J'espère qu'on voudra bien m'excuser : ces temps-ci je manque de... temps (c'est le cas de le dire) et la mise en place des traditionnels Spotlights de fin de trimestre n'a pas pu se faire normalement.
On aurait pu croire qu'écrire pour nos camarades de Culturofil m'aurait permis de prendre les devants, considérant que du coup plusieurs disques de cette sélection avaient déjà été commentés par mes soins... eh bien non, pas du tout. Au contraire : récupérer et condenser les articles de Culturofil m'a pris encore plus de temps que prévu, à tel point qu'à titre exceptionnel j'ai fini par renoncer à mon idée de tout compiler ici.
Vous aurez deviné la suite : des articles parus sur Culturofil, je ne garderai donc cette fois-ci que les premières lignes, assortie d'un petit lien : LIRE LA SUITE. Une technique de vrai gros flemmard, soit... et une technique que j'espère pouvoir éviter de reproduire en décembre pour les derniers Spotlights de 2008 - le but initial de la rubrique étant de proposer un florilège et non de vulgaires liens vers de longs articles que personne n'aura le courage de lire jusqu'au bout.
Merci également de m'excuser pour l'absence de liens vers vos propres articles... là aussi, tout n'est qu'une question de manque de temps - mais je vous invite bien entendu à ajouter lesdits liens en commentaire.
MON DISQUE A MOI (et rien qu'à moi) DU TRIMESTRE :
« We Came in Peace » - BRIMSTONE HOWL
White Stripes ?
Dirtbombs ? Von Bondies ? Aux oubliettes. Le meilleur groupe américain de 2008 sera sans conteste Brimstone Howl, quatuor du Nebraska déjà auteur l'an passé d'un excellent
debut : Guts of Steel. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'en un an, les jeunes espoirs ont pris une dimension si considérable que dans un monde réellement concerné par
le rock'n'roll personne jamais ne pourrait plus les ignorer. Pied au planché et enceintes poussées au maximum, « We Came in Peace » s'avale d'une traite et propose à peu près tout ce
que la concurrence R&R contemporaine ne propose finalement que très rarement (sinon pas du tout) : urgence, sueur, danger, riffs déments (celui de « Child of Perdition »
est assez imparable), son débridé et hymnes aussi puissants que jamais putassiers (« Summer of Pain », « Shangri-La »). Convoquant les fantômes du Velvet et des Stooges
(lesquels ne sont pas morts, en fait, mais bon...) le groupe du chamanique John Ziegler sonne la charge, portée par une section rythmique éblouissante... chaos debout qu'il en ressort, le golber.
Pour vous dire : au bout de deux écoutes We Came in Peace avait déjà supplanté l'indéboulonnable Real Emotionnal Trash (Stephen Malkmus & Jicks) au titre d'album GOLB
de l'année... et depuis lors, à chaque nouveau passage, il conforte un peu plus sa position. Et c'est bien parce qu'on n'emploie quasiment jamais ces mots par ici qu'on est aujourd'hui très fier
de vous dire, chers lecteurs, chers amis : We Came in Peace, de Brimstone Howl, est un chef-d'œuvre - vous savez ce qu'il vous reste à faire.
à écouter en priorité : « Summer of Pain », « Easy to Dream » & « Firewalk »
SELECTION DU TRIMESTRE :
« All God's Children Have Shoes » - ANDY DALE PETTY
Ne réglez pas votre ordinateur en vain : non, vous n'avez jamais entendu parler d'Andy Dale Petty, vous n'avez jamais entendu la moindre note de sa musique et à moins de l'avoir croisé dans la rue par hasard lors de vos dernières vacances en Alabama vous n'avez pas la moindre idée de ce à quoi il ressemble. LIRE L'ARTICLE
à écouter en priorité : « Empty Bottle Blues » & « I'm Walking Down the Line »
« Carried to Dust » - CALEXICO
Leçon numéro un : brûler
aujourd'hui ce que vous avez adoré hier. Aussi certains, appliqués, s'épanchent-ils déjà sur le mode du Calexico ne se renouvelle pas du tout. Ce qui est vrai : Calexico ne
s'est quasiment pas renouvelé depuis Spoke (1997). Mais Calexico n'a jamais vraiment déçu, proposant chaque fois la même collection de chansons envoûtantes et romantiques, parfois très
tristes (cet album, mariachis ou non, ne respire pas vraiment la gaieté), mais toujours lumineuses. Dont acte : Carried to Dust, qui évoque souvent le superbe split-album avec Iron
& Wine (In the Reins), remplit parfaitement le cahier des charges calexiquesques - s'avérant même dans ses meilleurs moments (« Man Made Lake », « Bend to the
Road ») très au-dessus de son prédécesseur (le très bon Garden Ruin). Que demander de plus ? Un album de Calexico, de toute façon, ne s'apprécie pas du tout comme n'importe
quel album : il nécessite la patience, la quiétude - même l'abandon...
à écouter en priorité : « Victor Jara's Hand » & « Bend to the Road »
« Death Magnetic » - METALLICA
...
(...) Premier truc qui
vient à l'esprit lorsque résonne l'intro de « The Day That Never Comes », ouverture typique du Metallica era 1984-88 : à part Metallica lui-même plus personne ne sonne comme ça
aujourd'hui. Des tas de groupes sonnent Maiden, mais aucun groupe en 2008 « ne sonne Metallica »... LIRE
L'ARTICLE
à écouter en priorité : « The End of the Line » & « The Judas Kiss »
« Exit Strategy of the Soul - RON SEXSMITH
...
