Samedi 4 octobre 2008

J'espère qu'on voudra bien m'excuser : ces temps-ci je manque de... temps (c'est le cas de le dire) et la mise en place des traditionnels Spotlights de fin de trimestre n'a pas pu se faire normalement.

 

On aurait pu croire qu'écrire pour nos camarades de Culturofil m'aurait permis de prendre les devants, considérant que du coup plusieurs disques de cette sélection avaient déjà été commentés par mes soins... eh bien non, pas du tout. Au contraire : récupérer et condenser les articles de Culturofil m'a pris encore plus de temps que prévu, à tel point qu'à titre exceptionnel j'ai fini par renoncer à mon idée de tout compiler ici.

 

Vous aurez deviné la suite : des articles parus sur Culturofil, je ne garderai donc cette fois-ci que les premières lignes, assortie d'un petit lien : LIRE LA SUITE. Une technique de vrai gros flemmard, soit... et une technique que j'espère pouvoir éviter de reproduire en décembre pour les derniers Spotlights de 2008 - le but initial de la rubrique étant de proposer un florilège et non de vulgaires liens vers de longs articles que personne n'aura le courage de lire jusqu'au bout.

 

Merci également de m'excuser pour l'absence de liens vers vos propres articles... là aussi, tout n'est qu'une question de manque de temps - mais je vous invite bien entendu à ajouter lesdits liens en commentaire.

 

 

 

MON DISQUE A MOI (et rien qu'à moi) DU TRIMESTRE :


« We Came in Peace » - BRIMSTONE HOWL


White Stripes ? Dirtbombs ? Von Bondies ? Aux oubliettes. Le meilleur groupe américain de 2008 sera sans conteste Brimstone Howl, quatuor du Nebraska déjà auteur l'an passé d'un excellent debut : Guts of Steel. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'en un an, les jeunes espoirs ont pris une dimension si considérable que dans un monde réellement concerné par le rock'n'roll personne jamais ne pourrait plus les ignorer. Pied au planché et enceintes poussées au maximum, « We Came in Peace » s'avale d'une traite et propose à peu près tout ce que la concurrence R&R contemporaine ne propose finalement que très rarement (sinon pas du tout) : urgence, sueur, danger, riffs déments (celui de « Child of Perdition » est assez imparable), son débridé et hymnes aussi puissants que jamais putassiers (« Summer of Pain », « Shangri-La »). Convoquant les fantômes du Velvet et des Stooges (lesquels ne sont pas morts, en fait, mais bon...) le groupe du chamanique John Ziegler sonne la charge, portée par une section rythmique éblouissante... chaos debout qu'il en ressort, le golber. Pour vous dire : au bout de deux écoutes We Came in Peace avait déjà supplanté l'indéboulonnable Real Emotionnal Trash (Stephen Malkmus & Jicks) au titre d'album GOLB de l'année... et depuis lors, à chaque nouveau passage, il conforte un peu plus sa position. Et c'est bien parce qu'on n'emploie quasiment jamais ces mots par ici qu'on est aujourd'hui très fier de vous dire, chers lecteurs, chers amis : We Came in Peace, de Brimstone Howl, est un chef-d'œuvre - vous savez ce qu'il vous reste à faire.

 

à écouter en priorité : « Summer of Pain », « Easy to Dream » & « Firewalk » 


 

SELECTION DU TRIMESTRE :


« All God's Children Have Shoes » - ANDY DALE PETTY
 

Ne réglez pas votre ordinateur en vain : non, vous n'avez jamais entendu parler d'Andy Dale Petty, vous n'avez jamais entendu la moindre note de sa musique et à moins de l'avoir croisé dans la rue par hasard lors de vos dernières vacances en Alabama vous n'avez pas la moindre idée de ce à quoi il ressemble. LIRE L'ARTICLE

 

à écouter en priorité : « Empty Bottle Blues » & « I'm Walking Down the Line »

 

 

« Carried to Dust » - CALEXICO


Leçon numéro un : brûler aujourd'hui ce que vous avez adoré hier. Aussi certains, appliqués, s'épanchent-ils déjà sur le mode du Calexico ne se renouvelle pas du tout. Ce qui est vrai : Calexico ne s'est quasiment pas renouvelé depuis Spoke (1997). Mais Calexico n'a jamais vraiment déçu, proposant chaque fois la même collection de chansons envoûtantes et romantiques, parfois très tristes (cet album, mariachis ou non, ne respire pas vraiment la gaieté), mais toujours lumineuses. Dont acte : Carried to Dust, qui évoque souvent le superbe split-album avec Iron & Wine (In the Reins), remplit parfaitement le cahier des charges calexiquesques - s'avérant même dans ses meilleurs moments (« Man Made Lake », « Bend to the Road ») très au-dessus de son prédécesseur (le très bon Garden Ruin). Que demander de plus ? Un album de Calexico, de toute façon, ne s'apprécie pas du tout comme n'importe quel album : il nécessite la patience, la quiétude - même l'abandon...

 

à écouter en priorité : « Victor Jara's Hand » & « Bend to the Road »

 

 

« Death Magnetic » - METALLICA

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(...) Premier truc qui vient à l'esprit lorsque résonne l'intro de « The Day That Never Comes », ouverture typique du Metallica era 1984-88 : à part Metallica lui-même plus personne ne sonne comme ça aujourd'hui. Des tas de groupes sonnent Maiden, mais aucun groupe en 2008 « ne sonne Metallica »... LIRE L'ARTICLE 

 

à écouter en priorité : « The End of the Line » & « The Judas Kiss »

 

 

« Exit Strategy of the Soul - RON SEXSMITH

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La carrière de Ron Sexsmith ressemble à cette histoire aussi vieille que l'art lui-même, celle du meilleur espoir masculin qui ne reçoit jamais son Oscar du meilleur acteur, parce que la saison suivante un autre meilleur espoir masculin a fait se pâmer jeunes filles et professionnels, puis un autre la saison d'après, puis encore un autre... ou comment passer directement de la case jeune prodige prometteur à la case has-been sans jamais entrevoir une seconde la case succès. Éternel numéro deux (voire numéro trois selon les époques), le plus talentueux de tous les fils cachés de Paul McCartney s'est vu successivement passer devant par tout le monde, d'Elliott Smith à Ryan Adams, de Jude à Tom McRae (on en oublie sûrement). LIRE L'ARTICLE

 

à écouter en priorité : « Ghost of a Chance » & « This Is How I Know »

 

 

« Knowle West Boy » - TRICKY 

 

On avait laissé Tricky un peu ennuyés (je parle de nous, hein - pas de lui) après un Vulnerable dans lequel l'ex-presque-Dieu exhibait plus souvent les faiblesses de sa musique que celles son âme. Inégal (très), mal fichu et même mal produit (un comble de la part d'un tel sorcier du son), le septième album de Tricky ne donnait franchement pas cher de sa peau et seule une série de concerts époustouflants nous permit de lui conserver un tant soit peu de respect. C'est donc peu dire qu'après un tel passage à vide (qui en l'espace de quelques semaines le vit ruiner l'une des auras les plus considérables des années quatre-vingt-dix) Tricky aurait pu faire à peu près n'importe quoi... ç'aurait difficilement pu être pire ! C'est par conséquent fort logiquement que les premières écoutes de Knowle West Boy ravissent : c'est groovy (« Veronika »), c'est pêchu (« C'mon, Baby »), c'est hypnotique (« Baligaga », « Far Away »)... on aurait tort d'en demander plus. Car si une chose est certaine depuis bien avant de poser la moindre oreille sur ce huitième épisode de la série The Rise & Redemption of the Tricky Kid, c'est que Tricky ne publiera plus jamais de ces albums noirs, violents et torturés qui ont fait sa légende. Désormais plus apaisé, presque décontracté même, par moments... Tricky signe un disque dans la droite ligne de son excellent Blowback (2002) - Knowle West Boy le rappelle jusque dans sa pochette. Soit donc une electro-pop-funk charmante, joviale et nonchalante... finalement assez singulière par rapport à ce qui se produit de nos jours. Qu'on se le dise : c'est un nouveau chapitre de l'œuvre trickienne qui s'est ouvert depuis le début des années 2000 et le départ tonitruant de chez Polygram (soit donc le véhément maxi Mission : Accomplished). Plus légère, plus aérée... sans doute moins passionnante, aussi. Ce qui n'empêche nullement Tricky de rester une valeur plus que sûre - ni Knowle West Boy d'être un disque très réussi.

 

à écouter en priorité : « Puppy Toy » & « Far Away »



« Rascalize » - THE RASCALS

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Selon la Prophétie, un Homme un jour se lèvera qui dira à tous les chantres du revival rock'n'roll des années deux-mille : « Hey les gars, c'est fini tout ça. Vous êtes des vieux maintenant - va falloir céder la place ». Les autres le regarderont d'un air interloqué, cet étrange héros évidemment très jeune, très beau et très anglais. Pas franchement effrayés et carrément énervés. LIRE LA SUITE

 

à écouter en priorité : « I'll Give You Sympathy » & « Do Your Husband Know That You're on the Run ? » 

 

 

« Scoop du Jour » - WHIRLWIND HEAT

Le nouvel album de Whirlwind Heat est dans un premier temps assez déstabilisant : comment peut-on passer en quelques années d'un rock synthétique particulièrement marqué par Sonic Youth à un genre d'electro-pop à la Beck période Stereopathetic Soul Manure / Odelay, sans pour autant se renier ni sombrer dans le ridicule ? A part Whirlwind Heat, à vrai dire, aucun groupe n'oserait sans doute s'y risquer - et si celui-ci se sent autorisé à toutes les extravagances c'est sans doute parce que ses six fans ont intégré depuis longtemps le vieil adage Plus le rock est bizarre, plus le rock rolle. En conséquence Scoop du Jour, dont le titre est nettement moins improbable que le contenu (ce qui n'est pas peu dire), s'avère un troisième opus funky et bondissant, résolumment joyeux et dans ses meilleurs moments (« Scram », « Ouf of Mind ») tout à fait fantasque - donc charmant. Certes à l'écoute d'un « The Realization » rappelant le meilleur de Faith No More période The Real Thing on se dit qu'il est loin le temps où l'on pensait sincèrement que Whirlwind Heat et sa formule inédite (les fous osaient sucrer la guitare !) allaient changer la face du rock. Passés du statut de psychopathes surdoués à celui de gentils fêlés qu'on retrouve chaque fois avec grand plaisir, les trois zozo d'Ann Arbor ont changé de statut sans qu'on arrive jamais vraiment à leur en vouloir - après tout Scoop du Jour comme Type of Wood est un album irrésistible. Ce qui justifiait bien, ma foi, une place dans les Spotlights.

 

à écouter en priorité : « Emulators » & « Scram »



« The Legend of Yeti Gonzales » - YETI

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Il a joué dans l'un des plus fameux groupes de la décennie mais personne ne connaît sa tête - encore moins son patronyme. Il a le charisme d'une huître, un groupe pourvu d'un nom ridicule et un look qui ferait passer Chris Martin pour un dangereux excentrique. Et pourtant : John Hassal vient, l'air de rien, de publier le disque classe, fun et incontournable de ce morne été 2008. LIRE LA SUITE

 

à écouter : « Never Lose Your Sens of Wonder » & « Sister Sister

 

 

« Two Men with the Blues » - WILLIE NELSON & WYNTON MARSALIS

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A ma droite : Willie Nelson, légende de la country, toujours hyperprolifique en dépit de ses soixante-quinze ans, grand amoureux de jazz comme en témoigne son magnifique et incontournable Stardust.

