Lectures

Mardi 2 mai 2006
Wuthering Heights (Emily Brontë, Angleterre, 1847)
 
 
Longtemps avant moi, ce fut Italo Calvino (tout de même) qui osa poser cette question pour le moins essentielle : à quoi servent les classiques ?
 
Combien avons-nous lu de classiques surestimés ?
 
Combien de fois avons nous été déçus ?
 
Où se situe l’universalité de l’œuvre ?
 
Difficile à dire. « Wuthering Heights » fait partie de ces classiques de la littérature anglaise que j’ai soigneusement évités durant mes études, sans véritable raison sinon que ça me semblait trop évident. En fouillant dans les manuels de littérature anglophone je découvrais des dizaines d’auteurs totalement méconnus. Bien sûr Emily Brontë figurait dans ces manuels, mais ça me semblait tellement plus intéressant de me lancer dans des terres littéraires inconnues plutôt que de m’envoyer un pavé déjà amplement commenté par une poignées de millions d’autres personnes…
 
J’y suis donc venu sur le tard, et pour être tout à fait honnête : je ne le regrette pas du tout.
 
Comme vous le savez sans doute déjà (si vous n’avez pas lu le livre vous avez sûrement vu le film !), ce roman nous plonge au cœur de l’Angleterre non pas du XIX e siècle, mais du plutôt du XVIII e, si l’on considère que livre s’ouvre en 1801 et se ferme en 1802 mais qu’entre temps l’essentiel de l’histoire se sera déroulée une quarantaine d’années plus tôt. De là à parler de roman historique, calmons un peu nos ardeurs ! Ces histoires tragiques d’amours et de pouvoirs pourraient tout aussi bien se passer au XXXIII e siècle que ça ne changerait pas grand chose.
 
Ensuite, ce que vous ne savez pas forcément (en tout cas pas si vous avez vu une version ciné), c’est qu’il s’agit en fait de deux romans en uns. On a une double narration, celle Lockwood (locataire du domaine éponyme) et celle de Mrs Dean, domestique de son état. Dois-je ajouter que ces deux narrations n’ont pas un intérêt majeur ? Je n’ai rien contre les romans à narrations multiples, lorsque celles-ci sont crédibles – or ce n’est pas le cas ici. Pour la simple et bonne raison que j’ai de sérieux doutes quand à l’éventualité qu’une domestique de l’époque emploie strictement le même registre de langage qu’un personnage au rang social plus élevé et sensé être plus lettré.
 
***
 
Qu’en retirons nous au final ? Une écriture plutôt agréable mais terriblement vieillie. Mon édition est loin d’être neuve, mais il n’y a pas que le papier qui sent la poussière…l’histoire, les personnages, le style…à se demander si ce livre n’était pas déjà désuet au moment de sa parution.
 
Evidement c’est un classique. Mais qu’est-ce qu’un classique ? C’est un roman important mais qui l’est finalement moins pour ses qualités objectives que pour ce qu’il représente. Un classique n’est pas fatalement un chef d’œuvre.
 
Pour autant je n’irais pas dire que c’est une grosse merde, quand bien même l’avantage du blog (le seul) c’est qu’on y dit à peu prêt tout ce qu’on veut…mais bon, ce n’est pas une grosse merde, tout au plus un livre quelconque qui occupe une place prépondérante dans le patrimoine culturel britannique. Alors non, je ne vais pas dire que c’est une grosse merde, c’est promis ; je ne voudrais pas manquer de respect à nos amis d’outre Manche, parce qu’il faut bien avoir conscience que dire à un anglais que « Wuthering Heights » est long et pas très palpitant équivaut à peu près à une situation où un anglais viendrait nous dire que notre « René » de Chateaubriand est passablement chiant…
 
Même si c’est vrai, ce sont des choses qui ne se disent pas.
 
Pourquoi ?
 
