Les notes du Golb

...
   Oxxxxx
    Sans façon !

   OOxxxx
    Bof...

   OOOxxx
    Eventuellement...

   OOOOxx
    Volontiers.

   OOOOOx
    Avec plaisir !

   OOOOOO
    Sans la moindre
    hésitation !!!
...

Ne m'écrivez pas

 
...je ne cherche pas, en effet, à me faire des amis...

...cependant, en cas de force majeure...
....
 ATTENTION NEANMOINS : nous nous réservons le droit de décider du caractère profondément majeur de votre cas de force majeure. Ou pas.
Samedi 2 décembre 2006
On me dit souvent qu’avec moi quand ça va, ça va pas.
 
Aujourd’hui, en exclusivité mondiale pour Le Golb, je vais vous avouer que oui. C’est vrai. Tout à fait.
 
Mais avouez cependant que la langue française a quelque chose de bizarre, voir même de parfois un peu con : si on a le droit d’écrire A quelque chose malheur est bon, la réciproque, en revanche, est proscrite. Et pourtant souvent à quelque chose bonheur est mal, je vous assure !
 
Allez comprendre ce qui se passe dans la tête des grammairiens…
 
 
 
 
Ce matin là, je me suis levé de bonne heure. Vers huit heures. Pourtant je ne travaillais pas…je me suis juste réveillé naturellement à huit heures. C’était bizarre, d’autant qu’en plus j’avais excellemment bien dormi sans prendre de somnifères…mais que se passait-il donc ?
 
Tandis que le café s’écoulait lentement, j’ai regardé par la fenêtre ce qui se passait dans la Rue des Bons-Enfants. Elle était très calme, il y avait même un petit rayon de soleil, du coup j’ai ouvert, j’ai allumé une cigarette et je me suis dit merde ! c’est quoi ce bordel ? une bonne journée ? non ?
 
J’ai commencé à boire mon café (exceptionnellement bon ce matin là), allumé la radio tout en n’ayant aucune envie d’écouter les infos, fumé une autre cigarette, glissé un disque sur la platine…petits gestes quotidiens qui pourtant n’avaient pas le même écho que d’habitude. Je ressentais une sensation étrange que j’étais incapable d’identifier. Un genre de langueur, mais pas la langueur de d’habitude, celle de la tête à l’envers après une nuit artificielle créée à grand renfort de Théralène. Non, une langueur différente et pour tout dire : agréable. Je me suis fait couler un bain (chose que je ne fais jamais) et j’y ai traînaillé pendant une demi heure (chose que je fais forcément encore moins) tout en écoutant Taxi Girl – groupe absolument pas marrant qui n’a même pas réussi à m’émouvoir. Une telle insensibilité allant absolument à l’encontre de ma nature, j’ai soupiré en me disant que bon…bah voilà, peut-être que j’avais passé l’âge de siffloter « Aussi belle qu’une balle » en rêvant de me taillader les veines – et puis voilà. J’ai continué ma petite bonne femme de mâtinée en me rasant, et arrivé à une demi barbe je me suis rendu compte de ce que je faisais : je me rasais ! moi !
 
Non, décidément, cette mâtinée était vraiment curieuse.
 
 
J’ai fini par identifier mon problème une fois rasé de frais : j’étais bizarrement heureux. Je suis toujours bizarrement heureux. Pourtant autour de moi a priori rien n’a changé : Manon est toujours malade, Charlotte est toujours morte, je n’aime toujours pas mon boulot, je suis toujours un écrivain frustré…je veux dire par-là que j’avais toujours précisément les mêmes problèmes que quand je m’étais couché la veille au  soir…sauf que ce matin ils semblaient un peu moins colossaux que d’ordinaire…
 
Comprenez donc mon désarroi ! être heureux, moi, je ne sais pas faire. Le bonheur, c’est un truc totalement nouveau pour moi. J’en avais vaguement entendu parler par le passé, mais bon…disons que j’étais croyant mais pas pratiquant. Là, le bonheur me tombe dessus sans prévenir, et croyez-moi mine de rien le bonheur c’est carrément CREVANT. Déjà vous souriez comme un con toute la journée quitte à vous faire un claquage des zygomatiques. Ensuite vous prenez toutes les mauvaises nouvelles à la légère, et pour couronner le tout vous n’avez envie de rien faire. Du tout. D’ailleurs j’ai passé une grande partie de la journée allongé sur mon lit à rêvasser en écoutant Whiskeytown. Pas question de golber, de sortir, d’avoir une activité…rien de tout ça. Juste paresser. Ne rien branler, voilà mon activité du jour. En soi c’est dur pour moi, qui suis hyperactif de naissance. Mais alors ne rien branler en souriant comme un con c’est monstrueux…quand je me regarde dans la glace je ne me reconnais même pas…
 
Assez ironiquement, quand j’étais au fin fond de la dépression, je ne travaillais pas tout en faisant dix mille choses de mes journées. Et là je ne suis plus dépressif et c’est maintenant que rien ne me dit…incompréhensible, non ? Parce qu’il faut bien en parler tout de même ! ça, on ne vous fait pas de reportages dessus, mais une journée heureuse c’est aussi atroce qu’une journée malheureuse. Le bonheur c’est nul, c’est fourbe, ça vous tombe dessus sans prévenir et ça vous déchiquette méthodiquement. Une vraie saloperie. Ca va vous coupe les jambes et la tête et le reste (!), je vous assure, c’est terrifiant. Vous n’êtes pas obligés de me croire bien sûr, d’ailleurs je vous souhaite de ne jamais le vérifier par vous-mêmes. Sans quoi vous seriez malheureux d’être heureux, ce qui ne veut pas dire qu’une fois malheureux vous en seriez heureux – vous ai-je dit que le bonheur était un truc vraiment vicelard ?
 
Evidemment le bonheur est un truc très relatif : il est probable que dans quelques jours je recommence à nouveau à me sentir angoissé, (désab)usé, fatigué…n’empêche ! quand vous arrivez au moment où vous allez prendre (par pur réflexe) votre médicament du matin et que vous vous dites Mais au fait pourquoi je prends ça ?, c’est que quelque chose est en train de changer. J’en ai parlé à ma sœur. Elle m’a dit que je ne devrais peut-être pas arrêter de prendre mon traitement, et qu’il n’était sans doute pas très sain de passer subitement d’un extrême à l’autre – soit donc du pessimisme le plus noir à l’optimisme le plus béat. Vous savez quoi ? j’en ai RIEN A FOUTRE de ce que pense ma sœur. A vrai dire je ne sais même pas pourquoi je lui ai parlé de ça…comprenez-moi : déjà que je suis un dépressif heureux, si en plus je deviens une tête de mule qui écoute ce qu’on lui dit autant carrément me les couper…diantre !
 
 
En attendant maintenant que j’ai identifié mon problème je ne sais pas trop comment je dois négocier les choses. Vous croyez que je devrais essayer de redevenir moi-même ? Vous n’auriez une grosse tuile pour moi ? Je sais pas moi…un drame tragique, une tragédie dramatique, quelque chose de ce genre ? allons allons chers golb-addicts…vous feriez bien ça pour moi ? vous m’aideriez bien à retrouver ma dépression ? Parce que très franchement le bonheur ça craint. Happiness stinks. Sincèrement. C’est trop nul, en plus c’est toujours pareil : autant il y a des degrés de dépression, autant le bonheur c’est super monotone. Vous n’êtes pas un peu / beaucoup heureux. Vous êtes juste heureux, de même que vous êtes blonds ou que vous êtes vivants. Vous êtes heureux comme vous respirez, et en plus vous expirez des volutes de joie qui viennent polluer l’atmosphère délicieusement mélancolique de vos proches – que vous vous surprenez à envier.
 
Ouais, j’ai très peur mes enfants. Et si cet état perdurait ? si je continuais à fondre comme ça ? si je rentrais dans le rang… ?!!! non mais vous vous rendez compte ? J’ai l’impression que vous ne mesurez pas l’ampleur des dégâts…je n’ai pas du tout envie de devenir tout lisse…et pourquoi pas responsable, réfléchi et honnête pendant qu’on y est ? et puis calme, apaisé, du genre qui tend la joue…pff…plus j’y pense plus je trouve ça terrifiant… !
 
 
 
 
Voilà où j’en suis de mes réflexions passionnantes…voyez-vous, chers lecteurs, j’aurais bien fini cette chronique, mais je n’ai pas envie de lui chercher une chute. Ca m’aurait fait plaisir de vous faire plaisir seulement en vous faisant plaisir j’aurais été encore plus heureux – et là franchement j’ai ma dose. De toute façon je suis bien trop accaparé par ce bonheur de malheur pour avoir envie d’autre chose que d’être heureux. Même pas d’écrire ; car de même qu’on n'écrit jamais quand on est totalement au fond du trou, on n’écrit pas beaucoup plus quand on est heureux. D’ailleurs rien que d’écrire cette chronique je m’emmerde moi-même, j’ose à peine imaginer ce que ce sera pour vous de la lire. J’estime donc qu’il vaut mieux arrêter les frais pendant que vous êtes encore éveillés. De mon côté, je vais rejoindre mon lit et essayer de ne pas être déprimé par cette humeur joviale et nauséabonde.
 