A ma gauche : Wynton Marsalis, trompettiste surdoué à qui l'on reproche souvent (à raison) son côté consensuel mais qui, il faut bien le reconnaître, demeure un foutu musicien.

Au milieu : le blues (évidemment), un public conquis, des standards à en pleuvoir (« Bright Lights, Big City », « Georgia on My Mind »...), une atmosphère feutrée et intimiste comme on aime, une musique élégante et racée jetant tous les ponts possibles et imaginables entre country / jazz / blues et même un peu classique (mais pas trop, juste assez pour rester dignes).

On en demandait pas plus : court, chaleureux, humain, Two Men with the Blues est sans conteste l'un des très beaux albums de l'année, de ceux qu'on peut offrir aussi bien à son amoureuse qu'à sa mère (crossover rarissime et donc dangereux). Les deux ont l'élégance discrète de ceux à qui rien ne peut arriver, les lecteurs du Times pleurent de joie... nous aussi !

 

à écouter en priorité : « Bright Lights, Big City » & « Ain't Nobody's Busines »


 

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Par Thom - Publié dans : Spotlights - Communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 28 juin 2008
Ils sont des milliers à l'attendre avec impatience. Les fans prient ardemment pour que leur chouchou soit sélectionné. Les artistes rêvent secrètement d'une telle consécration. Les patrons de labels ont déjà sorti leurs carnets de chèques. Et les lecteurs du Golb, eux, sont prêts à dégainer et à m'incendier dans les commentaires.

Telle est la dure loi des Spotlights, rendez-vous musical trimestriel qui fête aujourd'hui ses deux ans.

Et que de différences, par rapport à la première édition ! Bon... déjà, j'ai appris à utiliser les images. Et puis il y a désormais en prime Mon disque à moi (et rien qu'à moi) du semestre. Et puis les mini-chroniques sont quand même nettement plus consistantes. Et puis j'écoute infiniment plus de nouveautés aujourd'hui qu'il y a deux ans. Et puis le titre de la rubrique a changé, aussi. Et puis... désormais, j'écris ponctuellement (et avec joie) chez nos amis de Culturofil ; ce qui aurait tendance à mordre sur cette rubrique, dont on rappellera qu'elle a initialement été créée pour palier à une de mes pathologies des plus graves : le rejet total à l'idée de chroniquer une nouveauté. J'en suis donc pour mes frais (quoique n'étant plus à une contradiction près). Surtout j'ai du coup déjà chroniqué certains disques de cette sélection... et j'avoue avec un peu de honte que je vais pour ceux-là me contenter de versions condensées des articles publiés chez nos voisins. Non pas que l'idée de chroniquer deux fois le même disque me rebute : à l'époque du premier Spotlights (justement) je rechroniquais des disques déjà chroniqués sur le forum We're a happy family !. Simplement à l'époque... j'avais le temps. Ce qui n'est assurément plus le cas en 2008. Mes excuses, donc, à ceux d'entre vous qui pourraient avoir comme une légère impression de déjà-vu.

En ce qui concerne la sélection elle-même, les choix éditoriaux ont été une fois encore des plus draconiens. Exit Portishead, on a juré qu'on en parlerait pas (en revanche... on en parle sur Culturofil, justement - et ce n'est pas n'importe qui qui nous en parle !). Restait à faire une liste digne de ce nom, en fonction du classement évolutif top secret de ce blog (petit 1) et en fonction de choix délibérément subjectifs (petit deux). Pas facile, d'autant qu'une fois n'est pas coutume les disques parus à la toute fin mars se sont accrochés aux premières places un bon moment. J'ignore à l'heure actuelle s'il en ira de même pour ceux de la toute fin juin... vu que je n'en ai entendu qu'un (le Dirty Pretty Things, a priori décevant...).

Allons, trève de bavardages : c'est parti !



MON DISQUE A MOI (et rien qu'à moi) DU TRIMESTRE :

« Sunday At Devil Dirt » -  ISOBEL CAMPBELL & MARK LANEGAN


En 2006, Mark Lanegan et l'ex vocalisto-violoncelliste de Belle & Sebastian, Isobel Campbell, décidaient de rendre hommage au mythique duo Lee Hazlewood / Nancy Sinatra le temps d'un album remarquable : Ballad Of The Broken Seas. Le résultat fut si probant et la réception de l'album si enthousiaste (la preuve) qu'on pouvait s'attendre à ce que le duo remette ça. C'est chose faite (...) La formule n'a pas spécialement changé : la belle songwriteus a tout écrit dans son coin, passé un petit coup de fil au cowboy solitaire, celui-ci est arrivé, a grogné durant une semaine et est rentré chez lui dépenser son cachet en substances diverses et variées. Quelle surprise alors que de découvrir un album finalement assez différent du premier, nettement plus Lanegan que Campbell - c'est à dire nettement plus sombre et plus blues (...). Sans doute parce que la voix de l'ogre Lanegan ne peut s'empêcher de tirer chaque morceau vers quelque chose de profondément torturé, marécageux (terme que nous sommes contractuellement obligés d'employer dès lors qu'on évoque Mark Lanegan)... et que sur la durée de ce Sunday At Devil Dirt, Lanegan chante beaucoup plus que son alter-ego. Mais le répertoire s'y prête aussi, qui s'éloigne des sentiers battus par Hazlewood et Sinatra pour s'en aller explorer des territoires plus personnels (quoique tout aussi balisés). (...) Sunday At Devil Dirt lorgne nettement plus vers les travaux respectifs de ses deux interprètes, aussi bien la folk sensuelle d'Isobel que le blues rugueux de Mark. A vrai dire ce second album se situe pile à la croisée des chemins du dernier opus solo de la dame (adorable Milkwhite Sheets) et du plus bluesy de tous les disques du trublion rock (Field Songs). L'osmose entre les deux voix étant déjà (on le savait depuis deux ans) presque parfaite, les deux univers s'amalgament presque naturellement et donnent naissance à un album infiniment plus singulier que Ballad Of The Broken Seas... et sans aucun doute aussi infiniment meilleur (c'était donc possible !).  (...) Inutile d'en faire cinq pages (dit le mec qui vient de péniblement condenser un article trois fois plus long) : d'un « Keep in my mind » dont le son cristallin rivalise avec celui du Cash des American Recordings à la lumineuse torch-song « Sally can't dance », en passant par un « Shot Gun Blues » s'imposant au bout de deux écoutes comme la B.O. décadente d'un strip-tease au saloon du coin... Sunday At Devil Dirt ne mettra pas plus d'une semaine à trouver sa place dans toute bonne discothèque, sorte d'album de couple ultime à nécessairement accompagner d'une personne que vous aimez, d'un canapé ou de deux fauteuils confortables, d'une bouteille de bon vin et de quelques bougies. VOIR L'ARTICLE COMPLET

à écouter en priorité : « Seafaring Song », « Something to believe » & « Shot Gun Blues »



SELECTION :

« Consolers Of The Lonely » - THE RACONTEURS


Sacré Jack White ! A peine un an après l'excellent dernier opus de ses White Stripes (Icky Thump) voilà qu'il nous en remet un coup derrière la calebasse avec le second album des Raconteurs, project de moins en moins side monté avec son vieux copain Brendan Benson. Aussi luxuriant que les albums des Stripes sont rugueux et minimalistes, Consolers Of The Lonely permet au groupe de trouver enfin sa voie entre pop baroque et rock rétro 70's. Si Broken Soldier Boy (il y a deux ans) n'était pas forcément très riche en riffs, ce nouvel album (qui pourrait tout à fait être vu comme son double inversé) propose quelques incursions hard mémorables (« Attention », « Salute your solution ») au milieu de titres plus travaillés, un peu choucroutés parfois (« Many shades of black ») mais toujours inspirés (« These stones will shout »). Surtout, Consolers Of The Lonely réussit ce que le dernier Black Mountain (chroniqué le trimestre dernier) manquait de justesse : sur ce disque bien trop ambitieux pour être purement récréatif, White et Benson font oublier sans peine ces influences sous lesquelles ils auraient pu finir écraser (on ne va pas les nommer, hein, puisqu'on les a oubliées). Réjouissant.

à écouter en priorité : « Attention » & « Carolina Drama »

à lire : les articles de DOMINIQUE
, SYSTOOL & REMI


« Il est toujours 20 heures dans le monde moderne » - TANGER

Certains effets d'annonce s'avèrent particulièrement irritants par tout ce qu'ils véhiculent de sous-entendus et d'idées reçues. Pas une critique du dernier Tanger qui ne parle d'un album glam, on suppose que tous les journalistes ont bêtement recopié ce qui était inscrit dans le dossier de presse... néanmoins ce n'est pas une excuse : il ne suffit pas de choisir une pochette fluo pour faire du glam, et ce qui rend l'affirmation irritante c'est surtout que c'est une manière polie et embarrassée de dire que le mec a du mal à y retrouver ce qu'il aimait sur les précédents opus du groupe (notamment le superbe L'Amour Fol, en 2003). La noirceur habitée du « Post-cardiogramme » d'antan ? La poésie à fleur de peau de Philippe Pigeard ? Aux oubliettes. A leur place, un album étonnant, au son étonnamment clean et aux chansons catchy, gavé de cyber-riffs et de mélodies vicieusement sucrées. Ne pas croire que le sursaut pop de Tanger relève du saut dans le vide : si « Cyclotron » ou « La fée de la forêt » sont plus linéaires que tout ce que Tanger a fait à ce jour, Il est toujours 20 heures dans le monde moderne n'en est pas pour autant calibré pour les ondes FM. Bien au contraire : à mi-chemin entre Burgalat et The Fall, ce quatrième album pourrait bien être encore plus étrange, dérangé et abrupte que les précédents. Même repeint en couleurs vives, Tanger n'a rien perdu de sa superbe.

à écouter en priorité : « Il y a un ange » & « Roulette russe & Poing américain »


« Lay it down » - AL GREEN

Al Green revient, Al Green n'en finit plus de revenir. Tout semble avoir déjà été dit sur cet album splendide, du come-back miraculeux au casting futé, du greatest hits sans les hits aux interrogations quant au côté « statut de légende acquis à l'ancienneté » du sympathique Al. Arrivant un peu après la bataille (et une centaine de critiques) on se contentera donc de louer l'élégante sobriété d'un disque tricoté main pour le dernier géant de la soul encore en activité, la classe naturelle de chansons comme «Just for me » ou « Standing in the rain », la salutaire humilité de John Legend lorsqu'il se confronte au mythe sur le meilleur titre de l'album (« Stay with me »), le groove délicat (et entêtant) parcourant l'ensemble de Lay it down... pourtant on avait un peu peur, au début, au moment d'entendre ce disque. Al Green aurait pu être comme tant d'autres frappé par le syndrome Santana et se retrouver à enregistrer des duos putassiers avec Amy Winehouse et Duffy. Il n'en est rien : Al a beaucoup trop de classe pour se compromettre ainsi. La preuve par onze chansons exceptionnelles, qui si elles n'atteignent pas toujours la dimension de ses classiques proposent un ensemble suffisamment cohérent et passionnant pour mériter le titre d'album soul de l'année...