Mazette ! parce que ce sont des classiques (vous avez rien compris au titre de la chronique ou quoi ???)
 
 
le genre : truc qu’il faut lire ou essayer de lire, histoire de ne pas mourir totalement idiot 
la note :   2 ½ / 6
Par thomthom
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Mardi 2 mai 2006
Le Dernier Mot (Pierre Boileau & Thomas Narcejac, France, 1956)
 
 
Ce matin là, le commissaire Burton est prêt à sabrer le champagne : ses hommes sont enfin parvenus à mettre la main sur Dave Gibbson, voleur de grand chemin et habitué du grand banditisme qui leur file entre les pattes depuis des années…sauf qu’évidemment les messages de congratulations n’ont qu’un temps : le soir même Burton apprend qu’une jeune fille a été enlevée par les complices Gibbson et qu’ils menacent de la laisser mourir de soif et de faim si leur patron n’est pas libéré d’ici là…
 
 
Je n’ai de cesse de vanter le génie de cette improbable et souvent imparable paire d’auteurs…manque de chance, pour cette première évocation dans ces pages ce sera en mal.
 
Ce court texte n’est pas dénué d’intérêt. Bien écrit, bien rythmé, il est également hyper référencé, bourré de clins d’oeils (je ne pensais pas qu’il était possible d’en mettre autant en si peu de pages) notamment à un célèbre auteur (et modèle) qui fait carrément une apparition aussi courte que drôle à la fin.
Surtout, il est bon de rappeler que dans les années 80 les deux compères eurent l’idée (bonne sur le papier et plutôt bof bof bof dans les faits) d’écrire les nouvelles aventure d’Arsène Lupin, car on constate que dès les années 50 ils sont déjà tentés par le personnage : ce texte est un palimpseste plutôt réussi d’une des premières apparitions du Gentleman Cambrioleur.
 
En résumé : on sent que B&N s’amusent et n’ont pas d’autre prétention sur ce coup-là…
 
Mauvaise nouvelle hélas : le lecteur s’amuse nettement moins. Retiré de son contexte le bouquin n’a pas grand chose de palpitant (même le lecteur le moins malin aura deviné la fin quasiment dès le début).
 
La bonne nouvelle, c’est que je suis à peine à la moitié du premier des quatre volumes d’œuvres complètes de Boileau-Narcejac et que j’ai donc bon espoir de revenir sous peu vous en dire du bien.
 
 
le genre : réservé aux fans les plus indulgents
la note : 2 / 6
 
Par thomthom
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Vendredi 5 mai 2006
La Peau & Les Os (Georges Hyvernaud, France, 1949)
 
 
Soyons francs et objectifs…
 
Les témoignages de gens déportés pendant la guerre ont fait - évidemment - beaucoup pour le devoir de mémoire et tout ce qui s'ensuit, pour l'histoire du monde (de l'humanité !) sans aucun doute... bouleversants au moins autant qu'instructifs, ils nous ont on appris beaucoup... mais passée l'émotion, constituaient-ils vraiment de grandes oeuvres littéraires ? Primo Levi, lui-même, ne revendiquait-il pas son statut de témoin, rejetant le qualificatif d'écrivain ?

Avec « La Peau & Les Os », Hyvernaud a lui aussi raconté son expérience de réclusion dans un camp de concentration ; il a aussi évoqué la suite. Il raconte donc en plus de l’horreur du camp la difficulté de se réinsérer dans une société qu’il ne comprend plus, où tout lui semble futile et sali. Une société où tout n’est qu’apparence et supercherie…
 
En somme un décalage incroyable, impossible sans doute à imaginer pour quelqu’un qui ne l’a pas vécu et qui d’une certaine manière explique involontairement le blocage de Primo Lévi sur un seul et unique sujet (car finalement il a écrit à peu près toujours le même livre).
 
La différence c’est que Hyvernaud n’a pas que le fond, il a aussi la forme : une écriture remuante, chaotique, décharnée (si l'on osait le jeu de mots on dirait que le titre a donc une double entrée !). Un style, un vrai, comme on en voit peu et qui détonne totalement avec la littérature de l’époque. De ce point de vue, Hyvernaud était un auteur terriblement en avance sur son temps, anticipant les explosions fragmentaires du nouveau roman et semblant parfois terriblement plus contemporain que les styles de certains auteurs vivants (dont je tairais les noms).
 
