de grand chose, moi qui ai toujours voulu tout et tout de suite, et je passe ma vie à attendre que la journée se termine. Ca n’a aucun sens : lorsque la journée se termine une autre commence, qui se termine également, pour céder la place à une troisième, et ainsi de suite. J’imagine qu’au fond de moi, quelque chose espère que la prochaine journée sera moins pire que celle qui vient de s’écouler. Quelque chose qui donc attend demain tous les jours.

Bien sûr rien ne vient ni ne change, c’en est presque désolant. Mon cerveau a imprimé l’info suivante : un jour ça ira mieux. Du coup il n’a de cesse de guetter ce jour, ce qui pourrait bien être la meilleure manière de l’empêcher de venir. Parmi les phrases creuses que l’on me répète sans cesse (dans la lignée de « Comment ça va ? ») il y a : « Il va te falloir du temps. » (ainsi que ses variantes : « Il faut tu temps. », « Attends. », « Laisse le temps au temps. », « Le temps fera son œuvre. », « Avec le temps… »…)…C’est sans doute vrai. Sûrement. Et me voilà, moi, à culpabiliser de ne pas vouloir de ce temps qu’on m’offre sur un plateau. Paradoxal, non ? Pour la première fois depuis des années j’ai le temps de faire ce que je veux, on me le donne de bon cœur, et je ne veux pas prendre le temps. Non ! Je voudrais que ma vie redevienne normale (ce qui n'est que partiellement vrai : en fait par normal j'entends comme avant), mais pas dans deux mois, pas dans un an : maintenant. Je sais, je brûle les étapes.


Il paraît que c’est très long ces choses là, faire un deuil et tout. Il paraît que des fois on ne s’en remet pas du tout (idée qui me rassure au plus haut point). Il paraît que je m’en sors plutôt bien par rapport à d’autres. Il paraît que j’ai une force incroyable, une volonté exceptionnelle, un self-control dément. Il paraît qu’on ne m’en voudrait pas si je pétais les plombs, si je devenais alcoolique ou si je sombrais et passais mes soirées recroquevillé dans un coin de mon appartement à pleurer. Il paraît qu’on m’aimerait quand même, qu’on m’aiderait, qu’on me soutiendrait…

…comme c’est bizarre, toutes ces choses qui paraissent. Il en paraît des choses, quand vous perdez votre fille. Je ne vous le souhaite pas, bien entendu, mais si d’aventure cela vous arrivait sachez que vous aurez une petite compensation : compter le nombre de personnes qui prétendent vouloir vous aider. Ca, c’est une activité qui égaiera votre deuil, soyez en sûrs. Car dans les faits, évidemment, personne ne vous aide. On vous dit « Je suis avec toi » à longueur de journées qui n’en finissent pas, mais le soir, si vous regardez bien autour de vous, vous notez que vous êtes désespérément seuls. Même lorsqu’il y a une ou deux personnes pas très loin, la solitude vous écrase – cela va de soi.

Cela va de soi, pourtant ce n’est pas spécialement facile à vivre. Le savoir n’aide en rien à la supporter. Depuis plusieurs semaines je fuis le plus possible, pour un résultat nul ou presque. Je n’arrive pas à trouver de dérivatif assez puissant aux pensées qui me viennent…ni littérature, ni musique…rien n’est suffisamment fort pour chasser les images qui m’agressent chaque nuit. Rien n’est assez bon pour moi. Et d’ailleurs, rien n’est assez – tout simplement. Les mots d’amours, les douceurs, les gentillesses, les services rendus…le monde extérieur (extérieur à moi, je veux dire) ne fera jamais assez pour m’aider à triompher de cette sinistre période. Au contraire, il me fait à sa manière plus de mal que de bien, en me poussant à la culpabilité. J’ai toujours eu voyez-vous un sens du sacrifice surdimensionné. Ce qui fait qu’au lieu de me décharger totalement, je prends plus que jamais sur moi pour éviter d’écraser les gens qui m’entourent. De les plomber. Je n’ai pas envie de voir les gens que j’aime plier sous le poids de ma souffrance alors je fais semblant de n’en plus ressentir, ou plus tellement, enfin je vais mieux, vous comprenez, d’ailleurs ça se voit non ? Oui : ça se voit. C’est bien ça le pire ! J’arrive parfaitement à dissimuler tout cela. J’en viens à me dire que je devrais peut-être me reconvertir dans la comédie.

