Lectures

Mardi 2 mai 2006 2 02 /05 /2006 13:56
Wuthering Heights (Emily Brontë, Angleterre, 1847)
 
 
Longtemps avant moi, ce fut Italo Calvino (tout de même) qui osa poser cette question pour le moins essentielle : à quoi servent les classiques ?
 
Combien avons-nous lu de classiques surestimés ?
 
Combien de fois avons nous été déçus ?
 
Où se situe l’universalité de l’œuvre ?
 
Difficile à dire. « Wuthering Heights » fait partie de ces classiques de la littérature anglaise que j’ai soigneusement évités durant mes études, sans véritable raison sinon que ça me semblait trop évident. En fouillant dans les manuels de littérature anglophone je découvrais des dizaines d’auteurs totalement méconnus. Bien sûr Emily Brontë figurait dans ces manuels, mais ça me semblait tellement plus intéressant de me lancer dans des terres littéraires inconnues plutôt que de m’envoyer un pavé déjà amplement commenté par une poignées de millions d’autres personnes…
 
J’y suis donc venu sur le tard, et pour être tout à fait honnête : je ne le regrette pas du tout.
 
Comme vous le savez sans doute déjà (si vous n’avez pas lu le livre vous avez sûrement vu le film !), ce roman nous plonge au cœur de l’Angleterre non pas du XIX e siècle, mais du plutôt du XVIII e, si l’on considère que livre s’ouvre en 1801 et se ferme en 1802 mais qu’entre temps l’essentiel de l’histoire se sera déroulée une quarantaine d’années plus tôt. De là à parler de roman historique, calmons un peu nos ardeurs ! Ces histoires tragiques d’amours et de pouvoirs pourraient tout aussi bien se passer au XXXIII e siècle que ça ne changerait pas grand chose.
 
Ensuite, ce que vous ne savez pas forcément (en tout cas pas si vous avez vu une version ciné), c’est qu’il s’agit en fait de deux romans en uns. On a une double narration, celle Lockwood (locataire du domaine éponyme) et celle de Mrs Dean, domestique de son état. Dois-je ajouter que ces deux narrations n’ont pas un intérêt majeur ? Je n’ai rien contre les romans à narrations multiples, lorsque celles-ci sont crédibles – or ce n’est pas le cas ici. Pour la simple et bonne raison que j’ai de sérieux doutes quand à l’éventualité qu’une domestique de l’époque emploie strictement le même registre de langage qu’un personnage au rang social plus élevé et sensé être plus lettré.
 
***
 
Qu’en retirons nous au final ? Une écriture plutôt agréable mais terriblement vieillie. Mon édition est loin d’être neuve, mais il n’y a pas que le papier qui sent la poussière…l’histoire, les personnages, le style…à se demander si ce livre n’était pas déjà désuet au moment de sa parution.
 
Evidement c’est un classique. Mais qu’est-ce qu’un classique ? C’est un roman important mais qui l’est finalement moins pour ses qualités objectives que pour ce qu’il représente. Un classique n’est pas fatalement un chef d’œuvre.
 
Pour autant je n’irais pas dire que c’est une grosse merde, quand bien même l’avantage du blog (le seul) c’est qu’on y dit à peu prêt tout ce qu’on veut…mais bon, ce n’est pas une grosse merde, tout au plus un livre quelconque qui occupe une place prépondérante dans le patrimoine culturel britannique. Alors non, je ne vais pas dire que c’est une grosse merde, c’est promis ; je ne voudrais pas manquer de respect à nos amis d’outre Manche, parce qu’il faut bien avoir conscience que dire à un anglais que « Wuthering Heights » est long et pas très palpitant équivaut à peu près à une situation où un anglais viendrait nous dire que notre « René » de Chateaubriand est passablement chiant…
 
Même si c’est vrai, ce sont des choses qui ne se disent pas.
 
Pourquoi ?
 