Hyvernaud était sans doute trop malin, trop doué et trop lucide… le fait est qu’aujourd’hui il est quasiment oublié.
« La Peau & Les Os », roman d’une force et d’une intensité remarquables, a été un bide à sa sortie (malgré le soutien de certains des auteurs les plus populaires de son temps, Sartre en tête). Il en a été de même pour le suivant, « Le Wagon à vaches », en 53. Au point que son auteur en soit dégoûté de la littérature et n’écrive plus rien jusqu’à sa mort en 1983.
 
Un auteur génial qui arrête d’écrire parce que ses contemporains, pire encore que de le mépriser, l’ignorent…
 
 
le genre : chef d’œuvre absolu.
la note : 6 / 6 (logique)
 
P.S. : Serge Teyssot-Gay, guitariste de Noir Désir, consacra à Hyvernaud un album aussi brillant que dérageant : On croit qu'on en est sorti (Barclay, 2000).
Par thomthom
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Dimanche 7 mai 2006
Modeste Mignon (Honoré de Balzac, France, 1844)


On pourrait résumer l'histoire de ce roman en quinze lignes comme en quinze pages. Afin d'éviter d'endormir tout le monde, je vais choisir la première option :

 

Modeste Mignon est une jeune fille de province, tout ce qu'il y a d'ordinaire et de pieux. Elle est la seconde fille du Colonel Mignon, lequel, bien que souvent absent, la surprotège depuis le jour où son autre fille, Carolina, s'est enfuie avec un mystérieux inconnu. Devenue fille unique, Modeste est chargée de soigner sa mère, à l'agonie, puis de prendre soin de son père lorsque celle-ci viendra à mourir - destin qui on l'imagine ne lui convient pas. Car dans les ténèbres de sa chambre, sous les couvertures et à la bougie, elle se passionne pour la littérature et la poésie... et décide de sauter le pas en écrivant une lettre que nous qualifierons poliment "de groupie" à son poète préféré, le Baron de Canalis, illustre personnage de la vie parisienne. Une réponse s'ensuit. Puis une autre. La correspondance devient de plus en plus intime, de plus en plus amoureuse. Mais Modeste, dont la vie est plus terne que terne, ment dans ses lettres. Et Canalis, pour sa part, lui ment aussi...


 

J'ai commencé l'entreprise folle de relire tout Balzac, tâche dont je ne m'acquitte je l'avoue que très occasionnellement car ses oeuvres complètes, que j'ai déjà lues une fois, prennent une place assez considérable sur mes étagères ! Mais cette relecture me semblait nécessaire, car de la première je n'ai guère retenu grand chose.

Et parmi les innombrables choses que j'avais oubliées, il y avait la qualité de "Modeste Mignon" roman aussi drôle que tendre, aussi cruel qu'émouvant. Avec cette plume qui n'appartient qu'à lui, Balzac passe au crible la bonne bourgeoisie de province et réduit en cendre la figure mythique du poète torturé souffretant ses vers dans sa mansarde. C'est tout simplement remarquable! Et en plus, ce roman est l'un des rares de Balzac dans lesquels ne se perd pas en d'interminables descriptions (car il paraît que les descriptions de Balzac ont traumatisé des générations entières, ça me fait mal chaque fois que je l'entends mais qu'y puis-je ???).

Seul bémol : l'intrigue est un peu trop longue à se nouer, et un peu trop longue à se dénouer. Dans mon édition le texte ne fait que 298 p., mais j'en aurais volontiers enlevé 20 au début et 20 à la fin (fin d'autant plus interminable qu'elle est assez convenue).


le genre : balzac épistolaire (chose plutôt rare)

la note : 5,5 / 6




...

Par Thom
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Mardi 9 mai 2006
Feuillets d’Automne (André Gide, France, 1949)
 
 
A l’automne de sa vie (même l’hiver si on considère qu’il mort en 1951), Gide jette avec ce curieux recueil un singulier coup d’œil dans le rétroviseur.
 