Les meilleures choses ayant une fin, je dois hélas confirmer ce que je soupçonne depuis déjà plusieurs semaines déjà : je ne suis plus dépressif. Par conséquent, cette chronique numéro 61 sera la dernière de mon « Journal du dépressif… »…
 
La bonne nouvelle, c’est que je risque très prochainement de vous faire découvrir le Thomas normal, celui d’il y a encore un an, celui que j’ai moi-même oublié. Il était encore plus méchant et teigneux que le dépressif. Ceci n'est pas un adieu...tout au plus la fin d'un chapitre...
 
Une fois ce bon-heurt enfin digéré, la prochaine série pourrait donc vous surprendre…
 
 
Mercredi 29 novembre 2006
« Non non non non non non ! CA NE PEUT PLUS DURER !!!!!!! »
 
…a crié Jean-Pierre Jean, visiblement très excité.
 
Ah non ! je ne veux pas qu’il y ait de méprise : Jean-Pierre Jean ne parlait pas du tout du jeu de l’Equipe de France. Au contraire, à ce propos il m’avait dit quelques instants plus tôt : La France est la meilleure équipe du monde, ce qui tombe un peu sous le sens à présent mais bon…on ne va pas en plus demander à Jean-Pierre Jean d’être medium. De même, il ne parlait pas non plus du Ballon d'Or.
 
(RAPPEL 1 :un rapide retour sur chroniques permettra aux lecteurs non-fans de Jean-Pierre Jean de constater qu’il ne disait pas du tout la même chose de la France il y a encore quelques mois)
 
(RAPPEL 2 : d’un point de vue strictement comptable je dois préciser qu’en réalité la meilleure équipe du monde est l’Italie – il semble que d’aucuns en France l’aient oublié)
 
Non, donc. Jean-Pierre Jean ne parlait pas du tout de football. Il parlait de mes cheveux. Sa seconde préoccupation dans la vie. En effet,contrairement à une idée reçue assez largement véhiculée par Le Golb, sélectionneur de l’Equipe de France n’est que le second métier de Jean-Pierre Jean. Son premier job, c’est coiffeur, même si c’est vrai que j’ai beaucoup aidé à ce que tous les lecteurs oublient que Jean-Pierre Jean était coiffeur. Donc là, pour la première fois depuis l’ouverture du Golb ou presque, Jean-Pierre Jean a parlé de mes cheveux. Un évènement qui méritait une chronique, non ?
 
Je ne tiens pas à revenir, par pudeur, sur mes problèmes capillaires (je vous renvoie à la chronique numéro 1 – la meilleure ? – au cas vous auriez oublié de quoi il retourne) En revanche je dois bien avouer que depuis des années que je le fréquente, Jean-Pierre Jean n’a jamais été foutu de les résoudre. Objectivement, s’il est une pointure en matière de foot, Jean-Pierre Jean est assurément le coiffeur le plus naze de tous les temps (vous me direz : il suffit de voir sa coiffure à lui, certes). Ce n’est d’ailleurs que par amour pour le ballon rond que je vais chez lui (par radinerie, aussi). Il est évident, que dis-je : IRREFUTABLE que Jean-Pierre Jean se défend beaucoup mieux en matière de dribbles qu’en ce qui concerne les balayages. D’ailleurs, sans vouloir choquer ses fans (que je sais nombreux), force est d’admettre que si Jean-Pierre Jean peut se montrer un fin analyste footballistique il est incapable de réussir une coupe droite – y compris sur moi. Jean-Pierre Jean est tout simplement à la coiffure ce que Frédéric Déhu est au football (je sais, je vais loin dans la subversion), à savoir pour les non-initiés : un gentil croquenot. Un modeste artisan, professionnel bien sûr, mais loin, très loin des portes de la Sélection.
 
 
Or donc, ce jour là, Jean-Pierre Jean s’est souvenu que son métier n’était pas consultant sur Foot + mais bel et bien coiffeur. S’il en a ressenti une quelconque déconvenue, il n’en a rien laissé paraître. Moi par contre j’ai ressenti une sacrée déconvenue…lorsqu’il a voulu me conseiller pour mon look. Jean-Pierre est adorable, n’empêche que c’est quand même un mec qui met les mêmes chemises à petits carreaux que le boucher d’en face, porte des lunettes démodées depuis vingt ans minimum, des pantalons en velours (démodés depuis trente ans), des mocassins en cuir marron (démodés depuis la guerre), une petite cravate rouge toute fine (démodée depuis la guerre d’avant) et des bretelles assorties (jamais à la mode jusqu’alors – Zidane nous garde). Bref devoir subir un relooking par Jean-Pierre Jean ça fout encore plus les boules que de prendre des cours d’élocution avec Fogiel…ou des cours de foot avec un joueur du F.C. Sochaux-Montbéliard…
 
(ne rigolez pas : non seulement cette équipe existe mais en plus elle joue les premiers rôles dans le Championnat de France)
 
(ouais, c’est quand même moins glamour que Madame Thierry Henry)
 
(non bah ne vous mettez pas à chialer non plus)
 
Du coup, sans pour autant me mettre en colère, j’ai fait comprendre à Jean-Pierre Jean que je n’avais pas vraiment besoin de ses conseils. Puis je suis rentré chez moi.
 
 
 
 
Le lendemain, alors que j’essayais de me coiffer (je ne me coiffe plus depuis longtemps, me contentant d’essayer – c’est déjà beaucoup ; de vagues tentatives assez vaines dans l’ensemble), je me suis rendu compte que Jean-Pierre Jean n’avait pas tort. C’est vrai que mes cheveux, c’est une horreur, une catastrophe…ça ne pouvait plus durer. Oui, mon coiffeur avait raison. Par contre je lui en voulais à mort d’avoir eu raison et de m’avoir donné un fort judicieux conseil. Cela peut sembler illogique, je sais. Mais je me suis souvent rendu compte par le passé que c’est en fait à ça qu’on reconnaît les vrais amis : ils vous donnent des conseils qui vous font chier, vous disent des vérités que vous ne voulez pas entendre, et du coup vous leur en voulez à mort. L’ingratitude est le fondement même de l’amitié – c’est bien pourquoi je n’ai pas d’amis.
 
Par exemple : mon pote Ludo, coiffeur lui aussi, ne m’aurait JAMAIS dit ce que Jean-Pierre Jean a osé me dire. Lui, il aurait été plus diplomate – qui a dit plus faux-cul ?????!!!!!!!
 
Non, décidément…me mettre ainsi devant l’horreur de mon système pileux…fichtre, je me demande comment il a pu se le permettre. Je crois que j’ai passé la ligne rouge avec Jean-Pierre Jean. On est devenu trop proche pour qu’il continue à m’être un bon coiffeur.
 
(vous avez bien sûr le droit de considérer que je n’ai rien de plus important à penser puisque c’est la vérité !)
 
Tout à fait. Bien sûr. A l’évidence…
 
…plus j’y pensais plus ça paraissait évident : il me fallait prendre mes distances avec Jean-Pierre Jean, pour notre bien à tous les deux. C’était le seul moyen de préserver notre amitié – puisqu’en terme de coiffure il n’y avait jamais rien eu grand chose à sauver.
 
 
Hasard ou coïncidence, qu’importe, je suis tombé le surlendemain sur…mon pote Ludo. Mon pote coiffeur. Dans la rue. A deux pas de chez Jean-Pierre Jean ! si ça c’est pas du signe, je ne sais pas ce qu’il vous faut. Nous avons commencé à discuter Ludo et moi. Ce fut un magnifique dialogue de sourds, un monument de nullité Néant-dertalienne. Après coup je me suis même sérieusement demandé si J-P.J. n’était pas plus mon pote que Ludo, que je fréquente pourtant depuis le lycée.
 
Enfin…ça ne m’a pas semblé très grave sur le coup : au contraire notre amitié capillaire n’en serait que plus forte au moment de passer à l’acte. Car oui, autant être franc avec vous : à ce moment là j’avais déjà décidé de tromper Jean-Pierre Jean.
 
Oh ! je sais ce que vous pensez. Vous me trouvez ignoble et sans cœur, égoïste et qui plus est incohérent – car tromper son coiffeur c’est comme tromper sa femme : ça ne se décide pas comme ça du jour au lendemain. Je m’en fous, j’assume. Jean-Pierre Jean ne me procurant plus ce dont j’avais besoin, j’ai voulu changer. Pour voir. J’ai décidé de faire souffrir Jean-Pierre Jean pour être belle. Tout à fait. Et je n’en rougis même pas. Bien au contraire. J’ai passé un très agréable moment entre les mains expertes de Ludo. Un authentique coiffeur.
 
