Cyberpunk (Billy Idol, Angleterre, 1993)
Il serait idiot de dire qu’il s’agit là du chef d’œuvre de
Billy Idol : Billy Idol n’a jamais pondu un seul chef d’œuvre. Globalement, et il faudrait être d’une sacrée mauvaise fois pour affirmer le contraire, sa carrière semble éternellement placée sous
le signe du mineur (ce depuis le premier album de Generation X en 1978 et à l’exception du troisième en 1981, un Kiss me deadly réédité pour la première
fois il y a deux ans où l’idole s’éclate en compagnie de Bryan James). Mais là où l’on se gourre régulièrement à son sujet, c’est qu’on a trop souvent tendance à confondre mineur et mauvais. Objectivement les albums de Billy Idol avec ou sans Gen X ont toujours contenu leurs lots de très bons
titres – tant pis si l’histoire l’aura malgré tout retenu comme celui qui brada le punk à MTV. Curieusement le fait que William Broad ait été une des figures majeures du Bromley Contingent n’a
jamais joué en sa faveur, je n’ai jamais su pourquoi et de toute façon on ne va pas refaire l’histoire. Tout au plus me permettra t’on de noter avec stupéfaction que Bill s’est fait laminer par
les amateurs de rock dits « sérieux » tout au long de sa carrière alors que son Rebel Yell (1983) vaut n’importe quel travail post-Pistols de Steve Jones
ou Glen Matlock…Ca part simplement dans une autre direction, sans doute plus commerciale, oui, et après ? Pourquoi pas ?
Cyberpunk est un joli exemple de cette incompréhension totale qui frappa le seul rocker plus bodybuildé qu’Iggy Pop tout au long de sa carrière. En 1993,
Billy Idol a déjà été has-beené depuis cinq ou six ans au bas mot…or plutôt que de courir après une gloire passée, voilà qu’il publie un album ambitieux le montrant chassant sur les terres alors
encore en friche du rock technoïde avec un véritable bonheur – ce plus de deux ans avant Bowie. Logiquement, Cyberpunk essuiera dans le meilleur des cas
l’indifférence, et du mépris le reste du temps. A tort : publié en 1997 il aurait L’Album Du Come-Back, le Earthling de Billy Idol (toute proportions
gardées évidemment). 1993, c’était encore un peu tôt pour le techno-rock. Entre les dernières semonces de la tornade de grunge et les balbutiements de la britpop, la place accordée à tout ça
était fort restreinte (d’autant que Nine Inch Nails n’était pas encore passé par là). Le crossover est toujours une volonté sympathique, le problème c’est que pour que ça marche il faut que les
deux genres glissés dans le milk-shake soient également populaires, ce qui n’était alors assurément pas le cas puisqu’en 1993 la techno est encore (plus pour très longtemps) un mouvement
underground prometteur, chasse gardée d’une élite visionnaire. Dès lors la force de frappe indus de « Shock the system » ou l’electro-grunge futé d’ « Adam In Chain » semblaient fatalement
condamnés aux bacs à solde – ce qui ne manqua pas d’arriver quelques mois plus tard.
Aujourd’hui réédité avec son surpuissant, digipack et tout le tralala (on aurait préféré avec une pochette un peu moins kitsch, quitte à réparer les erreurs du passé), Cyberpunk surprend encore par sa modernité. Il surprend encore plus par la manière dont il symbolise de manière quasi parfaite ce bref laps de temps durant lequel les
artistes rock tâtonnèrent pour s’adapter aux nouvelles technologies, avec les errements inévitables (« Mother Dawn », par exemple, et en même temps on entend exactement le même genre d’égarement
psyché sur les Ministry de l’époque) et les fulgurances inattendues comme ce « Neuromancer » dont le titre clichesque ne laissait pourtant rien attendre…et qui se révèle aujourd’hui être l’une
des toutes meilleures compos de Billy Idol.
Les mauvaises langues argueront que l’une des toutes meilleures compos de Billy Idol, ça ne va de toute façon pas chercher très loin. Laissons-leur leur fiel, voulez-vous ? Ce genre de vanne, les
amateurs d’Idol (de moins en moins nombreux, il faut le reconnaître) en bouffent depuis toujours, ils se sont faits une raison. Ca ne rendra pas Cyberpunk
moins efficace et moins réussi, et ça n’enlèvera rien au fait que non, Billy Idol n’a pas fait qu’empiler des billets dans son coffre fort en enquillant les tubes de rock FM musclé. A l’aube des
années 90 et alors même qu’il aurait peut-être dû capitaliser sur ses succès passés, il n’a pas hésité à se mettre foutrement en danger, réduisant à néant le peu qui restait de sa carrière.
Ce genre d’attitude ne peut qu’inspirer le respect.
le genre : techno-rock
la note : 5 / 6
NOTE : Je signale au passage que je me réabsente quelques jours.