à écouter en priorité : « Stay with me » & « All I need »

à lire : les articles d'ARBOBO, de LABOSONIC & de THIERRY



« Narrow Stairs » - DEATH CAB FOR CUTIE


Les affaires reprennent du côté de Bellingham. Après un Plans un peu trop lisse dans lequel le groupe se laissait frapper par le syndrome du groupe indé qui signe sur un label et va tout casser, Death Cab For Cutie reprend les choses là où le chef d'œuvre Transatlanticism les avait laissées il y a cinq ans. Au programme de ce cru 2008 (leur sixième) : pop spatiale (« Bixby Canyon Bridge») et dynamique pixienne (« Long Division »), Big Star période Radio City dans la ligne de mire (entêtant « No sunlight ») et mélodies imparables à tous les étages. Grandaddy ayant déposé le bilan entre ce disque et le précédent, Death Cab For Cutie reste aujourd'hui le dernier groupe encore capable d'alterner sur un même opus le rock atmosphérique le plus planant et la power-pop la plus nerveuse sans jamais sembler incohérent. Comme en prime Ben Gibbard et les siens reviennent au sommet de leur forme... il n'en fallait pas plus pour faire de Narrow Stairs l'un des tous meilleurs albums de cette première moitié d'année.

à écouter en priorité : « No sunlight » & « Talking Bird »


« Night Eternal » - MOONSPELL

C'est la surprise du mois : pour la première fois depuis ses débuts en 1994 Moonspell vient de réussir à publier deux albums de suite sans changer de style ou son fusil d'épaule. Car les portugais se sont longtemps cherchés, du black-metal des tous débuts en passant par le doom d'Irreligious ou le heavy sophistiqué du mésestimé The Butterfly Effect (sans oublier le retour au black entre temps, avec le remarquable opus de Dæmonarch). Cette fois-ci semble la bonne, et Night Eternal apparaît comme le digne successeur de Memorial (2006), soit donc un album de goth-metal habité, théâtral, des chœurs juste ce qu'il faut et des orchestrations suffisamment maîtrisées pour ne jamais verser dans le pompier. Enthousiasmant résultat, plus concis et moins surproduit que Memorial, qui permettra aux metalheads repentis comme votre serviteur d'enfin se réconcilier avec un groupe devenu bassinant à force de changer d'orientation tous les deux ans. A noter que « Scorpion Flower » est illuminé par la présence d'Anneke van Giersbergen, ce qui s'avère généralement un excellent présage.

à écouter en priorité : « Moon in Mercury » & « Shadow Sun »


« Post Industrial Ceremony » - MR LAB!


Quatre ans après le succès inattendu de l'excellent and now it's time to go, le meilleur groupe anglais dans un périmètre de cent kilomètres autour de Rouen revient avec un second album au titre pied de nez et aux ambitions revues (encore !) à la hausse. Mixé par Tony Lash en personne (oui oui, le batteur des cultissimes Heatmiser, le monsieur qui pour le bien de l'humanité n'aurait jamais dû arrêter de produire les Dandy Warhols) Post Industrial Ceremony s'inscrit dans la droite ligne de son prédécesseur (celle d'une cyber-pop classieuse) tout en s'en démarquant par des compos moins planantes et franchement plus rentre-dedans. Sans renier l'électronique des tous débuts, Yves Labbé a résolument axé son nouvel opus sur les guitares, pour s'orienter vers une britpop (post) industrielle du plus bel effet (« Why are you talking about me ? » est le titre qui manque cruellement au dernier Filter), particulièrement nerveuse (« Be ») et enfin délivrée de l'influence floydienne qui menaçait de devenir le marronnierde Mr Lab!. Que demander de plus ? Un duo avec Natacha Lejeune ? C'est fait. Une tournée ? Il semble que ce soit en cours. Un concert rouennais gratuit le trois juillet, où vous pourrez savourer la séduction scénique de Mr Lab! tout en vidant quelques bières avec moi ? Rendez-vous est pris. Quelques titres en écoute ? C'est par ici que ça se passe.

à écouter en priorité : « Be » & « Ceremony »


« Songs in A & E » - SPIRITUALIZED


Neurasthéniques et âmes sensibles s'abstenir : le nouveau Spiritualized concourt dans la catégorie album le plus triste de l'année. Une excellente nouvelle, donc. Puisque Songs in A & E respecte le cahier des charges spiritualizedien de base : il est donc désenchanté, un peu symphonique, un peu acoustique, lent, contemplatif, grâcieux et tout à fait élégant dans sa démesure (Cf. les six variations sur « Harmony »). Largement supérieur au passablement emmerdant Amazing Grace d'il y a cinq ans, ce sixième album montre un Jason Pierce à nouveau capable de délicatesse (« Death take your fiddle »), d'ironie (« You lie, you cheat »), de titres longs mais jamais chiants (reedien « Baby, I'm just a fool »)... ce n'est pas assez pour laisser croire que son avenir n'est pas derrière lui ; c'est amplement suffisant pour mériter de bien se placer dans les Spotlights du Golb...

à écouter en priorité : « You lie, you cheat » & « Borrowed your gun »


« The Hungry Saw »- TINDERSTICKS

Le nouveau Tindersticks est un disque paradoxal, en cela qu'il est à la fois en tout point identique et radicalement différent de ses prédécesseurs. La première écoute ne prête guère à l'erreur d'interprétation : « Ouais, bon, c'est du Tindersticks ». Difficile de vendre la révolution chez un groupe dont on savait déjà au bout de deux singles qu'il n'allait pas beaucoup se renouveler au cours de sa carrière. « The Other Side Of The World » aurait sans problème pu figurer sur le premier album éponyme, que ce soit son petit gimmick de piano ou sa mélodie à la Lee Hazzlewood... Seulement il y a bel et bien quelque chose de différent, sur cet album. Quelque chose qui a changé, en profondeur. Il n'est jamais déprimant. Il n'est même jamais vraiment noir. À l'image d'une intro instrumentale tout à la fois mélancolique et légère, The Hungry Saw cultive les demi-teintes, les faux-semblants. (...) Tindersticks retrouve ici une chaleur, une humanité qui avaient fini par disparaître à force d'être noyées sous des arrangements ronflants et une fuite en avant dans la noirceur. Par bien des aspects The Hungry Saw est moins ambiteux qu'un Can our love... mais il dégage une sensualité puissante, une énergie retrouvée. Qui n'aboutit certes pas à un disque énergique mais se fait clairement sentir sur « Yesterdays Tomorrows », titre groovy et vénéneux que viennent illuminer des cuivres évadés de chez Calexico. La voix toujours aussi habitée de Stuart Staples en sort grandie, qui n'avait plus sonné aussi sexy depuis des lustres. (...) Oublié le rock-lounge frigide qui plombait trop souvent les deux disques précédents. À défaut d'avoir repris des couleurs la musique de Tindersticks est bien plus charnelle (« The Hungry Saw »), apaisée (« The Flicker Of A Little Girl ») que par le passé. Sans rien perdre ni de ses vertus hypnotiques, ni de son romantisme, ni de sa luxuriance. (...) Un grand disque, The Hungry Saw ? Le temps dira si ses chansons parviennent à s'installer sur la durée. Mais un des meilleurs du moment, ça, aucun doute là-dessus. VOIR L'ARTICLE COMPLET

à écouter en priorité : « Yesterdays Tomorrows » & « The Hungry Saw »


« The Lucky Ones » - MUDHONEY


Vingt ans après le ténébreux « Touch me, I'm sick », qui lança la vague grunge, rien n'a changé sous le soleil plombé de Seattle. Pour cette huitième sortie (deux ans après l'époustouflant Under a billion suns - peut-être son meilleur disque à ce jour) Mudhoney a eu l'idée éthiquement louable mais commercialement suicidaire de publier... un album de Mudhoney. Tout simplement. Soit donc un album de grunge. En 2008. L'idée pourrait faire sourire s'il ne s'agissait pas, une fois encore, d'un fleuron du genre, à savoir d'un mélange abrasif de hard-rock zeppelinien en diable, de hardcore sauvage et de punk radical. (...) Sonnant plus que jamais comme un Sabbath groovy (la basse de Guy Maddison fait des merveilles) qui aurait absorbé les Stooges et le Sonic Youth des débuts pour recracher cet album distordu, hypnotique parfois (« Inside out over you »), véhément toujours. De plus en plus braillarde avec le temps, la voix de Mark Arm évoque d'ailleurs désormais un compromis presque parfait entre Ozzy et Iggy du temps où ils étaient jeunes et infréquentables. Le meilleur morceau du cru 2008, « What's this thing ? », est là pour en attester : plus que n'importe quel chanteur de sa génération Arm dégage une aura malsaine, vicieuse, menaçante. Ce n'est certainement pas le gentil Eddie Vedder qui pourrait en dire autant... soit, mais quoi de neuf ? Rien, à vrai dire. C'est bien pour ça que The Lucky Ones mérite que l'on s'y arrête : son anachronisme le rend d'autant plus essentiel. La question se poserait bien entendu en d'autres termes si ses chansons étaient mauvaises... mais elles sont excellentes. Simples, rageuses et engagées. Comme avant. Comme toujours. Comme en 1993, comme en 1988... comme en 2020 si Arm et Turner ne cassent pas leurs pipes d'ici-là. VOIR L'ARTICLE COMPLET

à écouter en priorité : « What's this thing ? » & « I'm now ! »



NOTE : comme d'habitude, n'hésitez pas à ajotuer vos liens dans les commentaires, si toutefois j'en avais oublié certains.




Par Thom - Publié dans : Spotlights - Communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 29 mars 2008
Le dernier Bauhaus est très réussi. Un retour en forme.

Voilà typiquement le genre de phrase que je me refuse à écrire. Voilà typiquement pourquoi je fuis les chroniques de nouveautés comme la peste la plupart du temps. La vérité est que je n'en sais rien. Que le plaisir de retrouver Bauhaus est tel que, dans le fond, je n'arrive pas à déterminer si j'écouterai encore Go away white dans six mois. Dans ces cas-là : je zappe de la sélection trimestrielle. Sinon j'ai des regrets. Il y a quelque semaines Sevie m'a fait m'amender avec une pointe d'ironie deux ans après que j'aie déclaré fort solennement à propos d'Asyl : « Voilà un futur grand groupe chers lecteurs... ». Ce genre d'aventure invite à la méfiance !

Ceci mis à part cette première sélection de 2008 (qui a changé de nom pour l'occasion - vu que ça n'a jamais été un TOP) a (comme de juste) été pour le moins meurtrière. S'il n'a guère été difficile d'écarter certains albums pourtant on ne peut plus hype (le , aimable plaisanterie dont l'unique mérite aura été d'apprendre à tous les blogueurs comment taper le o barré ; le Daniel Darc, intéressant mais néanmoins très décevant)...d'autres m'ont posé de sérieux cas de conscience. A commencer par le Vampire Weekend (voir plus bas) ou le Supergrass (meilleur grand groupe mineur de sa génération qui vient - comme d'hab - de publier un grand album mineur). Ou encore le Goldfrapp, pour des raisons un peu différentes : à force de ne lire que dithyrambes à son sujet je me suis forcé à l'écouter des dizaines et dizaines de fois pour comprendre ce qu'il avait de génial...avant d'abonner. D'autres auraient sans doute mérité d'être repéchés, comme les prometteurs Young Republic, les inénarrables Buzzcocks ou l'A Perfect Place de Mike Patton (excellent disque écarté de cette sélection pour une raison des plus oiseuses - ce n'est "qu'une" B.O.).

Sur ce passons à la sélection. A noter (mais vous avez maintenant l'habitude) que les albums parus fin mars (le Salsedo et le très attendu Bashung, entre autres) sont bien entendu reversés dans la sélection du prochain trimestre (quatre écoutes ne suffisant pas pour émettre un avis valable).