En effet, Ludo se fringue fashion, il ne se fait jamais appeler par son prénom complet et il homosexuel. Il correspond donc beaucoup plus que Jean-Pierre Jean à l’image d’Épinal du coiffeur. Ce qui m’a rassuré. Et vous savez à quoi ça tient ? à pas grand chose : à un mot. VISAGISTE. Ludo est COIFFEUR-VISAGISTE, et croyez-moi ça n’a rien à voir avec le simple coiffeur comme Jean-Pierre Jean. Le coiffeur-visagiste, c’est un créatif, un artiste. Il ne se contente pas d’appréhender votre cuir chevelu : il entreprend carrément votre visage dans son intégralité (d’où son nom). Le coiffeur-visagiste est un virtuose, quand le simple coiffeur est un banal artisan coupeur de cheveux.
 
Ludo, il maîtrise son sujet. Ludo, contrairement à Jean-Pierre, sait ce que sont les préliminaires. Il vous masse délicatement le crâne, vous humidifie progressivement...vous ronronnez de plaisir, oh bien sûr, il ne vous parle d’amour (pardon : de football), oh bien sûr, c’est un rapport purement capillaire…
 
Mais avec Ludo, je me suis enfin senti chevelu. Je me suis senti vivant du cheveu, pour la première fois depuis des années. J’ai vibré jusqu’au plus profond de mon système pileux. Il a su le flatter, il a su se montrer attentif, il a su le préserver…
 
 
Oui, j’ai été infidèle à Jean-Pierre Jean.
 
 
Ca m’a coûté une fortune pour ressortir avec un demi centimètre de cheveux ressuscitant d’un coup ma Monsieurpatattitude, mais il fallait que je le fasse.
 
 
Finalement, je trouve cette histoire est très morale : il ne faut jamais faire une perruque dans le dos de son coiffeur. A cause de moi Jean-Pierre Jean porte les cornes, et Zidane m’a puni en m’affublant d’une coiffure ridicule qui sera à n’en pas douter ma lettre pourpre à moi.
 
 
 
 
Samedi 18 novembre 2006
Quand j’étais plus jeune, mais alors beaucoup plus jeune, il y avait dans ma classe une fille qui s’appelait Sandra.
 
Ce devait être, je sais pas trop moi, en cinquième ? enfin bref, Sandra était plutôt mignonne mais elle avait surtout une particularité physique qui lui causait beaucoup de problèmes : Sandra avait de gros seins. Evidemment sur ce point précis mes souvenirs sont quelque peu brouillés, et pour cause : elle était tellement en avance sur nous dans sa croissance qu’arrivée à l’âge adulte elle s’est sans doute retrouvée avec des seins de taille ordinaire. Mais dans mes souvenirs, ils étaient énormes. Enormes en creux bien sûr, par rapport à ceux des autres filles. En même temps quand vous êtes en cinquième la notion de quelque chose en creux vous est à peu près aussi étrangère que la théorie de la relativité, c’est normal.
 
 
Bref j’ai pensé à Sandra l’autre jour. Rassurez-vous : après la Plus Belle Fille Du Village, je ne vais pas vous faire une chronique sur la Plus Belle Paire De Seins De La Classe De 5ème D Millésime 1992 – 1993. Et Sandra n’est pas morte. Enfin peut-être qu’elle l’est, j’en sais rien, ça fait plus de dix ans que je ne l’ai plus revue. En tout cas ce n'est pas le propos.
 
Voyez-vous, Sandra était victime de moqueries, de vilénies diverses et variées, et je dois bien avouer que moi aussi j’y ai participé. Et vous qui me lisez, si vous êtes un mec, vous l’avez sûrement fait aussi. Un adolescent, par définition, c’est très con. Un adolescent de sexe masculin et hétérosexuel, c’est même pas con, ce serait trop insultant pour les cons. C’est un degré supérieur de connerie…c’est…surcon. Voilà. Bah comme j’ai fait des trucs à peu près normaux durant ma jeunesse (pas beaucoup mais quelques uns) j’ai été surcon à une époque.
 
L’adolescent de sexe masculin hétérosexuel, à sa décharge, est victime d’une maladie génétique étrange qui fait qu’il perd toute humanité à la simple vue d’un bout de chair féminine. Le sein, plus que toute autre partie du corps, agit violemment sur ses synapses, provoquant comme un genre de bug mental qui lui impose de dire une connerie plus grosse que lui (et plus grosse que la paire de seins). C’est une des lois immuables régissant l’univers. Personne n’a jamais su expliquer pourquoi. Je crois que ça doit venir de l’enfance, un traumatisme mammaire en rapport avec les seins maternels.
 
 
 
 
Les lois immuables qui régissent l’univers ayant pour principale spécificité d’être immuables, il en va en 2006 de même qu’il en allait en 1992 – 93. Ca aussi, c’est une loi immuable : les lois immuables sont immuables. Et ainsi de suite.
 
En 2006 cependant, une chose a changé pour moi : je ne suis plus adolescent. De fait, je n’aborde plus de la même manière un sujet qui, je dois le dire, ne me passionnait déjà pas complètement dans ma jeunesse. J’ai eu l’impression d’en avoir vite fait le tour (sans mauvais de mots). Je m’y suis très brièvement intéressé dans le temps, jusqu’au jour où une de mes copines m’a expliqué que peloter les seins des filles ou juste faire des commentaires dessus ça allait cinq minutes mais qu’au bout d’un moment ça soûlait.
 
En revanche, en 2006, mes élèves restent très intéressés par les seins. Ils aiment bien les culs aussi (je leur ai enseigné l’éclectisme), mais les seins restent leur sujet de prédilection. Surtout en cinquième, parce qu’en cinquième une paire de seins ça reste quand même assez rare. Les jeunes filles d’aujourd’hui me semblent beaucoup plus renseignées sur pas mal de sujets par rapport à mon époque, mais leur croissance, ça reste leur croissance. C'est presqu'aussi immuable qu'une loi immuable. Ca ne peut pas vraiment évoluer (ou alors ça se compte en siècles, mais pas en années).
 
 
J’ai remarqué que pour les garçons de cinquième, les seins c’était bien, mais pas trop. Ils se foutent des filles plates (ce n’est pas une révolution) avec autant de bêtise et de délectation que des filles qui ont de trop gros seins – ça par contre c’est un truc assez récent. Avant, ils essayaient de les tripoter. Ils ne s’en moquaient pas. Quelque chose semble avoir cassé la fascination éternelle des adolescents pour les gros seins…peut-être qu’ils en ont vus trop dans les films pornos qu’ils cachent au-dessus de leurs armoires ? Possible. Quoique maintenant ils ne prennent plus la peine de les cacher : il suffit de taper X sur internet pour avoir de quoi se polir le chinois jusqu’à la fin des temps.
 
Qu’importent les causes ! seuls comptent les effets.
 
 
Lorsque j’ai vu Amandine pleurer dans un coin du C.D.I. …ok : quand Alice (vous savez, mon éternellement jolie stagiaire qui m’a condamné à me prendre éternellement des râteaux – qui a dit que j’avais mûri ???) a vu qu’Amandine pleurait, elle me l’a dit et moi, j’ai immédiatement compris pourquoi. Amandine a un problème terrible, du genre insurmontable sur le court terme : c’est une femme. A tout point de vue. Le problème c’est qu’elle n’a pas encore treize ans. Avoir un corps de femme à treize ans, ce n’est pas forcément un avantage. Déjà, elle fait trois têtes de plus que tous les garçons avec qui elle voudrait sortir. Ensuite, elle a des seins plus gros que leurs têtes. Et ces seins lui posent des problèmes. Car pour les garçons, une fille plate est une…plate. Une fille qui tombe bien involontairement dans l’excès inverse c’est, savez-vous quoi ?
 
UNE SALOPE !
 
Bah oui, moi aussi je l’ai découvert à cette occasion. Elle me l’a dit : « Ils m’ont traitée de salope et j’suis sure qu’en plus ils savent même pas ce que c’est une salope ». Evidemment je me suis bien gardé de lui dire qu’à mon âge je n’étais toujours pas trop sûr de la définition précise du mot salope. Je suis entré dans mon rôle de héros protecteur (ce qui est très risqué puisque je sais très bien qu’Amandine est folle de mon humble personne – pas de quoi se vanter…la première fois qu’une élève fantasme sur vous c’est rigolo, la seconde ça devient flippant pour un milliard de raisons que je vous raconterai une autre fois).
 
« Ils t’ont dit ça ? Qui ? »
 
Elle m’a désigné les individus. Sombres petits crétins. Je vais…
 
…euh…je vais rien faire ? c’est à dire que pile à ce moment là je me suis rendu compte que je ne pouvais pas y faire grand chose. Ce qui est à la limite du ridicule une fois que vous avez déjà enfilé toute votre panoplie de héros. J’aurais pu éventuellement aller m’asseoir avec eux et avoir une conversation entre hommes type film US :
 
Tu sais Billy, c’est très mal ce que tu as fais là. Je vais t’expliquer pourquoi, mon garçon.
 