La carrière de
Ron Sexsmith ressemble à cette histoire aussi vieille que l'art lui-même, celle du meilleur espoir masculin qui ne reçoit jamais son Oscar du meilleur acteur, parce que la saison suivante un
autre meilleur espoir masculin a fait se pâmer jeunes filles et professionnels, puis un autre la saison d'après, puis encore un autre... ou comment passer directement de la case jeune prodige
prometteur à la case has-been sans jamais entrevoir une seconde la case succès. Éternel numéro deux (voire numéro trois selon les époques), le plus talentueux de tous les fils cachés de Paul
McCartney s'est vu successivement passer devant par tout le monde, d'Elliott Smith à Ryan Adams, de Jude à Tom McRae (on en oublie sûrement). LIRE L'ARTICLE
à écouter en priorité : « Ghost of a Chance » & « This Is How I Know »
« Knowle West Boy » - TRICKY
On avait laissé Tricky un peu
ennuyés (je parle de nous, hein - pas de lui) après un Vulnerable dans lequel l'ex-presque-Dieu exhibait plus souvent les faiblesses de sa musique que celles son âme. Inégal (très), mal
fichu et même mal produit (un comble de la part d'un tel sorcier du son), le septième album de Tricky ne donnait franchement pas cher de sa peau et seule une série de concerts époustouflants nous
permit de lui conserver un tant soit peu de respect. C'est donc peu dire qu'après un tel passage à vide (qui en l'espace de quelques semaines le vit ruiner l'une des auras les plus considérables
des années quatre-vingt-dix) Tricky aurait pu faire à peu près n'importe quoi... ç'aurait difficilement pu être pire ! C'est par conséquent fort logiquement que les premières écoutes de
Knowle West Boy ravissent : c'est groovy (« Veronika »), c'est pêchu (« C'mon, Baby »), c'est hypnotique (« Baligaga », « Far Away »)... on
aurait tort d'en demander plus. Car si une chose est certaine depuis bien avant de poser la moindre oreille sur ce huitième épisode de la série The Rise & Redemption of the Tricky
Kid, c'est que Tricky ne publiera plus jamais de ces albums noirs, violents et torturés qui ont fait sa légende. Désormais plus apaisé, presque décontracté même, par moments... Tricky signe
un disque dans la droite ligne de son excellent Blowback (2002) - Knowle West Boy le rappelle jusque dans sa pochette. Soit donc une electro-pop-funk charmante, joviale et
nonchalante... finalement assez singulière par rapport à ce qui se produit de nos jours. Qu'on se le dise : c'est un nouveau chapitre de l'œuvre trickienne qui s'est ouvert depuis le début
des années 2000 et le départ tonitruant de chez Polygram (soit donc le véhément maxi Mission : Accomplished). Plus légère, plus aérée... sans doute moins passionnante, aussi. Ce qui
n'empêche nullement Tricky de rester une valeur plus que sûre - ni Knowle West Boy d'être un disque très réussi.
à écouter en priorité : « Puppy Toy » & « Far Away »
« Rascalize » - THE RASCALS
...
Selon la Prophétie, un
Homme un jour se lèvera qui dira à tous les chantres du revival rock'n'roll des années deux-mille : « Hey les gars, c'est fini tout ça. Vous êtes des vieux maintenant - va falloir céder
la place ». Les autres le regarderont d'un air interloqué, cet étrange héros évidemment très jeune, très beau et très anglais. Pas franchement effrayés et carrément énervés. LIRE LA SUITE
à écouter en priorité : « I'll Give You Sympathy » & « Do Your Husband Know That You're on the Run ? »
« Scoop du Jour » - WHIRLWIND HEAT
Le nouvel album de Whirlwind Heat
est dans un premier temps assez déstabilisant : comment peut-on passer en quelques années d'un rock synthétique particulièrement marqué par Sonic Youth à un genre d'electro-pop à la Beck
période Stereopathetic Soul Manure / Odelay, sans pour autant se renier ni sombrer dans le ridicule ? A part Whirlwind Heat, à vrai dire, aucun groupe n'oserait sans doute s'y
risquer - et si celui-ci se sent autorisé à toutes les extravagances c'est sans doute parce que ses six fans ont intégré depuis longtemps le vieil adage Plus le rock est bizarre, plus le rock
rolle. En conséquence Scoop du Jour, dont le titre est nettement moins improbable que le contenu (ce qui n'est pas peu dire), s'avère un troisième opus funky et bondissant,
résolumment joyeux et dans ses meilleurs moments (« Scram », « Ouf of Mind ») tout à fait fantasque - donc charmant. Certes à l'écoute d'un « The Realization »
rappelant le meilleur de Faith No More période The Real Thing on se dit qu'il est loin le temps où l'on pensait sincèrement que Whirlwind Heat et sa formule inédite (les fous osaient
sucrer la guitare !) allaient changer la face du rock. Passés du statut de psychopathes surdoués à celui de gentils fêlés qu'on retrouve chaque fois avec grand plaisir, les trois zozo d'Ann
Arbor ont changé de statut sans qu'on arrive jamais vraiment à leur en vouloir - après tout Scoop du Jour comme Type of Wood est un album irrésistible. Ce qui justifiait bien,
ma foi, une place dans les Spotlights.
à écouter en priorité : « Emulators » & « Scram »
« The Legend of Yeti Gonzales » - YETI
...
Il a
joué dans l'un des plus fameux groupes de la décennie mais personne ne connaît sa tête - encore moins son patronyme. Il a le charisme d'une huître, un groupe pourvu d'un nom ridicule et un look
qui ferait passer Chris Martin pour un dangereux excentrique. Et pourtant : John Hassal vient, l'air de rien, de publier le disque classe, fun et incontournable de ce morne été 2008. LIRE LA SUITE
à écouter : « Never Lose Your Sens of Wonder » & « Sister Sister
« Two Men with the Blues » - WILLIE NELSON & WYNTON MARSALIS
...
A ma droite :
Willie Nelson, légende de la country, toujours hyperprolifique en dépit de ses soixante-quinze ans, grand amoureux de jazz comme en témoigne son magnifique et incontournable Stardust.
A ma gauche : Wynton Marsalis, trompettiste surdoué à qui l'on reproche souvent (à raison) son côté consensuel mais qui, il faut bien le reconnaître, demeure un foutu musicien.