MON DISQUE A MOI (et rien qu'à moi) DU TRIMESTRE :

« Real Emotional Trash » - STEPHEN MALKMUS & JICKS

realemotional.gif Mais...POURQUOI ? Pourquoi le monde ignore t'il complètement les dernières sorties de Stephen Malkmus, ex-leader des cultissimes Pavement ?
Après un premier opus encensé aux quatre coins du globe en 2001, le beau Steve est retombé brutalement dans l'anonymat le plus complet alors même que son œuvre n'en finissait plus d'être passionnante. Comme l'excellent Pig Lib (2003) et comme le remarquable Face the Truth (2005), Real Emotional Trash est un album de tout premier ordre - sans aucun doute le meilleur sur lequel il se soit ébroué depuis l'indispensable Woowee Zowee. Carrément. Ce qui signifie en décodé que pour la première fois depuis très longtemps dans cette rubrique, le choix de "mon disque à moi du semestre" n'aura pas prêté bien longtemps au débat.
Car au bout d'une seule écoute le doute n'est pas permis : « Baltimore » est sans conteste LE grand morceau de ce début d'année 2008. Et ce n'est pas fini : « Dragonfly Pie » est une merveille de pop fracassée (et fracassante)... « Real Emotional Trash » un exercice de rock funambule exceptionnel...quant au reste, que ce soit l'adorable « Wicked Wanda » ou l'envapé « Out Of Reach », il permet enfin d'accoler une vraie classification à un artiste qui défie depuis toujours les étiquettes : Stephen Malkmus, roi de la trip-pop. Ouais, bon...soit : c'est un genre qui n'existe pas. Mais quoi de plus normal que d'inventer un courant tout exprès pour ce songwriter d'exception ? Réduire Malkmus à un genre préexistant serait faire insulte à son talent. D'autant qu'il vient de sortir, vous l'aurez compris, un très, très grand disque. De ceux qui vont placer la barre très haut pour une année 2008 encore balbutiante.

à écouter en priorité : « Baltimore », « Dragonfly Pie » & « We can't help you »



SELECTION :

« Dig, Lazarus, Dig !!! » - NICK CAVE & THE BAD SEEDS

nickcave-diglazarusdig.jpg L'an passé, Grinderman fit une telle unanimité que c'en devint rapidement suspect. Et pourquoi pas Nick Cave Président de la Blogosphère - pendant qu'on y était ? Bonne nouvelle : avec Dig, Lazarus, Dig !!! la légende vivante va redevenir subversive. C'est déjà ça. Mais sinon ? Que retirer de ce premier album des Bad Seeds depuis le chef d'œuvre Abattoir Blues ? Une déception ? Euh...plutôt une surprise. Demi surprise, pour être précis, dans la mesure où Lazarus est finalement dans la droite lignée du susnommé Grinderman - c'est à dire franchement rock'n'roll et résolumment seventies. Deux albums si proches en deux ans, voilà qui n'était pas dans les habitudes de Cave. De là à parler de nouvelle (ré)incarnation il n'y a qu'un pas que nous franchirons allègrement : oui, Nick Cave a encore changé. Musique plus aérée emmenée par des Bad Seeds parfois franchement pop, mais aussi esthétique tout à fait différente des (vieilles) habitudes : costumes plus clairs, clips singulièrement joviaux, artiste désormais souriant...et cette pochette !!!...d'aucuns m'accuseront de faire une fixation sur ce détail, mais pourtant... : tout est dit dans la désormais indispensable moustache de Nick Cave. A commencer par le côté rock de bûcheron psychédélique développé par le groupe sur un « We call upon the author » ou un « Lie down here (and be my girl) ». Dig, Lazarus, Dig !!! est un album frais, direct, presque spontané, musiques comme textes. Que ceux qui, déroutés, voudraient laisser au disque le temps de se décanter « parce que c'est Nick Cave » ne se fatiguent pas trop : au bout de la quarantième écoute Lazarus n'est ni meilleur ni moins bon. Il est pareil qu'après la première : rock, nerveux, particulièrement groovy (« Moonland »). Tout à fait réussi. Sans doute moins surprenant que Grinderman, mais nettement plus cohérent. Un futur classique ? Peut-être bien...

à écouter en priorité : « Dis, Lazarus, Dig !!! » & « Today's Lesson »
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à lire : l'article de SKA
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sans oublier...le Rékapituléidoscope Nick Cave (première et seconde partie)


« Ghost Days » - SYD MATTERS

Ballottage favorable. En fin de sélection une question m'a pris la tête durant plusieurs jours : Syd Matters ou Vampire Weekend ? Les deux albums présentent nombre de qualités, ils sont tous les deux signés par des groupes à l'exposition encore relativement discrète, et les notes indicatives que je leur avais décernés depuis quelques semaines étaient identiques. Alors que faire ? Eh bien avouns-le : le patriotisme bas de plafond l'a emporté et a hissé Syd Matters dans la sélection trimestrielle. De toute façon il m'a semblé que côté blogs, Vampire Weekend était déjà très bien défendu par Arbobo , Ama-L et Laiezza. En plus Ghost Days est un album remarquable pour s'endormir en fumant un joint et ça, c'est un argument de vente imparable, même si je ne fume plus de joints depuis longtemps et même si je suis insomniaque. La voix est superbe, les arrangements sont luxuriants et les chansons se retiennent. Que demander de plus ? Un peu de nerf ? Il est vrai que contrairement à ses deux (très bons) prédécesseurs le troisième Syd Matters ne sort presque jamais du registre éthéro- planant. Il faut attendre la toute dernière plage (« Nobody told me ») pour sentir un peu d'énergie, un peu de chair en sus de l'âme se dégageant du reste du disque. Mais peut-on réellement résister à « Cloudflakes » (une face B de The Eraser ?) ? A « Louise » et à son gimmick entêtant (une face B de Field Songs ?) ? A la tourbillonnante « Me & My horses »... ?...Air ayant visiblement démissionné de son rôle de machine à rêves nationale, Syd Matters se propose de le remplacer au pied levé. On signe des deux mains !

à écoute en priorité : « Everything else » & « Cloudflakes »

à lire : les billets de LAIEZZA & LAURE


« Histrionics » - SCENARIO ROCK

histrionics.jpg Ballottage favorable - suite et fin. Scenario Rock ou Vampire Weekend ? Bon...vous l'aurez compris : les chouchous d'Arbobo se sont faits latter ce trimestre par la crème de la scène pop française du moment. Mais on les aime bien quand même (et on recommande). Venons-en à Scenario Rock, auteurs de l'excellent (et hélas trop mésestimé) Endless Season il y a (déjà) trois ans et demi. Ere du temps oblige, le groupe a définitivement enterré ses véliétés expériementaux-sonicyouthienne pour se concentrer sur l'autre versant de sa musique - une new-wave luxuriante et toujours aussi funky. C'est d'abord une semi-déception. Et puis...surprise : Histrionics tient foutrement bien la route. De plus en plus à chaque écoute. Quitte à tenir la dragée haute aux dernières grosses sorties du genre (à commencer par le Bauhaus susmentionné). Moins immédiates qu'il y paraît de prime abord, les compos fonctionnent bien, se retiennent, se sifflotent autant qu'elles s'écoutent. Un nouveau disque classieux à mettre à l'actif de ce jeune groupe décidément prometteur - donc. Chaudement recommandé par Le Golb !

à écouter en priorité : « Glances & Smiles » & « Love antidote »


« In the future » - BLACK MOUNTAIN

BlackMountain-04-wide.jpg Régulièrement un groupe apparaît qui n'invente rien mais recycle de manière tellement agréable qu'il ramasse tous les lauriers. En 2008 ce sera Black Mountain, collectif canadien déjà auteur d'un sympathique petit premier album il y a trois ans. Objectivement, In the future n'apporte rien à la musique ni à l'esthétique. C'est un album de hard-rock-prog seventies tout ce qu'il y a de plus banal, on ajoutera même avec un soupçon de mauvais esprit que publié en 1973 il serait passé complètement inaperçu. Qu'importe : si réellement le rock repose sur la notion de recyclage décomplexé Black Mountain peut sans conteste être vu comme l'un des groupes les plus excitants du moment.  Avec ses gros riffs à la Sabbath (dont il reprend carrément le son de guitare sur « Stormy High »), ses envolées floydiennes et ses breaks made in Deep Purple...Black Moutain a tout pour plaire aux amateurs de rock millésimé. On glisserait d'ailleurs volontiers une pépite comme « Angels » dans la lignée d'un Powderfinger - autres charmants piqueurs de plans à pattes d'eph. Une réussite, donc : en dépit de quelques passages un brin poussifs (ou comment partir de Hawkwind pour finir en Blue Öyster Cult) In the future est un très bon disque...qu'on aura tous oublié dans deux ans - probablement. Et alors ?

à écouter en priorité : « Stormy high » & « Tyrants »

à lire : les articles d'ERIC, KLAK et SYSTOOL.


« Midnight Boom » - THE KILLS

kills.jpg Certains attendaient depuis des années que les Kills cessent d'être un petit groupe prometteur et publient LE disque. C'est chose faite avec Midnight Boom, qui délaisse un peu l'electro-punk pour se recentrer sur une musique plus aérée mais toute aussi efficace. Comme en plus le duo est en passe devenir énorme...il n'en fallait pas plus pour que subitement les adorateurs d'hier se mettent à dénigrer VV et Hotel. Pourtant, et même s'il est incontestable que les Kills se sont assagis, Midnight Boom reste un excellent disque, tout à fait raccord avec leurs premières exactions. Voilà bien longtemps (depuis le premier Peaches en fait) que le rock n'avait plus été si dansant, si catchy et si danceflooriquement incorrect. Certains se gaussent sur le mode : les Kills ont viré Garbage. Tout juste : Midnight Boom est effectivement le grand disque qu'on a cessé d'attendre de Garbage depuis une bonne décennie. Il faut voir VV se métamorphoser en Siouxsie technoïde le temps d'un mémorable « Hook & Line » pour mesure le chemin parcouru par un duo qui il y a encore trois ans avait tout du feu de paille. Aussi mélodique que percutant, Midnight Boom passe très bien l'épreuve des cinquante écoutes, s'imposant sans grande surprise comme l'un des meilleurs disques du trimestre. Reste à voir s'il résistera aussi bien à l'épreuve du temps...m'est avis que oui.

à écouter en priorité : « Alphabet Pony » & « Hook & Line »

à lire : l'article d'ERIC, qui une fois n'est pas coutume pense tout l'inverse de moi ; celui de LYLE (qui pense l'inverse des deux réunis)


« Plan your escape » - GIRLS IN HAWAII

planyour.jpg Le nouveau Girls In Hawaii est une petite merveille. Quelle surprise venant des auteurs de l'excellent From here to there. Lentement mais sûrement le sextet belge est en train de se faire son trou et de s'imposer comme l'un des fleurons de la pop européenne...le buzz enfle un peu plus à chaque sortie et le succès devrait être enfin au rendez-vous pour cette troisième livraison de très, très haute tenue. Chaînon manquant entre Radiohead et Grandaddy, Plan your escape propose une musique plus que rafraîchissante, atmosphérique et évanescente ici (« Shades Of Time », « Plan your escape »), power-pop et nerveuse là (« Bored », « Grasshoper », « Road to Luna »...). Dans ses meilleurs moment ce nouvel opus rappelle l'Archive de la belle époque (celle de Londinium et de Take my head) voir des Pixies saupoudrées de Beach Boys. De bien belles références pour un album brillant de bout en bout, de ces rares merveilles pop capables de provoquer l'adhésion immédiate de l'auditeur même le plus exigeant. La grande classe !