(vous prononcez ça en imitant James Stewart)
 
(NOOOON JAMES ! PAS ROD ! enfin vous pouvez essayer avec Rod mais vous allez avoir l’air très cons)
 
…seulement je n’étais pas persuadé que ce serait très convaincant. C’est ce moment qu’a choisi ma conscience (vous vous souvenez d’elle ?) pour ressurgir inopinément (comme souvent avec les consciences) :
 
Hé, mon gars, faut que tu aides cette petite ! tu imagines si on faisait ça à ta fille ?
 
Euh…bah si on faisait ça à ma fille quoi ? j’irais péter la gueule de trois puceaux à la sortie ? tu dis vraiment n’importe quoi aujourd’hui, Conscience. Excuse-moi de te parler franchement.
 
Tu as l’occasion de racheter les moqueries que tu as fait subir à Sandraaaaaaaaaaaa. Tu te souviens ? Et à Juliiiiiiiiiiette ?
 
Juliette ? Ah merde ! Juliette, je l’avais oubliée elle…bon ok, je vais faire un truc.
 
 
Courageusement, j’ai été voir les garçons. Ils étaient attablés au fond avec toute une meute de filles à mini-seins. Des filles qui étaient les meilleures copines d’Amandine (cela va sans dire) et se foutaient de sa gueule à cette seconde pour encourager leurs mâles dans leur bêtise (la bêtise est très séduisante à ces âges).
 
(n’ayez jamais de meilleures copines, moi je vous le dis)
 
« Alors, ça rigole bien ? »
 
(ton menaçant)
 
(suivi d’un silence)
 
Je me suis assis à leur table.
 
« Vous avez pas du boulot par hasard ?
-          Non m’sieur.
-          Bon bah on va discuter alors, on va se marrer un peu ok ?
-          Euh…
-          Parce qu’entre nous Alice elle est moyen comique comme fille. »
 
Ils ont rigolé et là pouf ! J’entends Amandine derrière moi qui dit Alice, je peux aller à l’infirmerie s’il te plaît ? entre deux sanglots. Je tourne la tête et je fais non à Alice d’un geste du menton. Puis, je me remets face à mes joyeux drilles. En une fraction de seconde, j’analyse les gaillards (des beaufs en devenir, rien à faire pour eux) et je décide qu’il vaut mieux s’adresser aux filles :
 
« Alors les filles, qu’est-ce qui se passe avec Amandine ?
-          Rien.
-          A bon. Elle pleure pour rien ?
-          On lui a rien de méchant.
-          Ah. Salope c’est pas méchant ?
-          Bo non m’sieur. C'est un mot comme ça quoi.
-          Ah non ? Alors si je vous dis que vous êtes trois petites salopes ça vous posera pas de problème ?
-         
-          Ouh ouh ouh ouh ? les salopes ? je suis là ! »
 
(je précise pour tous les enseignants potentiels qui me lisent qu’il ne faut évidemment pas tenter ce coup là avec n’importe quelles élèves, sans quoi ça peut devenir éminemment risqué).
 
Une d’elles a fini par lâcher :
 
« Ouais c’est pas trop sympa. »
 
La victoire était cependant encore loin puisqu’une autre a renchéri :
 
« Ouais mais en même temps z’avez vu comment elle s’fringue ?
-          Euh…et alors ?
-          Elle mets des fringues de sal…enfin elle s’habille comme ça et tout, avec des décolletés, des pantalons moulants…
-          Et après ? elle fait ce qu’elle veut.
-          Oui m’sieur mais c’est pour allumer les mecs.
-          Ah. » j’ai ricané : « Et vous croyez vraiment que c’est trois là ils ont besoin qu’on les allume pour prendre feu ? »
 
L’un d’eux s’est rebiffé.
 
« Arrête mon grand, tu changes de couleur à chaque fois qu’Alice t’adresse la parole. Alors j’imagine qu’en face d’un décolleté tu dois pas en mener large.
-          Meuh…
-          Mais bon j’en sais rien moi. Peut-être bien qu’elle t’a allumé, après tout. Peut-être bien aussi que je m’en fous.
-         
-          Tu l’aimes bien quand même, Amandine ?
-          Ouais c’est clair.
-          Et bien quoi ? tu crois que c’est en faisant chialer les filles qu’on les chope ? je suis désolé mais ça j’ai essayé avant toi, ça marche pas. »
 
 
 
 
 
 
Ensuite je me suis remis à la tâche, parce que j’avais quand même du boulot à côté. Bon, pas grand chose, ne paniquez pas, je suis toujours Professeur de Rien. Mais quand même, ne rien faire peut vous remplir une journée.
 
 
Le lendemain, j’ai vu Amandine. Elle avait l’air d’aller mieux. Elle était souriante, de bonne humeur, comme d’habitude. Je me suis fait la réflexion que pour une fille de treize ans elle avait effectivement une manière de se fringuer un peu trop provocante. Mais Amandine est un gros bébé. C’est une jeune fille adorable, ça fait suffisamment longtemps que je la connais pour savoir que si elle s’habille en effet de manière équivoque c’est totalement exempt de toute provocation. Il est même probable qu’elle ne sache pas plus que ses camarades ce que c’est qu’une salope. Ca n’a d’ailleurs aucune importance puisque j’ai réussi mon coup : ils ne la traitent plus de salope…
 
Un happy end, dans une de mes chroniques ? Non…ne me dites pas que vous y avez cru ? Rassurez-vous : ils ne traitent plus Amandine de salope ou de pouf devant elle. Ils continuent dans son dos. Ils continueront encore toute l’année. L’année prochaine, d’autres prendront la relève. Telle qu’elle est partie et vue l’avance qu’elle a sur ses copines, elle est partie pour subir ça au moins jusqu’au lycée. C’est comme ça. Pour l’adolescent mâle hétérosexuel, Amandine sera réduite encore quelques années à une paire de seins – et pas grand chose de plus. Encore une putain de loi immuable qui me fait me demander, parfois, si l'inutilité de mon travail n'est pas elle aussi totalement immuable.
 
C’est dommage. Car accessoirement, Amandine est également la plus jolie fille du collège. La séduire ne demanderait pas beaucoup d’effort : il suffirait de la traiter gentiment. Enfin le jour où les garçons comprendront les filles Frank Ribery lira Heidegger dans le texte.
 
D’ailleurs à leur place et à leur âge, je n’aurais sans doute pas compris non plus.
 
 
Et quatorze ans plus tard j’en aurais fait une chronique.
 
 
 
 
Mercredi 15 novembre 2006
Si je vous dis que la rentrée des classes est un moment important dans l’année, vous n’irez pas me dire le contraire.
 
Certes. C’est un moment important, pour nous, enseignants, sans doute plus encore pour les élèves. C’est également, parfois (pas toujours, il faut bien l’avouer), un moment important pour les parents.
 
Et là, les plus anciens lecteurs me voient déjà arriver mes gros sabots : oui, il est temps qu’une célèbre figure du Golb fasse son retour parmi nous, après des mois d’absence (qui coïncidaient bizarrement avec les vacances). Madame B. est donc de retour. L’inénarrable Madame B. pour qui, forcément, la rentrée des classes est un moment hyper important. Madame B. la tueuse de profs, qui nous revient bronzée et bien décidée à en découdre. Madame B., mère de toute une portée de surdoués au QI ridicule. Madame B. II : La Revanche. Madame B., deuxième année en tant que Présidente de l’A.P.E. Madame B., égale à elle-même.
 
Autant vous dire qu’une nouvelle année avec Madame B., c’était à peu près le pire cauchemar des enseignantes. Mais pour moi, c’était fatalement un bonheur, puisque sa présence aux environs de l’école m’assurerait d’écrire au moins une chronique durant l’année scolaire 2006 – 2007.
 
Madame B., que votre serviteur a laissé venir. En effet, elle a fait chier tout le monde dès le jour de la prérentrée…cette chronique est donc prévue de longue date. Cependant je m’étais dit alors qu’en attendant ne fût-ce que les vacances de la Toussaint, il y aurait peut-être encore plus de trucs à raconter.
 
Là, vous pouvez acclamer respectueusement ma clairvoyance ! Les mois de septembre et octobre ont tout simplement été un festival Madame B. Ni plus, ni moins.
 
 
(là je dois demander aux lecteurs ne connaissant pas Madame B. de cliquer sur le lien ci-dessus et de lire le récit de sa première apparition, sous peine de ne rien comprendre à l’histoire)
 
 
Madame B., donc, est arrivée le jour de la prérentrée pour, accrochez-vous (c’est le cas de le dire) accrocher une boite aux lettres sur la barrière de l’école. Pourquoi donc, me demanderez-vous incrédules ? Je me suis moi-même posé la question. Un jour, à la sortie de l’école, j’ai juste vu une boite aux lettres. Donc j’ai demandé à Françoise (la directrice que Madame B. a décidé de faire renvoyer, vous vous rappelez ?) ce que faisait ce tas de ferraille sur la clôture. C’est ainsi que j’ai appris que c’était du made in Madame B. – ce que je supputais déjà.
 