Au milieu : le blues (évidemment), un public conquis, des standards à en pleuvoir (« Bright Lights, Big City », « Georgia on My Mind »...), une atmosphère feutrée et intimiste comme on aime, une musique élégante et racée jetant tous les ponts possibles et imaginables entre country / jazz / blues et même un peu classique (mais pas trop, juste assez pour rester dignes).
On en demandait pas plus : court, chaleureux, humain, Two Men with the Blues est sans conteste l'un des très beaux albums de l'année, de ceux qu'on peut offrir aussi bien à son amoureuse qu'à sa mère (crossover rarissime et donc dangereux). Les deux ont l'élégance discrète de ceux à qui rien ne peut arriver, les lecteurs du Times pleurent de joie... nous aussi !
à écouter en priorité : « Bright Lights, Big City » & « Ain't Nobody's Busines »
...
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En 2006, Mark Lanegan et l'ex vocalisto-violoncelliste de Belle &
Sebastian, Isobel Campbell, décidaient de rendre hommage au mythique duo Lee Hazlewood / Nancy Sinatra le temps d'un album remarquable : Ballad Of The Broken Seas. Le résultat fut si
probant et la réception de l'album si enthousiaste (la preuve) qu'on pouvait s'attendre à ce que le duo remette ça. C'est chose faite (...) La formule n'a pas spécialement changé : la belle
songwriteus a tout écrit dans son coin, passé un petit coup de fil au cowboy solitaire, celui-ci est arrivé, a grogné durant une semaine et est rentré chez lui dépenser son cachet en substances
diverses et variées. Quelle surprise alors que de découvrir un album finalement assez différent du premier, nettement plus Lanegan que Campbell - c'est à dire nettement plus sombre et plus blues
(...). Sans doute parce que la voix de l'ogre Lanegan ne peut s'empêcher de tirer chaque morceau vers quelque chose de profondément torturé, marécageux (terme que nous sommes contractuellement
obligés d'employer dès lors qu'on évoque Mark Lanegan)... et que sur la durée de ce Sunday At Devil Dirt, Lanegan chante beaucoup plus que son alter-ego. Mais le répertoire s'y prête
aussi, qui s'éloigne des sentiers battus par Hazlewood et Sinatra pour s'en aller explorer des territoires plus personnels (quoique tout aussi balisés). (...) Sunday At Devil Dirt lorgne
nettement plus vers les travaux respectifs de ses deux interprètes, aussi bien la folk sensuelle d'Isobel que le blues rugueux de Mark. A vrai dire ce second album se situe pile à la croisée des
chemins du dernier opus solo de la dame (adorable Milkwhite Sheets) et du plus bluesy de tous les disques du trublion rock (
Sacré Jack White ! A peine un an après l'excellent dernier opus de ses White
Stripes (
Certains effets d'annonce s'avèrent particulièrement irritants par tout ce qu'ils
véhiculent de sous-entendus et d'idées reçues. Pas une critique du dernier Tanger qui ne parle d'un album glam, on suppose que tous les journalistes ont bêtement recopié ce qui était
inscrit dans le dossier de presse... néanmoins ce n'est pas une excuse : il ne suffit pas de choisir une pochette fluo pour faire du glam, et ce qui rend l'affirmation irritante c'est surtout que
c'est une manière polie et embarrassée de dire que le mec a du mal à y retrouver ce qu'il aimait sur les précédents opus du groupe (notamment le superbe L'Amour Fol, en 2003). La
noirceur habitée du « Post-cardiogramme » d'antan ? La poésie à fleur de peau de Philippe Pigeard ? Aux oubliettes. A leur place, un album étonnant, au son étonnamment clean et aux chansons
catchy, gavé de cyber-riffs et de mélodies vicieusement sucrées. Ne pas croire que le sursaut pop de Tanger relève du saut dans le vide : si « Cyclotron » ou « La fée de la forêt » sont plus
linéaires que tout ce que Tanger a fait à ce jour, Il est toujours 20 heures dans le monde moderne n'en est pas pour autant calibré pour les ondes FM. Bien au contraire : à mi-chemin
entre Burgalat et The Fall, ce quatrième album pourrait bien être encore plus étrange, dérangé et abrupte que les précédents. Même repeint en couleurs vives, Tanger n'a rien perdu de sa
superbe.
Al Green revient, Al Green n'en finit plus de revenir. Tout
semble avoir déjà été dit sur cet album splendide, du come-back miraculeux au casting futé, du greatest hits sans les hits aux interrogations quant au côté « statut de légende acquis à
l'ancienneté » du sympathique Al. Arrivant un peu après la bataille (et une centaine de critiques) on se contentera donc de louer l'élégante sobriété d'un disque tricoté main pour le dernier
géant de la soul encore en activité, la classe naturelle de chansons comme «Just for me » ou « Standing in the rain », la salutaire humilité de John Legend lorsqu'il se confronte au mythe sur le
meilleur titre de l'album (« Stay with me »), le groove délicat (et entêtant) parcourant l'ensemble de Lay it down... pourtant on avait un peu peur, au début, au moment d'entendre ce
disque. Al Green aurait pu être comme tant d'autres frappé par le syndrome Santana et se retrouver à enregistrer des duos putassiers avec Amy Winehouse et Duffy. Il n'en est rien : Al a
beaucoup trop de classe pour se compromettre ainsi. La preuve par onze chansons exceptionnelles, qui si elles n'atteignent pas toujours la dimension de ses classiques proposent un ensemble
suffisamment cohérent et passionnant pour mériter le titre d'album soul de l'année...