à écouter en priorité : « Grasshoper »


« Sixes & Sevens » - ADAM GREEN

2259723005_ffb04a9d84.jpg Adam Green. Evidemment. Après deux disques plutôt mineurs (dont un Jacketfull Of Danger oublié deux mois après sa sortie) l'ex Moldy Peaches retrouve enfin le sommet avec ce cinquième opus jazzy et baroque. Et se met à assumer : oui, celui qui chantait autrefois « Nat King Cole » se prend pour Sinatra. Ainsi que pour une demi-douzaine d'autres qu'il imite avec humour et décontraction. « Be my man » fait immanquablement penser à Lou Reed période New York, « Festival Song » offre une relecture en fanfare (pour le moins) d' « I fought the law »...et l'ensemble évoque le Scott Walker des débuts qui aurait hérité de l'entrain du jeune Beck. Même si un chouia trop long, l'album réussit malgré tout à aller très loin dans la pop choucroutée sans jamais sombrer dans le pompier - ce n'est pas le premier Rufus Wainwright venu qui pourrait en dire autant. C'est d'ailleurs un Wainwright que Sixes & Sevens rappelle le plus fréquemment - mais pas le fiston torturé : le papa déjanté. Ce n'est pas le moindre des compliments. Si Friends Of Mine (chef d'œuvre de Green paru 2003) reste le disque référence de cet artiste dans son versant folk, Sixes & Sevens ressemble bel et bien à l'accomplissement de cette incarnation pop et hot apparue en 2005. Le prélude à une troisième période toute aussi passionnante ? Après tout...le premier single solo d'Adam Green ne s'intitulait-il pas Dance with me ?

à écouter en priorité : « Festival Song » & « Drowning head first »

à lire : l'article d'ERIC


« Svn Fngrs » - BLACK FRANCIS

2qdc1lw.jpg Le retour gagnant de Frank Black avec le très bon Bluefinger avait été l'une des meilleures nouvelles de 2007. Six mois après, Svn Fngrs vient confirmer ce retour en grâce d'une bien belle manière : fini les Catholics et leurs arrangements bourrins, finies les rumeurs de nouvel album des Pixies et finis les trip americana bassinnants. Frank Black a retrouvé la route du rock, ressuscité son premier alias et se contente de faire ce qu'il fait le mieux : écrire et enregistrer des chansons aux mélodies ciselées et à la dynamique irréprochable. Si Bluefinger était a priori son meilleur album depuis le classique Teenager Of The Year (1994), ce quatorzième opus solu (hors compiles) pourrait bien être tout simplement son meilleur disque depuis le split des Pixies il y a quinze ans jour pour jour. Facile d'accès sans tomber dans les facilités de la période Frank Black & The Catholics, Svn Fngrs montre un maestro à l'assurance retrouvée et plus en voix que jamais. Texte, musique ou arrangements, « When they come to murder me » est assurément la plus grande chanson qu'on ait entendu par Black depuis des lustres. Et ce n'est qu'un parmi les sept doigts vengeurs que renferme ce disque compact, ramassé et implacable. Entre un « Garbage Head » renouant avec le son pixien et le brûlot punk « I sent away »...du bon et rien que du bon sur ce nouvel album. A ne pas manquer !

à écouter en priorité : « Half-man » & « When they come to murder me »


« We have you surrounded » - THE DIRTBOMBS

cover.jpg Dans notre série Rétro, il serait sans doute intéressant (quoiqu'un peu humiliant pour votre serviteur) de repêcher ma chronique d'Ultraglide in black - second album des Dirtbombs sorti en 2001. Sûr de mon fait, je concluais en effet en annonçant : « s'ils continuent à ce rythme, les Dirtbombs risquent de sortir un de ces quatre le grand album rock de la décennie ». Bon. Personne n'est parfait, on a tous été jeune et on a tous péché une ou deux fois par excès d'enthousiasme. Finalement sept ans plus tard les Dirtbombs n'ont pas publié de grand chef d'œuvre, n'ont pas marqué la décennie et n'ont même pas acquis le statut de leaders de la nouvelle scène RNR que j'étais le premier à leur promettre. Mea culpa. A ma décharge on notera cependant que : 1/ je n'étais pas convaincu par les White Stripes et trouvait les Dirtbombs bien plus intéressants (preuve de bon sens s'il en est !) ; 2/ je ne pouvais vraiment pas deviner qu'en moins d'un an les Queens Of The Stone Age passeraient du stade d'excellent collectif à celui d'artistes majeurs de leur temps ; 3/ je pouvais encore moins deviner que les Libertines allaient débarquer à ce moment. Reste que pendant ce temps-là les Dirtbombs ont fait presque mieux : elles sont devenues les valeurs les plus sûres de l'underground US actuel (ex æquo avec les Liars!) ; si les Stripes sont les Nirvana de l'affaire, le groupe de Troy Gregory semble avoir hérité du rôle de Mudhoney. Est-ce plus mal ? Incontestablement, We have your surrounded est un grand disque, imparfait mais terriblement classieux, évoquant tantôt...Mudhoney, justement - soit donc des Stooges ressuscités (« It's not fun until they see you cry »), tantôt des Stones post-grunge (« Leopardman »), tantôt enfin des White Stripes qui se contenteraient d'envoyer la purée (« Fire in the Western World » et son refrain imparable). Ajoutant à leur rock sans fioritures une pincée de Suicide (« Race to the bottom ») voir un zest de The Fall (« I hear the sirens »), les Dirtbombs se sortent avec une aisance incroyable du carcan garage-punk dans lequel certains auraient souhaité les enfermer. Et s'affirment comme un grand groupe de rock'n'roll - tout simplement. Autant dire que dans le genre, il sera probablement très difficile de trouver mieux en 2008.

à écouter en priorité : « It's not fun until they see you cry » & « Indivisble ».

à lire : l'article d'ERIC



NOTE 1 : comme d'habitude, je vous invite à ajouter vos liens dans les commentaires si vous avez vous aussi chroniqué ces disques.

NOTE 2 : comme d'habitude (aussi), je vous renvoie à l'indispensable classement des blogueurs pour un plus vaste aperçu...même si pour l'heure l'édition 2008 de notre rubrique favorite balbutie encore (G.T. !!! Reviens !!!)...

NOTE 3 : article programmé en début de semaine ; je suis donc là tout en étant toujours pas là.



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Par Thom - Publié dans : Spotlights - Communauté : Le Monde du Rock
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Jeudi 17 janvier 2008
En 2007 contrairement à 2006 j’avais prévu de rendre le dernier Top 10 en temps et heures et puis… finalement non, les vacances ne m’en ont pas laissé l’occasion. Tant pis : voici la sélection de mes dix disques favoris des trois derniers mois, légèrement en retard et sans ambition d’exhaustivité.

A noter que je posterai avant la fin du mois un classement définitif pour l’ensemble de l’année 2007.

A bientôt !



MON DISQUE A MOI (et rien qu’à moi) DU TRIMESTRE

« Le Lac de Fish » – TUE-LOUP

lacdefish.jpg J’avais pourtant juré que non, tant pis, le nouveau Tue-Loup ne serait pas dans le Top 10, je n’avais pas eu le temps de l’écouter assez pour écrire dessus. Car lorsque mxmm m’a demandé ce que j’en pensais j’ignorais jusqu’à l’existence du Lac de Fish – pourtant sorti alors depuis un mois. Et il me fallut encore un mois pour parvenir à me le procurer. Quant à le cerner…soyons sérieux : il s’agit d’un album de Tue-Loup (le sixième, quoique certains semblent compter Tout nu comme un album à part entière – ce qui me semble sujet à caution puisqu’il s’agit uniquement de versions acoustiques de morceaux déjà connus). Par définition il faudra donc au moins un an pour l’appréhender parfaitement – ce qui l’exclut théoriquement de toute sélection réalisée à chaud. Déjà pour le précédent (somptueux Rachel au Rocher) j’avais attendu trois mois avant d’en publier une critique…
Mais « Cabale » aidant, « Gisant » vibrant…j’ai fini par céder à l’envie de virer Babyshambles de la place de MDAMERQAMDT potentiel qu'il occupait depuis sa sortie. Car Tue-Loup, c’est un peu comme Radiohead avant 2007 (pour moi en tout cas) : le groupe auquel on met d’office la note maximale. Par précaution pour ne pas se déjuger plus tard. En prévention de tout ce qu’on va découvrir au fil des écoutes de la dernière livrée.
Dans un premier temps Le Lac de Fish déroute. Normal, c’est Tue-Loup direz-vous. Oui, mais justement : Le Lac de Fish déroute car pour la première fois depuis le chef d’œuvre Penya on est pas spécialement surpris ni par la couleur de l’ensemble ni par les ambitions (plus folk-rock que jamais) du répertoire. Soniquement très proche de Rachel au Rocher, musicalement renouant avec le côté plus direct des premiers disques, Le Lac de Fish est pourtant bien plus qu’un compromis et n’a franchement rien d’une redite : c’est avant tout l’aboutissement d’une œuvre de plus d’une décennie pour laquelle l’adjectif singulière semble avoir été inventé. Et qui à l’instar des œuvres d’un Nick Cave ou d’un Leonard Cohen aura toujours son lot de réfractaires qui, pourtant, ne pourront jamais lui nier son authenticité ni sa personnalité. Dont acte : à lire les articles déjà postés sur divers sites internet il semble que les critiques soient enfin parvenus à classer Tue-Loup – plus de la moitié fait référence à ce point. Du côté du Golb, on s’en fout un peu : Tue-Loup fait du Tue-Loup, surprend à chaque sortie, se dévoile à chaque écoute, se renouvelle sans jamais perdre de vue les fondamentaux : un son de guitare immédiatement reconnaissable (Thierry Plouze fait une fois encore des merveilleux), des arrangements bien plus ambitieux et fouillés qu’il y paraît de prime abord, une vision artistique bien rare sur la scène française et bien sûr des textes uniques et une voix poignante…plus à fleur de peau que jamais, Xavier Plumas fout les larmes aux yeux sur tous les titres, voir un sacré frisson lorsqu’il entonne le vibrillonnant « Tour de la Terre ». En somme un disque bien évidemment fantastique et forcément incontournable. Rien d’étonnant de la part de l’un des meilleurs groupes aujourd'hui en activité – français ou non (je sais : je radote).

à écouter en priorité : « Le Tour de la Terre », « En terre inconnue » & « Adieu Les Bordes »



SELECTION :

« Chrome Dreams II » – NEIL YOUNG

undefined Sacré Loner ! Depuis qu’il a retrouvé l’inspiration (après une brève éclipse fin 90 / début 2000) plus possible de l’arrêter ! Et que je te ressuscite le Crazy Horse, et que je te renoue avec la folk rocking-chair, et que je te sors une déflagration rock…pour son quatrième album en quatre ans, voilà que Neil Young nous publie un disque bizarrement affublé d’un numéro deux – en référence au mythique Chrome Dreams. Son Smile à lui, son album fantôme paraît-il enregistré mais jamais sorti ailleurs que dans la tête de son auteur (quoique ce dernier annonce une parution imminente pour 2008 – on se permettra poliment d’attendre quelques mois avant de se réjouir). Trente après, qu’attendre de la fausse suite… ? Et pourquoi pas le meilleur ? Très axé seventies en effet, Chrome Dreams II évoque souvent le classique Zuma (1975) dans l’agencement de morceaux très punchy et d’autres aux architectures baroques (on songe bien sûr ici aux dix-huit minutes d’ « Ordinary People », morceau plus youngien que n’importe quoi de Neil Young depuis une décennie). Parfois langoureux (« Shining lights »), ailleurs particulièrement puissant (« Spirit Road »)…Chrome Dreams II est surtout l’album le plus cohérent et digne publié par le Loner depuis très longtemps. Peu de temps de mort, un répertoire tout neuf, une ligne à laquelle il se tient…décidément Neil Young n’en finit plus de revenir en force. Tant mieux !