Malgré cela, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, j’ai tout de même toujours l’impression de déranger. Ne fût-ce que par ma présence. Comme si le simple fait que je sois là, dans la pièce, était pesant en soi. Ok, c’est peut-être le fruit de ma parano naturelle décuplée par les récents évènements. Mais je me base sur des sensations qui, elles, sont belles et bien réelles : je dérange. Tenez par exemple : quand j’ai commencé cette chronique, Cricri était à quelques mètres de moi en train de lire. Là, je ne sais pas trop où il est. Il lit toujours, mais dans une autre pièce. Pourquoi ça ? Il n’a aucune raison de lire dans une autre pièce. Il était là bien avant que je vienne me mettre à l’ordinateur pour écrire. Il n’aurait pas dû bouger. Il n’en avait pas besoin.

Et pourtant : il a bougé.

Vous imaginez sans peine ce que ma paranoïa peut faire d’une telle information, si anodine semble t’elle.


Peut-être m’en suis-je convaincu, mais j’ai le sentiment de mettre mal à l’aise. Si j’ai un coup de mou (ça m’arrive quand même de temps un temps, je ne suis pas non plus Superman) je provoque la panique générale autour de moi…je me rends compte alors que tous ces gens qui me disent que c’est normal, que je dois craquer, évacuer, toutes ces conneries…tous ces gens, donc, ne sont absolument pas prêts à me voir lâcher la bride ne fussent que cinq minutes. Ca les effraie. Et quand je ne craque pas (à savoir : la plupart du temps), mon apparente indifférence les effraie aussi. Et d’ailleurs même quand je suis entre les deux, ils sont effrayés. Tout les flippe. Quoi que je fasse ou dise ou pense, ils sont mal à l’aise. Peut-être bien parce qu’ils se sentent extérieurs…parce qu’ils ne savent pas comment me prendre. Parce qu’ils comprennent qu’ils ne comprennent rien, que même avec la vue de l’esprit la plus performante ils n’arriveraient pas à comprendre. Alors souvent, ils laissent de grands silences. Pas moi : eux. Ils se taisent, croyant sans doute se taire par pudeur alors qu’ils ne le font que par peur.

Moi, je leur en veux.

Systématiquement.

Je leur en veux lorsqu’ils se mettent à ma place, ça me semble ridicule.

Je leur en veux lorsqu’ils ne le font pas, ça me semble injuste.

Je leur en veux car je vis tout cela seul, en même temps je n’ai aucune envie de le partager avec quelqu’un.

Je leur en veux de ne pas comprendre, mais je ne suis pas certain que je serais capable de dire : « Toi, tu me comprends. » même si c'était le cas...

Peut-être que je dis qu’ils ne comprennent pas par principe.

Peut-être qu’ils comprennent très bien ?

Peut-être qu’ils imaginent… ? Auquel cas ils devraient trouver des choses plus marrantes à imaginer…




Peut-être que vous vous dites qu’ouh là là, il a l’air bien paumé celui-là. Je ne peux pas vous dire le contraire. Le brouillard semble s’épaissir au fil du temps. Ca devrait aller mieux, c’est de pire en pire. Ce qui explique que je n’écrive pas des masses de chroniques cet an-ci : je ne saurais pas quoi vous raconter. Ma vie est assez vide, depuis le quatre février dernier.

Ces chroniques étant un reflet de ma vie, il est naturel qu’elles ne soient ni nombreuses ni captivantes.


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