Mazette ! parce que ce sont des classiques (vous avez rien compris au titre de la chronique ou quoi ???)
 
 
le genre : truc qu’il faut lire ou essayer de lire, histoire de ne pas mourir totalement idiot 
la note :   2 ½ / 6
Par thomthom - Publié dans : Lectures
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Mardi 2 mai 2006 2 02 /05 /2006 23:03
Le Dernier Mot (Pierre Boileau & Thomas Narcejac, France, 1956)
 
 
Ce matin là, le commissaire Burton est prêt à sabrer le champagne : ses hommes sont enfin parvenus à mettre la main sur Dave Gibbson, voleur de grand chemin et habitué du grand banditisme qui leur file entre les pattes depuis des années…sauf qu’évidemment les messages de congratulations n’ont qu’un temps : le soir même Burton apprend qu’une jeune fille a été enlevée par les complices Gibbson et qu’ils menacent de la laisser mourir de soif et de faim si leur patron n’est pas libéré d’ici là…
 
 
Je n’ai de cesse de vanter le génie de cette improbable et souvent imparable paire d’auteurs…manque de chance, pour cette première évocation dans ces pages ce sera en mal.
 
Ce court texte n’est pas dénué d’intérêt. Bien écrit, bien rythmé, il est également hyper référencé, bourré de clins d’oeils (je ne pensais pas qu’il était possible d’en mettre autant en si peu de pages) notamment à un célèbre auteur (et modèle) qui fait carrément une apparition aussi courte que drôle à la fin.
Surtout, il est bon de rappeler que dans les années 80 les deux compères eurent l’idée (bonne sur le papier et plutôt bof bof bof dans les faits) d’écrire les nouvelles aventure d’Arsène Lupin, car on constate que dès les années 50 ils sont déjà tentés par le personnage : ce texte est un palimpseste plutôt réussi d’une des premières apparitions du Gentleman Cambrioleur.
 
En résumé : on sent que B&N s’amusent et n’ont pas d’autre prétention sur ce coup-là…
 
Mauvaise nouvelle hélas : le lecteur s’amuse nettement moins. Retiré de son contexte le bouquin n’a pas grand chose de palpitant (même le lecteur le moins malin aura deviné la fin quasiment dès le début).
 
La bonne nouvelle, c’est que je suis à peine à la moitié du premier des quatre volumes d’œuvres complètes de Boileau-Narcejac et que j’ai donc bon espoir de revenir sous peu vous en dire du bien.
 
 
le genre : réservé aux fans les plus indulgents
la note : 2 / 6
 
Par thomthom - Publié dans : Lectures
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Jeudi 4 mai 2006 4 04 /05 /2006 17:27
Ham on Rye (Charles Bukowski, USA, 1982)


Voici l'ouvrage le plus ambitieux de Bukowski. Une tentative autobiographique ratée mais passionnante.

On part du tout premier souvenir (celui d'un enfant caché sous la table au milieu des cris) jusqu'à une vie presque d'adulte. En fait, et c'est bien ce qui rend cette lecture compliquée, Hank va de son enfance jusqu'à la période racontée dans "Factotum", en sautant tous les passages narrés dans "Post-Office", que ses lecteurs connaissent déjà. Ce postulat un peu tordu posé et le récit fractionné clairement, la lecture n'en pati pas vraiment. A priori, je dirais que c'est LE livre qu'il faut lire pour s'initier à Bukowski. Parce que c'est celui où il dévoile pour la première fois sa face tendre, la réelle et touchante humanité qui n'était présente qu'en filigranes jusque là.

C'est également l'histoire d'un gamin qui découvre la littérature, et comprend que ce qu'il sent en lui de si différent depuis toujours, c'est ce potentiel, cette profonde nature d'écrivain. La naissance d'une passion qui devient peu à peu vocation...:

"Tourgueniev était un monsieur très sérieux, qui me faisait beaucoup rire. Parce que sa vérité dérangeait les autres. Et aussi parce que c'était la mienne, et qu'un monsieur d'une autre époque qui prononce la même vérité que vous, c'est forcément comique. Voilà comment tout a commencé. Je me suis dit qu'il y avait peut-être là encore un créneau à occuper."


le genre : autobiographique
la note : 6/6


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Par Thom - Publié dans : Lectures
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Vendredi 5 mai 2006 5 05 /05 /2006 19:01
La Peau & Les Os (Georges Hyvernaud, France, 1949)
 
 
Soyons francs et objectifs…
 
Les témoignages de gens déportés pendant la guerre ont fait - évidemment - beaucoup pour le devoir de mémoire et tout ce qui s'ensuit, pour l'histoire du monde (de l'humanité !) sans aucun doute... bouleversants au moins autant qu'instructifs, ils nous ont on appris beaucoup... mais passée l'émotion, constituaient-ils vraiment de grandes oeuvres littéraires ? Primo Levi, lui-même, ne revendiquait-il pas son statut de témoin, rejetant le qualificatif d'écrivain ?