à écouter en priorité : « Ordinary People » & « The Believer »


« In Rainbows » – RADIOHEAD

radiohead-in-rainbows.jpg J’aurais pu ne pas en faire de critique. Vu que tout le monde l’a déjà critiqué et que j’ai commenté chacun des articles sur le sujet j’aurais tout aussi bien pu vous conseiller de relire chacun de mes commentaires à chaque post des copains par ordre chronologique…ce qui vous aurait donné une excellente chronique évolutive du disque dont on aura le plus parlé cette année – et de loin. Ce qui d’ailleurs ne manque pas de sel : un rapide coup d’œil du côté de l'incontournable classement des blogueurs permettra de noter que pour l’instant personne ne l’a cité comme album de l’année et qu'en dépit de litres d'encre virtuelle il est bien loin de jouer les premiers rôles dans le top. Preuve s’il en était besoin que Radiohead n’en finira pas de suite de déchaîner les passions.
In Rainbows, donc. On fera court, on notant que c’est un excellent album et en nous arrêtant à la première version – la téléchargée (car In Rainbows semble être condamné à être décliné pendant encore quelques mois comme un vulgaire produit – un comble de la part d’un album présenté comme un assaut contre le mercantilisme). Excellent, alors. Décevant, aussi. Un peu. L’un n’empêche pas l’autre. On aurait aimé être surpris, s’en prendre encore un bon coup derrière la calebasse – comme Thom Yorke et ses ouailles en avaient pris l’habitude depuis 1995. Etre traumatisé. Mais non : pour la première fois depuis des lustres, le nouveau Radiohead ne sera pas le disque de la décennie ni même de l'année. Ca devait bien arriver un jour et ce n’est pas une raison pour bouder notre plaisir devant cette merveille de pop tordue – car c’est bel et bien de pop qu’il s’agit. C’est même sans doute le disque le plus pop du groupe depuis The Bends (voir Pablo Honey), en cela que ses constructions couplet-refrain sont on ne peut plus traditionnelles. In Rainbows n’est absolument pas révolutionnaire, mais il est réellement surprenant de part son accessibilité, sa simplicité confinant régulièrement à la pureté. Alors que les trois précédents albums de Radiohead nécessitaient une bonne vingtaine d’écoutes avant d’autoriser un avis décent, celui-ci pourra être cerné et reçu presqu’immédiatement – ça n’a rien d’une critique. Au contraire ceux (plus nombreux qu’on le pense) qui regrettaient le virage abscons du Radiohead post-2000 pourraient bien trouver ici matière à une vénération nouvelle. Je maintiendrai donc ce que j’ai écrit ailleurs : In Rainbows est un jumeau pop du difficilement surpassable Hail to the Thief, un HTT à dimension humaine. Plus court (trop), plus dense, peut-être plus équilibré…en tout cas plus organique, la voix bien en avant et les mélodies parfaitement assimilables. Et inutile de préciser qu’un seul de ses titres vaut mieux que les trois quarts des chansons publiées en 2007…

à écouter en priorité : « Nude » & « Jigsaw falling into place »


« (Listen for) The Rag & Bone Man » - AND ALSO THE TREES

and-also.jpg Longtemps dans l’ombre de The Cure, And Also The Trees a eu à peu de choses près la carrière inverse : pas forcément les meilleurs du mouvement post-punk sur la ligne de départ, le groupe de Simon Huw Jones n’a fait que se bonnifier avec le temps, affirmant un univers de plus en plus singulier et acquiérant sur le tard la crédibilité que beaucoup lui refusaient dans les années 80. Il faut dire que contrairement aux apparences, la darkwave (quelle horrible appellation) d’AATT s’adresse sans doute bien plus aux fans de Leonard Cohen et de Tindersticks qu’à ceux de Joy Division ou de Siouxsie (quand bien même ce sont parfois les mêmes ok, désolé, j’essaie de situer le truc). En témoigne le sensationnel « Candace », dont la mélodie traînante et la scansion lugubre rappelleront des souvenirs aux inconditionnels du folkeux canadien (Cohen, hein – pas Young !). On n'est certes pas dans la franche rigolade, mais la beauté glaciale d’un « Domed » ou d’un « A man with drum » devraient sans problème convaincre les auditeurs en quête de rock atmosphérique de haute volée – pour un peu que ce disque honteusement ignoré par la critique leur arrive jusqu’aux oreilles. A noter pour les amateurs que le nouveau venu Ian Jenkins fait vraiment des merveilles à la contrebasse.

à écouter en priorité : « Rive Droite » & « Candace »


« Sex Magik – Histoire de Lilith Von Sirius » – JAD WIO

undefined 2004 : Jad Wio remonte sur scène dans sa formation originelle (Bortek + Kbye) et brise un silence radio de près d’une décennie.
2005 : Jad Wio publie son quatrième album en vingt-trois ans d’existence, un Nu-Clé-Air-Pop d’excellente facture quoique manquant de deux ou trois petites choses faisant la marque de Jad Wio : pas de véritable concept, et un peu trop de titres en anglais.
2007 : Jad Wio retrouve enfin sa puissance de frappe et publie l’un des sommets de sa carrière, articulant sa nouvelle livraison autour de la biographie de Lilith Von Sirius, artiste décadente et multifacette prématurément décédée en 1997, à l’âge de 26 ans. Un retour aux thèmes extrêmes de la période Contact ? Un peu mon neveu, en mieux peut-être : l’écriture de Bortek a évidemment énormément mûri depuis 1989, quant à l’aspect musical…s’il est résolument orienté post-punk (c’est de saison) il n’est en rien passéiste ni rétro. Au contraire le son de Sex Magik s’avère infiniment plus contemporain et racé que ceux de la nouvelle génération post-punk-old-new-wave-machin-truc. Une jolie perf, des morceaux fantastiques (le vicieux « Das Ist », le péchu et trop bien nommé « Les habitudes n’existent pas », l’étrange « Sans début ni fin »), une atmosphère unique…le temps dira si ce nouvel opus finiera par se hisser au niveau des grands classiques des années 90 (Fleur de Metal et Monstre-toi). Ce qui est certain c’est qu’il surclasse en tout point son pourtant très bon prédécesseur…

à écouter en priorité : « Das Ist » & « Aiwass »


« Silence Is Golden » – HUSHPUPPIES

silenceis.jpg On passera sur le titre franchement caricatural du disque pour s’arrêter à un constat simple (une confirmation, pluôt) : si les HushPuppies étaient anglais, ils seraient à l’heure actuelle The Next Big Thing. Très attendu, ce second album tient (presque) toutes les promesses de The Trap, qu’il égale presque systématiquement sans ceci dit le surpasser : un rock’n’roll teigneux, carré aux entournures, des riffs qui dépotent et une basse qui groove – avec en plus de vrais hymnes en puissance (le délirant « Bad taste and gold on the door » venant se substituer au « You gonna say yeah ! » d’antan). Simple, efficace, bien produit…Silence Is Golden est sans aucun doute l’un des grands disques punchy de l’année. Alors quoi ? Pourquoi ce ton si distancié, cher Thom ? Eh bien tout bêtement parce que Silence Is Golden est le clone de The Trap, et qu’on attendait peut-être un peu plus qu’un excellent disque de rock’n’roll décomplexé. Enfin… : ça ne le rend pas moins bon.

à écouter en priorité : « Bad taste and gold on the door » & « Hot Shot »

à lire : la chronique de Planet Gong


« Shotter’s Nation » – BABYSHAMBLES

undefined Cette fois-ci c’est sûr : Pete Doherty est un grand. Et comme tous les grands il a pris tout le monde à rebours : c’est qu’après le lugubre Down In Albion beaucoup de corbeaux le disaient déjà mort, précocement saturé de tics de composition et has-been à même pas trente ans. Raté : le second album de ces détraqués de Babyshambles est sans doute la grosse suprise de l’année, qui reprend les choses là où l’ultime Libertines les avait laissées : punk mais mélodique, rock mais pop, mélancolique mais énergique…Shotter’s Nation contient beaucoup de très grands morceaux (« Delivery » bien sûr, mais aussi « You talk », l’entêtant « Baddie’s Boogie » ou le déjanté « Side Of The Road ») et peu de faux pas (mis à part le doorsien et poussif « Crumb Begging »). Produit par Stephen Street (The Smiths, blur – rien que des rigolos quoi) le disque bénéficie d’un son décent (on ne va pas dire bon non plus, faut pas déconner ça tache quand même plus qu’à son tour), d’une interprétation digne de ce nom (le groupe a été refondu…et resserré autour de son leader) et d’une bonne humeur enfin retrouvée rendant son unique passage sombre (« Lost Art Of Murder ») d’autant plus lumineux. De quoi rêver au meilleur pour l’album solo annoncé en 2008. Car pour la première fois depuis quelques années on se dit qu’une reformation des Libertines ne serait plus forcément l'idéal…

à écouter en priorité : « Delivery » & « You talk »

à lire : les chronique d’Alex , de PlanetGong et de Klak


« The Black & White Album » – THE HIVES

undefined A en croire certains c’est la fin des haricots : le son de l’album est léché, Timbaland et Pharell Williams sont au générique…Oh My God ! Les Hives ont viré commercial ! Mais non petit lecteur, ne sois pas effrayé : la vérité est ailleurs. Certes les Hives n’ont plus grand chose de garage, en témoigne la prod high tech de ce quatrième opus. Pour autant ils n’en sont pas moins punk ni moins rock ni moins stoniens. Au contraire : certains morceaux de cette nouvelle livrée cartonnent comme jamais. Rageurs dans la pure tradition hivesienne, « Tick Tick Boom » et « You got it all…wrong » sont de grandes et belles compos abrasives, de celles qui écorchent les enceintes tout en demeurant parfaitement jouissives et mélodiques. A vrai dire si l’on excepte les deux ou trois délires néo R&B (plutôt excellents du reste) les Hives sont ici égaux à eux-mêmes, c’est à dire doués pour le refrain qui accroche, pour le riff qui écharpe et pour le speed-rock classieux. Pas grand chose à leur reprocher sur ce coup-là d’autant qu’au fil des écoutes on s’apercevra que The Black & White Album est bien plus cohérent et abouti que le pourtant très bon Tyrannosaurus Hives d’il y a trois ans. Rien à dire, donc : c’est du très Hives, c’est du très bon…et ça donne une fois encore envie de courir voir les suédois foutre le feu sur scène.