Bah oui, vous vous doutez bien que je ne pousse pas le vice jusqu’à venir assister à la prérentrée des instits de ma fille (et que donc j’ai appris ceci de manière détournée), tout de même…contrairement à Madame B., justement ! qui est venue faire chier les instits le jour de la prérentrée.
 
Jour qui est, comme je l’ai raconté récemment, le plus chiant de l’année.
 
Par conséquent, vous imaginez le jour le plus chiant de l’année, de votre année vous, mais en cinquante fois plus chiant – et là théoriquement vous avez une idée à peu près juste de ce qu’est une prérentrée avec Madame B. dans les pattes.
 
Techniquement, Madame B. n’avait pas spécialement à être là, évidemment. Seulement voilà : elle a bénéficié d’un oubli stupide dans une loi sans doute toute aussi stupide ne stipulant pas que les parents n’avaient rien à foutre dans les pattes des enseignants le jour de la prérentrée. En gros, personne ne le fait jamais, mais tout le monde pourrait le faire.
 
(j’espère qu’en vous le révélant je ne vais pas déclencher quelques vocations !)
 
Donc du coup, Madame B. est venue accrocher une boite aux lettres sur la barrière de l’école. Une boite aux lettres spéciale pour l’A.P.E. (Association de Parents d’Elèves pour ceux qui n’auraient pas suivi les épisodes précédents – ou ceux qui seraient dépourvus de la moindre capacité de déduction mais ça je n’ose l’imaginer sur Le Golb !).
 
(vous me direz ça pourrait aussi bien vouloir dire Association des Pourfendeurs d’Enseignants, vu que bien souvent cela revient au même…mais là, je m’égare).
 
J’avoue que le concept de boite aux lettres spéciale A.P.E. m’a laissé pour le moins interdit. Et pour cause : l’A.P.E. représente trois personnes, qui habitent toutes dans la même rue. Vous comprendrez donc que l’utilité d’avoir une boite rien que pour eux ne m'ait pas sauté aux yeux !
 
(qui plus est une boite atroce genre vieux tas de ferraille…mais quand on voit Madame B. avec ses cheveux gras son pull vert chasseur et son pantalon de survêt’ on s’attend pas spécialement à truc très raffiné.)
 
(je vous ai déjà parlé de mon prof de français au lycée ?)
 
(il disait que la parenthèse était la faillite de la pensée)
 
(quel gros con…)
 
(…j’aurais jamais pu faire carrière comme chroniqueur si je l’avais écouté)
 
(bon cela dit on va revenir à notre histoire, parce que déjà que c’est long, si en plus on la rallonge vous allez tous dormir avant la page trois)
 
(ce qui me ferait chier parce qu'évidemment vous vous ne pouvez pas le voir mais la page trois j’y suis dans quatre lignes)
 
 
Or donc, il y avait une boite pourrie (du recyclage ?) accrochée à la barrière, laquelle boite pourrie avait été accrochée par Madame B., laquelle Madame B. l’avait accrochée pour pouvoir communiquer en toute impunité avec les autres Pourfendeurs de Profs de l’Association. Pourtant, ils ont tous des e-mails. Madame B. bosse sur informatique toute la journée (et j’interdis à quiconque de dire que c’est la cause de son surpoids, bande de vilains, va). Du coup, je me suis dit que c’était une astuce, un prétexte pour s’envoyer des petits mots en morse, utiliser des codes qu’ils ont piqués dans Le Grand Livre des Codes (genre ceci )
 
Eh bah pas du tout !
 
Officiellement, cette boite sert, je vous le donne mile : à assurer le lien entre les parents et l’A.P.E. Bon Zidane de Bon Zidane ! Mais…le seul parent n’appartenant pas à l’A.P.E. et s’intéressant malgré tout à l’école, c’est…
 
…moi !
 
Et jamais je n’irais écrire des mots doux à Madame B. pour rentabiliser sa boite aux lettres. D’ailleurs elle le sait bien.
 
Alors, la vérité éclata, et elle éclata tellement que Madame B. fut punie de sa perversité (comme nous l’allons voir). Car bien évidemment, cette boite n’était qu’un prétexte pour venir tous les jours (et même plusieurs fois par jour) voir ce qui se tramait à l’école – des fois qu’il y aurait eu une Ligue Anti Madame B…
 
(en fait elle existe mais ça, évidemment, vous ne le répétez pas autour de vous)
 
(d’ailleurs vous ne parlez de cette chronique à personne, parce que je vais carrément vous faire un commentaire composé d’une de ses lettres, ce qui signifie que je risque ma vie)
 
(je rappelle au passage qu’elle fait quatre fois mon volume ; mon volume n’étant pas rien, vous imaginez la bonne femme, y a de quoi avoir des gouttes qui perlent sur le front).
 
 
 
 
En théorie, cet événement majeur même pas de la rentrée mais de la PRE-rentrée aurait dû être le prologue à une série de chroniques sur Madame B. qui, je crois, le vaut vraiment. Pourtant, il s’est passé un truc tellement incroyable que j’ai failli téléphoner chez elle : pendant les trois semaines qui ont suivi, on ne l’a plus jamais vue et on n’a plus jamais entendu parler d’elle.
 
J’ai flippé. Je me suis dit nooooooooooonjevaispaspouvoirécriredechronique.
 
J’ai prié. Pour que ce soit seulement le calme avant la tempête ?
 
Françoise, flairant le coup fourré, a commencé à se renseigner. Rien. Madame B., avait disparu ! Quand Françoise m’a dit ça, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir cette phrase pour le moins prophétique :
 
« Hé, hé, si ça se trouve son mari [Monsieur B., donc, comme Barbapapa ou comme n’importe quoi de bien ramollo qui commencerait par B. NLDR] s’est retourné contre elle et l’a balancée dans les escaliers ! »
 
Je sais, j’ai des pensées monstrueuses. Mais le pire, c’est surtout que dès que j’y pense, ça se produit. Là, j’avais à peine dit ça que, je vous jure que c’est vrai, une heure après je rencontrais Monsieur Baudruche. Dingue non ? Il me dit que sa femme va bien, elle est un peu malade. Ah. Bon. D’accord. Je lui fait transmettre mes vœux de prompt rétablissement bien entendu tout ce qu’il y a de plus sincères (riez pas je vous vois). 
 
Puis je rentre tranquillement chez moi.
 
 
Deux jours après, je vais chercher Manon à l’école, et Madame B. est à la sortie pour attendre sa fille. Là, ma prophétie prend toute sa dimension. Je me suis senti vaguement Sally Spectra sur les bords, pour le coup. Car Madame B. avait le poignent tout embobiné dans une bande moche. J’ai ri en cape…
 
« Oh…Claude, comment allez-vous ?
-          Ca va merci.
-          Qu’est-ce qui vous est arrivée ?
-          Rien, je suis tombée, rien de grave. »
 
Evidemment, comme je suis prophète lorsque je ne suis pas sous Théralène, vous avez deviné qu’elle n’est pas juste tombée. Certes. Ce qui est encore plus fort, c’est la manière dont je l’ai appris ! A ce moment précis, Monsieur C. est arrivé devant la barrière. Il a regardé dans la boite aux lettres. Monsieur C., c’est le nouveau pote de Madame B. (elle n’a pas mis longtemps pour me remplacer cette garce). Il est à l’A.P.E. aussi, ça crée des liens. Monsieur C. (comme couillon, car il fait partie de ces parents qui se laissent entraîner dans les délires psychotiques de Claude B.) s’est approché de sa Pourfendeuse En Chef et a commencé à lui taper la discute, bon j’ai pas trop trop écouté parce que rien que les voir me fatiguait déjà mais je crois qu’il y avait un problème (une boite aux lettres mal accrochée ?) parce que Madame B. m’a dit :
 
« Pouvez-vous gardez Julie cinq minutes quand elle sortira ? »
 
…pour qu’elle me demande de surveiller sa fille même cinq minutes, c’est qu’il y avait un putain de gros problème. Donc elle a suivi Couillon, Julie est sortie (puisque les maternelles sortent un peu avant) nous avons un peu parlé.
 
Julie est une brave gamine, en plus elle est très drôle, même si elle ne sait pas toujours pourquoi elle déclenche des fous rires. Voici ce qu’elle m’a dit :
 
« Môman elle sé fé mal paske Pôpa et elle y s’sont disputés et pi Pôpa il l’a poussée.
-          Ah oui ?
-          Ouiiiiiiiiiii !!!! » en plus elle se marrait aussi, c’est mignon à cet âge là ! « Pôpa l’a poussé Môman et il a voulu l’attaper pa la main et Môman elle a eu mal. »
 
 
 
 
Je sais bien que c’est immonde de rire de ça. Pas la peine de me faire la morale. Cependant, au vu de la carrure de Madame B. et de celle de Monsieur Baltringue, je pense ne pas me tromper en affirmant qu’il ne s’agit pas de violence conjugale…je vois plutôt un gros manque de bol pour Monsieur Baston, genre la seule fois où il a osé hausser le ton devant sa timbrée d’épouse ç’a mal tourné et il l’a envoyée à l’hosto.
 