Les affaires reprennent du côté de Bellingham. Après un Plans un peu
trop lisse dans lequel le groupe se laissait frapper par le syndrome du groupe indé qui signe sur un label et va tout casser, Death Cab For Cutie reprend les choses là où le chef d'œuvre
Transatlanticism les avait laissées il y a cinq ans. Au programme de ce cru 2008 (leur sixième) : pop spatiale (« Bixby Canyon Bridge») et dynamique pixienne (« Long Division »), Big
Star période
C'est la surprise du mois : pour la première fois depuis ses débuts en 1994
Moonspell vient de réussir à publier deux albums de suite sans changer de style ou son fusil d'épaule. Car les portugais se sont longtemps cherchés, du black-metal des tous débuts en passant par
le doom d'Irreligious ou le heavy sophistiqué du mésestimé The Butterfly Effect (sans oublier le retour au black entre temps, avec le remarquable opus de Dæmonarch). Cette
fois-ci semble la bonne, et Night Eternal apparaît comme le digne successeur de Memorial (2006), soit donc un album de goth-metal habité, théâtral, des chœurs juste ce qu'il
faut et des orchestrations suffisamment maîtrisées pour ne jamais verser dans le pompier. Enthousiasmant résultat, plus concis et moins surproduit que Memorial, qui permettra aux
metalheads repentis comme votre serviteur d'enfin se réconcilier avec un groupe devenu bassinant à force de changer d'orientation tous les deux ans. A noter que « Scorpion Flower » est illuminé
par la présence d'Anneke van Giersbergen, ce qui s'avère généralement un excellent présage.
Quatre ans après le succès inattendu de l'excellent and now it's time
to go, le meilleur groupe anglais dans un périmètre de cent kilomètres autour de Rouen revient avec un second album au titre pied de nez et aux ambitions revues (encore !) à la hausse. Mixé
par Tony Lash en personne (oui oui, le batteur des cultissimes Heatmiser, le monsieur qui pour le bien de l'humanité n'aurait jamais dû arrêter de produire les Dandy Warhols) Post Industrial
Ceremony s'inscrit dans la droite ligne de son prédécesseur (celle d'une cyber-pop classieuse) tout en s'en démarquant par des compos moins planantes et franchement plus rentre-dedans. Sans
renier l'électronique des tous débuts, Yves Labbé a résolument axé son nouvel opus sur les guitares, pour s'orienter vers une britpop (post) industrielle du plus bel effet (« Why are you talking
about me ? » est le titre qui manque cruellement au dernier Filter), particulièrement nerveuse (« Be ») et enfin délivrée de l'influence floydienne qui menaçait de devenir le marronnierde Mr
Lab!. Que demander de plus ? Un duo avec Natacha Lejeune ? C'est fait. Une tournée ? Il semble que ce soit en cours. Un concert rouennais gratuit le trois juillet, où vous pourrez savourer la
séduction scénique de Mr Lab! tout en vidant quelques bières avec moi ? Rendez-vous est pris. Quelques titres en écoute ?
Neurasthéniques et âmes sensibles s'abstenir : le nouveau Spiritualized
concourt dans la catégorie album le plus triste de l'année. Une excellente nouvelle, donc. Puisque Songs in A & E respecte le cahier des charges spiritualizedien de base : il est
donc désenchanté, un peu symphonique, un peu acoustique, lent, contemplatif, grâcieux et tout à fait élégant dans sa démesure (Cf. les six variations sur « Harmony »). Largement supérieur au
passablement emmerdant Amazing Grace d'il y a cinq ans, ce sixième album montre un Jason Pierce à nouveau capable de délicatesse (« Death take your fiddle »), d'ironie (« You lie, you
cheat »), de titres longs mais jamais chiants (reedien « Baby, I'm just a fool »)... ce n'est pas assez pour laisser croire que son avenir n'est pas derrière lui ; c'est amplement suffisant pour
mériter de bien se placer dans les Spotlights du Golb...
Le nouveau Tindersticks est un disque paradoxal, en cela qu'il est à la fois en
tout point identique et radicalement différent de ses prédécesseurs. La première écoute ne prête guère à l'erreur d'interprétation : « Ouais, bon, c'est du Tindersticks ». Difficile de
vendre la révolution chez un groupe dont on savait déjà au bout de deux singles qu'il n'allait pas beaucoup se renouveler au cours de sa carrière. « The Other Side Of The World » aurait sans
problème pu figurer sur le premier album éponyme, que ce soit son petit gimmick de piano ou sa mélodie à la Lee Hazzlewood... Seulement il y a bel et bien quelque chose de différent, sur cet
album. Quelque chose qui a changé, en profondeur. Il n'est jamais déprimant. Il n'est même jamais vraiment noir. À l'image d'une intro instrumentale tout à la fois mélancolique et légère, The
Hungry Saw cultive les demi-teintes, les faux-semblants. (...) Tindersticks retrouve ici une chaleur, une humanité qui avaient fini par disparaître à force d'être noyées sous des
arrangements ronflants et une fuite en avant dans la noirceur. Par bien des aspects The Hungry Saw est moins ambiteux qu'un Can our love... mais il dégage une sensualité
puissante, une énergie retrouvée. Qui n'aboutit certes pas à un disque énergique mais se fait clairement sentir sur « Yesterdays Tomorrows », titre groovy et vénéneux que viennent illuminer des
cuivres évadés de chez Calexico. La voix toujours aussi habitée de Stuart Staples en sort grandie, qui n'avait plus sonné aussi sexy depuis des lustres. (...) Oublié le rock-lounge frigide qui
plombait trop souvent les deux disques précédents. À défaut d'avoir repris des couleurs la musique de Tindersticks est bien plus charnelle (« The Hungry Saw »), apaisée (« The Flicker Of A Little
Girl ») que par le passé. Sans rien perdre ni de ses vertus hypnotiques, ni de son romantisme, ni de sa luxuriance. (...) Un grand disque, The Hungry Saw ? Le temps dira si ses chansons
parviennent à s'installer sur la durée. Mais un des meilleurs du moment, ça, aucun doute là-dessus.