à écouter en priorité : « You got it all…wrong » & « You dress up for Armageddon »

à lire : la chronique de PlanetGong


« The Inevitable Rise & Libertation Of NiggyTardust » –SAUL WILLIAMS

niggy.jpg Après le fabuleux, le magnifique, l’incontournable Amethyst Rock Star, on pouvait s’attendre à ce que Saul Williams peine un peu dans les montées…et c’est à peu près ce qui est arrivé. Non pas que l’album éponyme de 2005 ait été mauvais. Mais il était trop proche du premier pour complètement séduire, ne bénéficiant évidemment plus du même effet de surprise. Et voici qu’on annonce un troisième opus (forcément délicat) produit et cosigné par…Trent Reznor. Perplexité pour les uns, fantasme pour les autres. Qu’allait bien pouvait donner la rencontre de ces deux monstres sacrés ? Eh bien à vrai dire…The Inevitable Rise & Liberation Of NiggyTardust ressemble à s’y méprendre à ce qu’on pouvait imaginer avant de le poser sur la platine : une espèce de compromis presque parfait entre les œuvres des deux gaillards, mélange habile de slam, de rap, de rock, d’indus, aux faux airs de pièce montée. Appelons ça de la cyber-hip-pop (ou du Tricky !), et reconnaissons à ses deux auteurs (car bien que publié sous le seul nom de Williams ce dernier fait jeu égal avec Reznor) de n’avoir pas choisi la voie la plus simple pour aboutir à un concept album que les idiots auront tôt fait de qualifier de Ziggy Stardust revisité par Malcolm X. Bah tiens ! Et puis quoi encore ? Non non : NiggyTardust est avant doute un album cherchant l’innovation, l’effleurant parfois, la loupant tout autant…un de ces disques refusant tellement la facilité et le consensualisme qu’on lui pardonne même ses défauts (le principal étant le cas échéant cette odieuse reprise du déjà particulièrement odieux « Sunday Bloody Sunday »). A découvrir.

à écouter en priorité : « Convict Colony » & « NiggyTardust »


« The Shepherd’s Dog » – IRON & WINE

undefined Si j’ai toujours eu de la sympathie et de l’intérêt pour Iron & Wine, je dois bien reconnaître qu’il ne m’est jamais arrivé de me jeter sur un de leurs disques au moment de sa sortie. Il aura fallu toute la virtuosité de G.T. pour me convaincre de me précipiter sans plus attendre sur le dernier en date, et je ne l’ai absolument pas regretté. Merveille de folk-pop aérienne, The Shepherd’s Dog fait partie de ces œuvres contemplatives dont on n’arrive décidément pas à se lasser, qu’on redécouvre à chaque écoute, dont au fil des mois nos morceaux préférés changent systématiquement…ce sont souvent les meilleures, alors n’y allons pas par quatre chemins : il est absolument impossible de résister à la quasi bossa-nova de « House by the sea » ou de « Innocent bones », à la country planante de « Resurrection Fern », aux mélodies cristallines de « Lovesong Of The Buzzard » ou de « Carousel ». Quant au final « Flightless Bird, American Mouth »…c’est juste beau à tomber par terre (MERDE ! – Pardon : j’étais justement en train de l’écouter…et l’accident bête est arrivé…)

à écouter en priorité : « House by the sea » & « Flightless Bird, American Mouth » (ou n’importe quelles autres, en fait…)



NOTE : comme d’habitude vos liens sont les bienvenus, notamment sur le Radiohead – j’ai eu la flemme d’aller repêcher toutes les critiques…




Par Thom - Publié dans : Spotlights - Communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 29 septembre 2007

Ah le Top 10 ! Je vais vous dire, c’est presque mon moment préféré du trimestre. C’est vrai que le mois dernier ça castagnait pas mal, mais finalement ce fut une période merveilleuse de débat et d’échange qui m’a permis d’écouter plein de trucs que je n’aurais jamais écoutés sinon. N’est-ce pas-là le véritable but de tous ces blogs ? Bien entendu ! Comme chaque fois j’ai relu le Top et les réactions de la fois précédente (non pas tant pour le plaisir de me relire que parce que j’oublie d’une fois sur l'autre la mise en page de ces articles fatalement ponctuels), et ce fut étonnamment agréable, vues mes aventures virtuelles récentes, de me rappeler qu’il peut aussi y avoir des débats où personne ne s’insulte !

 

Un merci spécial, donc, à Kill Me Sarah, nyko et Silicate, qui s’étaient alors jetés dans l’arène des contradicteurs virulents sans pour autant marcher sur la gueule de qui que ce fût.

 
 

Mais revenons au Top 10 d’un trimestre forcément un peu tristounet par moment, comme souvent à cette période de l’année. J’aurais tout aussi bien pu faire un Top 10 du mois septembre tant peu de choses pour moi sont parues durant l’été (ou disons des « choses pour moi » m’ayant convaincu). Inutile de dire que les mois d’octobre, novembre et décembre seront sans doute plus palpitants…à l’approche de Noël les pointures ont souvent tendance à glisser de nouveaux opus dans leurs traîneaux – pour le meilleur comme pour le pire parfois.

 
 

Avant de laisser place à l’article en lui-même, ultime remarque utile : il ne s’agit pas vraiment d’un Top (même si le titre prête à confusion). En aucun cas cet article ne prétend à l’exhaustivité, il ne s’agit que d’une sélection de dix albums ayant retenu mon attention sur la trente/quarantaine de nouvelles sorties parvenues à mes oreilles ces trois derniers mois.

 

(par conséquent que personne n’essaie de m’étriper ni ne vienne me demander des comptes sur l’absence de son poulain Robert Bidule qui a sorti un nouvel album au mois de mars… !!!)

 

(si vous voulez un vrai beau classement sérieux, je vous conseillerai plutôt d’aller jeter un coup d’œil à l’incontournable classement des blogueurs)

 
 
 
 
Mon disque à moi (et rien qu’à moi) du trimestre

« Strangefolk » – KULA SHAKER
 

strangefolk.jpg Huit ans et demi. C’est le temps qu’il aura fallu avant de réentendre Kula Shaker. Dire pour autant que la formation de Crispian Mills a manqué serait mentir : jusqu’alors auteur de deux albums de pop psychédélique plutôt attachants, le groupe anglais figurait plus dans la catégorie des petits artisans que dans celle des grands artistes. Apprendre qu’il émergeait enfin de son long silence ne m’avait pas spécialement ému – tout au plus cela avait-il chatouillé ma fibre nostalgique de l’adolescence à jamais envolée.

 

Sauf que, c’est peu de le dire, Kula Shaker n’est clairement plus le même groupe. On pourra même avancer sans se tromper qu’il a pris une dimension phénoménale, de celles qui feront désormais que les amateurs éclairés attendront chaque fois avec impatience la prochaine livraison. Logique somme toute : Crispian Mills n’est plus ce jeune homne dégingandé un peu trop fasciné par George Harrison et Jefferson Airplane pour échapper à l’étiquette Rétro. Désormais artiste mature en pleine possession de ses moyens, il a digéré toutes ses influences (en gros tout le rock psyché des fin 60’s et début 70’s), a ingéré deux décennies de britrock et ne fuit plus désormais la modernité. D’où une sophistication sonique innattendue de la part de gens qui semblaient se (com)plaire jusqu’alors à sonner vintage. Ecoutez « Dr Kitt » ou « Second Sight », allez-y. Vous aurez enfin une vraie bonne raison d’avoir envie d’éventrer les mecs de The Coral (ouais, carrément, c'est dire s'il est bon, ce disque)

 

Oui, voici peut-être le grand disque psychédélique moderne qu’on attendait depuis seize ans et le Screamadelica de Primal Scream. De ceux qui permettent de quitter sa chambre l’espace d’un instant, de prendre du plaisir à ouvrir yeux et oreilles, et de se laisser aller à l’onirisme en étant un peu plus qu’un doux rêveur…

 

…sans conteste un de mes grands favoris au titre d’album de l’année !

 

à écouter en priorité : « Out on the highway », « Great Dictator (Of The Free World » & « 6ft Down Blues »

à lire : l’article de Planet Gong, qui a attiré mon attention sur ce disque (merci !)

 
 
 
SELECTION :
 
 
« Ciel de fête » - ALEXANDRE VARLET
 

cieldef--te.jpg De la chanson française mâtinée de folk d’un côté et de post-punk de l’autre, est-ce bien raisonnable ? Non, certainement pas. Sauf quand on s’appelle Alexandre Varlet et qu’on est déjà l’auteur de deux pépites dans ce genre pour le moins bâtard (dont Dragueuse de fond, déjà évoqué dans ces pages). Là, forcément, ça change tout. Qu’elle soit le fruit d’une volonté commerciale ou simplement de l’ère du temps, on ne passera pas longtemps à ergoter sur l’orientation résolument plus dure de ce nouvelle opus tant il n’a de cesse de se révéler un peu plus chaque jour. Proposant à la fois des textes remarquables, une production ambitieuse et des mélodies très au-dessus de la moyenne, Alexandre Varlet persiste et signe avec ce Ciel de fête qui (comme ses deux prédécesseurs) mériterait sans doute un peu plus que deux lignes dans la rubrique Qualité France de Rock & Folk (agrémentées d’un entrefilet chez leurs concurrents). Dire que le rock français devrait toujours ressembler à « Mes yeux » et la chanson à « Presque monde » relève franchement de la litote à deux balles…

 

à écouter en priorité : « Montre-toi » & « Presque monde »

 
 
« Easy Tiger » – RYAN ADAMS
 

easytiger.jpg Ecarté du précédent Top pour cause de bouclage intempestif (la mise en bac s’est faite trois jours avant), le dernier Ryan Adams (notez que vu sa productivité ce n’est peut-être déjà plus le dernier à l’heure où je vous écris !!!) retrouve fort logiquement sa place cette fois-ci. Même s’il ne s’agit pas de son œuvre la plus réussie, Easy Tiger contient malgré tout un paquet d’excellentes complaintes folk comme on n’en fait plus des masses de nos jours. Teigneux par-ci (« Halloweendhead »), contemplatif par-là (« Off Broadway »), il tisse une fois encore des atmosphères feutrées sentant bon la bière et la cendre froide (« Two ») et surtout retrouve le registre country / folk dans lequel la plupart des gens (moi le premier) le préfère. Une bonne raison de ne pas bouder ce…euh…onzième ! …ce onzième album solo (en comptant les officieux). A noter enfin pour les fans désespérés qu’Easy Tiger dévoile en prime plusieurs titres du rarissime coffret The Suicide Handbook.

 

à écouter en priorité : « Goodnight Rose » & « These Girls »

 

(dernière minute : je vous jure que je ne le savais pas au moment de balancer ma blague ci-dessus mais…un nouvel album, Follow the lights, paraîtra effectivement le mois prochain !)

 
 

« Echoes, Silence, Patience & Grace » – FOO FIGHTERS

 

echoes.jpg Qu’on les aime ou non, difficile de nier que les Foo Fighters excellent dans leur art. Celui d’un rock-pop carré aux entournures, distordu mais toujours accessible, dopé à la bonne humeur et objectivement presque toujours de très bonne qualité. On peut éventuellement ne pas goûter ce genre de musique ni très originale ni très raffinée, mais on peut difficilement nier que les Foo’s font le taf à chaque fois et trouvent presque toujours assez de mélodies accrocheuses pour produire un très bon album de pop indé. Comme en plus ils sont sympas, humbles et foutent le feu chaque fois qu’ils montent sur scène…on peut tout à fait estimer que si ce groupe est un de ceux qui ont le moins de fans hardcore dans le monde, il compte sans doute aussi parmi ceux qui ont le moins de détracteurs.

 

(notez qu’en écrivant ça c’est le meilleur moyen d’en faire apparaître une demi douzaine…des candidats ? KMS, t’es là ?)

 

Réglés comme des pendules, les sympathiques ex-grungers sortent donc le disque qu’on attend d’eux tous les deux ans…enfin presque : le temps aidant et la question du son caractéristique ayant été réglée depuis le troisième album, il était logique voire même prévisible (Cf le live paru l’an dernier) que Dave Grohl prenne subitement conscience de son âge et se mette à publier un disque beaucoup moins survolté. Le genre d’exercice qui a vite fait de plomber une carrière pour un peu qu’on ne soit pas le plus grand songwriter du monde (ce que l’ex cogneur de Nirvana et des Queens Of The Stone Age n’est assurément pas). Surprise : en dépit de ce postulat un peu angoissant et d’un titre pompeux comme pas permis (variante possible : un titre d’album de big rock US), on se retrouve assez rapidement à fredonner à l’envie les « Let It die » et autres « Strangers Things Have Happened ». On hésite, on y revient, on doute…et puis finalement on se rend à l’évidence : Echoes, Silence Machin Truc est un très bon album, peut-être même le meilleur du groupe malgré sa relative douceur. Ce qui n’empêche pas d’être très content dès que les Foo’s ressortent l’artillerie lourde pour « Long Road to Ruin » ou « Cheer up, Boys… ».