Avec « La Peau & Les Os », Hyvernaud a lui aussi raconté son expérience de réclusion dans un camp de concentration ; il a aussi évoqué la suite. Il raconte donc en plus de l’horreur du camp la difficulté de se réinsérer dans une société qu’il ne comprend plus, où tout lui semble futile et sali. Une société où tout n’est qu’apparence et supercherie…
 
En somme un décalage incroyable, impossible sans doute à imaginer pour quelqu’un qui ne l’a pas vécu et qui d’une certaine manière explique involontairement le blocage de Primo Lévi sur un seul et unique sujet (car finalement il a écrit à peu près toujours le même livre).
 
La différence c’est que Hyvernaud n’a pas que le fond, il a aussi la forme : une écriture remuante, chaotique, décharnée (si l'on osait le jeu de mots on dirait que le titre a donc une double entrée !). Un style, un vrai, comme on en voit peu et qui détonne totalement avec la littérature de l’époque. De ce point de vue, Hyvernaud était un auteur terriblement en avance sur son temps, anticipant les explosions fragmentaires du nouveau roman et semblant parfois terriblement plus contemporain que les styles de certains auteurs vivants (dont je tairais les noms).
 
Hyvernaud était sans doute trop malin, trop doué et trop lucide… le fait est qu’aujourd’hui il est quasiment oublié.
« La Peau & Les Os », roman d’une force et d’une intensité remarquables, a été un bide à sa sortie (malgré le soutien de certains des auteurs les plus populaires de son temps, Sartre en tête). Il en a été de même pour le suivant, « Le Wagon à vaches », en 53. Au point que son auteur en soit dégoûté de la littérature et n’écrive plus rien jusqu’à sa mort en 1983.
 
Un auteur génial qui arrête d’écrire parce que ses contemporains, pire encore que de le mépriser, l’ignorent…
 
 
le genre : chef d’œuvre absolu.
la note : 6 / 6 (logique)
 
P.S. : Serge Teyssot-Gay, guitariste de Noir Désir, consacra à Hyvernaud un album aussi brillant que dérageant : On croit qu'on en est sorti (Barclay, 2000).
Par thomthom - Publié dans : Lectures
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Samedi 6 mai 2006 6 06 /05 /2006 14:30
Women (Charles Bukoswki, USA, 1978)


On peut prendre "Women" de deux manières.

Certains n'y verront qu'un improbable enchaînement de scènes de sexe crues et mal écrites. D'autres y devineront en sous-entendu un homme, autrefois grand séducteur, devenu... comment dire? Un peu trop vieux et un peu trop malade pour coller à son mythe (j'ai été assez poli, c'est bon?). "Women" est une entreprise aussi folle qu'inutile : Bukowski tente de raconter toutes ses aventures par le menu. Même pas d'essayer d'esquisser de manière plus profonde la nature de ses relations avec la gent féminine, non non. Juste raconter. Il a promis à son épouse de ne plus parler de sexe dans ses oeuvres, alors il essaie de tuer ce vieux démon en lui consacrant un roman entier... Personnellement je doute qu'il en ait "fait" autant qu'il le prétend (dans le cas contraire, ce type est mon héros !)... à côté de lui, c'est sûr, Delon est un dragueur de prisunic. C'est bien simple: on a l'impression qu'une femme ne peut croiser Buk sans avoir envie de coucher avec lui.