Vingt ans après le ténébreux « Touch me, I'm sick », qui lança la vague grunge,
rien n'a changé sous le soleil plombé de Seattle. Pour cette huitième sortie (deux ans après l'époustouflant Under a billion suns - peut-être son meilleur disque à ce jour) Mudhoney a eu
l'idée éthiquement louable mais commercialement suicidaire de publier... un album de Mudhoney. Tout simplement. Soit donc un album de grunge. En 2008. L'idée pourrait faire sourire s'il ne
s'agissait pas, une fois encore, d'un fleuron du genre, à savoir d'un mélange abrasif de hard-rock zeppelinien en diable, de hardcore sauvage et de punk radical. (...) Sonnant plus que jamais
comme un Sabbath groovy (la basse de Guy Maddison fait des merveilles) qui aurait absorbé les Stooges et le Sonic Youth des débuts pour recracher cet album distordu, hypnotique parfois (« Inside
out over you »), véhément toujours. De plus en plus braillarde avec le temps, la voix de Mark Arm évoque d'ailleurs désormais un compromis presque parfait entre Ozzy et Iggy du temps où ils
étaient jeunes et infréquentables. Le meilleur morceau du cru 2008, « What's this thing ? », est là pour en attester : plus que n'importe quel chanteur de sa génération Arm dégage une aura
malsaine, vicieuse, menaçante. Ce n'est certainement pas le gentil Eddie Vedder qui pourrait en dire autant... soit, mais quoi de neuf ? Rien, à vrai dire. C'est bien pour ça que The Lucky
Ones mérite que l'on s'y arrête : son anachronisme le rend d'autant plus essentiel. La question se poserait bien entendu en d'autres termes si ses chansons étaient mauvaises... mais elles
sont excellentes. Simples, rageuses et engagées. Comme avant. Comme toujours. Comme en 1993, comme en 1988... comme en 2020 si Arm et Turner ne cassent pas leurs pipes d'ici-là.
Mais...
L'an passé,
Ballottage favorable. En fin
de sélection une question m'a pris la tête durant plusieurs jours : Syd Matters ou Vampire Weekend ? Les deux albums présentent nombre de qualités, ils sont tous les deux signés par des groupes à
l'exposition encore relativement discrète, et les notes indicatives que je leur avais décernés depuis quelques semaines étaient identiques. Alors que faire ? Eh bien avouns-le : le patriotisme
bas de plafond l'a emporté et a hissé Syd Matters dans la sélection trimestrielle. De toute façon il m'a semblé que côté blogs, Vampire Weekend était déjà très bien défendu par
Ballottage favorable - suite et fin. Scenario Rock ou Vampire Weekend ? Bon...vous l'aurez compris : les chouchous d'Arbobo se sont faits latter ce trimestre par la crème de la scène pop
française du moment. Mais on les aime bien quand même (et on recommande). Venons-en à Scenario Rock, auteurs de l'excellent (et hélas trop mésestimé) Endless Season il y a (déjà) trois
ans et demi. Ere du temps oblige, le groupe a définitivement enterré ses véliétés expériementaux-sonicyouthienne pour se concentrer sur l'autre versant de sa musique - une new-wave luxuriante et
toujours aussi funky. C'est d'abord une semi-déception. Et puis...surprise : Histrionics tient foutrement bien la route. De plus en plus à chaque écoute. Quitte à tenir la dragée haute
aux dernières grosses sorties du genre (à commencer par le Bauhaus susmentionné). Moins immédiates qu'il y paraît de prime abord, les compos fonctionnent bien, se retiennent, se sifflotent autant
qu'elles s'écoutent. Un nouveau disque classieux à mettre à l'actif de ce jeune groupe décidément prometteur - donc. Chaudement recommandé par Le Golb !
Régulièrement un groupe apparaît qui n'invente rien mais recycle de manière tellement agréable qu'il ramasse tous les lauriers. En 2008 ce sera Black Mountain, collectif
canadien déjà auteur d'un sympathique petit premier album il y a trois ans. Objectivement, In the future n'apporte rien à la musique ni à l'esthétique. C'est un album de hard-rock-prog
seventies tout ce qu'il y a de plus banal, on ajoutera même avec un soupçon de mauvais esprit que publié en 1973 il serait passé complètement inaperçu. Qu'importe : si réellement le rock repose
sur la notion de recyclage décomplexé Black Mountain peut sans conteste être vu comme l'un des groupes les plus excitants du moment. Avec ses gros riffs à la
Certains
attendaient depuis des années que les Kills cessent d'être un petit groupe prometteur et publient LE disque. C'est chose faite avec Midnight Boom, qui délaisse un peu l'electro-punk pour
se recentrer sur une musique plus aérée mais toute aussi efficace. Comme en plus le duo est en passe devenir énorme...il n'en fallait pas plus pour que subitement les adorateurs d'hier se mettent
à dénigrer VV et Hotel. Pourtant, et même s'il est incontestable que les Kills se sont assagis, Midnight Boom reste un excellent disque, tout à fait raccord avec leurs premières
exactions. Voilà bien longtemps (depuis le premier Peaches en fait) que le rock n'avait plus été si dansant, si catchy et si danceflooriquement incorrect. Certains se gaussent sur le mode :
les Kills ont viré Garbage. Tout juste : Midnight Boom est effectivement le grand disque qu'on a cessé d'attendre de Garbage depuis une bonne décennie. Il faut voir VV se
métamorphoser en Siouxsie technoïde le temps d'un mémorable « Hook & Line » pour mesure le chemin parcouru par un duo qui il y a encore trois ans avait tout du feu de paille. Aussi mélodique
que percutant, Midnight Boom passe très bien l'épreuve des cinquante écoutes, s'imposant sans grande surprise comme l'un des meilleurs disques du trimestre. Reste à voir s'il résistera
aussi bien à l'épreuve du temps...m'est avis que oui.