La bibliographie de l’auteur fourmille de petits livres de la sorte, quelque part entre le roman, la nouvelle, la chronique… « Feuillets d’Automne » est un ovni de la sorte compilant différents articles et diverses chroniques écrites entre 1924 et 1948.
 
Un large panorama, donc, qui permet à l’un des plus grands écrivains du XXe siècle de nous proposer diverses vues sur divers sujets : Gide parle de tout et de rien, de sa mère, des saisons, et bien sûr de la littérature. Il évoque ses amis (Claudel, Conrad, Artaud), ses idoles (Goethe, Lautréamont), son éditeur (Le Mercure de France), il parle de musique, de théories philosophico-littéraires et bien sûr…de lui-même.
 
C’est là toute la singularité de cet objet littéraire non identifié : alors qu’il n’évoque jamais sa personne directement, Gide, au travers de ses coups de gueules et de ses coups de cœurs, en dit plus sur lui dans toutes ces chroniques que dans n’importe lequel de ses romans.
 
Auteur caché, habile et mutin, il se révèle aussi comme un être humain fascinant, souvent drôle et parfois violemment acerbe (Claudel en prend plein la tronche).
 
 
Sans doute pas le livre le plus indispensable de Gide, que ce soit clair. Mais un livre captivant, un livre qui existe peut-être plus que certains de ses romans, grâce auquel on en apprend plus sur l’auteur des « Caves du Vatican » et la « Symphonie Pastorale » qu’en lisant n’importe quelle biographie ou n’importe quel recueil de correspondances.
 
 
le genre : chroniques gidiennes
la note : 5 / 6
Par thomthom
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Mercredi 10 mai 2006
Wendy² ou les secrets de Polichinelle (Vincent Ravalec, France, 2004)
 
 
Wendy Angelier est encore une enfant lorsqu’elle apprend la mort de Wendy Angelier, l’autre, la meurtrière illuminée se faisant passer pour une sainte. Elle range cette info dans un coin de son esprit jusqu’à l’adolescence, lorsqu’on lui pose un sujet de disserte pour le moins épineux : Dans quelle situation éprouvez-vous de la compassion ?
 
 
Vincent Ravalec a eu une trajectoire pour le moins particulière qui mériterait presque un roman à elle seule : nouvelliste surdoué, il devient le grand écrivain en vogue que tout le monde s’arrache au début des années 90 en décrochant le premier Prix de Flore pour son « Cantique de la racaille » qui devient dès lors un roman culte. Il en écrira une poignée d’autres, sensés s’inscrire dans une trilogie : « Wendy » (sous titré Biographie d’une Sainte ou un truc dans ce goût là si ma mémoire est bonne) et « Nostalgie de la Magie Noire ». C’est l’âge d’or.
 
Par la suite Ravalec s’essaie au cinéma en adaptant lui-même (plutôt pas mal d’ailleurs) son « Cantique… » (Yvan Attal et surtout Marc Lavoine y sont exceptionnels) puis en relatant cette expérience délicate dans « Les souris ont parfois du mal à gravir les montagnes », sont dernier roman totalement réussi en date.
Après les choses se corsent : Ravalec va simultanément découvrir Proust et le vaudou, cocktail qui on l’imagine ne peut que faire des ravages sur un esprit fragile (déjà qu’individuellement ça peut-être brutal alors imaginez les deux ensemble !). Il a repris toute sa bibliographie en inscrivant quasiment tous ses romans et tous ses recueils dans des cycles, et en a entamé un nouveau pour l’occasion, Le Jeu, dont ce « Wendy² » est sensé être le troisième volet – même s’il fait suite au second volet de son premier cycle…ça va je suis à peu près clair ? Non parce que justement, Ravalec lui, ne l’est pas trop. Dans tous les sens du terme.
 