 

à écouter en priorité : « The Pretender » & « Stranger Things Have Happened »

 
 
« Lady’s Bridge »– RICHARD HAWLEY
 

ladybridge.jpg Richard Hawley est un mec extra. A la fois biker et dandy, fan de Mötörhead et de Bowie, il vient de publier une fois encore un vrai beau disque de crooner moderne. Moins romantique que Lowedges (2002) mais moins inégal que Cole’s Corner (2005), ce (déjà) cinquième album est sans doute son meilleur qui ce jour, le premier qui soit parfaitement maîtrisé du début à la fin et ne propose aucun mauvais titre tout en s’essayant à des registres plus innattendus (« The Sea Calls » lorgne plus sur le Divine Comedy des derniers albums que sur la sempiternelle paire Bowie / Hazlewood).

 

De l’émouvante « Rock & Roller » à la rafraîchissante « Tonight the streets are ours », aucune chanson n’est à jeter dans cette nouvelle livraison d’un artiste qui n’a désormais plus grand à chose à envier à son copain Jarvis Cocker…et qui surclasse largement, dans le genre, le dernier mille-feuille du pompier fils Wainwright.

 

à écouter en priorité : « Valentine » & « Tonight the Streets are Ours »

 
 
« Mantaray » – SIOUXSIE
 

mantaray-copie-1.jpg L’album de trop, disait je ne sais plus qui la semaine dernière ? Difficile à dire après seulement une vingtaine d’écoutes, mais l’album qu’il faut – sûrement. A force d’entendre de pseudos goths sur toutes les antennes de France et de Navarre il était plus que temps que la Maîtresse se rappelle à notre bon souvenir, de préférence avec un disque qui tiendrait la route. L’album de Siouxsie, son premier véritable en solo, le fait-il ? Oui, sans aucun doute. S’il n’égale jamais les classiques des Banshees (mais essaie t’il vraiment ?), Mantaray se révèle au fil des passages nettement plus convaincant que les disques des Creatures, et soutient largement la comparaison avec la grande majorité des petits coqs de la… nouvelle génération new-wave (!). Etonnamment moderne (surtout par rapport à ce que la Grande Dame nous avait proposé depuis dix ans), cette nouvelle saillie propose quelques jolis moment d’electro-pop (Garbage aimerait sans doute être capable de choses comme « About to Happen » ou « They Will Follow You ») et séduira peut-être même quelques nouveaux fans égarés (dans la mesure où elle évoque plus souvent les groupes indus-rock contemporains que n’importe quel disque de son ex-groupe de corbeaux). Une très bonne surprise, donc, de la part d’une Siouxsie qui à mon avis mérite un peu plus que le respect dû à son rang de légende.

 

à écouter en priorité : « Loveless » & « Heaven & Alchemy »

 
 

« Rise to Your Knees » – MEAT PUPPETS

 

riseon.jpg Après Dinosaur Jr il y a quelques mois c’est un autre groupe culte de la grande époque alternative qui remet le couvert ces temps-ci, en les personnes des Meat Puppets. Considérés à l’époque comme des seconds couteaux (ce qu’ils étaient d’ailleurs assurément), les frères Kirkwood n’ont évidemment jamais connu le colossal succès de leurs copains de Nirvana, ce bien qu’ils aient pondu quelques chansons remarquables (dont pas moins de trois sur MTV Unplugged in New York – je suis toujours secoué d’une inexplicable hilarité chaque fois qu’un gosse me dit que sa chanson préférée de Nirvana est « Plateau »). Pour ce premier album en sept ans ils n’ont pas spécialement changé l’équipe qui perdait (on est dans le rock alterno US à l’ancienne, avec des réminiscences de Led Zeppelin par-ci et des vieux restes de folk par-là), mais bizarrement j’ai la sensation (peut-être totalement con) que ça le fait plutôt mieux qu’avant. Il faut dire qu’ « On the rise » ou « Ice » s’inscrivent dans la tendance très haute de leur répertoire, ce qui n’est tout de même pas rien. En somme un disque artisinal et sans prétentions, comme on les aime tant du côté du Golb !

 

à écouter en priorité : « On the rise » & « Spit »

 
 
« White Chalk » – PJ HARVEY
 

whitechalk.jpg Après deux écoutes mon analyse n’était pas très éloignée de celle de KMS : Bah ! Elle a sorti un album de Tori Amos. Evidemment après avoir écrit ça je suis obligé de préciser que certes j’adore Tori Amos, mais que pour autant quand j’achète un album de PJ Harvey j’ai envie d’entendre PJ Harvey. Ceci posé j’y suis revenu, une fois, puis deux, poussé par ma douce moitié enchantée et qui évoquait, elle, une filiation avec Radiohead. Sur le coup je le reconnais je me suis dit pouah ! c’est un peu fastoche, comme comparaison.

 

Vous voyez je me mets là en flagrant délit de préjugé idiot puisqu’effectivement une fois rentré dedans je trouve moi aussi qu’il y a du Radiohead dans White Chalk, tant dans la démarche que dans le son. Un Radiohead avec une dominante organique et beaucoup de piano, un Radiohead toujours aussi poignant mais beaucoup plus chaleureux et sensuel. C’est que PJ Harvey, et c’est tout son génie, est sans doute la seule artiste capable de mettre d’accord aussi bien les fans de Thom Yorke que ceux de Kyuss. De part son authenticité, son exigence et son éclectisme, elle ne souffre quasiment aucune rivalité avec aucune autre songwriteuse – même pas Björk. White Chalk commet certes une colossale infidélité au rock (du mois au rock en tant que genre musical), mais cette tromperie est tellement romantique, tellement sexy et tellement douce qu’on la lui pardonnera sans mal. N’y allons pas par quatre chemins : White Chalk est un chef d’œuvre, son meilleur disque depuis To brin you my love et le meilleur qui ait été chroniqué dans ce Top 10 depuis un sacré paquet de temps. La voix y est sublime, les arrangements somptueux, quant à la charge émotionnelle…si vous ne finissez pas en miette après « Dear Darkness »…

 

Bon, tout de même, il faut bien reconnaître que le premier morceau, « Before departure », sonne beaucoup comme du Tori Amos. Mais cela veut peut-être tout simplement dire qu’à l’approche de la quarantaine, Polly n’a plus besoin de crier pour se faire entendre… ?

 

à écouter en priorité : « The Devil » & « White Chalk »

 
 
« Yes, U » – THE DEVASTATIONS
 

yesu.jpg Si au lieu d’enquiller les daubes éfémisantes le Bowie des années 80 se l’était jouée crooner, ç’eut probablement donné The Devastations. Une autre possibilité pour y parvenir eut été que Pulp mâtine ses disques d’électronique et que Jarvis Cocker fasse une dépression nerveuse, mais ça me paraît un peu tordu – voir risqué : c’eut pu déboucher sur un Radiohead de trop.

 

Bref ! Musicalement on n’a pas changé l’équipe gagnante de Coal, mais cet album fait un effet un peu curieux. S’il ne contient pas comme son prédécesseur de très grande chanson du type « Terrified » ou « Sex & Mayhem », son niveau global est finalement franchement supérieur avec une collection de morceaux juste très bons. Une autre possibilité eut été d’écrire que Coal était inégal – mais je n’aime pas faire des phrases simples.

 

En somme le jour où ce groupe attachant réussira à mélanger ses deux derniers albums, il publiera certainement le disque de l’année.

 

Et d’ici-là Yes, U vous est plus que chaudement recommandé.

 

à écouter en priorité : « Rosa » & « Mistakes »

 
 
« Zeitgeist » - THE SMASHING PUMPKINS
 

Un album des Smashing Pumpkins pouvait-il ne pas finir dans le Top 10 ? Euh…très franchement, ç’a failli arriver. D’ailleurs il n’était pas sur la liste initiale (vous pouvez toujours essayer de jouer à deviner de qui il a pris la place), mais la conscience golbienne m’a imposé de le réécouter avant de rédiger l’article. Grand bien m’en a pris : tout n’est certes pas parfait sur cet album de reformation (je tiens à souligner l’expression car les albums de reformations sont presque toujours décevants sur le coup, puis réévalués au fil du temps) mais il y a suffisamment de bon titres pour séduire le fan que je suis. Bien sûr, j’aurais préféré retrouver les Pumpkins de la période Adore plutôt que ceux qui envoient la purée, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils semblent un poil décalés à l’époque du revival-garage débraillé. Néanmoins comme me le faisait remarquer récemment un copain qui se reconnaîtra…dans la mesure où plus personne n’est foutu de donner une vrai définition du garage-rock ** et où finalement le rock dur de mes jeunes années est en voie de disparition…ouais, tout ça mit bout à bout, ça mérite d’accorder de la place à l’un des plus grands groupes que l’Amérique nous ait donnés. Lequel, en dépit des critiques (mais il a toujours été plus que sévèrement critiqué, souvent par les mêmes qui nous expliquent aujourd’hui que rien sur Zeitgeist ne vaut Mellon Collie), n’a rien perdu de sa superbe dès lors qu’il s’agit de balancer des riffs métalliques ou des rythmiques à faire pleurer Black Sabbath.

Bien sûr ce n'est pas le disque de l'année. Mais reprocher à Corgan de refaire du Pumpkins à l’ancienne après lui avoir reproché pendant des années de ne plus en faire, c’est quand même un peu gonflé. Ce disque regarderait vers le passé dit-on ? Oui, certainement, mais pas aussi loin qu’on en a l'impression de prime abord : Zeitgeist, tout bien réfléchi et contrairement à ce que j'ai pu croire, n’évoque pas tant que ça les Smashing Pumpkins des débuts. « That’s the way (my love is) » ou « Bring the lights » sont à tout point de vue (songwriting, arrangements…) dans la droite ligne de Machina II , qui s’adonnait déjà au même genre de « grunge moderne ». Encore eut-il fallu que quelqu’un l’ait jamais écouté dans son intégralité pour le noter ***. Au-delà de cela, Zeitgeist ressemble plus encore à la meilleure chanson inconnue de Billy Corgan : « Black Oblivion », sur l’album solo de Tony Iommi. Et s’il me semblerait un chouia exagéré de dire que j’adorerais entendre « Black Oblivion » déclinée à l’infini, sur la seule durée d’un unique album de reformation, cela me convient largement. Reste à voir à quoi ressemblera la suite…parce qu’en revanche si l’idée implicite du grand chauve est de ressusciter le grunge après avoir été le premier à l’enterrer, je ne suis pas sûr de le suivre. Wait & See.

 
à écouter en priorité : « Bleeding the Orchid » & « That’s the way (my love is) »

 

 
 
 

** : ok, tout le monde vous dira le contraire, mais après avoir réécouté Nuggets la semaine dernière, je maintiens !

*** : la phrase renvoie à Machina II – ça se voit que j’en ai marre de me faire insulter ?

NOTE : vos trackbacks et autres liens sont toujours les bienvenus concernant ces disques

 
 
 
 
Par Thom - Publié dans : Spotlights - Communauté : Le Monde du Rock
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