Le nouveau
Girls In Hawaii est une petite merveille. Quelle surprise venant des auteurs de l'excellent From here to there. Lentement mais sûrement le sextet belge est en train de se faire son trou
et de s'imposer comme l'un des fleurons de la pop européenne...le buzz enfle un peu plus à chaque sortie et le succès devrait être enfin au rendez-vous pour cette troisième livraison de très,
très haute tenue. Chaînon manquant entre Radiohead et Grandaddy, Plan your escape propose une musique plus que rafraîchissante, atmosphérique et évanescente ici (« Shades Of Time », «
Plan your escape »), power-pop et nerveuse là (« Bored », « Grasshoper », « Road to Luna »...). Dans ses meilleurs moment ce nouvel opus rappelle l'Archive de la belle époque (celle de
Londinium et de Take my head) voir des Pixies saupoudrées de Beach Boys. De bien belles références pour un album brillant de bout en bout, de ces rares merveilles pop capables
de provoquer l'adhésion immédiate de l'auditeur même le plus exigeant. La grande classe !
Adam Green. Evidemment. Après deux disques plutôt mineurs (dont un Jacketfull Of Danger oublié deux mois après sa sortie) l'ex Moldy Peaches retrouve enfin le sommet
avec ce cinquième opus jazzy et baroque. Et se met à assumer : oui, celui qui chantait autrefois « Nat King Cole » se prend pour Sinatra. Ainsi que pour une demi-douzaine d'autres qu'il imite
avec humour et décontraction. « Be my man » fait immanquablement penser à Lou Reed période New York, « Festival Song » offre une relecture en fanfare (pour le moins) d' « I fought the
law »...et l'ensemble évoque le Scott Walker des débuts qui aurait hérité de l'entrain du jeune Beck. Même si un chouia trop long, l'album réussit malgré tout à aller très loin dans la pop
choucroutée sans jamais sombrer dans le pompier - ce n'est pas le premier Rufus Wainwright venu qui pourrait en dire autant. C'est d'ailleurs un Wainwright que Sixes & Sevens
rappelle le plus fréquemment - mais pas le fiston torturé : le papa déjanté. Ce n'est pas le moindre des compliments. Si Friends Of Mine (chef d'œuvre de Green paru 2003) reste le disque
référence de cet artiste dans son versant folk, Sixes & Sevens ressemble bel et bien à l'accomplissement de cette incarnation pop et hot apparue en 2005. Le prélude à une troisième
période toute aussi passionnante ? Après tout...le premier single solo d'Adam Green ne s'intitulait-il pas Dance with me ?
Le retour
gagnant de Frank Black avec le très bon Bluefinger avait été l'une des meilleures nouvelles de 2007. Six mois après, Svn Fngrs vient confirmer ce retour en grâce d'une bien belle manière
: fini les Catholics et leurs arrangements bourrins, finies les rumeurs de nouvel album des Pixies et finis les trip americana bassinnants. Frank Black a retrouvé la route du rock, ressuscité son
premier alias et se contente de faire ce qu'il fait le mieux : écrire et enregistrer des chansons aux mélodies ciselées et à la dynamique irréprochable. Si Bluefinger était a priori son
meilleur album depuis le classique Teenager Of The Year (1994), ce quatorzième opus solu (hors compiles) pourrait bien être tout simplement son meilleur disque depuis le split des Pixies
il y a quinze ans jour pour jour. Facile d'accès sans tomber dans les facilités de la période Frank Black & The Catholics, Svn Fngrs montre un maestro à l'assurance retrouvée et plus
en voix que jamais. Texte, musique ou arrangements, « When they come to murder me » est assurément la plus grande chanson qu'on ait entendu par Black depuis des lustres. Et ce n'est qu'un parmi
les sept doigts vengeurs que renferme ce disque compact, ramassé et implacable. Entre un « Garbage Head » renouant avec le son pixien et le brûlot punk « I sent away »...du bon et rien que du bon
sur ce nouvel album. A ne pas manquer !
Dans notre série
J’avais
pourtant juré que non, tant pis, le nouveau Tue-Loup ne serait pas dans le Top 10, je n’avais pas eu le temps de l’écouter assez pour écrire dessus. Car lorsque
Sacré Loner ! Depuis
qu’il a retrouvé l’inspiration (après une brève éclipse fin 90 / début 2000) plus possible de l’arrêter ! Et que je te ressuscite le Crazy Horse, et que je te renoue avec la folk rocking-chair,
et que je te sors une déflagration rock…pour son quatrième album en quatre ans, voilà que Neil Young nous publie un disque bizarrement affublé d’un numéro deux – en référence au mythique
Chrome Dreams. Son Smile à lui, son album fantôme paraît-il enregistré mais jamais sorti ailleurs que dans la tête de son auteur (quoique ce dernier annonce une parution
imminente pour 2008 – on se permettra poliment d’attendre quelques mois avant de se réjouir). Trente après, qu’attendre de la fausse suite… ? Et pourquoi pas le meilleur ? Très axé seventies en
effet, Chrome Dreams II évoque souvent le classique Zuma (1975) dans l’agencement de morceaux très punchy et d’autres aux architectures baroques (on songe bien sûr ici aux
dix-huit minutes d’ « Ordinary People », morceau plus youngien que n’importe quoi de Neil Young depuis une décennie). Parfois langoureux (« Shining lights »), ailleurs particulièrement puissant
(« Spirit Road »)…Chrome Dreams II est surtout l’album le plus cohérent et digne publié par le Loner depuis très longtemps. Peu de temps de mort, un répertoire tout neuf, une ligne à
laquelle il se tient…décidément Neil Young n’en finit plus de revenir en force. Tant mieux !