Le premier « Wendy » était une satire sociale aussi noire que drôle, caustique, écrite sur le fil du rasoir dans un style déjanté et percutant. Peut-être son meilleur roman (en tout cas le meilleur de ceux que j’ai pu lire). Cette suite pendulaire s’inscrit dans une optique différente, dans la droite lignée des derniers titres de l’auteur, c’est à dire dans le N’IMPORTE QUOI TOTAL, créneau qu’à n’en pas douter il maîtrise à la perfection.
L’idée de satire sociale est toujours présente, l’étude de mœurs également, mais tout cela est passé à la moulinette Ravalec (ou plutôt à la moulinette du Ravalec d’après 2000 qu’on appellera pour le coup Ravalec²). Soit donc un embrouillamini comico-mystico-social qui laisse pantois. Les 150 premières pages sont totalement enthousiasmantes, drôles et superbement écrites. Durant les 150 suivantes on passe plus de temps à se demander si c’est de l’art ou du cochon qu’à s’intéresser à l’histoire, et durant les 80 ou 100 dernières on a atteint à un stade ou en s’en fout complètement.
 
Il y a des auteurs qu’on peut apprécier sans forcément entrer à fond dans leur trip, juste parce que c’est bien écrit…celui-ci écrit manifestement bien, mais je ne pense pas qu’il soit de cette trempe.
 
Pour ceux qui le découvriront avec ce livre, seules deux réactions me semblent possibles : l’hilarité totale face à un texte délirant au possible, ou l’apitoiement devant un roman d’une bêtise confinant au ridicule.
 
 
A ceux qui, comme moi, connaissent depuis longtemps Ravalec, « Wendy² » laissera surtout un goût amer d’inachevé et de talent gaspillé.
 
 
 
le genre : barré
la note : 3,5 / 6
Par thomthom
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Jeudi 11 mai 2006
La Boite en Os (Antoinette Peské, France, 1941)
 
 
Court roman à deux voix, « La Boite en Os » met en scène les retrouvailles du narrateur et de son vieil ami John après que ce dernier ait été interné durant très longtemps. Pourquoi ? Comment ? C’est que John entreprend de raconter. Ses souvenirs sont évasifs, chaotiques, et hantés par le fantôme de Margareth dont il tomba éperdument amoureux dès l'enfance…
 
 
Voilà ce que j’aime par-dessus tout et ce qui m’arrive trop rarement : découvrir des auteurs ou des romans oubliés, des écrits dont j’ignorais l’existence et qui me transportent. Antoinette Peské fait partie de rares auteur(e)s que j’ai découvert récemment, quand bien même elle est décédée il y a plus de 20 ans en ne laissant qu'une œuvre très très mince.
 
Court, ramassé et troublant, ce petit objet d’à peine 200 pages est une petite merveille écrite dans un style simple et poétique, presque aérien, qui confine assez rapidement à l’onirisme.
 
Qu’est-ce que ce que la boite du titre ?
Je vous laisse le découvrir, vous faire la propre opinion sur le sujet (le livre ne coûte que 8 euros alors vous n’avez pas d’excuse pour ne pas vous le procurer). N’attendez pas quelque chose de fantastique surtout, ce n’est pas de cela qu’il s’agit même si l’atmosphère générale du texte peut revêtir par bien des aspects un côté fantastique – au sens qui dépasse l’entendement.
« La Boite en Os » est avant tout un roman d’amour, mais un vrai, un de ceux qui vous font croire en l’amour…loin de tous les pathos, loin du sirupeux et de la sensiblerie pseudo romantique de certains auteurs du début du XXeme qui avaient oubliés que Musset et Hugo étaient morts et leur art avec eux.
 
 
le genre : à découvrir
la note : 5 / 6
 
ps : même si elle ne me lira probablement pas, je tiens à remercier la petite batracienne qui m’a fait découvrir cette auteure oubliée de tous ou presque.
Par thomthom
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Vendredi 12 mai 2006
The Sex Pistols (Nicolas Ungemuth, France, 1996)
 