Mon seul regret, c’est qu’il ne l’ait mise hors service que trois semaines. Il se révolte une fois par an, cet abruti, il pourrait quand même faire les choses bien. Là, c’est du boulot ni fait ni à faire.
 
 
Tout ça pour dire qu’au bout de trois semaines, Madame B. a repris ses fonctions, à savoir chieuse. Chieuse perverse et manipulatrice qui plus est, puisqu’elle n’a rien trouvé de mieux que d’arroser d’e-mails la nouvelle institutrice de sa fille. Des e-mails bourreurs de crâne – c’est si facile d’influencer une débutante. Elle n’a certes pas réussi son coup (sinon je ne serais pas au courant qu’elle l’a aspergée d’e-mails, logique), mais elle aurait pu. Sur ce coup je crois que c’est l’école entière, tout le monde, enseignants et élèves et parents, qui a eu chaud au popotin. Parce que si Madame B. était parvenue à se mettre une des instits dans sa poche, là, c’était la fin des zaricots, elle nous broyait tout, le regroupement scolaire, Françoise, les élèves, l’Education Nationale et accessoirement les roubignoles.
 
 
Nous en arrivons maintenant au chapitre surréaliste de cette chronique, car bien évidemment avec Madame B. dans les parages, il était impossible de ne pas virer à l’absurdité totale et absolue. J’avoue que sur ce coup là, elle a fait vraiment fort. Tellement que je ne sais même pas si j’écrirai un jour une autre chronique à son sujet, parce que là sa connerie a atteint des sphères que je croyais humainement impossible d’atteindre. Je vois difficilement comment elle pourrait aller plus loin dans le délire…
 
(quoique…avec elle, mieux vaut s’attendre à tout !)
 
…Tout a commencé avec un e-mail.
 
En effet, de même que 9 romans de John Le Carré sur 10 commencent par un coup de fil, 9 conneries intersidérales de Madame B. sur 10 commencent par un e-mail (chose finalement assez normale puisqu’elle passe son temps le cul posé devant un ordinateur, à fouiller le site de l’Académie et à avaler toutes les réglementations possibles et imaginables).
 
A l’occasion du premier Conseil d’Ecole de l’année, Madame B. (enfin : l’A.P.E., mais ça revient peu ou prou au même) a décidé que le règlement intérieur de l’école serait à l’ordre du jour. Personne ne lui a rien demandé, et il y avait plein d’autres trucs à traiter avant, mais bon…elle a décidé, elle a décidé. Avec elle, on ne peut pas trop discuter. Donc en vue de cette réunion qui s’annonçait déjà funky, Madame B., au nom de l’A.P.E. (pour qui elle a carrément ouvert une boite mail exprès, c’est dire si elle prend les choses aux sérieux), a envoyé en pièce jointe à TOUS les parents d’élèves pourvus d’un ordinateur une copie de TOUTES ses suggestions – et là nous allons rire un peu ensemble.
 
Veuillez notez je vous prie que par bonté d’âme votre serviteur ne reprendra qu’une infime parcelle de ses réclamations.
 
(par bonté d’âme et aussi par paresse : il y en a QUATRE PAGES)
 
(c’est à dire que ses suggestions font plus de pages que le règlement en lui-même)
 
Donc cette merveille s’intitule :
 
 
Quelques réflexions à propos du règlement intérieurs
 
Heureusement que ce n’était QUE quelques réflexions…imaginez la taille du bordel si elle avait voulu coucher sur le papier ses réflexions tout court
 
Très organisée, Madame B. a organisé son œuvre (l’œuvre de toute une vie peut-être) en chapitres. Le premier s’appelle « Préliminaire » mais sans « s ». Une petite faute d’orthographe qu’on voudra bien lui pardonner tant elle nous aura fait rire.
 
Le règlement intérieur de l’école va être discuté lors du conseil d’école du 09 octobre.
 
Ah bon ?
 
On dirait en effet. Mais au moment où j’ai reçu ça, les instits ne le savaient pas. Charmant, non ?
 
Pour alimenter leur réflexion, ils se sont référés au départemental des écoles maternelles et élémentaires publiques du département (Décembre 2004) et au Guide pour l’établissement du règlement intérieur des écoles édité par l’Inspection Académique.
 
Vous avez bien lu : il n’y a pas de transition et on ne saura jamais qui elle désigne par « ils ». Bon, évidemment, nous en vrai on sait que c’est elle, mais les gens normaux ne le savent pas.
 
Sinon je crois que le passage se passe de commentaire, non ?
 
Les représentants des parents pensent que si le règlement doit clarifier les devoirs des élèves et des parents, il doit également renseigner et informer ceux-ci sur leurs droits, sur les dispositions mises en œuvre pour assurer l’hygiène et la sécurité de leurs enfants, et, le cas échéant, sur les spécificités de l’organisation de la scolarité.
 
Manier l’art du blabla à ce point mérite le respect, non ?
 
Ainsi, s’ils reconnaissent l’aspect essentiel du rappel des consignes en début d’année, ils souhaitent que le règlement intérieur soit étoffé, conformément aux directives académiques, et prenne en compte un certain nombre d’aspects, qui sont développés ci-dessous.
 
Bon, attention, c’est là que ça va devenir marrant. Remarquez : vous êtes peut-être déjà pliés en deux devant tant de connerie pseudo documentée ?
 
En sus des dispositions mentionnées dans les consignes de rentrée, les représentants des parents pensent qu’il serait judicieux d’expliciter clairement les horaires d’ouverture et de fermeture de l’école et les horaires de début et de fin des cours
 
Il y a déjà une affiche qui le mentionne à l’entrée de l’école. En lisant ça je me suis dit qu’elle n’avait pas le sens de l’observation. En fait, si. Vous allez voir par la suite que cette histoire d’horaires a sa petite importance…
 
Les principes de laïcité doivent être rappelés.
 
Tout à fait. Bon, je chasserai bien tous les étrangers de l’école, mais il n’y a qu’une petite – et encore métisse. C’est vous dire si le passage sur la laïcité (qui fait en fait trente lignes dans la version originale du texte) est un point vital dans cette école.
 
Les représentants des parents…
 
Ah bah voilà enfin l’explication du « ils » initial (en milieu de page deux tout de même !)
 
…souhaitent que le système de sanctions soit explicité dans le règlement. Ceci permettrait d’affirmer avec clarté que des sanctions peuvent être prises en cas d’indiscipline et doivent être respectées (les enseignants se plaignent en effet que celles-ci ne soient pas toujours respectées des parents)…
 
Vous m’en direz tant ? les enseignants en général je ne sais pas, ceux de l’école, à ma connaissance, ce n’est pas leur cas.
 
 
…tout en rappelant que n’importe quelle sanction ne peut être prise (par exemple, il est possible d’isoler un enfant à l’école élémentaire, mais de manière momentanée et sous surveillance) : ceci rassurerait un certain nombre de parents anxieux.
 
Surtout que c’est vraiment dans les habitudes des enseignantes de l’école (qui à part la nouvelle sont toutes en fin de carrière) d’enfermer les enfants sans surveillance. Dans des placards de préférence.

Quoi ? vous ne le saviez pas ? Bah écoutez je vous l’apprends : c’est très courant dans les écoles primaires ce genre de pratique. Si, si. D’ailleurs il est probable que vos enfants y soient contraints, je vous assure. Ainsi qu’au martinet, cela va sans dire (mais bon, le martinet on l’utilise moins pour punir les gosses que pour nous procurer un plaisir plus personnel).
 
Si un système de récompenses est envisagé (bons points…), les représentants des parents souhaitent que celui-ci soit aussi être mentionné
 
Ca, c’est mon passage préféré. Il est génial, absolument hilarant. J’admets qu’il n’en a pas l’air comme ça, mais je vous explique :
 
1/ le système de récompense est laissé au libre arbitre de chaque enseignant, ça n’a donc rien à voir avec le règlement intérieur et ça n’a rien à foutre ici.
 
2/ le système de récompense n’existe plus en Seine-Maritime depuis plus de dix ans, il est même officiellement proscrit par l’Académie.
 
Alors, avouez qu’à la lumière de ces informations, c’est quand même drôle comme passage, non ?
 
Ensuite…
 
(là je viens de couper une page entière de blabla sans le moindre intérêt sinon de donner l’impression qu’elle a travaillé son sujet).
 
Les représentants des parents demandent que les dispositions de l’article « hygiène » du règlement départemental figurent dans le règlement intérieur, notamment l’interdiction absolue de fumer dans les écoles.
 