J’aurais pu ne pas en faire de critique. Vu que tout le monde l’a déjà critiqué et que j’ai commenté chacun des articles sur le sujet j’aurais tout aussi bien pu vous conseiller
de relire chacun de mes commentaires à chaque post des copains par ordre chronologique…ce qui vous aurait donné une excellente chronique évolutive du disque dont on aura le plus parlé cette année
– et de loin. Ce qui d’ailleurs ne manque pas de sel : un rapide coup d’œil du côté de l'incontournable
Longtemps
dans l’ombre de The Cure, And Also The Trees a eu à peu de choses près la carrière inverse : pas forcément les meilleurs du mouvement post-punk sur la ligne de départ, le groupe de Simon Huw
Jones n’a fait que se bonnifier avec le temps, affirmant un univers de plus en plus singulier et acquiérant sur le tard la crédibilité que beaucoup lui refusaient dans les années 80. Il faut dire
que contrairement aux apparences, la darkwave (quelle horrible appellation) d’AATT s’adresse sans doute bien plus aux fans de Leonard Cohen et de Tindersticks qu’à ceux de Joy Division ou de
Siouxsie (quand bien même ce sont parfois les mêmes ok, désolé, j’essaie de situer le truc). En témoigne le sensationnel « Candace », dont la mélodie traînante et la scansion lugubre rappelleront
des souvenirs aux inconditionnels du folkeux canadien (Cohen, hein – pas Young !). On n'est certes pas dans la franche rigolade, mais la beauté glaciale d’un « Domed » ou d’un « A man with drum »
devraient sans problème convaincre les auditeurs en quête de rock atmosphérique de haute volée – pour un peu que ce disque honteusement ignoré par la critique leur arrive jusqu’aux oreilles. A
noter pour les amateurs que le nouveau venu Ian Jenkins fait vraiment des merveilles à la contrebasse.
2004 : Jad Wio remonte
sur scène dans sa formation originelle (Bortek + Kbye) et brise un silence radio de près d’une décennie.
On passera
sur le titre franchement caricatural du disque pour s’arrêter à un constat simple (une confirmation, pluôt) : si les HushPuppies étaient anglais, ils seraient à l’heure actuelle The Next Big
Thing. Très attendu, ce second album tient (presque) toutes les promesses de The Trap, qu’il égale presque systématiquement sans ceci dit le surpasser : un rock’n’roll teigneux, carré
aux entournures, des riffs qui dépotent et une basse qui groove – avec en plus de vrais hymnes en puissance (le délirant « Bad taste and gold on the door » venant se substituer au « You gonna say
yeah ! » d’antan). Simple, efficace, bien produit…Silence Is Golden est sans aucun doute l’un des grands disques punchy de l’année. Alors quoi ? Pourquoi ce ton si distancié, cher
Thom ? Eh bien tout bêtement parce que Silence Is Golden est le clone de The Trap, et qu’on attendait peut-être un peu plus qu’un excellent disque de rock’n’roll
décomplexé. Enfin… : ça ne le rend pas moins bon.
Cette fois-ci c’est sûr
: Pete Doherty est un grand. Et comme tous les grands il a pris tout le monde à rebours : c’est qu’après le lugubre
A en croire certains
c’est la fin des haricots : le son de l’album est léché, Timbaland et Pharell Williams sont au générique…Oh My God ! Les Hives ont viré commercial ! Mais non petit lecteur, ne sois pas effrayé :
la vérité est ailleurs. Certes les Hives n’ont plus grand chose de garage, en témoigne la prod high tech de ce quatrième opus. Pour autant ils n’en sont pas moins punk ni moins rock ni moins
stoniens. Au contraire : certains morceaux de cette nouvelle livrée cartonnent comme jamais. Rageurs dans la pure tradition hivesienne, « Tick Tick Boom » et « You got it all…wrong » sont de
grandes et belles compos abrasives, de celles qui écorchent les enceintes tout en demeurant parfaitement jouissives et mélodiques. A vrai dire si l’on excepte les deux ou trois délires néo
R&B (plutôt excellents du reste) les Hives sont ici égaux à eux-mêmes, c’est à dire doués pour le refrain qui accroche, pour le riff qui écharpe et pour le speed-rock classieux. Pas grand
chose à leur reprocher sur ce coup-là d’autant qu’au fil des écoutes on s’apercevra que The Black & White Album est bien plus cohérent et abouti que le pourtant très bon
Tyrannosaurus Hives d’il y a trois ans. Rien à dire, donc : c’est du très Hives, c’est du très bon…et ça donne une fois encore envie de courir voir les suédois foutre le feu sur
scène.
Après le fabuleux,
le magnifique, l’incontournable
Si j’ai toujours
eu de la sympathie et de l’intérêt pour Iron & Wine, je dois bien reconnaître qu’il ne m’est jamais arrivé de me jeter sur un de leurs disques au moment de sa sortie. Il aura fallu toute la
virtuosité de
Huit ans et demi. C’est le temps qu’il aura fallu avant de réentendre Kula Shaker. Dire pour autant que la formation de Crispian Mills a manqué serait mentir :
jusqu’alors auteur de deux albums de pop psychédélique plutôt attachants, le groupe anglais figurait plus dans la catégorie des petits artisans que dans celle des grands artistes. Apprendre qu’il
émergeait enfin de son long silence ne m’avait pas spécialement ému – tout au plus cela avait-il chatouillé ma fibre nostalgique de l’adolescence à jamais envolée.
De la chanson française mâtinée de folk d’un côté et de post-punk de l’autre, est-ce bien raisonnable ? Non, certainement pas. Sauf quand on s’appelle Alexandre Varlet et
qu’on est déjà l’auteur de deux pépites dans ce genre pour le moins bâtard (dont
Ecarté du précédent Top pour cause de bouclage intempestif (la mise en bac s’est faite trois jours avant), le dernier Ryan Adams (notez que vu sa productivité ce n’est peut-être
déjà plus le dernier à l’heure où je vous écris !!!) retrouve fort logiquement sa place cette fois-ci. Même s’il ne s’agit pas de son œuvre la plus réussie, Easy Tiger contient malgré
tout un paquet d’excellentes complaintes folk comme on n’en fait plus des masses de nos jours. Teigneux par-ci (« Halloweendhead »), contemplatif par-là (« Off Broadway »), il tisse une fois
encore des atmosphères feutrées sentant bon la bière et la cendre froide (« Two ») et surtout retrouve le registre country / folk dans lequel la plupart des gens (moi le premier) le préfère. Une
bonne raison de ne pas bouder ce…euh…onzième ! …ce onzième album solo (en comptant les officieux). A noter enfin pour les fans désespérés qu’Easy Tiger dévoile en prime plusieurs titres
du rarissime coffret The Suicide Handbook.