Le plus important étant bien sûr ailleurs : une fois encore, le récit est baigné d'une nostalgie étrange et envoûtante. On a tendance à oublier que la grande majorité de ses textes ont été écrits a postériori : en 1978, Bukoswki est encore considéré comme un "espoir" de la littérature - pourtant il a déjà pas loin de 60 ans. Or donc, il est inutile de se forcer pour deviner que la réalité se mélange totalement à la fiction, dans une de ces tambouilles littéraires dont lui seul avait le secret.

Un livre paradoxal : c'est à celui-ci que Buko doit sa réputation d'affreux macho, alors que justement, en le lisant, on comprend que c'est tout le contraire : toutes ces femmes sont meurtries et fortes à la fois, drôles, indépendantes... pas du tout les poupées gonflables que les critiques littéraires de l'époque montrèrent du doigt. Bon, ok, elles sont toutes un peu dérangées, mais pas plus que Bukowski lui-même. Lequel n'essaie jamais, à aucun moment, de se donner le beau rôle. S'il s'est comporté comme un salaud, il l'assume totalement - et évite de tomber dans l'excès inverse en s'accablant. Et s'il n'emploie jamais le mot, on comprend qu'il s'agit là d'amour - ni plus ni moins: "Chinaski est en train de perdre ses couilles. Et il en est fier."

Bref, encore un roman superbe, drôle et acerbe - bukowskien en somme. Dominé par le personnage de Lydia, la femme qui louche, l'un des plus beaux portraits de femme que j'ai lus...

le genre : hum...
la note : 6/6


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Par Thom - Publié dans : Lectures
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Dimanche 7 mai 2006 7 07 /05 /2006 18:33
Modeste Mignon (Honoré de Balzac, France, 1844)


On pourrait résumer l'histoire de ce roman en quinze lignes comme en quinze pages. Afin d'éviter d'endormir tout le monde, je vais choisir la première option :

 

Modeste Mignon est une jeune fille de province, tout ce qu'il y a d'ordinaire et de pieux. Elle est la seconde fille du Colonel Mignon, lequel, bien que souvent absent, la surprotège depuis le jour où son autre fille, Carolina, s'est enfuie avec un mystérieux inconnu. Devenue fille unique, Modeste est chargée de soigner sa mère, à l'agonie, puis de prendre soin de son père lorsque celle-ci viendra à mourir - destin qui on l'imagine ne lui convient pas. Car dans les ténèbres de sa chambre, sous les couvertures et à la bougie, elle se passionne pour la littérature et la poésie... et décide de sauter le pas en écrivant une lettre que nous qualifierons poliment "de groupie" à son poète préféré, le Baron de Canalis, illustre personnage de la vie parisienne. Une réponse s'ensuit. Puis une autre. La correspondance devient de plus en plus intime, de plus en plus amoureuse. Mais Modeste, dont la vie est plus terne que terne, ment dans ses lettres. Et Canalis, pour sa part, lui ment aussi...


 

J'ai commencé l'entreprise folle de relire tout Balzac, tâche dont je ne m'acquitte je l'avoue que très occasionnellement car ses oeuvres complètes, que j'ai déjà lues une fois, prennent une place assez considérable sur mes étagères ! Mais cette relecture me semblait nécessaire, car de la première je n'ai guère retenu grand chose.

Et parmi les innombrables choses que j'avais oubliées, il y avait la qualité de "Modeste Mignon" roman aussi drôle que tendre, aussi cruel qu'émouvant. Avec cette plume qui n'appartient qu'à lui, Balzac passe au crible la bonne bourgeoisie de province et réduit en cendre la figure mythique du poète torturé souffretant ses vers dans sa mansarde. C'est tout simplement remarquable! Et en plus, ce roman est l'un des rares de Balzac dans lesquels ne se perd pas en d'interminables descriptions (car il paraît que les descriptions de Balzac ont traumatisé des générations entières, ça me fait mal chaque fois que je l'entends mais qu'y puis-je ???).

Seul bémol : l'intrigue est un peu trop longue à se nouer, et un peu trop longue à se dénouer. Dans mon édition le texte ne fait que 298 p., mais j'en aurais volontiers enlevé 20 au début et 20 à la fin (fin d'autant plus interminable qu'elle est assez convenue).


le genre : balzac épistolaire (chose plutôt rare)

la note : 5,5 / 6




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Par Thom - Publié dans : Lectures
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Lundi 8 mai 2006 1 08 /05 /2006 12:49
The Most Beautiful Woman in the World & Other Stories (Charles Bukowski, USA, 1983)


Dans mon souvenir, ces "nouveaux contes de la folie ordinaire" (titre français) étaient très supérieurs aux premiers... eh bien pour une fois, mes souvenirs étaient bons!