Ce passage ne visant absolument pas Françoise, même si j’ai souligné que si dans la précédente chronique dédiée à notre amie Madame B. Mais bon de toute façon, on s’en fout : ce que Madame B. ignore c’est que Françoise a arrêté de fumer. Il n’y a donc plus un seul fumeur à l’école (sauf les enfants, évidemment, qu’on laisse fumer en toute liberté dans les toilettes sous réserve qu’ils vident leurs cendriers comme des grands).
 
Les représentants des parents souhaitent que soient rappelées les dispositions de l’article « accès aux locaux scolaires» du règlement départemental.
 
C’est triste, ça. Savoir qu’il y a des gens qui écrivent un règlement intérieur alors qu’il suffisait de photocopier le règlement départemental !
 
Les représentants des parents demandent que les mesures relatives à la sécurité soient indiquées dans le règlement intérieur.
 
C’était déjà le cas. A ce stade vous avez compris que Madame B. a décidé de réécrire le règlement intérieur sans même l’avoir lu.
 
Ils rappellent que le règlement départemental fait référence à un registre d’hygiène et de sécurité présenté lors d’un des conseils d’école de l’année . Ils souhaitent savoir si un tel registre existe.
 
Bien évidemment, puisque c’est obligatoire pauv’pomme ! A ce stade vous avez compris que moi, la première chose que j’ai faite quand j’ai vu l’e-mail de Madame B., c’est lire le règlement intérieur…
Ils souhaitent que conformément aux directives du guide pour l’établissement du règlement intérieur, les dispositions concernant la participation des personnes étrangères à l’enseignement soient intégrées au règlement intérieur : ces dispositions ont le mérite de clarifier les choses.
 
Et lire le règlement intérieur avant aurait eu le mérite de vous éviter d’écrire un paragraphe, chère Claude, puisque que ces dispositions y figurent déjà.
 
Le conseil d’école, conformément au Décret n°2006-935 du 28 juillet 2006 doit examiner les conditions d’organisation du dialogue avec les parents.
 
Je connais une ou deux enseignantes qui, averties de ce courrier par mes soins (gnark) ont eu une soudaine envie d’examiner les conditions d’organisation du coup de boule aux parents.
 
Bon, je coupe la suite, pour arriver à la dernière page, la meilleure de toute :
 
Références
 
 
 
Décret n° 90-788 du 6 septembre 1990
Modifié par le décret n° 2005-1014 du 24-8-2005
Organisation et fonctionnement des écoles maternelles et élémentaires
Art. 9 - Art. 18 (modifié par le décret no 91-383 du 22 avril 1991).
 
…il y en a une page et demi, de références. Fabuleux, non ?
 
Demandez à n’importe quel enseignant que vous croiserez, vous verrez que je n’en fais pas une chronique pour rien. Madame B. est réellement surréaliste !!! Madame B., Reine des Dadas !!!!!
 
 
 
 
D’une certaine manière, lire ce courrier m’a rassuré. Parce que désormais je savais ce que Madame B. avait dans la tête et surtout je savais que son cahier de doléances n’était qu’un bavardage pompeux et inutile. Tout ce qu’elle réclamait était déjà appliqué et mentionné dans le règlement. De fait, et c’est d’ailleurs pourquoi je me suis permis de lui faire suivre ce mail, Françoise n’avait plus à s’inquiéter pour la réunion à venir. Ca ne virerait pas au pugilat, Madame B. serait calmée, tout irait pour le mieux.

Croyais-je.
 
Bon bah tout le monde peut se tromper. Mr Bobo dit que je suis intuitif, certes, bah Mr Bobo est un con et puis voilà. Autant l’avouer : je n’avais pas prévu ce qui allait se produire.
 
 
J’ai posé le cul sur ma chaise. Il y avait à peu près les mêmes protagonistes que lors de la dernière réunion (là encore je vous renvoie à la chronique 22), plus Monsieur Couillon et Madame D-Bill – les deux nouveaux assistants de la grande Présidente B. J’ai souri aux enseignantes, d’un air goguenard et entendu.
 
Françoise a donné les différents sujets à l’ordre du jour – je peux vous dire qu’il y en avait quelques uns. Et pas de ceux qu’on peut expédier en dix minutes chrono, des trucs bien chiant, genre qui est candidat pour jouer le Père Noël cette année ?…
 
(non, ce ne sera pas moi, je vous vois venir)
 
…bref. De toute façon, Françoise n’a pas eu le temps d’aller jusqu’au bout de sa déclaration parce que Madame B. l’a coupée tout net :
 
« Est-ce qu’on pourrait s’il vous plaît commencer par le règlement, je suis pressée ce soir. »
 
Yes ! cool ! en plus elle était pressé. Ca démarrait sec, mais tout le monde à part elle était déjà au courant que ses réclamations étaient foireuses, donc on était sûr que le sujet serait bouclé rapidement.
 
 
Vous voyez chers lecteurs, il ne faut jamais jurer de rien.
 
En effet, quand Madame B. dit je suis pressée, la notion de temps est très relative. Ca dépend comment on compte le temps (minutes, secondes, années ?) et à quoi on l’emploie. Ce n’est certes pas du Temps Amour Gloire & Beauté, mais c’est quand même sacrément long. Surtout pour discuter de sujets inutiles. Ca, pour ce genre de trucs, Madame B. a le temps. Largement. Très Largement.
 
Elle attaque direct sa revendication principale, celle qui la hante depuis des mois : les horaires d’ouverture et de début de cours.
 
« Il faudrait que ce soit préciser clairement. »
 
Françoise, tout sourire :
 
« Chère madame, vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais c’est écrit. »
 
C’est là que tout a basculé. Madame B :
 
« Non, ce n’est pas clair. »
 
La minute suivante a été entièrement consacrée à un échange de regards interrogateurs et / ou consternés – par respect pour l’opiniâtreté avec laquelle Madame B. se montre stupide. Françoise a fini par prendre la parole :
 
« Il est écrit : Ouverture des portes à 9h00 ; début des cours à 9h10. Je ne vois pas comment ça pourrait être plus clair. »
 
Elle était toujours calme, mais bon, tout le monde a senti que ça n’allait sûrement pas durer. Signe qui ne trompe pas, Monsieur Cloche a rentré la tête dans ses épaules, en jetant un œil à côté – des fois qu’un trou de souris lui aurait échappé lors de sa précédente visite. L’atmosphère était passablement chargée, et on l’a tous senti. Sauf Madame B., visiblement, qui est repartie pour un tour :
 
« Non non non, ce n’est pas clair du tout, tous les parents ne comprennent pas.
-          Euh…moi je comprends très bien »
 
…j’ai fait, juste avant de baisser les yeux devant le regard foudroyant de la folle furieuse qui a rétorqué :
 
« Ca m’aurait étonnée ! mais voyez-vous, tous les parents ne sont pas vous. »
 
J’en ai autant pour toi, connasse !
 
« Il faudrait que ce soit explicité.
-          Explicité ? » a dit Françoise « Explicité ? Explicité comment ?
-          Moi, personnellement, je ne comprends pas.
-          Excusez-moi…vous vous moquez de nous, là ?
-          Pas le moins du monde ! je n’oserais pas ! »
 
Là j’ai dit : « Ca alors, c’est rassurant » et cette conne m’a souri, je crois qu’elle n’a pas compris la blague.
 
 
J’ai bien cru que j’allais défaillir. Au bout d’un moment, j’ai jeté un œil à la pendule, inquiet parce que j’avais envie de fumer. En général, quand je me dis oh, j’ai envie de fumer c’est un excellent indicateur du temps qui s’est écoulé. Bien vu : ça faisait presqu’une heure qu’on était sur le même sujet, à savoir les horaires d’ouvertures. Ca commençait à faire beaucoup.
 
C’est l'instant qu’a choisi la remplaçante pour ouvrir la bouche. La remplaçante était là depuis le début de l’année pour remplacer l’instit nommée sur le poste (je sais, c’est moyennement sérieux mais ça bizarrement ça ne gène pas Madame B. – ce n’est sans doute pas assez superficiel pour elle). En théorie, une remplaçante, ça ferme un peu sa gueule. Surtout dans ce genre de réunion ! Objectivement, elle n’en a rien à secouer de la bonne marche de l’école, puisqu’elle va se barrer incessamment sous peu. A plus forte raison elle, une femme d’une cinquantaine d’années qui est remplaçante professionnelle. Pourtant, la discussion était tellement à couteaux tirés qu’elle a fini par parler.
 
« Excusez-moi mais… »
 
Silence dans la pièce. C’était si surprenant, une remplaçante qui parlait, qu’on n’a pas osé l’interrompre.
 
« Excusez-moi mais depuis dix ans que je fais des remplacements, j’ai été dans des centaines d’établissements et j’ai assisté à des dizaines de conseils d’école. Je vous assure que c’est la première fois que je vois ça dans toute ma carrière ; pinailler pour un truc aussi dérisoire pendant plus d’une heure alors qu’il y a au moins cinq sujets importants à traiter je… »
 
Elle s’est arrêtée, sans doute surprise de sa propre effronterie.
 