Qu’on les aime ou non, difficile de nier que les Foo Fighters excellent dans leur art. Celui d’un rock-pop carré aux entournures, distordu mais toujours accessible, dopé à la bonne
humeur et objectivement presque toujours de très bonne qualité. On peut éventuellement ne pas goûter ce genre de musique ni très originale ni très raffinée, mais on peut difficilement nier que
les Foo’s font le taf à chaque fois et trouvent presque toujours assez de mélodies accrocheuses pour produire un très bon album de pop indé. Comme en plus ils sont sympas, humbles et foutent le
feu chaque fois qu’ils montent sur scène…on peut tout à fait estimer que si ce groupe est un de ceux qui ont le moins de fans hardcore dans le monde, il compte sans doute aussi parmi ceux qui ont
le moins de détracteurs.
Richard Hawley est un mec extra. A la fois biker et dandy, fan de Mötörhead et de Bowie, il vient de publier une fois encore un vrai beau disque de crooner moderne. Moins
romantique que Lowedges (2002) mais moins inégal que Cole’s Corner (2005), ce (déjà) cinquième album est sans doute son meilleur qui ce jour, le premier qui soit parfaitement
maîtrisé du début à la fin et ne propose aucun mauvais titre tout en s’essayant à des registres plus innattendus (« The Sea Calls » lorgne plus sur le Divine Comedy des derniers albums que sur la
sempiternelle paire Bowie / Hazlewood).
L’album de trop, disait je ne sais plus qui la semaine dernière ? Difficile à dire après seulement une vingtaine d’écoutes,
mais l’album qu’il faut – sûrement. A force d’entendre de pseudos goths sur toutes les antennes de France et de Navarre il était plus que temps que la Maîtresse se rappelle à notre bon souvenir,
de préférence avec un disque qui tiendrait la route. L’album de Siouxsie, son premier véritable en solo, le fait-il ? Oui, sans aucun doute. S’il n’égale jamais les classiques des Banshees (mais
essaie t’il vraiment ?), Mantaray se révèle au fil des passages nettement plus convaincant que les disques des Creatures, et soutient largement la comparaison avec la grande majorité des
petits coqs de la… nouvelle génération new-wave (!). Etonnamment moderne (surtout par rapport à ce que la Grande Dame nous avait proposé depuis dix ans), cette nouvelle saillie propose
quelques jolis moment d’electro-pop (Garbage aimerait sans doute être capable de choses comme « About to Happen » ou « They Will Follow You ») et séduira peut-être même quelques nouveaux fans
égarés (dans la mesure où elle évoque plus souvent les groupes indus-rock contemporains que n’importe quel disque de son ex-groupe de corbeaux). Une très bonne surprise, donc, de la part d’une
Siouxsie qui à mon avis mérite un peu plus que le respect dû à son rang de légende.
Après Dinosaur Jr il y a quelques mois c’est un autre groupe culte de la grande époque alternative qui remet le couvert ces temps-ci, en les personnes des Meat Puppets. Considérés à
l’époque comme des seconds couteaux (ce qu’ils étaient d’ailleurs assurément), les frères Kirkwood n’ont évidemment jamais connu le colossal succès de leurs copains de Nirvana, ce bien qu’ils
aient pondu quelques chansons remarquables (dont pas moins de trois sur MTV Unplugged in New York – je suis toujours secoué d’une inexplicable hilarité chaque fois qu’un gosse me dit que
sa chanson préférée de Nirvana est « Plateau »). Pour ce premier album en sept ans ils n’ont pas spécialement changé l’équipe qui perdait (on est dans le rock alterno US à l’ancienne, avec des
réminiscences de Led Zeppelin par-ci et des vieux restes de folk par-là), mais bizarrement j’ai la sensation (peut-être totalement con) que ça le fait plutôt mieux qu’avant. Il faut dire qu’ « On
the rise » ou « Ice » s’inscrivent dans la tendance très haute de leur répertoire, ce qui n’est tout de même pas rien. En somme un disque artisinal et sans prétentions, comme on les aime tant du
côté du Golb !
Après deux écoutes mon analyse n’était pas très éloignée de celle de KMS : Bah ! Elle a sorti un album de Tori Amos. Evidemment après avoir écrit ça je suis
obligé de préciser que certes j’adore Tori Amos, mais que pour autant quand j’achète un album de PJ Harvey j’ai envie d’entendre PJ Harvey. Ceci posé j’y suis revenu, une fois, puis deux, poussé
par ma douce moitié enchantée et qui évoquait, elle, une filiation avec Radiohead. Sur le coup je le reconnais je me suis dit pouah ! c’est un peu fastoche, comme comparaison.
Si au lieu d’enquiller les daubes éfémisantes le Bowie des années 80 se l’était jouée crooner, ç’eut probablement donné The Devastations. Une autre possibilité pour y parvenir eut été
que Pulp mâtine ses disques d’électronique et que Jarvis Cocker fasse une dépression nerveuse, mais ça me paraît un peu tordu – voir risqué : c’eut pu déboucher sur un Radiohead de trop.
Un
album des Smashing Pumpkins pouvait-il ne pas finir dans le Top 10 ? Euh…très franchement, ç’a failli arriver. D’ailleurs il n’était pas sur la liste initiale (vous pouvez toujours essayer de
jouer à deviner de qui il a pris la place), mais la conscience golbienne m’a imposé de le réécouter avant de rédiger l’article. Grand bien m’en a pris : tout n’est certes pas parfait sur cet
album de reformation (je tiens à souligner l’expression car les albums de reformations sont presque toujours décevants sur le coup, puis réévalués au fil du temps) mais il y a
suffisamment de bon titres pour séduire le fan que je suis. Bien sûr, j’aurais préféré retrouver les Pumpkins de la période