Il est forcément difficile de critiquer un recueil de nouvelles, je ne vais pas vous faire un "one by one" ce serait fastidieux pour tout le monde et qui plus est totalement inutile puisque comme dans tout recueil, il y a du bon et du moins bon, du génial même parfois - mais point de médiocre (pas dans celui-ci du moins). A plus forte raison dans ces vrais/faux "nouveaux contes" : en réalité, il s'agit d'une collection dont le principal maître d'oeuvre est l'éditeur de Bukowski, dans le but avoué de capitaliser sur le succès des premiers. C'est-à-dire qu'il n'y a pas réellement de ligne directrice dans ce livre-ci et qu'il regroupe des textes écrits entre 1965 et 1972, ce qui fait une sacrée marge. Certains ont été publiés dans des revues littéraires, d'autres au milieu de recueils de poésie comme "Crucifixion in Deathland", et d'autres encore ont été écrits pour les "premiers contes" et tenus à l'écart de leur édition définitive. Bref c'est un peu comme en musique, quand un artiste publie les chutes de studio de son album précédent! Sauf que bizarrement, ce côté dilettante, bordélique et j'menfoutiste va comme un gant à Hank. Hank, dont ce recueil marque d'ailleurs la naissance (c'est-à-dire que c'est le premier livre où Bukoswki/Chinaski se voit surnommé Hank).

Dans "The Most Beautiful Woman" (le recueil, pas la nouvelle), il y a des choses drôles, des choses horribles, et surtout beaucoup de choses horriblement drôles... les deux premières nouvelles font frôler le haut le coeur (notamment la mort atroce de Ramon Vasquez) et c'est là que je me dis que j'ai mal vieilli car bizarrement je n'ai pas souvenir que ces textes m'aient heurtés durant mon adolescence. Pourtant paradoxalement, les deux zonards nécrophages ou les deux blaireaux torturant l'ex-star du muet sont aussi pourris que terriblement attachants... Et que dire de la double apparition de son idole et rival Hemingway ? totalement géniale et délirante : la première fois, Hemingway téléphone pour s'excuser, il ne pourra venir à leur rendez-vous parce qu'il est retenu ailleurs, il vient de mourir (et lâche au passage : "quand ils ont adoré mon "The old man and the sea" j'ai compris que l'humanité était fichue"); la seconde il est bien vivant, et c'est Bukowski qui s'excuse de s'être envoyé sa femme la veille au soir !

Bukoswki est un genre d'éboueur : il est l'Eboueur de l'Humanité. Même pas par provocation, juste parce qu'il est comme ça : il parle de ce que les autres taisent, il jette un regard aussi lucide que cruel et hilarant sur le monde de fou qui l'entourent. Ça passe par des mésaventures tragi-comiques comme celle de l'araignée qui le fixe du regard et le stresse au point qu'il n'arrive pas à faire son caca... je sais, écrit par moi ça n'a aucun intérêt. Ça n'a même aucun intérêt écrit par qui que ce soit - exception faite de Bukowski. Ça passe aussi (surtout) par des moments poignants, cette incroyable humanité avec laquelle il traite les marginaux, les toxicos, les putes oeuvrant avec un crucifix au-dessus du lit, les pauvres qui crèvent de la tuberculose dans les hôpitaux parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'offrir les soins nécessaires (je peux vous dire que quand on repense à certains évènements récents, l'ouragan Katrina en tête, ça n'a pas vieilli)...

Comme toujours, il y a Bukowski côté pile (la violence, la rage, les sentences définitives aux arrière-goûts de fin du monde) et Charles côté face (deux nouvelles où il évoque, sous couvert de fiction, sa toute récente paternité).