« …je n’ai jamais vu un truc pareil. Je suis désolée mais j’habite à cinquante kilomètres, alors si vous n’avez rien de plus intéressant à raconter je vais vous souhaiter une bonne soirée. »
 
Son calme avait quelque chose d’épatant.
 
Il n’empêche que ce fut le drame.
 
Alors que chacun opinait du chef, Madame B., sans raison apparente, a totalement pété les plombs. Elle s’est levée, toute rouge, toute boursouflée (pire encore que d’habitude)…et là…
 
…là…
 
…elle s’est mise à hurler :
 
« CA SUFFIT MAINTENANT !!! J’EN AI MARRE !!!!!!!!! »
 
Autour de la table, il n’y avait que des gens qui étaient parvenus à garder leur calme en dépit d’elle. Ces gens là ne comprenait donc pas vraiment qu’elle n’arrive pas à garder son calme toute seule comme une grande…
 
« VOUS ME FAITES CHIER !!!!!! VOUS FAITES EXPRES DE ME CONTREDIRE, MAIS JE PEUX VOUS ASSURER QUE VOUS ALLEZ LE REGRETTER !!!!!!!!!! A PRESENT CE SERA PLUS LA PEINE DE COMPTER SUR MOI POUR ORGANISER VOTRE KERMESSE BANDE D’IMBECILES !!!!!!!! »
 
Silence complet. Puis, Françoise, dont j’ai bien senti qu’elle était au bord de l’hilarité (moi aussi d’ailleurs), lui a doucement dit :
 
« Vous savez ça fait trente ans que j’organise des kermesses…Vous nous avez aidés l’an dernier, c’est très aimable à vous, mais je pense qu’à quelques mois de la retraite j’arriverai à organiser ma dernière kermesse sans votre aide. »
 
Oh là là…Madame B, n’y tenait plus, elle avait les larmes aux yeux, elle tremblait, jamais vu ça. Enfin si, déjà-vu ça, mais dans une réunion à l’école jamais. Ni dans cette école ni dans aucune école. Et pas sans raison, pas d’un coup comme ça sans prévenir…Ca je l’ai déjà-vu, oui : dans la clinique aux canards de Mr Bobo ! Une vraie belle crise d’hystérie. Une authentique, une sublime, comme vous en verrez peu dans votre vie à moins de traîner (comme moi) dans les hôpitaux psychiatriques…
 
« Ah c’est comme ça…Ah c’est comme ça…Ah c’est comme ça… »
 
Pendant deux minutes (j’ai compté). Avec au bout des deux minutes une légère variante :
 
« Ah c’est comme ça…qu’on me remercie… »
 
…suivie de l’inévitable explosion finale :
 
« DEMERDEZ-VOUS !!!!!! »
 
Ce sur quoi elle a tourné les talons et est sortie. Précisément : elle est sortie chialer dans la cour.
 
Honnêtement j’étais partagé en le fou rire et la pitié. Comme probablement toutes les personnes présentes. Durant un bref laps de temps, personne n’a rien dit. Finalement c’est un conseiller municipal qui a eu le mot, lorsqu’il s’est penché vers son binôme pour murmurer (un peu trop fort) :
 
« Elle est pas un peu timbrée ? »
 
 
 
 
Résultat des courses, à 21h00 la moitié des points à l’ordre du jour restaient à évoquer, et la réunion a été ajournée à une date ultérieure.
 
 
Madame B., en revanche, n’a pas attendu plus tard que le lendemain pour aller raconter à tous les parents d’élèves qu’elle croisait que les enseignantes l’avaient insultée.
 
 
 
 
Samedi 11 novembre 2006
Ah ! Ce Mr Bobo…décidément, il me fera toujours rire !
 
Une fois établi le fait (indéniable) que j’aime bien Mr Bobo, il me semble important de souligner que Mr Bobo m’aime bien aussi. Nous interagissons l’un sur l’autre. Mr Bobo, c’est un peu plus que mon psy : c’est mon pote. Et réciproquement. D’aucuns ont des relations virtuelles, nous, nous avons des relations psychiatriques. Chacun trouve le plaisir là où il peut ! Pour moi, venir voir Mr Bobo est un bol d'air. Pour lui aussi. Ce sont des moments bénis. Une heure de repos hebdomadaire. D’après ce que j’ai pu comprendre, ça lui fait aussi un bien fou (c'est le cas de le dire) à Mr Bobo. Entre deux schizophrènes, il semble qu’un dépressif ordinaire (ou presque) ait des vertus apaisantes.
 
 
L’autre jour, il m’a encore bien fait marrer. Je vous raconte, mais tout d’abord il faut que je revienne sur ce curieux personnage, fruit d’une liaison contre-nature entre Oscar Wilde et le Professeur Tournesol. Car Mr Bobo est un dandy mais (et c’est ce qui fait son charme) un dandy toujours à la masse. Vous le croisez n’importe où, n’importe quand, vous avez l’impression qu’il débarque.
 
Mr Bobo est toujours en train de courir, mais il ne sait jamais pourquoi.
 
Mr Bobo est toujours en train de rigoler, mais souvent il n’a pas de raison de le faire.
 
Mr Bobo est toujours bien fringué, mais c’est par accident parce qu’en réalité il met le premier truc qui lui tombe sous la main.
 
Mr Bobo, c’est tout un poème. C’est un peu le Jean-Pierre Jean des psys.
 
 
A la manière de Lacan en son temps, Mr Bobo plane à dix kilomètres au-dessus du sol. Vous le savez peut-être, mais Lacan aussi était comme ça. De nombreuses anecdotes circulent à ce sujet. Par exemple, Lacan disait au terme des entretiens à ses patients les plus inquiétants : « Surtout, vous me rappelez en arrivant chez vous ». Une demi-heure plus tard, les mecs rappelaient, et là il leur disait « Mais pourquoi vous appelez exactement ? Quoi ? Je vous ai demandé de me rappeler ? ». Il avait totalement oublié que les patients allaient le rappeler. Et pourtant, malgré ce manque de rigueur manifeste – et surtout absolument pas calculé (Lacan ne le faisait pas exprès du tout, il était juste étourdi), les patients revenaient le voir. Parce que c’était lui. Et eux. Et parce qu’aussi, sans doute, inconsciemment cela leur donnait-il l’impression que Lacan n’était pas juste un grand savant, mais avant tout un être humain comme eux.
 
Il en va de même pour Mr Bobo, qui perd toujours mon dossier (à l’heure actuelle il doit le refaire pour la quatrième fois mais de toute façon je ne me fais pas d’illusion : je sais très bien qu’il ne s’en souviendra plus d’ici notre prochain rendez-vous), qui oubli de mettre à jour son calendrier, prend parfois trois rendez-vous en même temps et débarque généralement avec une demi-heure de retard et l’air totalement hébété du mec qui avait totalement zappé qu’il était au boulot. En général, dans ces cas là, il arrive avec à la main son dessert parce qu’il n’a pas eu le temps de finir son repas. Et donc ils vous accueille et commence la consultation en bouffant une tarte aux fraises (ou une compote de pommes, ou une madeleine, ou une pomme…les repas ont l’air très variés dans cette clinique).
 
 
 
 
Ce jour là, c’était une consultation comme les autres, à un détail près : j’ai remarqué que sur le bureau du psy trônait un livre de Freud. J’ai ri en cape, parce que ça fait quand même un peu cliché mais bon…c’est comme ça : Freud est le Dieu Des Psys, de même que Zidane est le Dieu du Golb.
 
 
J’expliquais à Mr Bobo que je ne me sentais pas très bien depuis la dernière fois : j’ai entamé une période de sevrage, j’arrête peu à peu la plupart des traitements et, l’addiction étant ce qu’elle est, je dois souffrir nausées, migraines, vomissements…
 
(je m’arrête pas respect des bienséances)
 
(mais je pourrais ajouter des détails vachement plus sympas, genre cacacquivavite)
 
…enfin bref : à cause de ce sevrage, je suis malade en permanence. Ou disons : je me sens malade.
 
Je raconte ça à Mr Bobo, persuadé d’être écouté et compris par cet homme admirable. Vous voyez, il ne faut jurer de rien, parce que l’homme admirable m’a coupé en disant :
 
« Mais…pourquoi vous arrêtez à ce moment là ? »
 
Là, il a vu ma gueule, il a compris. Mais c’était trop tard…
 
« Euh…parce que c’est vous qui me l’avez dit ?
-          Ah oui bien sûr…
-          C’est sympa de suivre.
-          Ah mais…je suis, je suis… »
 
Peu a peu j’ai senti un genre d’hilarité me secouer le corps, mais, très maître de moi, j’ai recommencé à parler de mes malheurs post-médocs. Sur ces entrefaites, Mr Bobo me recoupe deux minutes plus tard :
 
« Mais dites-moi… ?
-          Oui ?
-          Pourquoi je vous avais dit d’arrêter le traitement ? »
 
Là c’était trop. J’ai éclaté d’un vrai beau rire franc et sincère.
 
« Oh ! ne vous moquez pas de moi…