 
Qui d’autre que Nicolas Ungemuth (un jour je saurai comment on le prononce, juré) pouvait mieux écrire la biographie des Sex Pistols ? Les Pistols n’aimaient personnes, lui non plus. Bien sûr dans les faits les Pistols aimaient beaucoup d’artistes, et Ungemuth aussi bien sûr. Mais les lecteurs de Rock & Folk connaissent bien le bonhomme : spécialiste de la rubrique rééditions, encyclopédie vivante, Nicolas Ungemuth a la plume rageuse, acerbe, explosive. Comme le verbe de Johnny Rotten en son temps. J’ai souvenir d’un « Que sont-ils devenus ? » (son ancienne rubrique) consacré à Yes totalement hilarant. Et bien sûr, il y a eu ce classement des 40 pires groupes de tous les temps, dont le but évident était de provoquer un tolet chez les lecteurs les moins pourvus d’humour et une émeute au service courrier du journal – mission totalement accomplie.
 
Ungemuth, donc, n’est pas un tendre. Y compris avec les artistes qu’il apprécie (je vous renvoie à ses mini-bios décapantes de Bowie ou d’Iggy Pop dispos pour 1 euro chez Librio). Son humour est corrosif et son stylo n’écrit pas : il cogne – en général là où ça fait mal. Chacun voit dans ses chroniques ou dans ses bouquins ce qu’il veut y voir ; en ce qui me concerne je ne peux que me tordre de rire car j’ai de l’humour, ce même lorsqu’il taille des gens que j’adore…ce qu’il fait précisément avec Rancid dès l’avant propos de ce livre. Un avant-propos qui vaut son pesant de cacahuètes, même si (à la différence du reste du livre) il peut sembler légèrement périmé.
 
Remettons les choses dans leur contexte précis : 1996. Le grunge est mort et le revival punk bat son plein ; on y trouve à boire et à manger : pour un Green Day ou un Rancid, groupes qui ont prouvé qu’ils pouvaient perdurer, combien d’Offspring, Dawn By Law, Smash Mouth et autres horreurs les amateurs de rock ont-ils dû souffrir ? Trop, beaucoup trop. En quelques lignes, Ungemuth règle le problème :
 
Les pires groupes de troisième génération font aujourd’hui figure de vétérans. Ceux-là même qui faisaient rire tout le monde à l’époque […] sont aujourd’hui vénérés […] On écrit des thèses sur eux, on dissèque leurs paroles […] Et pendant ce temps là, ces quadras cloutés en profitent pour faire tous les ans leur tournée d’adieux…
Tout cela aurait paru franchement comique il y a seulement dix ans [1986, donc] […] A l’époque, franchement, le mot Punk faisait un tantinet désuet. […] Phénomène antique dont les rejetons s’étaient montrés particulièrement navrants. Et on avait raison. Car, en vérité, le Punk s’est arrêté avec le premier single de Sham 69, la première Doc Marten’s, le premier iroquois. La fête était finie. On avait bien ri mais là, ça n’était plus drôle. […] Et là, toc ! on nous refait le coup, « Punk pas mort, deuxième partie » […] Ca, pour le coup, c’était drôle, ces types qui voulaient déclencher une révolution californienne en samplant deux trois riffs des Jam ou des Clash. On riait à nouveau […]
Jusqu’à ce que le Sex Pistols décident de se reformer…
 
 
Ainsi s’ouvre sinon la biographie ultime sur les Sex Pistols l’une des bios (musicales ou autres) les plus passionnantes et hilarantes que j’ai lues. Avec les Sex Pistols de 1996, bedonnants, pathétiques mais finalement loin d’être ridicules – grâce à Johnny Rotten bien sûr. A la question de savoir pourquoi il a accepté une reformation après avoir refusé pendant 18 ans, il répond du tac au tac :
 
« Nous nous sommes découverts une cause commune, et c’est votre argent. »
 
Clair, net, précis : les Pistols sont revenus pour le fric, et ils en sont fiers. Le cynisme d’une telle phrase pourrait choquer mais non, même pas. Parce que ce sont les Sex Pistols, évidemment, mais aussi parce qu’il vaut peut-être mieux que l’hypocrisie de tous ces vieux groupes qui se reforment régulièrement soit disant « pour se rappeler le bon vieux temps », bah tiens ! Et encore : en 1996, les Pistols étaient parmi les premiers à faire ça. Depuis, ils ont été des dizaines à nous faire le coup, de manière certainement moins honnête et efficace que le groupe de Johnny Pourri.
 