Un peu comme les deux faces de cette société occidentale sur laquelle il fait semblant de cracher tout en étant partie prenante.


le genre : nouvelles fracassantes et fracassées
la note : 5,75/6
Par Thom - Publié dans : Lectures
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Mardi 9 mai 2006 2 09 /05 /2006 11:45
Feuillets d’Automne (André Gide, France, 1949)
 
 
A l’automne de sa vie (même l’hiver si on considère qu’il mort en 1951), Gide jette avec ce curieux recueil un singulier coup d’œil dans le rétroviseur.
 
La bibliographie de l’auteur fourmille de petits livres de la sorte, quelque part entre le roman, la nouvelle, la chronique… « Feuillets d’Automne » est un ovni de la sorte compilant différents articles et diverses chroniques écrites entre 1924 et 1948.
 
Un large panorama, donc, qui permet à l’un des plus grands écrivains du XXe siècle de nous proposer diverses vues sur divers sujets : Gide parle de tout et de rien, de sa mère, des saisons, et bien sûr de la littérature. Il évoque ses amis (Claudel, Conrad, Artaud), ses idoles (Goethe, Lautréamont), son éditeur (Le Mercure de France), il parle de musique, de théories philosophico-littéraires et bien sûr…de lui-même.
 
C’est là toute la singularité de cet objet littéraire non identifié : alors qu’il n’évoque jamais sa personne directement, Gide, au travers de ses coups de gueules et de ses coups de cœurs, en dit plus sur lui dans toutes ces chroniques que dans n’importe lequel de ses romans.
 
Auteur caché, habile et mutin, il se révèle aussi comme un être humain fascinant, souvent drôle et parfois violemment acerbe (Claudel en prend plein la tronche).
 
 
Sans doute pas le livre le plus indispensable de Gide, que ce soit clair. Mais un livre captivant, un livre qui existe peut-être plus que certains de ses romans, grâce auquel on en apprend plus sur l’auteur des « Caves du Vatican » et la « Symphonie Pastorale » qu’en lisant n’importe quelle biographie ou n’importe quel recueil de correspondances.
 
 
le genre : chroniques gidiennes
la note : 5 / 6
Par thomthom - Publié dans : Lectures
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Mercredi 10 mai 2006 3 10 /05 /2006 18:43
Wendy² ou les secrets de Polichinelle (Vincent Ravalec, France, 2004)
 
 
Wendy Angelier est encore une enfant lorsqu’elle apprend la mort de Wendy Angelier, l’autre, la meurtrière illuminée se faisant passer pour une sainte. Elle range cette info dans un coin de son esprit jusqu’à l’adolescence, lorsqu’on lui pose un sujet de disserte pour le moins épineux : Dans quelle situation éprouvez-vous de la compassion ?
 
 
Vincent Ravalec a eu une trajectoire pour le moins particulière qui mériterait presque un roman à elle seule : nouvelliste surdoué, il devient le grand écrivain en vogue que tout le monde s’arrache au début des années 90 en décrochant le premier Prix de Flore pour son « Cantique de la racaille » qui devient dès lors un roman culte. Il en écrira une poignée d’autres, sensés s’inscrire dans une trilogie : « Wendy » (sous titré Biographie d’une Sainte ou un truc dans ce goût là si ma mémoire est bonne) et « Nostalgie de la Magie Noire ». C’est l’âge d’or.
 
Par la suite Ravalec s’essaie au cinéma en adaptant lui-même (plutôt pas mal d’ailleurs) son « Cantique… » (Yvan Attal et surtout Marc Lavoine y sont exceptionnels) puis en relatant cette expérience délicate dans « Les souris ont parfois du mal à gravir les montagnes », sont dernier roman totalement réussi en date.
Après les choses se corsent : Ravalec va simultanément découvrir Proust et le vaudou, cocktail qui on l’imagine ne peut que faire des ravages sur un esprit fragile (déjà qu’individuellement ça peut-être brutal alors imaginez les deux ensemble !). Il a repris toute sa bibliographie en inscrivant quasiment tous ses romans et tous ses recueils dans des cycles, et en a entamé un nouveau pour l’occasion, Le Jeu, dont ce « Wendy² » est sensé être le troisième volet – même s’il fait suite au second volet de son premier cycle…ça va je suis à peu près clair ? Non parce que justement, Ravalec lui, ne l’est pas trop. Dans tous les sens du terme.
 