 
La suite, c’est le côté biographique de l’affaire. Evidemment, la bio d’un groupe qui n’a réellement eu d’existence que pendant trois ans et un album ne peut pas être bien longue, mais Ungemuth s’y atèle avec un talent et un mordant remarquable. Petits portraits au vitriol des principaux protagonistes de l’affaire, récit de la soit disant épopée torché en un chapitre (qu’aurait-on pu ajouter ?)…ça peut sembler léger, mais c’est remarquable.
 
Car Nicolas Ungemuth, en dehors du fait qu’il est un portraitiste truculent et souvent acide, au-delà d’un statut de musicologue avéré auquel il n’a jamais prétendu (Rotten lui fera remarquer qu’il est le premier journaliste depuis 1977 à avoir noté que contrairement à quasiment tous leurs collègues les Pistols ne jouaient pas des morceaux hyper speeds mais essentiellement des mid-tempos), Ungemuth donc réussit là où beaucoup de biographes se sont cassés les dents : il remet les choses en perspectives, démontre à quel point ce groupe de branleurs a marqué son temps, développe une analyse sociétale du Punk (qu’il écrit toujours avec majuscule) sans jamais se montrer emmerdant ou didactique.
 
Exactement à la manière des Sex Pistols, finalement : sous le côté sarcastique et désinvolte, derrière le verni du mec qui aime tailler des costards, il y a quelqu’un d’extrêmement cultivé, intelligent et conscient. De même, les Sex Pistols ont fait croire à des générations entières qu’on pouvait être un grand groupe sans savoir jouer – ce qui est faux : leur génie à été de faire de leurs maigres qualités instrumentales un concept, une marque de fabrique…sacrée nuance.
 
 
Le livre se clôt sur un récit tragi-comique d’une prestation de ces fameux Pistols enfin de retour. Pas vraiment emballé le Ungemuth, au point qu’il termine par ces mots :
 
…en tout cas, c’est fini.
 
On ose imaginer la tête du pauvre rock-critic lorsque ces mêmes Pistols, encore plus vieux et encore plus cyniques, ont remis le couvert en 2002.
 
 
Sinon les paris sont ouverts : moi je mise sur un nouveau come-back cette où l’année prochaine, pour commémorer l’anniversaire du London Punk.
Par thomthom
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Dimanche 14 mai 2006
Le Sagouin (François Mauriac, France, 1951)
 
 
Il est pour le moins périlleux de s’essayer à introduire un texte aussi court que celui-ci. Petit roman de même pas 150 pages, « Le Sagouin » nous amène au cœur de la vie provinciale (quoi ? au cœur de la vie provinciale dans un bouquin de Mauriac, ben ça, merde alors, c’est surprenant), suivant les destins croisés du petit Guillou, enfant difforme et méprisé issu de l’alliance pour le moins contre nature de Galéas, aristocrate lui-même totalement méprisé, et de Paule, jeune femme ayant pris ses désirs d’élévation sociale pour des réalités et regrettant amèrement d’y avoir laisser ses plus belles années. En butte permanente à la Baronne, la vraie, sa belle-mère, rejetée par les villageois pour une antique histoire "de moeurs", haïssant son mari si laid et fade, Paule a fait de son unique fils le réceptacle de toute sa haine et de tout son dégoût.
 
 
Mauriac, c’est Mauriac. A savoir une écriture furieuse, simple mais terriblement violente. Une structure romanesque quasiment inexistante, des personnages fous à lier où (le cas échéant) rendus monstrueux par la haine. Dans ce roman, il semble retrouver (enfin) l’état de grâce de ses grands livres de l’entre deux guerres (« Genitrix », « Thérèse Desqueyroux », « Le Nœud de vipères »). S’il n’atteint jamais la puissance des chefs d’œuvres suscités, l’auteur parvient à sortir un livre captivant, sans doute son plus personnel, qui pourrait être une excellente introduction à son œuvre tant il en semble une synthèse parfaite : protagonistes torturés, figures féminines castratrices (ici qui plus est on est servi : trois pour le prix d’une !) et écriture quasi instinctive.
 
Petit défaut cependant : les romans courts de Mauriac ont toujours été sauvés par leur densité, leur cohérence. Ici, le roman est très court mais contrairement à (au hasard) « Genitrix », il développe une véritable histoire avec un nombre assez conséquent de personnages…il en résulte un goût d’inachevé : 139 pages (écrites en gros) pour évoquer tout à la fois le petit sagouin, les rapports maternels destructeurs, les ragots et petites bassesses des patelins paumés et la lutte des classes…ça fait quand même un peu léger. Il est par exemple regrettable que les rapports entre Guillou et l’instituteur n’aient pas été plus approfondis…ils sont au centre du roman, ils sont la plaque tournante justifiant la première moitié et provocant la seconde…or cette "relation" est évacuée en un chapitre. Dommage.
 
Il n’en demeure pas moins que ce roman, s’il n’est pas le meilleur de son auteur, en est un excellent résumé. Un genre de best of de l’univers de Mauriac, plus facile à lire que certains de ses classiques et très intéressants du point de vue de l’œuvre en elle-même : Mauriac, que j’ai autrefois qualifié d’écrivain de la haine ordinaire , semble, plus de quarante ans après la publication de son premier recueil (« Les mains jointes »), jeter un coup d’œil dans le rétroviseur. Et résume son œuvre en deux phrases :
 
Comme on dit « faire l’amour », il faudrait pouvoir dire « faire la haine ». C’est bon de faire la haine, ça repose, ça détend.
 
 
le genre : du Mauriac !!!
la note : 4,75 / 6
Par thomthom
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Mardi 16 mai 2006
Deception (Philip Roth, USA, 1990)
 
 
Décidément, Philip Roth est unique. Tant dans les ambitions que dans l’univers ! Un auteur qu’il faut bichonner…
 
« Deception » n’étant pas racontable je ne vais pas le raconter : ce n’est qu’une succession décousue de dialogues, entre Philip, écrivain juif américain en vacation en Angleterre, et des femmes. La sienne, ses maîtresses, ses amies, ses étudiantes, des inconnues…
 
 
Structuré en fragments, ce livre est totalement inaccessible. S’il existe encore de nos jours une littérature expérimentale il s’inscrit résolument dans cette catégorie. C’est ma seconde lecture, et j’avoue ne pas être encore certain d’en avoir saisi tout le sens et tous les enjeux…
 
Ce parti pris du dialogue multiple et de la suppression du narrateur n’est-il qu’un prétexte pour Roth ? N’est-ce qu’une manière de glisser des sentences définitives sur la vie et des petits aphorismes de rien du tout – chose qu’il n’a jamais faite dans aucun autre de ses romans ? Est-ce-même d’un roman qu’il s’agit ? Y a t’il un nom pour un pareil objet littéraire non identifié ?
 
Ou peut-être s’inscrit-il dans la lignée du reste de l’œuvre de Roth, dans cette longue et minutieuse étude de mœurs entamée dès les années 60 avec « Goodbye Colombus » ?
 
 
Même après deux lectures je suis incapable de répondre à ces questions. Tout ce que je peux en dire, c’est que ce bouquin là fascine autant qu’il agace ; la provocation n’est jamais loin lorsqu’il s’agit de Roth. Peut-être cherche t’il juste à provoquer le lecteur en rendant ce livre le moins accessible possible ? Peut-être est-ce finalement un exercice de style très simple ?
 
Impossible à dire, là encore. Mais ce qui est sûr c’est qu’on le dévore goulûment, sans trop savoir pourquoi…
 
 
le genre : il faudrait lui trouver un nom
la note : 4,5 / 6
Par thomthom
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