Le premier « Wendy » était une satire sociale aussi noire que drôle, caustique, écrite sur le fil du rasoir dans un style déjanté et percutant. Peut-être son meilleur roman (en tout cas le meilleur de ceux que j’ai pu lire). Cette suite pendulaire s’inscrit dans une optique différente, dans la droite lignée des derniers titres de l’auteur, c’est à dire dans le N’IMPORTE QUOI TOTAL, créneau qu’à n’en pas douter il maîtrise à la perfection.
L’idée de satire sociale est toujours présente, l’étude de mœurs également, mais tout cela est passé à la moulinette Ravalec (ou plutôt à la moulinette du Ravalec d’après 2000 qu’on appellera pour le coup Ravalec²). Soit donc un embrouillamini comico-mystico-social qui laisse pantois. Les 150 premières pages sont totalement enthousiasmantes, drôles et superbement écrites. Durant les 150 suivantes on passe plus de temps à se demander si c’est de l’art ou du cochon qu’à s’intéresser à l’histoire, et durant les 80 ou 100 dernières on a atteint à un stade ou en s’en fout complètement.
 
Il y a des auteurs qu’on peut apprécier sans forcément entrer à fond dans leur trip, juste parce que c’est bien écrit…celui-ci écrit manifestement bien, mais je ne pense pas qu’il soit de cette trempe.
 
Pour ceux qui le découvriront avec ce livre, seules deux réactions me semblent possibles : l’hilarité totale face à un texte délirant au possible, ou l’apitoiement devant un roman d’une bêtise confinant au ridicule.
 
 
A ceux qui, comme moi, connaissent depuis longtemps Ravalec, « Wendy² » laissera surtout un goût amer d’inachevé et de talent gaspillé.
 
 
 
le genre : barré
la note : 3,5 / 6
Par thomthom - Publié dans : Lectures
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Jeudi 11 mai 2006 4 11 /05 /2006 15:54
La Boite en Os (Antoinette Peské, France, 1941)
 
 
Court roman à deux voix, « La Boite en Os » met en scène les retrouvailles du narrateur et de son vieil ami John après que ce dernier ait été interné durant très longtemps. Pourquoi ? Comment ? C’est que John entreprend de raconter. Ses souvenirs sont évasifs, chaotiques, et hantés par le fantôme de Margareth dont il tomba éperdument amoureux dès l'enfance…
 
 
Voilà ce que j’aime par-dessus tout et ce qui m’arrive trop rarement : découvrir des auteurs ou des romans oubliés, des écrits dont j’ignorais l’existence et qui me transportent. Antoinette Peské fait partie de rares auteur(e)s que j’ai découvert récemment, quand bien même elle est décédée il y a plus de 20 ans en ne laissant qu'une œuvre très très mince.
 
Court, ramassé et troublant, ce petit objet d’à peine 200 pages est une petite merveille écrite dans un style simple et poétique, presque aérien, qui confine assez rapidement à l’onirisme.
 
Qu’est-ce que ce que la boite du titre ?
Je vous laisse le découvrir, vous faire la propre opinion sur le sujet (le livre ne coûte que 8 euros alors vous n’avez pas d’excuse pour ne pas vous le procurer). N’attendez pas quelque chose de fantastique surtout, ce n’est pas de cela qu’il s’agit même si l’atmosphère générale du texte peut revêtir par bien des aspects un côté fantastique – au sens qui dépasse l’entendement.
« La Boite en Os » est avant tout un roman d’amour, mais un vrai, un de ceux qui vous font croire en l’amour…loin de tous les pathos, loin du sirupeux et de la sensiblerie pseudo romantique de certains auteurs du début du XXeme qui avaient oubliés que Musset et Hugo étaient morts et leur art avec eux.
 
 
le genre : à découvrir
la note : 5 / 6
 
ps : même si elle ne me lira probablement pas, je tiens à remercier la petite batracienne qui m’a fait découvrir cette auteure oubliée de tous ou presque.
Par thomthom - Publié dans : Lectures
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